O0 LES GRIVOISERIES DU FOYER
La Fille possédée du Démon
[Il y avait une fois, dans une paroisse des
bords dela Vilaine, une fille qui était possédée du diable. |
Elle faisait la désolation de ses parents qui résolurent de la conduire au curé pour la faire exorciser.
Le prêtre l’aspergea d’eau bénite et ordonna au diable de sortir.
— Je ne sortirai pas, s'écria le démon.
— Tu sortiras, répondit le curé en continuant d’asperger la fille.
Le diable, qui luttait tant qu'il pouvait, mais qui se sentait vaincu, s’écria : « Je veux bien sortir du corps de cette fille, mais pour rentrer dans le corps du sacristain. »
— Ah! mais non. s’écria celui-ci indigné.
Le curé qui commençait, lui aussi. à en avoir assez d'asperger son sujet, dit au démon : « C’est une chose convenue, tu vas sortir par la bouche de la fille et rentrer par le derrière du sacristain. »
Celui-ci, en entendant cela, fut s'asseoir dans le bénitier et s’écria :
€ Qu'il y vienne maintenant ! »
Le diable qui était sorti du corps de la file, fut poursuivi à coup de goupillon par le prêtre qui le chassa de l'église et l'obligea à retourner en enfer.
(Conté par le père Constant Tual, de Bain, couturier à la journée.)
Il est d'usage en été, à la campagne, de laisser la porte de l’église ouverte le dimanche pendant la grand'messe.
Les paysans habitués à respirer le grand air, n'aiment pas à être enfermés, et beaucoup d'entre eux se tiennent même au dehors de l'église. On les aperçoit, assis sur des billes de bois, ou sur des pierres, récitant leur chapelet.
Un dimanche, dans le petit bourg de Pierric, non loin du Grand-Fougeray, le curé était en chaire, en train de prêcher et, dans
son sermon, il répétait sans cesse : « D'où vient le tort? mes frères, d'où vient le tort? »
Un homme appelé justement Letort, qui passait sur la place en ce moment, traïinant une vache à sa remorque, crut que le curé ne le voyant pas dans l'église demandait où 1l était.
Il avança jusqu'à la porte et dit: « Me v'/a monsieur le curé; je viens de mener ma vache au taurain. »
Je vous laisse à penser si les fidèles éclatèrent de rire. |
Le curé ordonna ce jour-là de fermer la porte de l’église.
(Conté par Langevin, couturier à Fougeray.) * é x %*
Le cardinal Saint-Marc, archevêque de Rennes, était un savant et un homme d’esprit. D'un caractère gai, il aimait les joyeux propos, et se plaisait à jouer des tours à ses bons vieux curés lorsqu'il leur offrait l'hospitalité à l'archevéché.
Les paysans des bords de la Vilainene l’ont point oublié et aiment à rappeler ses plaisanteries lorsqu'il allait à son château du Boschet, dans la belle vallée de Bourg-des- Comptes.
Un jour. disent-ils, qu’il se promenait dans les petits chemins verts cachés sous les arbres, il aperçut une bonne femme accroupie dans un fossé.
La pauvre vieille, voyant Monseigneur qui se dirigeait vers l'endroit où elle se trouvait, s’a pprêtait à se relever lorsqu'elle entendit la voix du cardinal qui lui criait: Ne bougez pas, ma bonne femme, j'aime mieux voir la poule que l'œuf.
* *X *# Le Curé de Guer Il y avait autrefois, à Guer,un saint homme de curé.tellement charitable qu'ildonnait aux
pauvres tout ce qu'il possédait, ne gardant
pour lui que juste ce qu'il fallait pour ne pas mourir de faim.
C'était au point que le pauvre vieillard n'avait qu'une soutane et encore si misérable, si effiloquée, que ses paroissiens en eurent pitié et résolurent de faire une quête dansla paroisse, pour lui acheter une soutane neuve.
Comme le vénérable pasteur. était adoré de ses ouailles, le produit de la quête fut plus que suffisant pour l’emploi qu'on voulait en faire. Les quêteurs voyant cela, glissèrent le surplus dans les poches du vêtement.
Jamais le curéne s’était vu si riche; aussi craignait-il d'être volé, et afin de conserver son argent pour soulager des infortunes, il eut l’idée de faire coudre une pièce de vingt sous, sous chacun des boutons de sa soutane.
De cette façon, se disait-il, il me suiñira d’enlever un bouton pour faire l’aumône.
Le sacristain, paresseux, ivrogne et mauvais sujet, qui avait vu l’ouvrière coudre les boutons, convoita la soutane, et chercha un moyen de s'en emparer. Ce n'était pas chose aisée, attendu que le prêtre ne la quittait jamais.
Un soir, le curé fut appelé près d’un ma-
lade, et comme il devait traverser un bois isolé, le sacristain s’habilla en charbonnier, se noircit la figure et s'en alla attendre le prêtre derrière un buisson.
Lorsqu'il l'aperçut, il s'élança surlui,lesaisit par le bras, et s’écria: (La bourse ou la vie. »
— Vous me prenez sans doute pour un autre? répondit le curé sans s’'émouvoir. Je n'ai rien à moi, mon ami.
— C'est votre soutane que je veux.
« Tiens, tiens, pensa le curé, le sacristain, seul, sait que j'ai de l’argent sous mes boutons, et c’est lui sans doute, qui se cache sous ce déguisement. »
— C’est toi, René Michaud, qui viens m'attendre au coin d’un bois pour me voler? Malheureux! je savais que tu ne valais pas cher: mais, c'est égal, je ne t'aurais jamais cru capable d’un fait pareil.
Le brigand lui arracha sa soutane et. tout en secouant le saint homme, il répétait :
« Jurez-moi que vous ne direz à personne qui je suis, ou bien je vous tue sur-le-champ.
Le curé, voyant que le misérable parlait
sérieusement, jura de ne dire son nom à personne, se réservant de le punir comme il le méritait. Or, voici ce qu'il fit :
Le dimanche suivant, au milieu dela grand’ messe, àla préface, 1l chanta :
«Connaissez-vous Michaud René, Qu'a volé la soutane au curé,
Et son argent qui était dedans?
Il a fait promettre par serment De n’en parler à homme vivant, Aussi je le chante ad Jesum Christum Dominum nostrum. »
— Monsieur le Curé, vous m'aviez juré de n’en pas parler, s’écria le sacristain.
— Je n’en ai parlé à personne, répondit le vieillard; mais tu ne m'as pas défendu de chanter ta mauvaise action, et tu te dénonces toi-même.
Les paroissiens s’emparèrent du sacristain, et lui auraient fait un mauvais parti sans l'intervention du curé, qui l’obligea toutefois à lui payer-sa soutane, et à lui restituer l'argent de ses pauvres.
A un moment le curé de M*** cessa presque de se rendre à son confessionnal. Ses paroissiens s’en plaignirent à l’évêque.
Celui-ci enjoignit aussitôt au curé de confesser toute la semaine suivante, en le prévenant qu'il enverrait son grand vicaire s’assurer si ses ordres étaient exécutés.
Le dimanche, le curé monta en chaire et dit : « Mes frères, plusieurs d’entre vous se sont plaints que je ne confessais pas assez, et m'on fait donner l’ordre de le faire toute la semaine prochaine. Je ne demande pas mieux; mais comme vous ne pouvez pas venir tous ensemble, je vais, pour éviter un encom brement, vous assigner des jours :
Les ivrognes viendront le lundi, Les voleurs le mardi,
Les gourmands le mercredi, Les orgueilleux le jeudi,
Les cotillonniers le vendredi, Et les autres le samedi. »
La semaine suivante, il se rendit régulièrement, chaque jour, au confessionnal, où pas un chat ne se présenta.
— Vous le voyez bien.- dit-il au vicaire général, c'est une farce qu'ils ont voulu jouer à Monseigneur : pas un seul pénitent n’approche du tribunal.
— C'est vrai, répondit le grand vicaire, j'en rendrai compte à Sa Grandeur.
(Conté par M. de L..., de Loutehel.)
Une fille se rendit à confesse et dit :
— Oh! mon père, j'ai péché mortellement, il n'y a point de pardon pour mes fautes.
— Qu’avez-vous donc fait ? mon enfant.
— J'aitué ma mère, j'ai empoisonné mon père, j'ai laissé mon fruit perdre, et j'ai donné mon corps aux gars.
— Je viens de voir votre père à l'instant; vous n'avez donc pu l’empoisonner. |
Vous me semblez surexcitée, allez-vous-en, et revenez dans quelques jours m'expliquer ce que signifient les paroles que vous venez de prononcer.
La fille retourna à confesse et s’expliqua
ainsi: ( Quand ma mère m'a mis au monde, elle est morte.
.» L'autre jour, j'ai fait un pet devant mon -père qui m'a dit: & Va pu lin, vilaine bête, tu m'empoisonnes. »
» J'ai mieux aimé laisser pourrir les fruits du courtil que de les donner au pauvres. »
— Ça c'est mal, mon enfant.
« Enfin j'avais lavé mon corset, et l'avais mis à sécher sur une haie lorsque Gros-Jean, est passé par là, qui a voulu le prendre.
l'avons tiré chacun de notre bout, mais ila été Le plus fort et il a emporté mon cor, mon cor, mon corset. »
(Conté par la femme Delamarre, de Bruz.)
Les Saints en révolution dans la chapelle de l'Érmitage
Il existe dans la commune de Goven, à trois kilomètres de ce bourg, sur la route de Baulon, une vieille chapelle appelée Notre- Dame-de-l'Ermitage. Son nom lui vient,
paraît-il, de ce qu’un ermite, — qui, croit-on, fut saint Thurial, — habita jadis ces lieux déserts.
Cette chapelle, qui est l’objet dans le pays de la légende suivante, était autrefois desservie par le clergé de Goven :
Ün jour, le curé ayant appris que des voleurs dévalisaient les églises des environs, donna l’ordre à son domestique, qui remplissait également les fonctions de sacristain, d'aller fermer à clef la chapelle, dont la porte restait ordinairement toujours ouverte.
Justement ce jour-là, le curé n'ayant pas été satisfait du travail de trois ouvriers qu’il occupait au presbytère, se contenta de payer leur salaire sans leur offrir gracieusement, comme il avait l'habitude de le faire, le repas du soir.
Ces hommes mécontents résolurent de se venger : Deux d’entre eux prirent dans le fruitier du presbytère des noix et des poires blettes ; puis ils conseillèrent au troisième de se glisser la nuit dans l’étable et d'y dérober un jeune agneau qu'un paroissien
avait offert à son pasteur. — « Tu viendras nous rejoindre, lui dirent-ils, dans la chapelle de l’'Ermitage où nous t'attendrons. Là, nous cuirons la bête, et nous ferons bombance. » |
Lorsque le domestique du curé arriva près de la chapelle, il entendit un tel tapage, qu'il s'enfuit au presbytère, où il raconta à son maître que les saints étaient en révolution.
Pendant que les uns s’embrassaient, ajoutat-1l, — parce qu'il avait entendu le bruit des lèvres sous les poires molles, — les autres se donnaient des claques, — parce qu'il avait perçu le bruit que faisaient les voleurs en cassant leurs noix à coups de pierre.
Le curé, gros et goutteux pouvait à peine marcher, et cependant il voulut voir ce qui se passait dans sa chapelle. « Porte-moi sur ton dos, dit-il à son domestique. »
Celui-ci, fort comme un Turc, le chargea sur scs larges épaules et s’en alla vers l’'Ermitage.
Entendant le pas lourd du sacristain et prenant le surplis blanc du curé pour l'agneau,
les deux voleurs dirent ensemble à celui qu'ils croyaient être leur camarade: — Est-:l gras ou maigre? Apporte-le vite, qu'on le tue.
Le domestique, plus mort que vif, en entendant ces paroles répondit : — Maigre ov gras, Le v’la, et il jeta le malheureux curé par terre, en se sauvant à toutes jambes vers Goven, où il raconta tout ce qu'il avait entendu dans la chapelle.
Lorsque les habitants de Goven se rendirent à l'Ermitage, ils furent d'autant plus convaincus que les événements racontés par le sacristain étaient vrais, qu'ils trouvèrent leur curé mort, étendu par terre, le crâne brisé sur un caillou.
À partir de ce moment,la messe ne fut plus célébrée dans la chapelle qui devint un objet de frayeur pour tout le monde. On ne passait devant elle qu'en se signant, croyant toujours que les saints étaient en révolution. On affirmait même qu'on les entendait ‘la nuit se livrer à des scènes épouvantables.
Ce ne fut qu’au lit de mort de l'un des voleurs que la vérité fut connue. Il fit la ré-
vélation du larcin qu'il avait commis, *et expliqua les suites terribles qui en furent la conséquence."
at
Mille-Boutons, le garde champétre de Noë-Blanche
Le garde champêtre de la commune de Noë- Blanche était plus connu sous le sobriquet de Mille-Boutons que sous son nom véritable, ct cela, parce que lorsqu'il revint du service militaire, 1l avait son costume de chasseur à cheval avec de gros boutons de plomb sur la poitrine.
Un jour, au marché de Bain, il aperçut un braconnier condamné par le tribunal à une amende de chasse et qui venait de toucher le prix d’une vache. Il saisit l’infortuné paysan au collet et le conduisit devant le Contrôlou. Les receveurs de l’administration des Domaines ne sont pas désignés autrement dans nos campagnes.
— M. le Contrélou, dit Mille-Boutons, voici ‘un délinquant que je vous amène. C'est Jean
Chopin, un mauvais sujet, un mauvais garnement qui se moque de la municipalité, de M. le Maire et de MM. les Adjoints, mais qui ne se moquera pas de vous, M. le Contrôlou, c'est moi qui en réponds. Il a de l’argent, il va payer, il va abouler !
— Té ta donc, té ta donc, répétait Jean Chopin d’un air ahuri, — car 1] n'avait pas ménagé les chopines en vendant sa vache,— tu causes trop, tu ennuies M. le Contrôlou.
— Tu auras beau dire, beau faire, reprit Mille-Boutons furieux, tu n’es qu’un chenapan: Tu as fait ton fossé sur les communs et tu n'en as pas le droit, aussi tu l’abattras, sois-en sûr, oui tu l'abattras ras pied ras terre, c'est moi qui te le dis, car vois-tu, Jean Chopin!
j'ai prêté serment à la République de l'Empire, ma tête en dépend, tant pis pour ton cul !
Par
Le Barrage de l'étang de Combouro
Une fille de Combourg s’en alla à confesse à son curé qui lui dit après l'avoir écoutée :
attentivement : &« Vous me reviendrez dans quinze jours, ma fille, et je vous donnerai lPabsolution. Allez et ne péchez plus. »
La fille, qui avait l'oreille un peu paresseuse, crut avoir entendu : € Allez et ne pissez plus. »
Singulière pénitence qu'il m'a donnée là.
Rester quinze jours sans pisser me paraît bien difficile. Je n'saz pas si je pourrai y'attendre. Enfin j'essaierai tout de même.
La malheureuse resta douze jours sans boire et sans satisfaire ses petits besoins ; mais n'y tenant plus, elle courut au presbytère et dit au curé: {Monsieur le Curé, ce n’est pas possible, je ne pourrai jamais rester quinze jours sans pisser, je souffre trop ; malgré moi ça m'échappe. »
— Ma fille, que dites-vous là? Jamais je ne vous ai donné pareille pénitence. Je vous ai dit : Q Allez et ne péchez plus. »
— Ah! mon Dieu!si j'avions su! Ciel!
quel bonheur ! et la fille alla s’accroupir au pied du château de Combourg. Elle pissa pendant trois heures et toutes les pierres qui
se trouvaient sur le coteau roulèrent dans l'étang et formèrent le barrage que l'on voit encore aujourd'hui.
(Conté par le nommé Pierre, barbier à Rennes.)
Le Guérissou et la malade
Une vieille femme veuve, qui vivait avec son fils presque idiot, tombe malade et envoie chercher le médecin.
Celui-ci arrive, lui tâte le pouls, lui regarde la langue et lui demande :
— Âllez-vous bien à la selle ?
— Ah! grand Dieul à la selle; j’n'avons seulement pas un pauvre penét".
— C'n'est pas ça que j'vous demande.
Chiou ben ?
— Peuh! je chie, je n’chte pas, 7'chie tout de même. Hier au sa?, dans le courtil, j'en ai fait gros comme une runche*. Pelo', prends