‹ Folk-lore de l'Ille-et-VilaineChapitre 16 sur 51 · Au-dessus du boisseau, tout ce qu'on peut y mettre · texte numérisé non relu

Au-dessus du boisseau, tout ce qu'on peut y mettre

sement malade, on alla bien vite chercher le curé, qui venait de terminer sa messe, et qui se rendit immédiatement dans le village habité par le moribond.

Quand il eut administré ce dernier, le curé demanda si on pouvait lui donner à manger, car 1l était à jeun.

— Hélas, nous n'avons que du pain noir et du beurre, monsieur le curé.

— Vous avez bien des œufs.

— Oh! pour cela, oui. Et on alla lui chercher des œufs dans le poulailler.

Le prêtre fit un trou dans les cendres du foyer et y mit les œufs à cuire, mais auparavant cracha dessus.

Un petit gars qui était assis au coin du foyer lui demanda : « Pourquoi crachez-vous dessus? monsieur le curé. »

— Pour les empêcher de péter, mon garçon.

— Oh! vous devriez ben cracher au cul de ma mère, car elle pète toute la journée.

(Conté par M. Dupont, ancien receveur d'octroi, à Rennes.)

Le Seioneur de la Fonchaye-Baron

Le vieux château de la Fonchaye-Baron, situé dans la commune de Saint-Malo-de- Phily, est aujourd’hui en ruines. I] ne reste plus qu'une tour et des pans de mur permettant de juger de son importance. Tout à côté est un vieux chêne qui fut le contemporain des anciens barons. On voit encore l'emplacement de la chapelle, le jardin en terrasse, et dans un coin de rocher, quelques constructions qui servirent de chenil à la meute du seigneur.

Les barons de la Fonchaye ont laissé dans le pays, une détestable réputation de libertins. On remarque dans un pan de mur du château un trou sombre qu'on appelle la chambre à la fille. C'est une sorte de cachot où fut enfermée et où est morte, dit la légende, une jeune fille qui refusa d’être la maîtresse du seigneur Barthélemy Lambart, qui vivait vers 1714.

Voici d’ailleurs comment mourut ce seigneur de la Fonchaye :

Il était allé, en compagnie de plusieurs hobereaux du voisinage, se divertir à Lohéac

lorsqu'il aperçut dans une rue de la ville‘, une fillette fort jolie à laquelle il intimal'ordrede le suivre.

La pauvre enfant aurait bien voulu fuir, mais craignant d'encourir pour elle et sa famille la colère du seigneur et maître, elle se laissa conduire et enfermer dansune chambre d'auberge. Le baron tout guilleret, mit la clef dans sa poche, et s'en alla rejoindre ses amis, bien décidé à emmener le soir la captive à la Fonchaye.

Qu'on juge du chagrin de l’infortunée jeune fille qui était sur le point d'épouser un petit couturier de Lohéac et qui se demandait si ce dernier consentirait à la prendre pour femme lorsqu'elle reviendrait du château.

Pendant qu'elle faisait ces tristes réflexions, elle aperçut justement par la fenêtre ouverte le couturier qui passait dans la rue. L'appeler et lui compter ses infortunes fut l'affaire d’un instant.

Le fiancé consola de son mieux sa promise et lui jura de la délivrer.

Page 1