‹ Folk-lore de l'Ille-et-VilaineChapitre 17 sur 51 · Lohéac avait alors le titre de ville · texte numérisé non relu

Lohéac avait alors le titre de ville

Il entra à cet effet dans l’auberge où de nombreux rouliérs étaient à table et riaient, sous cape, du sort réservé à la jeune fille que le seigneur de la Fonchaye venait d’enfermer.

En voyant cet encombrement de voyageurs, Je petit couturier jugea d’un coup d'œil que ses services seraient bien accueillis. Il s'offrit pour tourner la broche, ce qu’on accepta avec empressement.

Une grosse maritorne venait à chaque instant arroser les viandes et s'assurer qu’elles cuisaient convenablement. Le couturier, profitant de ce va-et-vient, demanda à la fille si elle ne connaissait pas un moyen de Jui permettre de voir sa fiancée. La servante se fit d’abord tirer l'oreille; mais le cuisinier improvisé semblait si malheureux et devint si suppliant, qu'elle lui avoua posséder une double clef et ajouta : « Je vous la confie, mon pauvre José, mais prenez garde de me compromettre, car je pourrais bien avoir, moi aussi, le sort de votre fiancée. »

José n’écoutait plus la servante, et était déjà dans la chambre de sa promise, à laquelleildit:

€ Changeons de costume: donne-moi tes hardes, prends les miennes et décampe au galop. »

La jeune fille ne se le fit pas répéter deux fois. Elle s'empara des culottes que José lui tendait, les mit comme si elle n'avait fait que ça toute sa vie, endossa le gilet, le touron, et enfin se coiffa du chapeau à larges bords, qui acheva de la transformer complètement. Elle descendit ensuite prestement l'escalier et se sauva sans être reconnue.

Le petit couturier, resta dans la chambre, et procéda à une toilette minutieuse. Il achevait de se lisser les cheveux en bandeaux lorsque la servante, inquiète de ne pas le voir revenir, monta l'escalier. Le gars qui l'entendit prit aussitôt son mouchoir pour se. cacher la figure et fit semblant de sangloter.

La fille ne se douta de rien, et crut que le fiancé était parti. Elle allait même adresser des consolations à la pauvre enfant qui fondait en larmes, lorsque les voix retentissantes des rouliers la rappelèrent à l'office. Elle sortit précipitamment de la chambre en fermant la porte à clef.

La journée s’écoula et les rouliers s’en allèrent dormir dans le foin des écuries.

José commençait à croire que le seigneur ne songeait plus à ses amours et s'en était allé au château. Mais non, vers dix heures, un domestique amena deux chevaux devant l'auberge. Le baron arriva à son tour, fit monter la jeune fille en croupe derrière lui et partit au galop. Son garçon le suivait à une distance respectueuse.

Arrivé à la Mélatière, manoir voisin de la Fonchaye, le seigneur mit pied à terre, fit descendre le petit couturier, attendit son domestique auquel il dit tout bas, en lui jetant la bride de son cheval : « Rentre seul, et si tu entends crier ne t’en inquiète pas. D

Pourquoi n'allait-il pas jusqu’à la Fonchaye? c'était, suppose-t-on, parce qu'il avait déjà une favorite qu'il craignait de contrarier en amenant bruyamment une rivale. C'était peut-être aussi pour tout autre motif.

Toujours est-il que le baron voulut rester dans les champs. Ne s’avisa-t-1il pas de passer le bras autour de la taille de son com-

pagnon de route? Or José qui n’attendait

qu’une occasion, attira de dessous sa jupe un solide gourdin dont il appliqua, en se trémoussant comme un diable, de vigoureux coups sur la tête du galant.

Ce dernier, surpris d’une pareille attaque, ne put même pas se défendre et roula par terre en poussant des cris déchirants.

Son domestique l’entendit; mais comme il avait reçu l'ordre de ne pas s’en inquiéter, il continua tranquillement son chemin.

Le couturier cessa de frapper quand Îe seigneur eut perdu connaissance.

Le lendemain, des paysans en allant aux champs, rencontrèrent leur maître gisant sur le sol et respirant à peine. Ils le transportèrent chez lui où il ne tarda pas à rendre le dernier soupir.

(Conté par Lelièvre, menuisier sur le bord de la route près du bourg de Lohéac.)

* * * Le Moine de la forét de Teillay

Le marquis de Coenten-faô, seigneur de

Sion et de la Roche-Giffart, était à la fin du XVII siècle, la terreur de ses vassaux, et surtout des cordeliers du couvent de Saint-Martin, situé près du château de la Roche, dans la forêt de Teillay.

Un moine de Saint-Martin, avait, en dépit du châtiment auquel il s'exposait, l’habitude de tendre des collets dans la forêt pour ali-: menter le garde-manger du couvent, de lièvres, de lapins, de bécasses. Il eut beau se cacher, il fut un jour surpris par un garde et amené devant son seigneur.

Celui-ci, furieux de voir qu'on l'avait bravé, se précipita dans la cour du château, saisit un coq qui s'y trouvait l’apporta au moine et lui dit :

— Tue ce poulet comme tu voudras être tué, car je te jure que tout ce que tu feras sur lui je le ferai sur toi.

— Vous le jurez? dit le moine.

— Oui, je le jure.

Alors le cordelier enfonça un doigt jusqu'à la troisième phalange dans le derrière du coq, le retira, se le mit dans la bouche et regarda bien en face le marquis, en disant :

— Vous ferez cela.

Le seigneur de la Roche-Giffart, malgré sa colère, ne put s'empêcher de pouffer de rire et s’écria :

— Non. Tu es plus fort que moi; je n'aurais jamais eu pareille idée. Je te fais grâce pour cette fois; retourne à ton couvent et ne t'avise plus de prendre mes lièvres.

(Conté par M. Chaillou, ancien instituteur à Ercé-en-Lamée.,)

Vers 1860, M. Féart, préfet de l'Ille-et- Vilaine, donna à la préfecture un grand bal auquel furent invités tous les maires du département.

Le maire de G*** était absent lorsque son invitation arriva chez lui. À son retour, sa femme lui dit : — Notre préfet, M. Ferllard, donne une verllois et t'a écrit pour y aller.

— C'est tout de même ben honnête de sa part d'avoir songé à ma, aussi je m’y rendrai coûte que coûte.

— Et tu feras ben, notre homme, répondit

la femme du maire qui regrettait ben un petit de ne pas être invitée.

Le jour venu, le premier magistrat de G*** mit son plus beau touron et attela sa jument à la carriole.

Au moment où il allait partir, sa femme lui apporta son parapluie en lui recommandant de ne pas le perdre. & Si l’iau venait à chaï cette nel', ajouta-t-elle, tu gâterais tes biaux habits. »

La jument, — une bonne trotteuse, ma foi, — fit feu des quatre pieds et ne s'arrêta en chemin, comme elle avait l’habitude de le faire, que juste le temps de permettre à son maître d’avaler quelques bolées dans les cabarets qui se trouvaient sur le bord de la route.

Arrivé à l'auberge du Petit-Caillou, en face l’École Normale, le maire mit sa jument à l'écurie, prit encore deux ou trois bolées et se dirigea vers la Préfecture.

Mon doux Jésus ! s’écria-t-il, en voyant les illuminations qui éclairaient tout le contour

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