‹ Folk-loreChapitre 21 sur 36 · LES ENFANTS DE LA MORTE · texte numérisé non relu

LES ENFANTS DE LA MORTE

— Ah! Jacque, si je meurs, ne te r'marie donc mie, Nos trois petits enfants, eh ! que deviendront-i ?

— Va, va, meurs y toudi *, nUe r'tourne point de mi **

Le jour de l'enterr'ment, Jacque il a eu un ban ^ ; Le jour de son servie' Jacque il se remarie.

A la première nuit, qu'sa femme' couche avé lui Le plus petit des trois, la tet* * il lui demandit. Elle se relournit, un soufflet lui donnil, Elle dit au plus grand : — Râpais' moi cet enfant, Si tu ne l'rapais' pas, j'vas t'en donner autant.

— Taisez, taisez, mo frère, ce n'est mie là no mère : No mère elle est dans Tterr', la bas dans l'cimeutière, S'il plaît au Dieu de gloir\ demain nous Tirons voir.

Le lendemain matin, les trois enfants partis,

Dans leur chemin rensconlr' Notr' Seigneur Jésus-Christ!

— Où allez-vous, trois ang's, trois ang's aussi petits?

— Nous allons voir no mèr' qu'elle est en terr' pourrie. Jésu qui se souvient : — Son âme en paradis.

Quand c'est v'nu à la fosse à deux genoux s* sont mis :

— Douce Vierge Mari', no mèr' n'est-elle point ci ? Aussitôt la paroP la terre s'est ouvrie;

La mèr' prend le plus p'tit, à son écour ^ l'assit ;

Elle prend le moyen, à son côté le mit,

Elle dit au plus grand : — Reva-t'en mon enfant,

Va t'en servir ton père et ta marâtre mère,

Si ell' te donn' du pain,— baise lui ta beir main,«

Si eir te donn' de l'eau, défais lui ton chapeau,

Si eir te mène à l'messe, -- tiens toi bien derrière elle,

Et si eir te demande qui t'a si bien appris :

— C'était ma pauvre mèr' qu'elle est en terr' pourrie.

* Toujours.

2 Ne l'inquiète pas de moi.

3 Publication de mariage à rcgliso.

* Le sein.

*> Écour giron.

6 Ta belle main, ta main droite, un baiser da la main droite^ un beau baiser comme on dit encore.

118 CfiANTS {^jmCANBS

Eir n'ii donna mie l'eau, li donna du pureau, Eir n'ii donna mie d'pain, li donna du levain.

(Jésus touché du sort des orphelins dit à leur mère ;)

— Relève-toi, chrétienne, relève-toi de terre. Je te donne quinze ans pour él'ver tes -enfants.

Les quinze ans écoulés, la mèif s^met à pleurer.

Le plus vieux lui demand* : — Mèr' qu'avez à pfeurer'?

— Je suis sopti' de terre, il feiut y retourner...

— Ne pleurez pas ch^' mèr', nous sommes tous élevés Si vous l' tournez en lerr' nous ir©ns vous f' trouver.

La ballade wallonne semble avoir servi de iHodèle àla version provençale donnée par M.Damase Arbaud [Chants 'populaires de la Provence^ 1. 1, p. 73) : la marche des deux pièces est à peu près la même. Quelquefods les vers sont littéralement traduits :

Et ounTanetz, mes angis Mes angis tant petits ?. ..

Dans la ballade provençale^ ce n'est que pour ^ept ans que la mèr-e j©bii©at de revenir près de ses enfants. La complainte finit ainsi :

— De que plourelz, ma maire.

De que souspiretz tant ?

— ion n'tsn pHoore^ joes angiSy Que fau q}at& se qiiiittenL.

— K'en ptouretï pas, ma maire, L'y anarem tous ensem :

L'un pourtara Tisopo Et lautre Tou flambeau ;

L'autre tendra lou îîijre L'y anarem en cantant.

Dans le mot hysope employé îeî pour celuî dé

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goopillon, M, Damase Arbaod voit ua témeigiiage de Fancienneté de la complainte- Isopo n'étant plus compris^ une rariante moderne l'a fait disparaître :

Lhixi portam 1» lampi Uautre Tor eb Tcnceos.

La Baïva ballade a fraoelii les Alpes^ et nous la retrouvons soua une forme très populaire dans le Montferrat.

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