‹ Folk-loreChapitre 30 sur 36 · LA FIANCÉE HONGROISE · texte numérisé non relu

LA FIANCÉE HONGROISE

Ce qui est arrivé de nouveau en Hongrie, à Groswardein, je veux vous le raconter ; prôtez-moi attention, vous, hommes et femmes.

Le commandant de cette ville avait une ûlle ; on rappelait Thérésa, craignant Dieu, vertueuse et pure.

Elle était depuis sa jeunesse dans la piété, et sans cesse dans ses prières et ses chants louait la sainte Trinité.

Aussitôt qu'elle arriva à Page de raison, elle brûla d'amour pour Jésus et s'engagea à lui comme fiancée.

Elle était très belle de son corps, on n'en eût pas facilement trouvé une semblable ; un gentilhomme jeune, riche et beau a remarqué la jeune fille.

Il demanda la jeune fille, le père donna son consentement ; la mère dit à son enfant : — Mon enfant, il ne faut pas le laisser aller.

La vierge commença à pleurer ; —- J'ai déjà mon fiancé à qui j'ai promis de porter ma couronne virginale.

Le père reprit ; — Cela ne peut être, mon enfant, il ne faut pas te l'imaginer, que veux-tu devenir plus tard, nous sommes déjà tous deux très âgés?

Avant ma fin je veux savoir ce que tu deviendras ; mon enfant, je te le conseille, prends en mariage le gentilhomme.

Le cavalier revint, on prépara tout pour la noce, tout était prêt, la fiancée était bien triste.

Elle alla de bonne heure au jardin et là tomba à genoux; elle appela de tout son cœur Jésus, son bien-aimé fiancé.

Alors parut un beau jeune homme; son visage était resplendissant, ses habits étaient tissus d'or ; la vierge resta effrayée devant lui.

Il salua la jeune fille, elle se tint devant lui, baissa pudiquement l-^s yeux. — Reçois de nouveau Jésus.

La vierge reconnut aussitôt Jésus, son chaste cœur brûla d'amour, elle oublia sa tristesse et ne pensa plus à ses noces.

Le jeune homme commença à parler en lui tendant im anneau d'or. — Regarde, ma fiancée, ce gage d'alliance, mets cette bague à ta main.

La jeune fille cueillit de belles roses et dit à Jésus : — Mon fiancé, ici je vous adore et mon cœur sera dans l'éternité avec vous!

Ils s'en allèrent tous deux et cueillirent plusieurs fleurs. Jésus dit à sa fiancée : — Viens aussi voir mon jardin.

Il prit la jeune fille par la main et la conduisit dans son royaume, dans le beau jardin de son père, qui était rempli de fleurs.

La jeune fille alla avec joie et curiosité, elle cueillit beaucoup de fruits, bien rares : aucun homme ne peut s'imaginer ce que ces fruits étaient^

Ils entendirent de la musique et des chants, le temps ne parut pas long, des ruisseaux comme de Targent coulaient là clairs et purs .

Le jeune homme dit à sa flancée : — Maintenant tu as yu mon jardin, je vais te reconduire dans ton pays, il est temps.

La jeune fille partit avec tristesse et arriva bientôt à la ville; les gardes étaient là ; elle leur dit : — Laissez-moi retourner près de mon père.

— Qui est ton père? lui demanda-t-on. — Le commandant, répondit-elle aussitôt. Un des gardes réplique : — Le commandant n'a point de fille.

A son costume on reconnaît qu'elle est de haut rang, un garde la conduit devant les seigneurs de la ville.

La jeune fille persiste à dire que le commandant est son père, et qu'il n'y a pas deux heures qu'elle est partie.

Les seigneurs sont pleins de surprise; on lui demande qui elle est, sa patrie, sa famille, son rang, il faut qu^elle déclare tout.

On chercha dans de vieux écrits et on y trouva qu'une fiancée avait été perdue dans cette ville de Groswardein.

La date n'était pas rapprochée, il y avait cent vingt ans, la jeune fille était aussi belle que si elle n'avait eu que quinze ans.

Les seigneurs reconnurent bien que la main de Dieu était là. On apporta à manger à la jeune fille, aussitôt elle devint blanche comme neige.

— Je n'ai plus besoin de rien de corporel, dit-elle, appelez un prêtre que je reçoive avant ma fin le bien suprême dans le Sacrement.

Aussitôt que cela fut fait, beaucoup do chrétiens l'ont vu : sans douleur et sans efiforts, son cœur s'est brisé.

Alors [elle s'endormit douce et tranquille. Vous, chrétiens, si votre désir est d'être un jour heureux, vivez modestes, chastes et purs.

Aussi Dieu vous donnera le ciel après cette vie; après avoir supporté croix et souffrances, il vous donnera réternelle féUcité.

DIE UNGARISGHE BRAUT

In Ungerland zu Grosswardein, Was Neues da geschehen sey,

Will ich jetzunder zeigen an,

Merkt auf mit Fleiss ihr Frau und Mann.

Der Commandant selbiger Stadt, Ein Tôchterlein gezeuget hat, Theresia ihr Nahme sein, Gottesfiirchtig, zùchtig, keusch und rein.

Sie war von ihrer Jugend an, Der Andacht ail' zeit zugethan, Mit Belen und Singen allezeit, Lobt sie die heilige Dreifaltigkeit.

Sobald sie kam zu Versland, Ihr keusches Herz vor Liebe brannt, Auf Jesum war ihr Thun gericht, Zu seiner Braut siesich' verpflicht.

Sie war so schôn von Leibsgestalt, Ihr's Gleichen fànde man nicht bald, Ein Cavalier, jung, reich und schôn Hat sich die Jungfrau ausersch'n.

Er hielt an um das Tôchterlein, Der Va ter gab den Willen drein ; Die Mutler zu der Tochter spricht, Mein Kind, doch diesen lasse nicht.

Die Tochter fing zu weinen an :

— Ich habe schon mein Brautigam^ Dem ich mich hab' verspr<»chen ganz, Zu tragen einen Jungfraukranz.

Der Vater sprach : — Es kann nicht seyn, Mein kind, das bilde dir nicht ein ; Wo willst du bleiben mit der Zeit, Sehr ait wir sind schon aile beid.

Vor meinem End' ich wissen wollt, Wo du auch einmal bleiben soUt ; Darum, mein Kind, ich rathe dir, Nimm dir zur Ehe den GavaUer,

Der CavaUer auch wieder kam, Mann stellte gleich die Hochzeit an, Und ailes war dazu bereit, Die Braut war voiler Traurigkeit.

Sie ging in ihren Garten friich, Und fiel darnieder auf die Knie ; Rufte vonganzem Herzen an, Jesu, ihr liebster Brautigam.

Da kam ein scbdner JiiDgling dar, Sein Angesicht war hell und klar, Sein Kleid mit Gold ganz ùberstickt Die JuDgfrau erst von ihm erschrickt.

Er grusst die Jungfrau wunderschôn, Die Jungfrau thut da vor ihm steh^n, Schamhaftig schlug die Augen nieder ; Empfange gar schôn Jesu wieder.

Die Jungfrau bald Jesum erkannt, Ihr keusches Herz vor Liebe brannt :

Vergass vor Freud' ail' Traurigkeit, Gedachtnichtmehr an die Hochzeit.

Der Jiingling an zu reden Ûng, Verehrt ihr einen gold' neu Ring ;

— Schau'da mein Braut, zun Liebespfand, Trag' diesen Ring an deiner Hand.

Die Jungfrau schône Rosen brach, Mein Brautigam zu Jesu sprach,

— Hiermit sey du von mir verehrt, Ewig mein Herz sonst kein begehrt.

Da gingen die verliebte Zwei, Und brachenBlumen manchertei, Jesu der sprach zu seiner Braut :

— Komm meinen Garten auch beschau't.

Er nahm die Jungfrau an der Hand, Fiihrt sie aus ihren Vaterland.

In seines Vaters Garten schôn, Darinnen viele Blumen steh'n.

Die Jungfrau ging mit Freud' und Lust, Sehr kôstlicli Friichte sie gekost, Kein Mensch sicli nicht einbilden kann, Was da fiir edle Frùchte stah'n.

Sie hôrten Musik und Gesang,

Die Zeit und Weil' wurd' ihr nicht lang,

Die silberweissen Bachelein, Die flossen da ganz Jilar und rein.

DerJùngling sprach zu seiner Braut :

— I4eiii Garlen bat ihr nun besckaut, Ich wili eucii geben das Geleit

In euer Lang, es ist nun Zeit.

Die Jungfrau schied mit Traurigkeit, Kam vor die Sladt in kurzer Zeit ; Die Wâcbter hielten sie bald an ; Sie spracht : Lasst mich zum Vater gah'n.

Wer ist der Vater man sie fragt,

— Der Commandant, sie frei aussagt, Der eine Wachter aber spricht:

— Der Commandant hat kein Kind nicht.

An ihrer Kleidung man erkannt Dass sie auch sey von hohen Stand.

Ein Wachter sie gefûhret hat, Bis vor die Herren dieser Stadt.

Die Jungfrau sagt ung bleibt dabei, Der Commandant ihr Vater sey Und sey nun erst vor zweien Stund'.

Hinausgegangen da jetzund.

Die Herren nahmen Wunder sehr, Man fragt, wo sie gewesen wàr I Ihr Vaterland, Stamm und Geschlecht, Das miisste sie erklàren recht.

Man suchte auf die alte Schrift, Unter andern man dies antriflft, Dass sich die Braut verlorén hat, Zu Grosswardein in dieser Stadt.

Die Jahrzahl man gar baldnachschslgt Hundert und zwanzig Jahr austrâgt, Die Jungfrau war so schôn und klar Als wenn sie erst wàr, fùnfzehn Jahr.

Dabei die Herren wohl erkannt, Dass dièses Werk von Gottes Hand ; Man trâgt der Jungfrau vor die Speis\ Im Augenblick ward sie schneeweiss.

— Nichts Leibliches ich mehr begehr' Sie sprach, holt mir den Pries ter her Dass ich empfang' vor meinem End' Das hôchste Gut im Salcrainent.

Sobald nun dièses ist geschch'n, Viel Ghristen Menschea es geseh'n, Wird ihr ohn' grosses Weh' und Schmerz, Gebrochen ab ihr Ireues Herz.

Darauf entschlief sie sanft und still ; Merk' auf, mein Christ, es ist den Will, Dass du einmal willst selig seyn, So lebe ziichtig, keusch und rein.

So wird dir Gott nach diesem Leben Dereinstens auch den Himmel geben, Nach auf,'estand' nein Kreuz und Leid, Die ewig' Freud* und Seligkeit.

Le lecteur aura reconnu là la légende des Sept dormants et aussi Thistoire de ce moine allemand qui ne comprenait pas l'éternité et s'en effrayait. Un jour il aperçut un oiseau si joli qu'il se mit à le suivre. Après une poursuite qui lui sembla n'avoir duré qu'un quart d'heure, il voulut regagner son couvent, mais il eut beaucoup de peine à retrouver son chemin; d'énormes arbres s'élevaient là où croissaient des arbustes. Dans le cimetière il remarqua quantité de tombes qu'il n'avait jamais vues. Il se nomma et raconta son histoire. On alla alors chercher une sorte de chronique où l'on consignait tous les faits qui pouvaient intéresser labbaye, on y trouva qu'un moine portant le nom que venait de prononcer le héros de cette légende avait disparu depuis plus de trois cents ans. Ce sujet, tiré sansdoute du Liber exemplorunif a été traité en Allemagne par K. W. Millier,

parKind et par Gaudy, dont M. Em. de Saint- Albin a traduit la ballade {Livre des ballades allemandes^ p. 122). Dans une note M. de Saint- Albin ajoute: «La Fille du Sultan oflFre une donnée analogue mais moins complète. Ces traditions d'une suspension séculaire de la vie sont assez répandues en Allemagne. (Grimm, Beuts. Sagen, I, 152.) M. Loys Brueyre en indique de semblables dans les contes irlandais ; le conte russe des deux amis en donne aussi un exemple original. »

Rappelons encore un chant populaire romain sur les miracles des apôtres saint Pierre et saint Paul. Un paysan, témoin du martyre des deux saints, s'endormit dans une vigne et ne se réveilla qu'au bout de <îinq siècles. Il fut amené devant un sénateur à cause de la monnaie ancienne qu'il offrait à un marchand, et Ton découvrit ainsi qu'il avait assisté à la mort des deux apôtres et pouvait donner des renseignements sur leurs reliques qu'on n'avait pu retrouver.

On nous a communiqué quelques chansons historiques, mais évidemment nées en Allemagne etj faites â un point de vue germanique, l'une d'elles met en scène le prince Eugène, elle a été ' traduite dans le recueil publié par M. Sébastien Albin. Une autre, récoltée dans le Luxembourg, est relative à la bataille de Consarbruck, gagnée, comme^on le saiti par Charles IV, duc de Lorraine, sur le maréchal de €réquy. Elle est abrupte de forme et doit être contemporaine de l'événement. Les Français naturellement y sont fort maltraités : elle semble bien>ltérée dans plusieurs parties. Le plus beau chant historique qui nous ait été remis n'est pas ancien, puisque^le duc de

eHANTS ALLEMANDS DE LA LORRAINE 167

Reichstadt en fait le sujet; mais je crois pouvoir dire qpi'il est magnifique et qu'on peut le lire avec admiration , même après le Ctnque Maggio de Manzonî et la Mé^ ditation de Lamartine. Quant à moi,je ne connais rien de plus émouvant que les dernières strophes de cette vigoureuse production, et je lui trouve de si hautes qualités de style et de pensée, que je me demande si elle n'appartient pas à quelque poète éminent. Ce qui pourtant peut la faire classer moins haut, c'est qu'il existe de cette pièce une variante, une espèce d'essai anonyme sur lequel, sans doute, un autre inconnu, tout en profitant de quelques vers, de quelques idées^ est venu ajouter des inspirations nouvelles. Toutes^ les littératures populaires offrent de ces leçons diflférentes, de ces œuvres dues à la réunion de divers auteurs, et c'est en me rappelant combien le Romancero présente de ces rédactions diverses, que je suis tenté d'y voir pour l'œuvre en question une preuve d'origine non complètement artistique. Avant de donner ce remarquable morceau, qui est très répandu dans nos régions allemandes et dont l'air serait digne d'être conservé, je veux citer les vers beaucoup moina beaux qui sans doute en ont été comme le motif.

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