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D'ETIENNE DE BOURBON

M. Lecoy de la Marche a publié pour la Société de l'histoire de France un curieux volume : Anecdotes historiques, légendes et apologues tirés du recueil inédit d'Etienne de Bourbon. Il y a déjà quelques années que ce livre a paru, et il a été l'objet d'assez nombreux examens, et entre autres d'un article de M. Hauréau dans le Journal des Savants (novembre et décembre 1881). Mon intention n'est pas de revenir sur des points qui ont pu être traités dans ces divers travaux ; je veux simplement m'arrêter à quelques-uns des récits que renferme l'œuvre d'Etienne de Bourbon, mais, auparavant, il faut dire un mot de ce volume. Son auteur portait un nom qui n'a qu'un rapport fortuit avec celui de la famille royale de France ; il vivait sous saint Louis et était dominicain. Prédicateur, il voulut réunir de ces exemples dont la vogue avait passé de la littérature orientale aux écrivains du moyen âge, et qui émaillaient les sermons de l'époque. Il a donné à sa compilation ce titre : Tractatus de diversis materiis pre^ dicabilibus. Je me borne à l'analyse fort rapide de ce que nous dit l'éditeur, dont quelques assertions ont été

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contredites. Les discuter n'entre pas d'ailleurs dan» mon projet. Le traité tel que le publie M. Lecoy de la Marche est une sorte de morale en action ; mais, il faut le remarquer, les exemples qui le composent ont été enchâssés dans un long commentaire théologique , dont , avec raison , l'éditeur n'a conservé que le texte indispensable pour relier les historiettes recueillies par le dominicain. M. Lecoy de la Marche» souvent guidé par M. Gaston Paris, a indiqué, dans de nombreuses notes, des analogies avec beaucoup d'exemples offerts dans ce livre. Certains rapprochements lui ont cependant échappé et il n'en pouvait être autrement. Le souvenir de quelques lectures va me permettre de compléter un petit nombre de ces rapprochements, et des recherchesplus attentives amèneraient sans doute le même résultat pour plusieurs autres. Mais ces recherches je n'ai pas l'intention de les faire, et me bornerai aux rencontres dont j'ai les matériaux, pour ainsi dire, sous la main.

Etienne de Bourbon raconte (p. 81) qu'un roi acheta, au prix de cent livres, un conseil qui semblait assez insignifiant et qui pourtant lui sauva la vie. Ce conseil peut se rendre ainsi : Avant de faire une chose, considère toutes les conséquences qu'elle peut avoir. Le prince fit graver cet avis partout ; un barbier entré dans une conspiration et qui voulait tuer le roi, en le rasant, ayant lu ces mots, se repentit de son projet et avoua tout au prince.

Dans le Livre du comte Lucanor, un marchand achètô ce conseil : « Lorsque vous serez en colère et sur le point d'agir inconsidérément, attendez que vous sachiez

toute la vérité ». Absent pendant bien des années, le marchand rentrant chez lui, à l'improvisie, prend son fils pour un amant de sa femme. Il va le tuer quand lui revient à l'esprit l'avis du vendeur de sesoit (cap . xux) . Pitre a donné un conte semblable [à celui-ci {Ftabe, Novette, t. III, p. 391) : Lt tri rigordi, et indique cinq à six variantes. De son côté Maspons yLabrosa recueilli {Rondallayre^ tercera série, p. 70) une petite nouvelle catalane : Los très concells de SalomOy qui ne diffère que par des points secondaires de l'exemple du comte Lucanor, et du récit sicilien. Maspons y Labros indique comme offrant un rapprochement Los Concellos de Trueba, et une tradition islandaise Conor O'Mara. On lit au titre II de la seconde partie du traité d'Etienne de Bourbon, qu'un roi enviait les richesses d'un sage fort opulent. Ne sachant comment lui en extorquer -quelque chose, il lui posa trois questions, en le prévenant que s'il ne pouvait les résoudre il le taxerait à une forte amende. Le sage devait dire : 1° où se trouve le centre de la terre ; 2® quelle quantité d'eau contient la mer ; 3*» jusqu'où peut aller la miséricorde de Dieu. Le jour fixé pour donner les solutions, le sage répondit que le centre du monde se trouvait à l'endroit même où il enfonçait son bâton ; qu'il mesurerait la mer quand le roi empêcherait les fleuves de la grossir, et qu'il ce pouvait répondre à la troisième demande que revêtu des habits mêmes du souverain. Dès qu'on l'eût couvert du costume royal, il poussa des cris de triomphe en louant la midéricorde de Dieu qui rélevait si haut (n. 86).

Ce conte pourrait être la plus ancienne forme d'une

facétie doat la fin diffère, et que Timoneda a racontée dans une patrana dont je ne prends que la substance. Un roi voulant ôter à certain moine sa riche abbaye, lui imposa Tobligation de lui dire ce que lui, le roi, valait, ce qu'il pensait, et où était le centre de la terre. L'abbé, fort ignorant, revint dans son abbaye d'autant plus perplexe que le roi lui avait déclaré que les démandes restant sans réponses, l'abbé perdrait sa haute dignité. Un cuisinier finit par connaître quelles étaient les préoccupations de l'abbé, et le pria de lui laisser le soin de répondre à sa place. Au jour dit, une barbe postiche au menton, dans un froc dont le capuchon cachait ses traits, le cuisinier se présenta au roi, qui ne soupçonna aucune fraude. « Vous m'avez demandé, lui dit-il, combien vous valez ? Vingt-neuf deniers ; le Christ n'ayant été vendu que trente , vous ne pouvez prétendre valoir plus que lui. Vous voulez savoir où est le milieu de la terre ? à la place même où sont vos pieds, le monde étant une grosse boule, ils ne peuvent être qu'au milieu, on ne saurait le nier. Enfin, je dois vous dire ce que vous pensez ? Vous pensez que vous parlez à l'abbé, et vous vous trompez, car vous ne parlez qu'à son cuisinier. Il suffisait bien pour donner des solutions à des questions aussi faciles. » Le roi charmé de l'esprit du cuisinier, laissa l'abbé tranquille dans son couvent.

Très nombreuses sont les reproductions de ce conte. On en retrouve dans Sacchetti (Nouvelle IV) deux versions ; on le rencontre dans un conte de l'Armagnac, le Meunier et le Marquis [Litt. pop, de la Oa&eogne^ par Cénac-Moncault, p. 50), dans un conte milanais

donné par Imbriani (NoveUaja fioreniina : El coeugh, p. 624), dans une ballade de la collection de Percy, dans une ballade de Burger : Der Kaiser und der Abt, Dans d'autres versions un personnage subalterne ne prend pas la place de Tabbé, mais il lui donne des conseils qui lui permettent de satisfaire le prince. C'est ce qui a lieu dans le conte sicilien : Lahhati senza pinzeri {Fiabe^ Novelle, etc., de Pitre * ; nouvelle XCVI^ t. IV, p. 437), dont Imbriani rapproche la nouvelle IV de la Settimana villereccia de Michel Zezza et Thistoire de Grififacorto au chant VII de VOrlandino deFolengo. Dans les imitations de la première série la dernière réponse est toujours la même, dans les autres les problèmes varient, mais la mer à mesurer figure presque toujours comme dans l'historiette d'Etienne de Bourbon. Plusieurs fois il est demandé quelle est la distance du ciel à la terre. Cette question est aussi posée par le diable dans un petit poème populaire (Pitre, Canti popolarï sicil,^ n* 942), qui n'a, d'ailleurs ,^ rien de commun avec notre historiette. Il est répondu à Satan qu'il doit le savoir puisqu'il est tombé du ciel.

Parmi les exemples d'Etienne de Bourbon, il en est un (p. 144) qui commence comme un conte de Boccace. Il y est question d'une abbesse fort sévère et dont l'orgueil est puni par la plus honteuse situation, dont elle est tirée, grâce à l'intervention de la sainte Vierge- Parmi les nombreux parallèles qu'il cite, M. Lecoy de ^a Marche a oublié la légende de Gk)nzalo de Berceo

' Pitre indique de nombreuses variantes. L'une d'elles met en scèn» le roi Robert de Naples et Dante ; t. IV, p. 457.

{Milagros de nuestra Senora, XXI). Le vieux poète espagnol a également raconté Thistoire d'un pendu, que la Vierge soutient dans les airs (Miracle IV), mais M. Lecoy de la Marche n'a pas indiqué cette version à propos d'un miracle semblable (û° 419).

Un apologue d'Etienne de Bourbon a rappelé à son éditeur le fabliau de la Housse partie et divers récits similaires. On pourrait y joindre l'indication d'une ballade allemande roulant exactement sur la même donnée, et d'un conte deGrimm, où une auge remplace la vieille couverture.

Etienne de Bourbon a raconté qu'une femme fort charitable accueillit un mendiant sale, couvert d'ulcères, qu'elle lui fit préparer un bain, et le fit ensuite coucher dans son lit. Le mari rentrant à l'improviste voulait tuer cet inconnu, quand se transfigurant, il lui apparut sous les traits du Christ en lui disant: « Pourquoi me persécutes -tu, moi qui ai soufi'ert pour toi ? » Un sujet analogue a été bien souvent traité ; on le retrouve dans les Chants populaires des provinces de France de MM. Champfleurj et Weckerlin (p. 7), dans les Poésies populaires de V Armagnac de Bladé (p. 21), dans les Chants de la Provence de Damase Arbaud (t. I, p. 59), dans un romance portugais [Romanceiro geraL de Braga, p. 63). Roumanille a rajeuni cette légende dans la Margarideto, et Braga [Historia da poesia popular, p. 127) assure qu'en Islande il existe une légende de même nature.

Très nombreuses sont dans les vieux recueils les histoires de femmes contrariantes. Etienne de Bourbon raconte l'historiette qui a fourni à Marie de

France une fable et à un trouvère le Pré tondu, et celle dont La Fontaine a fait \di Femme qui se noie. Ces deux contes se retrouvent encore dans bien d'autres endroits didiXï% Democritus ridens (p. 121), dans un très curieux livre espagnol : ElCorbacho de Tarchiprêtre de Talavera

(folio XXIII. verso) Timoneda a répété la Femme

qui se noie dans El Sobremesa y alivio de Caminantes (conte premier).

Une religieuse, suivant notre dominicain (n** 248), avait charmé Richard Cœur de Lion par ses beaux yeux ; elle se les arracha et les envoya au roi qui voulait l'enveler. Jacques de Vitry, cité par M. Lecoy de la Marche, attribue cette action à une religieuse saxonne. En Espagne Maria Coronels'etant retirée dans un couvent, apprit que [^don Pedro le Cruel s'approchait avec Tintention de la ravir à son pieux asile ; elle se lacéra le visage à coups d'épée et parut aux regards du roi comme un objet d'horreur. Juan de Mena dans son Labyrinthe a rapporté sur cette Maria Coronel une bizarre tradition d'un autre genre, tradition que Mariana a AQïiïièey Adin^ son Histob^e d'Espagne [De rebm Hispaniœ, p. 782).

A la page 226 d'Etienne de Bourbon on lit la fable tant de fois répétée de Perrette et du pot au lait. M. Lecoy de la Marche ne cite que Bonaventure des Perriers et Jacques de Vitry. On retrouve ce conte dans Hitopadesa et à son sujet le traducteur de ce livre nomme les ouvrages suivants : Calilaet Dimna, Pantchatantra ; Anwar-i-Souhaili ; Spécimen sapientiœ indorum ; Bel Govemo dei Regni; Birectorium humanœ vitœ ; Filoso/îa morale ; Mille et une Nuits ; Bialogus

Creaturarum / Joci ac sales ; Facéties de Domenichi ; Sylva sermonum; Sermones convivales; Apologi Phœdrii; Democrttus ridens. A cette nomenclature j'ajouterai qu'on retrouve une donnée du même genre dans le chapitre XXIX du livre du Comte Lucanor : Dona Truhawa;que Philippe de Vigneules a redit cette fable dans un recueil inédit, mais dont le passage en question a été imprimé dans VAmtrasie, t. II, p. 373, et qu'on la lit encore dans les Contes et fables indiennes de Bidpaî (t. III, p. 90). Il s'agit là d'un santon et des beaux rêves que lui inspire une cruche d'huile qu'il porte sur sa tête. Les châteaux en Espagne se prolongent plus encore que ceux de la laitière. Il finit par avoir un palais, une femme, un enfant. Cet enfant il s'agit de le bien élever, si jamais il lui désobéissait, il ressentirait les effets de sa colère. A cette pensée le san» ton décharge un coup de bâton sur l'enfant imaginaire, et atteint la cruche qu'il a posée près de lui et qui vole en éclats.

Dans ces mômes contes indiens (t. III, 212) on lit la fable de l'homme entre ses deux maîtresses. Etienne de Bourbon l'a aussi rapportée (p. 390). Sous le numéro 331 Etienne de Bourbon donne une version de la parabole des anneaiuc que Boccace a racontée dans la première nouvelle de la première journée AuBecameron et quia fourni à Lessing le sujet de son Nathan le Sage. M. Licurgo Cappelleti a dressé une très longue liste de rapprochements ; nous y renvoyons notre lecteur. {Novelle di G. Boccaccio, 1882, p. 243.)

Une des meilleures ballades de Schiller est celle qui porte ce titre : Der Gang nach dem Eisenhammer.

Nous Tanalyserons pour mettre le lecteur au courant de la fiction qui va nous occuper. Un comte de Saverne a un page qu*il aime beaucoup, Fridolin. Un envieux, Robert, persuade à son maître que Fridolin aime la comtesse. Le seigneur furieux ordonne à des forgerons de jeter dans un de leurs fours le messsager qui viendra demander si les ordres du comte sont exécutés. Il charge Fridolin de cette mission. Le page se met en chemin et passe devant une église où Ton disait la messe ; il entre et y assiste. Pendant ce temps Robert se rend lui-même à la forge et ne doutant pas que son désir ne soit accompli, il demande si Ton a obéi au comte. A ces mots les forgerons se jettent sur lui» et le livrent au supplice qu'il croyait avoir préparé pour un innocent.

Etienne de Bourbon a raconté cette jolie légende (p. 339). M^ Lecoy de la Marche a omis de citer la ballade de Schiller, mais a rappelé la note si intéressante que M. Gaston Paris a publiée dans la Romania (t. V, p. 254). L'origine orientale de ce conte y est parfaitement établie, et ses nombreuses ramifications y sont indiquées. M. G. Paris pensait qu'il devait exister un original latin, et M. Lecoy de la Marche croit que cet original pourrait être le livre d'Etienne de Bourbon. Je ne répéterai pas ici tous les renseignements donnés par M. G. Paris ; j'ajouterai seulement qu'en Portugal on raconte la même légende; le jeune homme calomnié y est devenu un page du roi dom Diniz {Reynas de Portugal^ par Francisco da Fonseca Benevides ; 1. 1, p. 478). M. Antonio Machado y Alvarez, a, de son côté, rapporté cette légende très

connue, paraît-il, à Coïmbre, et l'a citée d'après un ouvrage portant ce titre : Historia de la vida, muerte, mïlagros, coronaciony traslacion de santa Isabel, seœta reina de Portugal , par don Fernando Correa de Lacerda.

Oq ne connaîtrait pas la filiation de cette historiette qu'on renoncerait à la placer sous le règne de dom Diniz, puisque don Alfonso X, de Castille, l'avait, déjà auparavant, racontée dans ses Miracles de Notre^ Dame. M. Machado a rapporté les vers du docte roi, qui parle, lui, d'un comte de Toulouse ou de Tolosa. {Encïclopedia de Sevilla, n*» 16, p. 500, et ri^ 18, p. 562.) Le récit, du reste, diffère peu de la donnée générale. Indiquons encore sur ce sujet la page 38 du curieux livre de Liebrecht Zur Volkskunde.

Etienne de Bourbon a raconté (p. 378) l'anecdote qui fait le sujet du fabliau De la vieille qui graissa la main du chevalier, M. Lecoy de la Marche cite ce fabliau, Jacques de Vitry, Wright Latin Stories, Democriùm ridens ; il aurait pu rappeler encore V Enfant sans soucy ; les Facéties de Domenichi ; Molini, Novella XI, et El libro de los enxemplosy exemple XXIV.

Etienne de Bourbon rapporte (n** 565) qu'un paysan des environs de Mont-du-Chat [Mons Cati) s'en allait un soir, portant une charge de bois quand, au clair de la lune, il vit une grande quantité de chiens et de chasseurs à pied et à cheval. Ayant demandé à l'un d'eux qui ils étaient, il apprit qu'ils appartenaient au roi Arthur, et qu'ils se rendaient à son palais. Ils engagent le manant à les suivre et il arrive dans une somptueuse habitation ; des dames, des chevaliers y mangeaient et y buvaient. On le conduisit à un lit

très riche, sur lequel était couchée une femme fort belle, près de laquelle il se plaça. Quand le jour parut, notre homme se trouva étendu sur son tas de fagots. On retrouve là la fameuse chasse fantastique connue dans tous les pays. En Allemagne elle est menée par un sire de Falkenberg, par Eccart, ailleurs par saint Hubert, ailleurs par un personnage nommé Hellequin. Dans le Bourbonnais, on rappelle la chasse gajère. A Tours, c'est le roi Hugon qui conduit une bruyante armée ; dans le duché de Luxembourg, c'est le roi Otton qui traverse les airs avec ses veneurs. La forêt de Fontainebleau était, disait-on, hantée par Tombre d'un grand veneur, qui apparaissait sous une forme hideuse et suivi de chiens monstrueux. Dans les Mé^ moires de Sully, il est parlé de ce grand veneur. Un jour qu'il chassait à Fontainebleau, Hen^ri IV entendit tout ce bruit de chiens et de trompes et envoya le comte de Soissonsvoirce que c'était. Saint-Foix, qui a rappelé ce fait [Essais sur Paris, rue des Francs-Bour^ geois), veut l'expliquer par l'habileté a qu'avaient deux gueux, lesquels réussissaient à imiter en perfection le son des cors et la voix des chiens », et auraient cherché à attirer le roi dans un endroit écarté pour l'y tuer. Sully dit à ce sujet : « On cherche encore de quelle nature pouvait être ce prestige, vu si souvent par tant d'ayeux (d yeux ? ) dans la forêt de Fontainebleau. C'était un fantôme environné d'une meute de chiens, dont on entendait les cris et qu'on voyait de loin, mais qui disparaissait lorsqu'on s'en approchait ». [Mémoiresy éd. de 1778, t. III, 1. X, p. 146.) En Thuringe c'est le cortège de Holda,lafée|bienfaisante,

qui passe. On la retrouye en Norwège. Dansd*autres contrées, on la connaît sous le nom de dame Abondia. En Catalogne on croit que ces bruits aériens sont causés par la danse éternelle à laquelle estcondamnée Hérodiade, en pénitence de la mort de saint Jean- Baptiste. M. Pelay Bri2, dans son poème la Orientada^ a profité de cette légende (chant III) .

Le nom d'Helequin ou Herlequin remonte loin. Orderic Vital raconte, au livre VIII de son Histoire ecclésiastique{t III, p. 367 deréditiondelaSociétédeThis. toire de France), qu'au mois de janvier 1091, un curé de Bonneval qui venait de visiter la nuit des malades aux environs de sa paroisse, eut une terrible vision. Il vit une foule étrange, piétons, archers, femmes, moines, évoques, qui se lamentaient et pleuraient, et reconnutjparmi eux plusieurs personnages qu'il savait n'être plus en vie. Cette lugubre procession était terminée *par une quantité d'hommes à cheval armés de toutes les façons, et parmi lesquels il distingua Richard de Bienfaite et Baudouin de Meules, fils de Gisbert, comte de Brionne et morts tous deux. Le prêtre se dit alors qu'il avait devant lui la mcsnie Herlequin. « Haec sine dubio familia Herlechini est ; a multis eam olim visam audivi, sed incredulus relativus derisi, quia certa indicia nunquam de talibus vidi, etc. » Cette mention de la famille Herlequin prouve que la croyance qui se rattachait à elle existait au xii' siècle.

M. Paulin Paris a pensé que, par une bouffonne transformation, la famille Herlequin était devenue la famille Arlequin. Charles Nodier, dans la préface d*une Nouvelle biblîothèqtce bleue ji^Sivle de lamesnieHellequin;

sua QUELQUES HISTORIETTES 251

il rappelle qu'elle figure dans le roman de Richard sans Peur : « En Champagne, ajoute-t-il, les enfants s'eflfrayent en criant:« Arlequin sur mestalonsl» (Préf., p. XXVI.) En Lorraine, la mesnie Hellequin est devenue la Mouhihennequin, et Ton croit dans certains endroits de cette province que ces rumeurs mystérieuses sont les cris des enfants morts sans baptême.

M.Liebrechtatraitédecettetraditionàdeuxreprises: Gervasius von Tilbury ^ Otiaïmperialia{p. 175), Volkskunde (p. 28). Je renvoie pour plus de détails mon lecteur au savant allemand, à M"* Amélie Bosquet, qui a écrit dans la Normandie romanesque (ch. v), des pages pleines de curieuses recherches sur les chasses fantastiques, à Ozanam, les Germains avant le christianisme y et au volume de M. Richard, Traditions populaires, usages et coutumes de l'ancienne Lorraine (p. 220).

Nous retrouvons dans Etienne de Bourbon une anecdote qu'on ne supposait pas aussi ancienne (n® 493). Un abbé fort hospitalier avait fait placer cette inscription au-dessus de la porte de son abbaye :

Porta païens esto; nulU daudatur honesto.

Il eut un successeur fort avare, qui changea ainsi la ponctuation de cette inscription :

Porta patens esto nulli ; claudatur honesto.

Tabouret, dans les Bigarrures et touches du seigneur des Accords, raconte autrement cette anecdote, en disant l'avoir empruntée àCardan: « L'on fait encore des gaillards équivoques quand, par la transposition des points on coupe des mots, comme celui rapporté par

Cardan, de Martin, abbé d*Asello, qui avoit fait mettre sur la porte de son abbaye ces mots :

Porta patens eslo nulU. Glaudaris honesto.

«« Ce que lisant, quelquefois, un pape, passant par là, et voyant un point après nulli, irrité de l'incivilité de cet abbé, le déposa et en mit un autre à sa place. Lequel sans ester le vers ne fit que changer le point et le mettre après esto, en mémoire de quoi on fit ce distique :

Porta patens esto, nulli claudatur honesto.

Ob solum punctum caruit Martinus Asollo.

« Et encore en court le proverbe françois mal entendu Pour un seul point Martin perdit son asne » (édit. MDCXLVIIl, p. 118), un nom d'animal en place d'un nom de lieu.

Ce proverbe est aussi connu en Italie. Mais, excepté à Gênes, c'est la cape, la cappa, qui remplace l'âne {Pitvè, Prûve7'bi siciL, vol. II, p. 59). Pitre a rapporté deux historiettes qui expliqueraient d'une manière difi'érente ce dicton {Proverbi, t. IV, p. 341) {Fiabe, Novelle e Racconti, t. IV, p. 257 et suiv.), et, à leur sujet, a indiqué, avec l'érudition qu'on lui connaît, de nombreux et curieux riscontri.

Nous nous arrêtons ici, mais, nous le répétons, on pourrait augmenter beaucoup le nombre de ces rapprochements, et il y aurait certainement des indications à joindre à plusieurs de ceux que nous avons donnés ; tels quels, ils intéresseront, peut-être, les lecteurs qui s'occupent de la généalogie de ces vieux contes, dont la vogue fut si grande et qu'on rencontre sur tant de points différents.

Paris, juin 1883.

lA FUIE AUX MAINS COUPÉES

Je veux m'occuper d'une légende assez étrange qui a déjà été l'objet de travaux importants de MM. d'Ancona et Wesselofski. Le sujet dont je me propose de parler n'est donc pas nouveau et je serai obligé, plus d'une fois, de revenir aux études de mes savants prédécesseurs: isolées des leurs, les recherches, les découvertes que j'ai faites moi-même demeureraient incomplètes et obscures. Je n'ai, du reste, pas la prétention de dire le dernier mot sur le conte de la Fille aux mains coupées, ni de signaler tous les rapprochements auxquels il peut donner lieu, car à chaque instant on découvre de nouvelles références.

Le conte de la Fille à la main ou aux mains coupées existe sur des points fort éloignés les uns des autres, les événements qui amènent la mutilation sont souvent très différents, et dans la plupart des rédactions, ce conte se développe par l'agrégation de plusieurs autres récits. Je rencontrai'pour la première fois cette singulière histoire, quand, en 1866, je m'associai à M. Albert de Circourt, pour traduire le livre de Gutierre Dias de Games, qui, au xv® siècle, sous le titre de Victorial, raconta la vie accidentée de don Pero

Nino, chevalier aventureux et un peu aTenturier dont il était Talferez. Venu en France à la suite de ce seigneur, Games apprit, il ne dit pas comment, un épisode par lequel il prétendait exposer les causes des longues guerres qui se produisirent entre ce royaume et l'Angleterre. C'est de cette version que j.e veux d'abord parler et qui servira comme de base à ce petit travail.

Games raconte qu'un duc de Guienne conçut, après la mort de sa femme, une affreuse passion pour sa fille. Je me borne à indiquer rapidement cette répugnante situation, mais je pense devoir donner le reste de la légende.

La damoiselle appela un sien serviteur à qui elle se ûaît et lui raconta toute la chose, et comment son père lui avait baisé les mains. Et pour empêcher an si grand péché, elle lui dit : — Je veux que tu coupes mes mains et tu lieras mes bras afln que je ne meure pas. Le serviteur se défendit de faire telle chose, mais elle lui dit : — Tu me les couperas, ou je me tuerai avec ce couteau. Je puis bien vivre sans mains, ou autrement tu ne me verras plus, ni toi, ni personne.

Et la damoiselle prit un bassin d'argent et un couteau qu'elle tenait tout prêt et bien aiguisé et posa les mains sur le bassin et dit : —Coupe sans crainte. Et ainsi le serviteur les lui trancha et les plaça dans le bassin avec le couteau et le sang; il lui ha les bras, puis couvrit le bassin avec un drap, le mit de côté et s'en fut. Le lendemain, le duc vint pour voir sa fille et s'assit près d'elle sur l'estrade ; et la regardant, il la vit très pâle, telle que jamais elle ne l'avait été, et lui voulut prendre les mains, comme il avait coutume de le faire. Elle, alors, leva ses bras qui étaient hés, et quand il ne vit point de mains, il fut fort étonné et dit : — Qu'est-ceci, fille?

Elle répondit : •— Seigneur père, ce n'est pas sans raison ; par vous je fus engendrée, vous baisiez mes mains ; et les mains baisées par un père, voilà ce qu'elles méritent. Alors le duc très courroucé contre sa fille, fit appeler ceux de son conseil et leur raconta la chose, et il dit que puisque sa fille n'avait

point en pitié de lui, on ne devait pas avoir pitié d'elle et qu'il voulait qu'elle mourût, mais qu'il demandait avis sur le genre de mort qu'elle devait subir. Les conseillers répondirent : — La loi n'est pas qu'elle meure ; la loi ordonne qu'une femme de lignage royal qui a commis une faute ne soit pas mise à mort, mais qu'on la place sur un vaisseau toute seule et sans nulle compagnie; et si elle a des enfants, conçus contre l'honneur, qu'on les y place près d'elle, qu'on lui donne son trousseau et tout ce qui lui appartient, et ce dont elle peut avoir besoin pour se substanler, et que l'on conduise le vaisseau en mer, si loin que la terre ne se voie plus, qu'alors on déploie les voiles et qu'on la laisse ainsi seule sur les flots.

Et de la sorte il fut fait incontinent. On appareilla une nef et on mit la damoiselle dedans avec tout ce qui lui appartenait, ainsi que le bassin contenant les mains et le sang, etdes hommes entrèrent dans d'autres vaisseaux pour conduire la nef. Quand ils eurent perdu la terre de vue, laissant la damoiselle toute seule, ils revinrent au rivage. Tout ce jour et toute la nuit, la damoiselle ne fit que pleurer, appelant Dieu et sainte Marie, les priant de la secourir et conduire à bon port, et d'avoir merci de son âme. Et comme elle était très faible, à. cause qu'elle avait perdu beaucoup de sang, elle s'endormit au point du jour ; et la nef, comme il n'y avait personne qui la dirigeât, s'en allait, poussée par les vents et les ondes, tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, sans suivre de route certaine. Tandis qu'elle dormait ainsi, la Vierge sainte Marie lui apparut dans un songe et lui dit : — Ma flUe, que veux-tu? Vois, je suis la mère de Dieu, qui secours les tristes et les désolés au temps de leur plus grande détresse. Je suis celle que tu as Invoquée si instamment.

Et la damoiselle répondit:— Dame, si tu es la Vierge Marie, je te demande d'avoir les mains saines comme je les avais, et de m'enlever ces douleurs, et de me délivrer du grand péril dans lequel je me trouve, et de me conduire à bon port. Et la Vierge lui dit : — Ma fille, du premier jour que tu m'as appelée, j'étais avec toi pour te préserver du péché; mais comme Dieu connaît les cœurs de chacun, parfois il laisse ses amis souffrir et tomber dans quelques maux pour que leur patience et force soient éprouvées, afin que leur gloire et récompense soient plus grandes. Et pour que tu croies bien que je suis la Vierge sainte Marie, regarde, tu as les mains comme tu les avais, et tu seras bientôt à bon port et consolée et très honorée. Dans la grande joie qu'elle éprouvait à se retrouver

256 LA FJLLE ALX MAIXS COUPÉES

avec ses maios, et ne sentant plus de douleur, la damoiselle se réveilla très allègre et ne vit plus rien de la vision qui lui était apparue, mais elle était guérie et rendit grâce à Dieu. Il commença â s'élever un vent très doux du côté de la France, et la nef se mit à suivre une route aussi droite que si quelqu*aa eût tenu le gouvernail. Peu d'heures après, la damoiselle aperçut l'Angleterre, mais elle ne savait pas quelle terre c'était; cinglant aussi dans cette direction, vers le soir se montra une flotte. C'était un frère du roi d'Angleterre qui revenait d'Irlande. Dès qu'il aperçut la nef, il fit porter sur elie, et lui et ses gens furent très émerveillés d'une telle aventure, quand ils apprirent de la damoiselle qui elle était. Elle lui raconta tout ce qui avait eu lieu; et tous eurent grande pitié d'elle. Ce seigneur regarda cela comme une heureuse fortune et conduisit la damoiselle en Angleterre très honorablement, et se maria avec elle. Ensuite, lorsque le duc de Guienne mourut sans laisser d'autres héritiers, ce seigneur anglais vint en Guienne, avec sa femme, réclamer le duché; mais les Français ne le lui voulurent pas donner. Au contraire, ils le chassèrent du pays, car ils avaient toujours été ses ennemis. Le duc de Guienne, quoiqu'il eût appris le miracle, n'avait plus jamais aimé sa fille ; aussi, quand la mort approcha, il donna le duché au roi de France. Et tel fut le principe de la guerre qui dure encore aujourd'hui *.

Il est probable que c'est Éléonore de Guienne que Games a transformé en une chaste princesse, cette même Eléonore à laquelle Philippe Mousket {Chronique, t. I,p. 245) donnait pour mère un diable, ayant sous une forme féminine, séduit un duc d'Aquitaine. Je n'ai pas à rechercher comment Games a été amené à mêler ainsi le souvenir de la première femme de Louis VII à une fable évidemment fort ancienne, qui, comme Ta remarqué M. ,Wesselofski, remplit tout un cycle et s'augmente, comme on va le voir, dans ses autres versions, d'une seconde partie omise par Tau-

* Le Victorial, p. 260 et suiv.

teur espagnol et se confondant avec le cycle très vaste aussi de l'épouse calomniée et persécutée.

Lafiction qui nous occupe se divise en troisbranches. L'une a pour début la version de Games, mais s'allonge de la continuation dont je parlais tout à l'heure et qu'a omise l'alferez de Pero Nino. La seconde, avec diverses variantes, reproduit cette autre partie, mais ne renferme plus l'histoire des mains coupées ; enfin la troisième branche contient un nombre assez considérable de contes de différents pays où l'amour incestueux a disparu et dans lesquels l'amputation des mains a des causes diverses.

La Manekine est une des œuvres principales appartenant à la première branche. Ce roman en vers fut composé au xiii* siècle par Philippe de Beaumanoir, seigneur de Remy, le même à qui l'on doit les Coutumes du Beauvoisis, La Manekine analysée AdinsV Histoire littéraire de la France^ t. XXII, p. 864 (voir encore le même ouvrage, t. XV, p. 394, t. XXII, p. 228, t. XXIII, p. 680), a été publiée à Paris en 1840 par M. Francisque- Michel. Le même a inséré dans le Théâtre français au moyen âge, édité avec Montmerqué, un mystère provenant de ce roman, mystère qui a de nouveau été imprimé dans le tome V des Miracles de Notre-Dame de la Société des anciens textes. Enfin cette Société doit faire paraître une traduction en prose de la Manekine, traduction exécutée au xv* siècle par Wauquelin, bourgeois de Mons.

Un roi de Hongrie, resté veuf, est supplié par ses barons de se remarier. Il a pl'omis à la feue reine de

n'épouser qu'une femme qui loi ressemblerait et ne trouve cette ressemblance que dans sa fille Joie.

Celle-ci, outrée des desseins de son père, se coupe la main gauche qui tombe dans un fleuve coulant au-dessous delà cuisine où cet acte a lieu. Son père, furieux, la condamne à être brûlée vive. Un mannequin, — de là le titre du roman, — est mis à la place de Joie, que Ton embarque. Elle aborde en Ecosse et rencontre le roi de ce pays. Il s'éprend d'elle et l'épouse. Ici cesse la ressemblance avec la légende du Victorial et commence une autre partie, où une méchante belle-mère joue le même rôle odieux que dans quantité d'autres fictions qui appartiennent au cycle do l'épouse calomniée. Joie accouche d'un beau prince pendant l'absence de son mari. La mère de celui-ci intercepte la lettre qui apprend cette nouvelle à son fils et y substitue une autre missive par laquelle on lui fait savoir qu'il est père d'un monstre. Le roi ordonne d'attendre son retour avant de rien décider sur le sort de Joie. A cette lettre, sa mère en substitue de nouveau une autre, où il est enjoint au sénéchal de livrer Joie au bûcher. Cette fois encore la reine est sauvée par un mannequin qu'on brûle à sa place et elle s'embarque avec son enfant. Le roi revient, découvre la vérité, fait enfermer sa mère et se met en quête de sa femme. Au bout de sept ans, il la retrouve à Rome. Là est aussi le roi de Hongrie, tourmenté par ses remords ; il fait dans une église une confession publique. Joie, témoin de son repentir, se fait connaître. On retrouve dans une fontaine la main qui jadis a été avalée par un

esturgeon, et qui, grâce à une bénédiction du pape, va se rattacher au bras de la reine.

En Italie, le môme sujet a été traité dans une vieille œuvre dramatique qui a été imprimée par les soins de M. d' Ancona, la Rapprezentcuione di santa Uliva Mnutile d'en analyser le commencement, qui est presque identioLue à celui de la Manekine, seulement le roi de Hongrie y est devenu un empereur romain, et sa fille, comme dans le Victorial^ se fait couper les deux mains. Rencontrée par le roi de Bretagne, Uliva est conduite dans son palais avec la charge de veiller sur le prince royal encore au berceau. On baron devient amoureux d'elle; en le repoussant, le berceau est renversé; n'ayant pas de mains, Uliva ne peut le relever; le baron l'accuse du meurtre de l'enfant qui s'est tué dans sa chute. Condamnée à mort, le sénéchal, qui en a pitié, la conduit dans la forêt où elle a été trouvée. La Vierge lui apparaît, lui rend ses mains et lui indique un monastère où elle trouvera un abri. Un mauvais prêtre l'accuse d'avoir volé un calice. Uliva est placée dans une barque qu'on abandonne aux flots. Elle est rencontrée par des marchands qui la mènent au roi de Castille ; celui-ci l'épouse, mais bientôt il est attiré loin de son royaume par une guerre. C'est alors qu'Uliva met au monde un fils et que sa belle-mère joue exactement le même rôle que celle de la Manekine. Uliva, pendant qu'on brûle un mannequin à sa place, est encore une fois abandonnée dans une barque. Elle

1 Pise, Nistri, 1863, et Sacre rappresentazioni dei aecoli xiv, xv, XVI. Firenze, successori Le Monnier, t. III, p. 235.

finit par arriver à Rome, où elle retrouve son mari, qui était venu chercher l'absolution, car dans l'indignation que lui avaient causée les trames de sa mère, il Favait fait périr. Le roi de Castille reconnaît sa femme, l'empereur, sa fille et tout finit bien.

Une nouvelle toscane, la Madra Oliva {Archwio per lo studio délie tradizioni popolari^ 1. 1, p. 520), reproduit les mêmes épisodes, mais, comme dans quelques contes dont il sera parlé plus tard, Oliva retrouve ses mains en plongeant ses moignons dans une fontaine pour en retirer ses enfants qu'elle y avait laissés tomber. Une variante, toscane aussi, la Bella Oliva diffère de la Madré Oliva par Tabsence des mains coupées et appartient à la seconde branche. Le Mystère de Stella^ que M. d'Anconaa publié dans ses Sacre rapprezentazioniy présente, avec celui d'Uli^a, d'assez grandes ressemblances pour qu'il soit inutile de s'y arrêter. DisoQS encore, pour finir avec ce que l'Italie nous ofl're sur ce sujet, que dans un conte du Pentamerone, Penta Manomozza repoussant l'amour de son frère, se coupe une main. (Voyez la Novellaja fiorentina d'Imbriani , p. 158.)

L'histoire de la fille du roi de Dacie ne diffère pas beaucoup de cette donnée : à la suite d'incidents à peu de chose près semblables à ceux qui forment le début du roman de la Manekine et du Mystère de santa Uliva, Elisa arrive à Rome ; un prince allemand, le duc Apardo, la voit et devient amoureux d'elle. Les miracles se succèdent. Elisa recouvre ses mains, des voix célestes engagent Apardo à épouser la belle inconnue, un saint ermite l'y détermine, le mariage a

lieu et amène les mêmes événements que dans les deux versions précédentes. Revenue à Rome, Elisay est choisie par un grand seigneur allemand pour nourrice de son fils. Le duc Apardo, venu chez ce seigneur, y reconnaît sa femme.

On retrouve la plupart de ces incidents dans une version catalane, Historia del reg de Hungria *. Mais ici la jeune fille aux mains coupées débarque à Marseille. Le comte de Provence la voit, Taime et l'épouse malgré sa mère. Il obtient de sa femme le récit de ce qui lui est arrivé et se rend près du roi de Hongrie, son beau-père. Celui-ci, repentant de son coupable amour, reçoit très bien son gendre, et le retient si longtemps à la cour que la belle-mère de la comtesse peut exécuter les noirceurs que nous avons déjà racontées. Placée dans une frêle embarcation, la jeune femme aborde près d'un couvent de religieuses ; elle y est recueillie par l'abbesse et y mène une sainte vie. Au bout de cinq ans, elle était un jour en oraison quand elle vit un prêtre qui voulait dire la messe et n'avait personne pour la servir. Elle éprouva un vif désir de pouvoir l'aider , et tout à coup aperçut deux belles mains, elle étendit ses poignets vers elles et elles vinrent aussitôt s'y attacher.

Cependant le comte était revenu à Marseille ; mais, irrité contre sa mère, il se décida à quitter ses Etats, déterminéàn'y revenir qu'avec sa femme. Après treize ans de recherches, il la découvrit enfin dans le mo-

1 Documentosdelacoronade Aragon , t. XIII. Documentos leterarios en antigua Ungua catalana (Siglo xiv y xv, Barcelona, 1857, p, 53-79.

nastère où ell(*, s était réfugiée, il la ramena à Marseille et en eut plusieurs enfants. Une de ses filles fut mariée à un roi de France, une autre à un roi de Castille, la troisième au roi d'Angleterre.

L'histoire des mains coupées ne s'est pas arrêtée là. Nous allons la suivre dans diverses contrées; mais nous l'y retrouverons dégagée du début des romans précédemment analysés. Allons d'abord en Catalogne. Le Rondallayre nous oflFre un conte, lo Castell de iras y no A2 2;enr<25 (première série, p. 60), où nous voyons un père très pauvre donner sa fille au diable. Au moment où le Mauvais doit s'emparer d'elle, elle fait le signe de la croix et Satan prend la fuite; mais il exige que le père coupe la main droite de son enfant, ce qui est exécuté. Le diable revient, la pauvre fille se signe de la main gauche et échappe encore à son persécuteur. Celui-ci enjoint au père de couper aussi cette main, et il est obéi. Une troisième fois la jeune fille simule le signe de la croix avec la tête et le démon ordonne qu'elle sera tranchée ; mais sa victime prend la fuite et se réfugie dans une grotte. Les chiens du roi l'y nourrissent de leur pain et deviennent si maigres que leur maître voulant en savoir la cause les fait suivre, découvre la jeune fille et l'épouse. Nous retrouverons ce chasseur et ces chiens dans un conte breton.

Le roi part pour une longue guerre ; pendant son absence, sa femme accouche d'un fils et d'une fille. Le diable joue le rôle attribué à des belles-mères dans d'autres versions et substitue une lettre à celle qui apporte l'heureuse nouvelle, une autre lettre également substituée ordonne de noyer les jumeaux. Us sont sauvés par un meunier. Ce sont eux qui deviennent

les héros du reste du conte ; ils ont de merveilleuses aventures dont nous n'avons pas à nous occuper. A la fin , le roi retrouve ses enfants , puis sa femme qui a recouvré ses mains, on ne dit pas comment.

M. Paul Sébillotnous a donné de ce conte deux versions bretonnes, dont Tune offre de l'analogie avec le récitcatalan. {Contes de 'paysans et de pêcheurs , p. 215.)

Un paysan a promis au diable de lui livrer un enfant dont il attend la naissance. Sa femme met au monde une fille. Elle eut pour marraine une religieuse. Gelle-ci ayant connaissance deTodieux marché, quand sa filleule devint un peu grande, l'avertit de ce qu'elle aurait à faire pour échapper à l'esprit du mal : « Quand le diable vienda pour te chercher, lui dit-elle, tu feras le signe de la croix avec la main droite en passant devant les calvaires. S'il te la coupe, tu te signeras de la main gauche, et, s'il èe la coupe encore, tu salueras les croix de la tête. »

Quand la fille eut sept ans, le diable l'emmena. Elle suivit exactement les prescriptions de sa marraine, et comme celle-ci l'avait prévu, elle perdit ses mains, mais le diable renonça à l'emporter.

La pauvre petite gagna un bois et se réfugia dans un tronc d'arbre, où elle vécut assez longtemps pour devenir une belle jeune fille et inspirer une violente passion au maître d'un château voisin, qui l'épousa en dépit de ses parents. Ici commencent les persécutions et les ruses d'une belle-mère, telles que nous les avons déjà rencontrées plusieurs fois. La jeune femme emportant ses enfants sur une hotte les laisse tomber dans une fontaine où elle veut boire ; elle y plonge

ses moignons, auxquels deux mains viennent bientôt s'attacher, comme dansleconteitalienlaJIfac^re Oliva et dans d'autres récits dont nous parlerons tout à l'heure. Un conte allemand recueilli par Grimm, dos Màdchen ohne ffande, et analysé par M. Wesselofski se rapproche du récit breton et du récit catalan par un marché avec le diable.

Le deuxième conte donné par M. Sébillot diflPère du premier surtout par un point de départ que nous retrouverons bientôt en Grèce.

Une femme jalouse de la beauté de sa belle-flUe, pendant une longue absence de son mari, fait couper les mains de la malheureuse et la fait hisser sur une épine blanche grande comme un pommier. Une pie vient miraculeusement apporter de la nourriture à la jeune fille. Un chasseur la rencontre en suivant ses chiens, il l'emmène chez lui, l'épouse malgré sa mère et peu après part pour la guerre. Ici se reproduisent les incidents connus, accouchement de deux beaux enfants , lettre de la belle-mère annonçant la naissance de deux monstres, etc. Le mari répond par l'ordre de les tuer, mais de ne faire aucun mal à leur mère . La persécutrice fait mettre les deux enfants dans une hotte et placer cette hotte sur le dos de sa belle-fille, qu'elle chasse. Comme dans le conte précédent, les enfants tombent dans une fontaine. Une belle dame apparaît et ordonne à leur mère de plonger ses bras dans l'eau, les mains repoussent. La dame conduit les fugitifs dans une grotte, où la pie qui a figuré au commencement de l'histoire la nourrit de nouveau. Le mari à son retour et à qui on a fait

croire que sa femme était morte, rencontre ses enfants en chassant; il est frappé de la ressemblance que la petite fille offre avec celle qu'il regrette si vivement ; il la suit à une maisonnette, où il retrouve sa femme. Reconnaissance et fin heureuse. {Contes populaires de la haute Bretagne ; !'• série, p. 105.)

M. Jean Fleury, dans son très intéressant volume Littérature orale de la basse Normandie, p. 151, a donné une version qui a beaucoup de rapports avec celle dont nous venons de parler.

Une mère jalouse de la beauté de sa fille ordonne à des meurtriers de la tuer et de rapporter comme preuve de l'exécution de ses ordres, le cœur de la victime. Les bandits, qui l'ont conduite dans une forêt, ne peuvent se décider au meurtre, mais se munissent du cœur d'un chien et coupent les mains de la malheureuse. Ils l'abandonnent après avoir bandé les plaies avec l'herbe qui arrête le sang. La jeune fille ayant pénétré dans un jardin, s'y nourrit de fruits comme l'héroïne du comte allemand de Grimm . Elle est découverte par le fils de la maîtresse du château, qui s'éprend d'elle et l'épouse. Ici se représentent la naissance de deux entants, la haine de la belle-mère, ses mensonges, les lettres interceptées, etc. La jeune femme persécutée prend la fuite, emportant les jumeaux dans une hotte. En se baissant pourboire elle les laisse tomber dans une fontaine , comme dans la Madré Oliva , les deux contes bretons et un conte russe, analysé par M. Wesselofski *. La jeune femme plonge

* La figlia del re di Dacia^ p. XX.

â66 LA FILLE AUX MAINS COUPÉES

ses moignons dans Teau et aussitôt il y repousse des mains, de même que dans les versions que nous venons de rappeler. Un conte de TArmagnac, recueilli par M. Bladé, offre aussi une trace de la croyance à une puissance vivifiante et merveilleuse de Teau.

Dans ce conte, une belle-mère encore persécute sa belle-fille et va jusqu'à tuer son enfant pour l'accuser du meurtre ; privée d'une de ses mains par son père, la jDamayseleto la retrouve en enfonçant son bras dans une fontaine. {Contes de V Armagnac, p. 53.)

Mais revenons à notre héroïne. Son mari, à son retour , se met à sa recherche ; il rencontre un de ses fils, et, par ce qu'il apprend, ne doute pas que son épouse ne soit vivante. Il la retrouve en effet et enferme sa méchante mère dans un souterrain, où elle est dévorée par les bêtes sauvages.

Ces derniers contes ne sont pas sans quelque analogie avec un conte grec traduit par M. Legrand. {Contes populaires de la Grèce ^ p. 241.)

Un roi qui vivait au pays franc, étant veuf, se remaria à une méchante femme, qui devint fort jalouse d'une fille née d'un premier lit . Pendant une absence de son mari, cette méchante femme ordonna à un serviteur d'emmener sa belle-fllle dans une forêt et de la tuer, ce qui amène les incidents déjà connus, compassion du meurtrier, mains coupées, etc. La princesse est rencontrée par un duc, qui l'épouse.

Le roi franc à qui on raconte que sa fille avait pris la fuite, se doute de quelque trahison. Tombé dans une morne tristesse, pour se distraire il fit annoncer un grand tournoi.]Celui qui, sansjqu'il le sût, était son

gendre, y fit des exploits et inspira un vif amour à la reine. Elle interrogea un des gens du vaillant chevalier et apprit que sa belle-fllle , loin d'être morte , avait épousé celui qu'elle aimait. Le serviteur avoua qu'il venait d'arriver des dépêches annonçant que sa belle maîtresse était accouchée de deux garçons . Lettres interceptées et remplacées par d'autres, où il est ordonné de faire périr la mère et ses enfants.

Son beau-père ne peut se décider à faire exécuter de tels ordres. On abandonne la jeune femme avec ses enfants dans un désert, où elle rencontre un ermite qui prend soin de la nourrir.

La Vierge, touchée de sa résignation, lui rend sea mains, puis son mari, qui parla suite succède au roi franc.

Agapios, moine du mont Athos, a écrit une légende presque semblable dans un livre intitulé : le Salut des pécheurs. La ressemblance est si grande entre les deux récits, qu'il est inutile d'analyser le second, ce qui d'ailleurs a été fait par M . Gidel dans ses Etudes surla littérature grecque moderne {p, 280). M. Legrand pense que son conte dérive de celui d'Agapios, quî, lui-même, on l'a vu, a de grands rapports avec la. Manekine; il ne croit pas, cependant, qu'il en provienne directement et admet que le moine dut connaître quelque imitation italienne de ce roman. Cela paraît certain ; d'Ancona parle d'un vieux rornsm Mïracolt délia Madonna^ qui a donné le sujet de la Rapprezentazione di Stella, à peu près semblable , comme nous l'avons dit, au mystère de sainte Uliva. Le moine grec dut avoir entre les mains ce livre des MiracoU.

Bien que remontant à une origine commune, les contes dont nous venons de nous occuper offrent, nous en avons prévenu le lecteur, deux différences notables avec la Manekine et ses dérivés : il n'y est plus question de Tamour d'un père et leurs héroïnes perdent leurs mains par des niotifs différents.

Nous ne pensons pas avoir indiqué tous les récits où se trouve ce sanglant épisode. De plus longs détails à ce sujet nous sembleraient, du reste, 'inutiles; ils ne feraient guère qu'offrir la répétition des faits principaux que nous avons rapportés et sans grand profit. Ils ne feraient que montrer, ce qu'on sait de reste, aujourd'hui, combien les mêmes récits se retrouvent dans des pays distincts les uns des autres, et sans rapports apparents entre eux.

Cet épisode des mains coupées a disparu d'une autre branche, dont maintenant nous dirons un mot d'après M. Wesselofski.

Au xv* siècle, Bartolomeo Fazrio composa une nouvelle intitulée : De origine helli inter Gallos et Britannos. Il reconnaissait l'avoir écrite d'après un récit en langue vulgaire. Cette prétendue histoire de l'origine de la guerre des Français et des Anglais fut ensuite racontée en italien par Jacopo di Poggio Bracciolini, dans une nouvelle qui fut imprimée sous ce titre : Storm delV origine délia guerre tra i Francesi e gli Inglesi (Florence, 1542), et réimprimées ous celui (Florence, 1834) de Novella di incerto autore, et sous celui (Lucques, i^^(^)AQ Novella delta PulcelladiFrancia. Sauf l'épisode des mains coupées, cette version rappelle beaucoup les différents récits dont nous nous

sommes occupé en dernier lieu. Edouard, roi d'Angleterre, perd sa femme et conçoit un affreux amour pour sa fille. Celle-ci implore son oncle, le duc de Lancastre, et grâce à lui réussit à se retirer dans un monastère de Vienne. Elle y est rencontrée par le dauphin de France, qui devient amoureux d'elle et l'épouse, à la grande fureur de sa mère, qui agit comme les belles-mères dont il a été précédemment parlé. La princesse prend la fuite et se retire à Rome avec son fils. Là elle trouve un asile où Tempereur Henri la voit et la choisit comme nourrice d'un enfant qui vient de lui naître. Cependant le dauphin devenu roi a appris la fausse nouvelle de la mort de sa femme et les infamies de sa mère, à laquelle il déclare la guerre. Après une lutte de trois ans, il finit par la vaincre et la tuer. Plein de remords il arrive à Rome pour solliciter l'absolution du pape. A un dîner de l'empereur il est tellement charmé de la grâce d'un jeune garçon, qu'il témoigne le désir de l'emmener avec lui. C'est le fils de la nourrice dans laquelle il reconnaît sa femme, avec laquelle il revient triomphalement dans son royaume.

Peu après son retour dans ses États, il a un autre fils, et pour éviter de fâcheuses contestations, il décide que l'aîné régnera sur la France et le second sur l'Angleterre, dont sa femme avait hérité à la mort d'Edouard. Le roi ordonna de plus dans son testament que tous les ans, à Pâques et à Noël, le roi d'Angleterre viendrait à Paris et servirait à table le roi de France. Pendant longtemps ces dispositions furent observées; mais un jour le roi delà Grande-Bretagne

mal conseillé par ses ministres, refusa de se soumettre à cet acte d'hommage, et ce fut la cause d'une grande guerre et de haines qui duraient encore au moment où écrivait Fauteur de la nouvelle.

Un ancien roman publié à Paris sans date, in-4^ gothique, et tombé dons le domaine de la Bibliothèque bleue, procède évidemment de la même origine : c'est l'histoire de la Belle Hélène de Constanttnople, mère de saint Martin et de saint Brice. Cette belle Hélène était fille d'un roi de Constantinople, nommé Antoine, lequel avait épousé la sœur du pape Clément IX. Antoine demanda à son beau-frère la permission d'épouser Hélène. Le pape refusa et céda ensuite d'après un ordre céleste, que lui apporta un ange. Antoine cependant ne peut profiter de l'autorisation, car sa fille prend la fuite. Après bien des aventures, elle arrive en Angleterre, où le roi Henri l'épouse. Obligé de partir pour une guerre lointaine, il laisse sa femme en garde à sa belle-mère. Nous retrouvons ici la situation que nous avons déjà trop souvent rencontrée : naissance de beaux enfants, que la marâtre prétend être des chiens, lettres fabriquées, etc. Le duc de Glocester ne peut se décider à faire brûler Hélène, on l'embarque après lui avoir coupé un bras. Pourquoi ? C'est ce que l'histoire ne dit pas, mais ce qui achève de prouver la communauté d'origine avec le roman de la Manekine. Le reste des aventures difi'ère et il serait inutile de les raconter. Disons seulement qu'Hélène finit par retrouver son père, son mari, ses enfants qu'elle avait perdus, et même son bras que son fils, saint Martin, lui rend par un miracle. Le lecteur

qui voudrait plus de détails pourra consulter Y Histoire des livres populaires de M. Ch. Nisard (t. I, pp. 415 et suiv.).

A cette branche appartient encore la comtesse d'Anjou [Manuscrits de la Bibliothèque du roi^ par Paulin Paris,tome VI, p. 40). Cette comtesse, en jouant aux échecs avec son père, lui inspire un violent amour. Elle prend la fuite, erre longtemps au milieu de toutes sortes d'aventures. Elle épouse le comte de Bourges, mais la comtesse de Chartres est furieuse de la mésalliance de son neveu, — car elle ignore le rang de sa femme, — et elle joue le rôle odieux attribué aux belles-mères dont nous avons tant de fois parlé.

Il serait facile de citer un grand nombre de références avec cette branche ou du moins avec son début; Todieux amour d'un père : notre Peau d'Ane, PelV d*aze du Rondallayre (t. II, p. 22), le romance asturien Delgadina'^ (larhbuch, t. III, p. 284, Vietcx auteurs castillans^ t. II, p. 489) ; la Filla del re des Gansons de la terra (t. IV, p. 17); la Margaritaàu romancerillo catalan de Milà (n° 29, et aux Noticias^ p. 261, n« 272) ; la Stlvanha jiortugdiise (p. 37 de notre traduction du Romanceiro) ; le romance, sans doute expurgé, que Fernan Caballero a inséré dans Çosa cumplida solo en otra mda; le conte anglais Bu roi qui voulait épouser sa fille {Contes de la Grande-Bretagne ^ de M. Bruyère, p. 41); la Zuccacia des NoveUine, de Comparetti(p. 244) ; la Scmdiroeura de ISiNovellafa /?o-

* C'est Amador de Los Rios qui Ta publié dans le Jarhbuch. Il y «st revenu daus son Historiacrilicade la literatura espanolaf t. VI. p. 435 et à la note.

rentina (p. 158) et ses nombreux dérivés; la Pilusedx de Pitre {Fiahe, etc., 1. 1, p. 381) et ses parallèles; Vlndovinetto; le Ciabattina d'Oro de YArchivio por lo studio délia tradizionï popolarï ; sa.\nte Dymnai {Nov, /îorentina,'p. 158, note), etc. etc.. Ilya dans tout cela des ressemblances dont les unes ne portent que sur rameur d'un père, dont les autres rentrent dans le cycle de la flliè persécutée et dans celui de la femme calomniée, qui ont d'ailleurs été étudiés à fond par Al.d'Ancona. Nous remarquerons toutefois que dans quelques contes italiens, on retrouve comme un souvenir de l'embarquement de la princesse d'Aquitaine et d'autres héroïnes dont nous avons parlé*. Beaucoup de ces récits confondent les aventures de Cendrillon et de Peau d'Ane, contes dont les ramifications sont infinies. — Un romance portugais pourrait se rattacher à la donnée qui eut tant de vogue. Gomme il est très court, le voici :

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