‹ Folk-loreChapitre 4 sur 36 · RECUEILLIS DANS LA VALLEE D OSSAU · texte numérisé non relu

RECUEILLIS DANS LA VALLEE D OSSAU

Les quelques chants que je vais publier ont été recueillis aux Eaux-Bonnes. Amené plusieurs fois dans cette petite ville , j'avais déjà , dans de précédents voyages, cherché à découvrir ce que la poésie populaire avait pu produire dans la vallée d'Ossau ; mais toujours, partout, dans toutes les mémoires, je n'avais rencontré que les vers de Despourrins », qui sont à la vérité répandus dans les basses classes, dans les campagnes, mais ne leur appartiennent nullement ni par l'inspiration, ni par le style. Ce n'est pas un vrai poète populaire qui se serait amusé à décrire le nez de sa maîtresse et à comparer le visage de celle-ci à un cadran solaire où l'ombre de ce nez charmant marque les heures de l'amour :

Soun nasillou dessus sa care, Yogue dab lous arraïs deû sou, Et do Tombrette qu'in débare Marque las ores de Tamou.

' Ils fonnent la plus grande partie d*un recueil dont la troisième édition a paru à Pau en 1866 sous ce titre: Gansons béarnaises de Despourrins et aûies. — Vignacourt, 1 vol. in-18.

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Je m'étais découragé. Cependant M. L. Ribaut, intelligent et érudit libraire de Pau, m'avait remis une excellente version recueillie dans la vallée d'Ossau, d'une chanson qui est bien connue en Lorraine sous le titre de Chanson de la Bergère, Je me rappelais aussi avoir trouvé dans VJIistoire du Béarn de M. Mazure ■quelques spécimens de poésies patoises. C'estseulement •depuis lors que j'ai lu, grâce à une communication de M. Gaston Paris, le petit volume de M.Couaraze de Laa \ où il est surtout question de vers artistiques béarnais, mais qui contient cependant quelques pièces Traiment populaires .

Cette année en assistant à la fête d'Aas, en voyant les femmes la tête et les épaules couvertes de leurs •capulets, les hommes avec leurs vestes rouges, former non pas précisément des rondes, puisque toutes les mains ne âe rejoignent pas et que leur danse rappellerait moins une couronne qu'un fragment de guirlande, en les voyant, au son de la flûte à trois trous et du bizarre instrument qu'ils nomment iambourii, accompagner leurs pas réguliers de chansons dont je n'entendais que quelques mots, je me sentis repris par ma vieiilecuriosité. Le lendemain matin, j'étais chez M. Lanusse père, l'un des guides les plus connus, les plus estimés des Eaux-Bonnes, grand chasseur, grand marcheur, habile cavalier et qui certes, dans sa jeunesse, dut être un beau danseur et un joyeux chanteur. Je lui dis ce qui m'amenait et dès qu'il eut compris que je né voulais pas de chansons de JDespourii, — c'est

* Les chants du, Béarn ei delà Bigorre. — Tarbes, 1851.

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ainsi que les Béarnais prononcent le nom de leur poète, — il me débita delà meilleure grâce du monde quelques couplets qu'on trouvera plus loin. Il fit plus encore : il me promit de rechercher un cahier de chants populaires qui lui avait jadis été envoyé par M. Gaston Sacaze, dont le nom est bien connu des botanistes, même au delà de la vallée d'Ossau, et sur lequel j'em^ pninterai quelques lignes au spirituel écrivain qui se cache sous le pseudonyme de Jam : « Gaston Sacaze, Sa-* « caze Gaston, comme l'appellent les montagnards, est tt une individualité extraordinaire, originale, presque « complète dans son genre. D'une mémoire prodi- « gieuse, soumettant les données de la science au creu- « set de Texpérience, pasteur botaniste, comme il s'in- « titule avec une légitime fierté, il a tout pratiqué « lui-même, sciences, langues, musique et dessin ^» Ceux de mes lecteurs qui désireraient plus de détails sur cet homme distingué pourront recourir à la brochure de M. Couaraze deLaa.Ils y trouveront non seulement d'amples renseignements biographiques sur lui, mais encore quelques poésies béarnaises dont il est l'auteur. J'avais tâché, dans mes précédents séjours aux Eaux-Bonnes, d'entrer en relation avec M. Sacaze, j'avais été sans succès le chercher à Bagès où il réside, et j'aurais renouvelé mes tentatives si je n'avais appris qu'il venait de perdre son frère. Le moment n'était pas opportun pour aller parler de chansons à M. Sacaze, et je dus me contenter de connaître

: ^ Quide dêê Eattx-Bonnea, excursions à pted, par Jam, 2^ ddit.^ p. 15.

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le petit recueil qu'il avait jadis remis à M. Lanusse et qui contenait seulement sept morceaux.

- Cette découverte n'avait nullement rassasié ma curiosité. Un matin que j'avais rencontré Lanusse devant sa porte et que je le priais de compléter la Mar^ quùe, dont il ne m'avait dit que les premiers couplets, tout occupé d'excursions projetées, interrompu par des voyageurs lui demandant qui une voiture, qui ua cheval de selle, il me confia, pour ainsi dire, à un brave paysan qui passait appuyé sur deux crosses et qui, — il était borgne, — arrêta sur moi un œil spirituel et curieux. « Voilà justement votre affaire, me dit Lanusse, voilà Simon Lassousse, d'Assouste, il sait plus de chansons que moi. »

Je ne lâchai pas mon nouvel ami qu'il ne m'eût promis de venir me voir dans la journée même. Il fut exact au rendez-vous que je lui avais donné, et de deux heures à cinq, il me chanta de nombreux couplets en béarnais eten français. Dans les premiers se trouvait une sorte de pastourelle très longue et de facture certainement artistique. Suivant lui elle avait trait au premières amours de Henri IV. — Gaston Phœbus S Henri IV et un peu Bernadette sont les personnages légendaires du pays. Mon chanteur admirait beaucoup cet interminable morceau où les deux interlocuteurs se perdent dans des considérations métaphysiques et empruntent souvent à l'astronomie les comparaisons de leur langage imagé. Je ne jugeai pas à propos de transcrire cette pastourelle ; il me proposa ensuite le

, ^ J'ai encore ealendu chanter celle année les couplets de ce prince : Aquères mouniines,..

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Débat de Feau et du vin, qu'on retrouve de bien des côtés, qui est connu dans le Pays-Messin comme dans la partie allemande de l'ancien département de la Moselle et dont M. F. Michel a publié une version basque \ 11 me demanda après cela si je voulais qu'il chantât l'histoire de la jeune fille enlevée par trois capitaines et qui fit la morte pour son honneur garder. La leçon de Simon Lassousse n'offrait aucune variante remarquable de cette pièce répandue en France, en Italie, et dont M. Chao a donné des fragments en langue euskarienne*. Simon Lassousse me dit ensuite des couplets que je reconnus po urètre de Despourrins et d'autres bergeries faites à l'imitation de ce poète et qui me parurent de peu d'intérêt. Puis vinrent un assez grand nombre de morceaux de genres différents et la plupart en français. On en lira quelques-uns tout à l'heure.

J'ai dû entrer dans tous ces détails un peu minutieux pour bien faire connaître comment je me suis procuré les chants qui font le sujet de cet article. Je pense pouvoir maintenant les transcrire sans plus de préliminaires. Je commencerai par donner les chansons provenant de M. Sacaze, seulement je laisse de côté la première, où il est parlé d'une victoire que les Béarnais remportèrent sur les Sarrasins près de la grotte d'Izeste et qui pourrait bien n'être qu'un pastiche dans le genre du chant d'Altabiçar.

* Le Pays basquç, p. 356.

* BiarHlZy t. U, p. 174.

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