FEMME ET CONTENT
Mais si la ribaude s’y refusait, le châtelain lui montrait le poing d’un air goguenard, c’est alors qu’elle chantait le refrain si populaire à Montlucon au xve siècle :
Mucus in claustro,
Non valet eva duo Sed quando est extra Bena valet trigenta.
Une ribaude qui chante un refrain populaire en latin, n’était point banal, nous ne supposons pas qu’on retrouverait l’équivalent aujourd’hui .
Le seigneur de Graves devait chaque année aux moines d’Ebreuil, un superbe dindonneau rôti, qu’il devait porter en personne sur un plat d’argent, dans la vigne, au moment où les Bénédictins la vendangeaient.
Cette même abbaye percevait sur tous les marchands d’huile de noix qui venaient vendre leurs marchandises sous le porche de l’église, comme un droit acquis, les gouttes d’huile qui suintaient des entonnoirs ou autres ustensiles servant à la livraison de l’huile; et ce n’est qu’à partir de 1 8 3 5 que l’hôpital renonça à ce droit .
A Chantelle, le droit de Bourgeoisie s'achetait moyennant la redevance de 4 et 6 sous,
Suivant la fortune du sollicitant, les pauvres obtenaient ce titre au prix de 2 sous seulement; ces redevances étaient au profit de la commune,
Un certain appareil était employé pour conférer ce droit, le juge châtelain, le prévôt et le procureur du roi réunis, avaient le privilège de conférer cette faveur; la cérémonie était annoncée au son des cloches. M. Forestier est actuellement le plus ancien bourgeois proclamé.
Cressanges (Les musards de). Voir ce mot.
Eau bénite. Aux fêtes de Pâques et de la Pentecôte, les femmes s’empressent d’aller quérir l'eau qui vient d’être bénite, et leur empressement produit souvent le choc et le brisement des vases et des bouteilles; il est de croyance que la dernière personne qui puisera de l’eau bénite, aura la maladie de la pierre, sinon la gale, avant que l'année soit terminée.
Le jour même de la bénédiction de l’eau, chacun en boit une gorgée, afin d’être préservé de coliques pendant un an.
L’eau bénite, soigneusement conservée dans Yormouère , sert à asperger la maison pour la protéger contre les effets de la foudre.
On prévient la rougeole enfantile en faisant avaler une cuillerée d’eau bénite de l’année, aux enfants. Mais la préférence est donnée à celle de la Pentecôte.
L’eau bénite, dernière survivance de l’eau
lustrale de l'antiquité, entre dans la composition des charmes, dans les conjurations; les supplications pour l’éloignement des mauvais esprits se font avec l’eau bénite, elle a le pouvoir d’empêcher les effets de la foudre, elle va de pair avec le cierge béni. Le feu et l’eau symbolisaient la vie et la régénération dans l’antiquité. Ces deux éléments sont aussi la base des cérémonies du culte catholique.
Eaux (le culte des). Dans une très importante étude que nous avons publiée dans le Politicon (i), ayant pour titre les Traditions cultuelles du centre de la Gaule , nous avons exposé que le culte des eaux dans l'antiquité ne cessait d’exister à notre époque, malgré que plus de vingt siècles se soient interposés entre le polythéisme antique et le catholicisme d’aujourd’hui, malgré ses efforts, et les foudres des conciles qui ont tout mis en oeuvre pour l’anéantissement du paganisme.
Les fées ont joué un grand rôle dans le culte
[\] Le Politicon, pour l’instruction diplomatique supérieure rédigé par les Stagiaires du Val-d’or- Eduen, 1900. Protocoles X et XIe. P. 82-88 et i33-i37. Lyon, Jçvain, imp. in-q°.
des eaux; à Moulins, le populaire attribuait les vertus curatives des sources de Bardon, aux Fées qui les hantaient.
Au Brethon, le Prêtre asperge encore avec l’eau d'une antique fontaine sacrée, la foule qui s’y rend en procession le 12 mai de chaque année ; mais nous sommes limités, nous ne pouvons que citer le nom des antiques sources sacrées, dont la plupart ont conservé leurs anciennes propriétés curatives.
Agonges; Avermes (deux sources); Colombier avec son pèlerinage à la fontaine de Saint- Patrocle ; Coulanges (la fontaine Saint-Martin) ; Ferrières; Hérisson; Chateloy (source miraculeuse pour les affections des yeux); Lurcy- Lévy; Molinet; Neuvy (à Vallière) ; Neuillyle-Réal, deux fontaines; Paray-sous-Briailles ; Saint-Désiré, deux sources; Saint-Gérand-le- Puy; Saint-Loup; Saint-Menoux, trois sources; Saint-Pierre-Laval; Saint-Sauvier ; Souvigny, la fontaine miraculeuse coulait sous le sanctuaire de l’église ; Le Vilhain; Villefranche, la fontaine Barbate jaillit au chevet de l’église, laquelle remplace le Sacellum païen; Yzeure, la fontaine Saint-Martin à Panloup, la fontaine Saint-Bruno, et de Saint-Georges à Plaisance, etc., etc.
A la fontaine Saint-Georges devenue notre propriété, il suffit de se baigner les yeux en invoquant Saint-Georges, pour être guéri des affections des yeux.
A chacune des sources sacrées que nous venons de citer, sont attachées les vertus pouvant guérir des fièvres, des maux d’yeux de toutes sortes, beaucoup aussi ont leurs légendes notamment les sources thermales de Vichy, de Bourbon-L’Archambault, de Néris nous renvoyons le lecteur aux travaux particuliers que nous avons publiés sur ce sujet (i).
Ecussonnage. On est sûr de réussir l'écussonnage des rosiers, quand il se fait le jour de la Fête-Dieu, et même pendant l’octave.
Eglises. Singularités se rapportant à leur édification.
(i) F. Pérot. De la fréquentation des eaux minérales de Vichy dans la plus haute antiquité. Le Centre médical, 1902, ier septembre.
— De l’antiquité des eaux minérales du centre de la Gaule , Clermont-Ferrand, 1904. o p., in-So,
fis-
— Légendaire des eaux minérales du centre. Clermont-Ferrand, 1907, 18 pp., in-8°, avec fig.
Celle de Bardon, près Moulins, est attribuée à la Fée qui présidait aux sources minérales qui jaillissent près de là; elle a été construite dans l’espace d’une nuit.
L’Église de Broût-Vernet est attribuée à Saint-Maziran, architecte, maçon, tailleur de pierres ; une fresque encore apparente, le représente, tenant un fil à plomb, une équerre et un marteau. Ce saint appartenait au groupe d’ouvriers appelés Logeux de Bon Dieu, il vivait au xie siècle, et l'église date de cette époque.
Pouzy. Le maçon qui venait de terminer l’église de Pouzy, trouva un gros serpent qui lui disputait l’eau de son mortier et lui tirait la langue, il le saisit avec l'extrémité d'un bâton, le lança au loin, disant : là où tomberas, vilaine bête, tu y marqueras l’emplacement d’une église que j'irai y bâtir, et je lui donnerai ton nom ; en effet, la tradition raconte que le serpent fut retrouvé sur l’emplacement que l’église occupe actuellement, et quand le maçon l’eût achevée, il lui donna le nom de Couleuvre, qu’elle a conservée depuis ( colobrium en i2o5; colubrie en 1 3 5 6 ; colèvre en 1410).
D'autres attribuent la fondation du bouru et
de l’église de Couleuvre, à Saint-Menoux, d’origine irlandaise, vivant au viic siècle ; revenant
de Limoise, il rencontre une couleuvre qui lui barrait le chemin, il la saisit avec un bâton autour duquel elle s’enroula, et il la lança vigoureusement en l’air, et là où tu tomberas, dit-il, une église et un bourg y seront bâtis et appelés de ton nom; il y avait bien quatre lieues de cet endroit au point où elle fut retrouvée; l'ancienne chapelle du xie siècle y fût remplacée par l'église actuelle.
Enfin, une troisième version sur le thème des précédentes est encore conservée dans le pays.
Le Theil. Le Seigneur de ce lieu, voyant s’élever le haut clocher de La Féline, voulût qu’une semblable flèche s’élevât au milieu de ses domaines; le maçon de La Feline lui promit alors d'y construire une église surmontée d’une pareille flèche en pierre, mais à l’endroit où tomberait son marteau qu’il lança du sommet de la flèche de La Feline. Ce marteau après une course de près d’une lieue alla s’échouer sur le sommet d’une côte, l’église y fut construite avec la superbe flèche octogo- * nale qui en fait le plus bel ornement.
La tradition est souvent trop bonne fille, car les deux flèches de ces églises, sont postérieures d’un siècle environ, à la construction de ces deux églises.
Les Enfants. Si une femme se trouve enceinte au icr janvier, l’enfant quelle porte sera du sexe de la personne quelle verra la première le jour de l’an .
Pour savoir si une femme accouchera d’un garçon ou d’une fille, on lui passe sans la regarder, une pièce de monnaie par le haut de sa chemise, il est très ne'cessaire que la pièce glisse sur le ventre, et quand elle est tombée, si elle montre la face, ce sera un garçon, tandis que la pile annonce une fille.
Une accouchée qui donne son nouveau-né à une nourrice ne doit point le regarder dans la crainte que son lait ne disparaisse, elle évite alors la remontée , et la fièvre qui l’accompagne ordinairement.
La maman garde précieusement le cordon ombilical de son petit enfant; et tant quelle le conservera, l’enfant n’aura jamais les convulsions.
Si la mère n’a pas ressenti de coliques pendant sa grossesse, c’est son enfant qui les supportera pendant un an.
Tel parrain , tel filleul. Cela par atavisme, le grand-père étant ordinairement choisi pour être le parrain de ses petits-enfants.
Les enfants qui naissent dans le mois de mai, sont appelés : Oyons d’mai, oie, bête, simple, inintelligent.
Une mère prudente se garde bien d'allaiter son enfant durant deux mois de mai, cela rendrait l’enfant crétin, aussi, elles sèvrent leurs enfants aux derniers jours d’avril.
Il ne faut jamais couper les ongles aux petits enfants dans la crainte qu'ils ne deviennent voleurs.
Quand un mariage se fait par un temps pluvieux, les enfants baveront longtemps.
Enfants morts-nés. Saint-Gilbert, abbé de Neuffontaines à Saint-Didier-en Rollat, est encore invoqué pour rendre la vie aux enfants morts-nés, le temps nécessaire pour leur administrer le baptême.
La croix des Chiers à La Prugne jouit des mêmes prérogatives. Cette croix déplacée en 1793, est revenue d'elle-même sur le vieux rocher qui lui sert de base et qui est un monument mégalithique ruiné \
Il se fait à Romay, près de Paray, un pèlerinage à la Madone, qui ressuscite les petits en-
1. F. Pérot. Traditions cultuelles du centre de la Gaule, ive article : Lç culte des Piçrrçs. Le Politiçon.
fants morts sans baptême, le temps nécessaire pour leur permettre de le recevoir.
Les enfants qui naissent en portant une veine bleue, transversale au-dessous du front, sont considérés comme ne devant vivre que peu de temps. (Morvan, Berry et Bourbonnais).
A Dirinou dans le Finistère, est la pierre Sainte-Nonne, qui fut la mère de Saint-Divy, et qui porte l’empreinte de ses deux genoux; on y conduit les enfants qui portent cette veine, appelée le mal de Saint-Divy en Bretagne, afin de les préserver d’une mort prématurée.
Nouveaux-nés. Longtemps, les habitants de Bresnay et des bourgades voisines, avaient conservé l’habitude de transporter les nouveauxnés sur la pierre du Joug , monument mégalithique, discutable, mais qui est légendaire, dans l’espoir que l’attouchement de cette pierre rendra les enfants forts et vigoureux.
Les amoureux s’y donnent encore des rendezvous à la dérobée afin d’y rendre leur mariage prospère et fécond.
Un petit cours d’eau passe tout près de la pierre du Joug, Jau, Jour, de Jouit , Jo} Jeu , Joux, du gaulois Ju-gum, rochers, amas de pierres.
Jurements, serments des enfants. Ils aflir-
ment avec serment, en prenant une partie de l’épiderme du cou, de la main gauche, tandis qu’ils se frappent trois fois la poitrine avec la paume de la main droite, et en regardant le soleil de face.
Cette pratique du serment en face du soleil nous paraît avoir une antique origine.
Pour effrayer les enfants. Les mères les menacent du loup, du loup-garou pour faire cesser leurs cris, le croque-mitaine, l’ogre, le diable, le commissaire, même Gargantua, servent de menace aux enfants pleurnichards.
Les amusettes et formules pour distraire les petits enfants sont assez singulières et très variées, on peut entendre leurs mères qui leur disent en chantant :
Parcimouni, parcimouna,
Ma chemise entre mes bras,
Monchapiau su mè cheveux,
Bonjou Mossieu....
En entrant dans l’cabinet noir J’vis la mort en noir.
A l’y a f... trois coups de bâton J’è t-y bienfait nout-maite,
Oai, qu’a m’répond, groûsse bête.
Ou chantait autrefois dans les écoles :
Soyons bien sages, et aussi bien gentils,
Nous aurons des biscuits, des bonbons.
Empreintes sur les rochers. Plusieurs rochers de la montagne Bourbonnaise, portent des dépressions, parmi lesquelles le peuple y vénère le pas de l’âne de Saint-Martin (La Prugne) ; le lit du général La Fayette, qui se serait couché sur cette pierre en revenant du Forez, à la tête de ses soldats (près le Montoncelle) ; la Pierre des fées, avec empreintes (Saint-Priest-La-Prugne) ; sur lesquelles on y voit leurs pas, le siège sur lequel la grande Fade tenait son conseil (survivances celtiques).
Engelures. Pour les prévenir, il suffit de se frotter les pieds et les mains avec la première neige qu’il tombe.
Epingles. Terme de convention encore très en usage, qui correspond à une somme due sur un marché conclu. Pour la vente d’une maison, d’un héritage, il faut toujours ajouter un certain nombre de pistoles payées en plus de la somme convenue.
Quand un boucher achète du bétail dans une ferme, il est obligé de donner les épingles à la fermière .
« Co marché si fara, q’si vous baillez cinq pistoles, ou bien deux robes à co fenne et autant à ma gendresse pre léu z’épingues ».
Etnographie, Ethnologie bourbonnaises.
Sous ce titre, il y aurait longtemps à disserter; beaucoup d’instruments, d’ustensiles et d’outils divers, de jouets spéciaux sont demeurés dans les habitudes et en usage dans le Bourbonnais; aussi, nous passerons très rapidement sur ce chapitre dont le développement exigerait de longues pages.
La montagne a conservé beaucoup plus de motifs d’ethnographie que la plaine, et malgré le renouvellement des clans comme des idées, on retrouve là-haut, l’usage de vieux instruments, d’outils tombés en désuétude. Les déplacements faciles, l’instruction, le contact de l’armée, les chemins de fer, les canaux, les découvertes scientifiques unifient tout, les habitudes, comme les choses.
La plume d’oie est une légende aujourd'hui, et cependant son usage n’a été abandonné ici que depuis i8q5, à l’apparition des plumes
métalliques; quelques vieux scribes de la campagne y tiennent encore.
Les modes ont fait disparaître ce qui nous restait du pittoresque costume bourbonnais.
L’outillage mécanique a supprimé un certain nombre d’industries locales, le cloutier par exemple, dont la forge était activée par la mise en mouvement d’une roue, que faisait tourner un chien placé dans son intérieur.
Le gaz, le pétrole, l’électricité ont mis pour de bon le vieil éteignoir sur la chandelle, et comme conséquence, la suppression des mouchettes que recueillent les collectionneurs.
La chaise à porteurs a vécu, on la voyait encore à Moulins en 1 858.
Le vélocipède a été foudroyé à sa naissance par la bicyclette.
Le teuf-teuf qui marque ses étapes par des accidents terribles, a détrôné pour toujours la diligence, la patache et même l’omnibus dit de famille.
Avec le chemin de fer, le bateau à vapeur disparaissait; il y avait en i85q, les Inexplosibles de l’Ailier , qui faisaient le trafic des voyageurs et des marchandises entre Moulins et Nevers ; ils ont vécu moins de trois ans. La marine marchande comprenait avant 1860, une
notable partie de la population du Bas-Ailier à Moulins, à cette époque elle formait encore une corporation active, avec son langage spécial, et aussi ses moeurs très particulières. Il se faisait au port de Moulins, un trafic considérable de bois, de charbons, de vins, de pierres, entre l’Auvergne et Nantes, des trains complets, se formaient dans ce port et transportaient jusqu’à Nantes, le merrain qui était autrefois une grande industrie locale.
La charrue a relégué au dernier plan, Yariot , charrue primitive, en tous points semblable à celles qui se voient sur les temples ruinés de Korsabad ou de Ninive.
Le briquet disparaissait avec les allumettes chimiques ; quelques chasseurs en continuent l’usage.
Les chars de la montagne étaient autrefois supportés par deux pièces de bois courbées en guise de roues, c’était un traîneau plutôt qu’un char; il n’y a encore que peu de temps, que les Pions et autres montagnards conduisaient leurs bois à Vichy, sur des chars avec roues et essieux en bois, sans l’emploi de fer; aussi, le grincement de ces chars s’entendait à une très grande distance.
Les rouets, les quenouilles et les fuseaux
disparaissent, le tissage mécanique les remplace, c’est à peine si quelques vieilles femmes font vira leu fu^iau :
« Vire, vire p’tit fuziau,
O me viro dans les doués Ben pu vite qu'o 1’ voudrait. »
Les cabas, les paniers mêmes disparaissent avec leurs formes spéciales à chaque canton ; aujourd'hui, le panier usuel seul a persisté; à Gannat et à Montluçon, se retrouvent encore les formes particulières.
Les râpes à tabac, le pilon, sont encore en usage dans la montagne, ces instruments sont façonnés par les gars du pays. Nous en possédons un certain nombre dans notre collection ethnographique.
Les jouets eux-mêmes sont modifiés par cette infinité de jouets que vendent les bavards. 11 fallait se suffire avant l'arrivée de tous ces jouets, bariolés de toutes les couleurs. Le peuple, les enfants étaient inventifs. Nous avons connu la beuille, le gruillier , la musette ou rossignol, fait en sureau ou en lilas, le pétard en bois de sureau, la ronfe.
Dans mon temps, nous nous amusions avec les vieux jouets que nous façonnions nous-
mêmes; aujourd’hui, nos petits-enfants s’ennuient avec un jouet mécanique ; c’est nous qui avions raison.
Etoiles. Dans le peuple, il est encore admis que chacun a sa bonne ou sa mauvaise étoile, c’est la chance ou la malchance, le bonheur ou le malheur.
Quand on voit filer une étoile, beaucoup supposent que c’est une âme qui s’échappe du corps d’un être humain qui vient de mourir.
Une pluie d’étoiles filantes est considérée comme une quantité de personnes qui viennent de périr dans une catastrophe.
Dans une prière que récitent les sorciers pour conjurer la rage, ils disent : Les étoiles perdront leur lumière.
Les constellations ont reçu de la part des gens de campagne, les noms les plus bizarres, ce qui prouve que l’homme des champs a toujours observé les astres.
Etrennes. Que le bon Guieu bénisse la main qui m'étrenne!
Les petits boutiquiers, les pauvres marchandes de fruits et de légumes, considèrent beaucoup la qualité de la personne qui leur
achète la première, aussi, des maraîchères préfèrent ne pas vendre, plutôt que d’être étrennées par certaines personnes.
Une femme bonne et charitable sera toujours de bonne étrenne, et la marchande ne manque pas de lui faire ce petit compliment.
C’est de bon augure aussi, que d’être étrenné par une femme de mœurs légères, tant pour l’année que pour la journée.
Evangiles. Dans beaucoup de paroisses, on se fait dire des évangiles pour obtenir des grâces particulières ; à Yzeure, l’on fait dire le jour de la Saint-Marc, des évangiles pour les enfants, devant le buste qui représente ce saint.
On a recours aux évangiles pour connaître l’avenir ou la réussite d’une affaire. Pour cela, on attache une clef à un cordon qui est serré dans un livre contenant les évangiles, puis on pose des questions, et quand il se présente une solution en faveur de la cause que l’on veut connaître, la clef tourne seule, c’est un présage heureux.
Les vignerons d’Ainay-le-Château interrogent l’évangile au moyen de la clef, pour connaître à l’avance si la récolte du vin sera bonne et abondante.
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Fables. Nous ne connaissons que peu de provinces où les fables ont été interprétées dans le patois du pays : l'une d’elles, le Renard et le Corbeau, a été traduite dans le patois de Montluçon :
L'AgroIe è le Rena.
In jou d’hivae quoù ne fazia pas beau,
L’agrole ere jucharde.
Au bout d'in baliviau,
L’ère su devant moutade Pâ ferè son dinâ Que l’ayé prépara Embée ai grou froumage Vaingù de Chambera.
Les Fées. Ce sont les amies du Bourbonnais et des Bourbonnichons.
Quand Dieu créa la terre et le Bourbonnais, il créa spécialement pour lui les Fades, las Fadas, la Faye, la Fadette, et enfin leur chef, la Fayolle.
Les fées sont du domaine de la légende, aussi, nous n’en parlerons ici que pour mémoire, leur réservant, pour nos Légendes du Bourbonnais , la place qu’elles méritent.
Elles sont ordinairement bienfaisantes, c’est pourquoi elles sont appelées, chez nous, les Dames, Bonnes-Dames, ainsi assimilées à la Sainte-Vierge. C’est dans la montagne qu’elles montrent surtout leur générosité, tandis que dans la plaine, chez les Bedrins, à Gayette, elles précipitent au fond du grand étang du château, l’imprudent voyageur qui passerait devant la chaussée à l’heure de minuit, heure fatidique où elles tiennent leur conseil, couvertes d’un vêtement des plus légers ! ! !
L’aubépine comme le hêtre leur sont consacrés, et le hêtre, en patois, redit assez bien leur nom : fayard, du latin fagus.
Les contes de fées ne sont qu’un ramassis
de légendes que Mme d’Aulnoy et Perrault ont fortifiées de leur vive imagination.
Les églises, les châteaux sont en partie sous l’influence des fées et hantés par elles, à Ferrières-sur-Sichon, elles supportent la voûte de la grotte, ce sont elles qui ont construit la muraille cyclopéenne qui retenait les eaux du Sichon. Nous les retrouvons au fol de Besson (i), leur demeure était le château de Fourchaud près de là; on les retrouve transportant les sources thermales de Vichy, de Bourbonl’Archambault, de Saint-Parize-le-Châtel ; la fée du château de Montfand est célébré par le Collège des Druides dont elle serait la fondatrice en ce lieu élevé. C’est pourquoi les bonnes fées, sont une partie intégrante de l’histoire nationale, malgré les efforts que fait la critique moderne pour les en séparer.
Les femmes. Elles se gardent bien de travailler à l’aiguille, de tricoter, de raccommoder le linge depuis le jour de Noël, jusqu’au jour de Fan, afin de préserver des maladies contagieuses tout le bétail de la ferme ; et si les mou-
(i) Voyez ce mot,
tons ont la cocotte, c’est que la fermière a pris son aiguille durant cette semaine.
Fers de chevaux. Trouver sur son chemin un vieux fer de cheval, l’ouverture devant soi, est un présage de bonheur; il faut le ramasser. Si c’est une jeune fille qui le rencontre, elle le suspendra dans sa chambre avec un ruban rose, car une demande en mariage se produira sous peu.
Fêtes religieuses et civiles. La fête du jour de l’an est demeurée familiale, tout le monde chôme, c’est la fête des grands comme des petits, des pauvres et des riches; il n’est pas de famille la plus pauvre, qui n'ajoute un plat de circonstance à son dîner ce jour-là.
L’habitude de souhaiter les fêtes dans les familles se maintient encore, ce jour, le dîner est meilleur et plus abondant, on s’offre quelques présents .
Fêtes de corporations. A Moulins, les apprentis de chaque atelier, placent un gros bouquet orné de rubans, au-dessus de la porte de cet atelier, le jour de la fête du Saint sous la protection duquel est placée la corporation.
Dans certains ateliers, les ouvriers se cotisent et vont ensemble prendre un repas dans un restaurant de la banlieue, c’est le patron qui augmente ordinairement le menu, et qui offre le champagne au dessert.
Les démonstrations religieuses des corporations se manifestèrent pour la dernière fois en 1868; la corporation des menuisiers, des charpentiers, des serruriers et des cordonniers avaient leur Saint qui était porté processionnellement chez le Roi, élu pour l’année, après la messe qui se disait pour la Corporation. Puis, la journée se terminait par un banquet. Chaque corporation avait son registre bien tenu. Le Roi était salué sous ce titre pendant l’année de sa royauté, ainsi que sa femme, la Reine.
Le lendemain, une messe était dite pour les défunts.
Fêtes civiles. Le ier mai. Cette fête du prolétariat a piteusement échoué, devant la pauvreté des causes qui l’ont fait naître.
La Saint-Jean. Fête des sorciers; partis de la nuit, ils vont cueillir les herbes de la Saint- Jean, depuis minuit jusqu’aux premiers rayons
du soleil levant. Ces herbes leur serviront pendant l’année pour la préparation de leurs philtres, et aussi pour les administrer sous d’autres formes à leurs consultants.
Le 14 juillet. Cette fête imposée et décrétée, obtient son meilleur succès par le chômage des administrations et des fonctionnaires.
Les ouvriers ne croient rien de cette fête dite nationale , et leurs femmes répètent que ça n’est pas une fête c'a ! personne ne va à la messe.
La Saint-Nicolas. La fête des gars. Jusqu’en 1 8 5 5 , les écoles publiques avaient vacance ce jour-là, les enfants assistaient à la messe le matin, le congé commençait après, et toutes les punitions étaient levées, avec exemption de tous devoirs. Cette fête de la jeunesse était impatiemment attendue.
Fêtes religieuses. Les quatre fêtes de l’année sont toutes observées, le peuple y tient encore beaucoup, les uns, par esprit religieux, les autres, les indifférents, y trouvent un jour de repos qui parait leur suffire.
La Chandeleur. La pratique d’y allumer un
cierge à l’office se maintient partout, ce cierge sera le préservatif de la maison contre l’incendie et les inondations, il sera aussi un préservatif contre la grêle et les effets de la foudre.
Les Rameaux. C’est ce jour que les failles des rochers s’entr’ouvrent plus grandes, que les buttes et les mottes se découvrent pour y laisser voir les trésors qui s’y trouvent enfouis, et que surveille la Wivre. Si celui qui convoite ces trésors peut les retirer de ces antres profondes au moment où le curé de la paroisse frappe les trois coups pour se faire ouvrir la porte de son église, entrer et monter à l’autel, il peut enlever ces corbeilles d’or, si son agilité est assez grande, mais s’il n’a pu y arriver, les rochers se resserrent, la butte féodale du Château-Vert se referme sur lui et pendant un an, à pareil jour, il demeurera l’esclave de la Wivre, devant cet or qu’il convoitait avec avidité.
Pâques. L’usage de s’offrir des cadeaux à l’occasion de cette fête est assez récent.
Le lundi de Pâques est généralement chômé. Ce jour, à Yzeure surtout, on offre encore la roulée , composée d’œufs cuits et teints de diverses couleurs. A la campagne, les jeunes filles
et les garçons se divertissent dans les prés; on joue avec les œufs, et quand tous sont cassés, on les mange en famille. On danse le soir. C’est aussi ce jour, que les mariages rompus se raccommodent .
La Fête-Dieu. Chaque année, on peut entendre les récriminations des gens de la campagne, qui regrettent que cette fête ne soit point célébrée le jour où elle tombe.
A Néris, ce jour est la fête patronale, on y a conservé l'habitude de jeter des glaïeuls dans les cours et les jardins pour empêcher que les serpents n’y pénètrent, et ne rentrent dans les maisons pendant l’année.
Cette pratique, ce nous semble, a dû se perpétuer depuis les temps antiques, car elle est une tradition égyptienne.
Noël. On y brûle encore la chandelle de Noël qui reste allumée tout le temps que dure la messe de minuit; elle jouit des mêmes propriétés que le cierge allumé et béni le jour de la Chandeleur. Il en est de- même pour la bûche de Noël dont les tisons carbonisés sont conservés pendant l’année, et remis à pareil jour dans le foyer,
A minuit, les animaux parlent, pour vanter les qualités de leurs maîtres, ou médire sur eux, s’ils sont maltraités. Pour qu’ils puissent en dire du bien, le fermier a le soin, avant d’aller à la messe de minuit, de leur donner une forte ration du meilleur foin.
Le culte du feu (i). Les feux de la Saint- Jean en étaient la tradition. Une ordonnance du lieutenant de police de Moulins, du 17 juin 1741, défendit : d’allumer à l’avenir, dans les quartiers et les rues de la ville, les feux qui s’y faisaient le jour de la Saint-Jean.
Bertrand, de l’Institut (2), dit que les feux du solstice d’été, sont d’origine aryenne.
Cette coutume, malgré les édits et les ordonnances, n’a cessé qu’à partir de la Révolution.
En 1447, on retrouve dans le registre des comptes du receveur de Moulins, les dépenses faites à l’occasion des feux de la Saint-Jean. En 1601, « Paié à Jean Angelier, pour paille, bois, mats, emploiés aux feux de Sainct-Jean ».
(1) Le Politicon, oct. nov. déc. 1907, VIIIe protocole, et 1908, Janvier, mars, avril, IXe protocole.
(2) Nos origines. La religion des Gaulois. Paris, Leroux, 1897. P. 69 et suiv.
Les Pions, cette colonie gauloise fixée au Montoncelle, gravissaient le sommet de la montagne la nuit du 24 juin, pour assister au lever du soleil 1
Feux-follets. Le Foulet est un esprit nocturne, très subtil, ordinairement obligeant ; connu dans toute la France surtout dans la partie méridionale.
En Bourbonnais, il hante les écuries, taquine les cochers, surtout ceux qui manquent de bienveillance envers leurs chevaux ; alors le Follet se charge de les panser; à minuit il va droit vers les animaux, à son odeur, ils se cabrent, piétinent, hennissent, brisent les box, les stalles, rongent les mangeoires; le cocher qui a entendu le vacarme pénètre dans l’écurie, les chevaux sont calmes, le Follet a disparu, mais leurs crinières sont nouées comme leurs queues .
Mais le palefrenier bienveillant reçoit sa récompense du Follet; en effet, à minuit, tous les chevaux sont pansés, étrillés, les sabots bien reluisants. Merci, Follet, lui crie le cocher mes chevaux sont pansés pour deux jours !
Le Follet a son attelage, et le bruit de ses formidables grelottières s’entend à deux lieues
à la ronde, l’air retentit du hennissement des chevaux, qui passent au triple galop au-dessus des écuries, leur course est tellement rapide, qu’ils laissent une longue traînée de feu derrière eux. Personne ne bouge, c’est l’attelage du Follet, qu’il passe en paix.
Il se manifeste aussi en éclairs brillants audessus des étangs, des mares, et au-dessus des tombes des cimetières : ce sont des âmes en peine qui demandent des prières, le Follet les accompagne.
Les feux-follets sont rares, mais il est un étang à Saint-Pont, non loin de Vichy, où ils se produisent continuellement.
Fil de la Vierge. Les petits enfants courent après ces fils blancs et soyeux que l’on voit dans les campagnes à chaque automne. C’est la quenouille de la Sainte Vierge qui file de la soie, et qui laisse échapper ces flocons neigeux.
La Vierge file la soie pour en vêtir les petits enfants pauvres avant l’hiver.
D’autres disent que c’est saint Jean qui tond son mouton, et dont le vent disperse la toison.
Les Fioi.ants d’Ebreuil. Après les -Bourguignons salés et les Guépins d’Orléans vien-
/ t m m nent les Fiolants d’Ebreuil, et dans ce voisi-
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nage, profitant d’un jeu de mots, on ajoute les Ganaches de Gannat ! les Riomois sont bien encore appelés « Babis ».
Fiolant, fanfaron, présomptueux, « ô l'essa ben dévira co fiolant , puis encore : Fiolant che fâ del bravo.
En Auvergne fiolant se traduit par ma reur.
On avait dit que les fiolants étaient les Catholiques battus par les Protestants à Cognac, tout
près d’Ebreuil en 1567; n’étaient-ils point plutôt les Ligueurs travaillant pour leur roi Charles X, le cardinal de Bourbon? Car Gannat tenait pour lui, et en 1591, quand Montmorin voulut placer une garnison à Ebreuil pour tenir tête aux hommes du maréchal d’Haulmont, les Fiolants prétendirent être assez forts, pour faire bonne garde dans leur ville, la nuit comme le jour.
Fleur de lis. Sur une grande quantité d’horloges de l’époque de Louis XIV et de Louis XV, les cadrans sont surmontés d’un écusson aux armes de France. Presque tous ces écussons ont été mutilés à la Révolution. Les trois lis qui chargent l’écu ont été burinés ou martelés; de plus, l’écusson est ordinairement entouré
d’une couronne d'épines, allusion aux difficultés qu’éprouve un chef d’Etat.
Nous avons pu remarquer en multipliant nos observations, que jamais cette couronne n’avait subi de mutilations.
La fleur de lis rendait suspects ceux chez lesquels on la rencontrait, c’est aussi la cause du retournement des plaques de cheminées armoriées; ne pouvant faire disparaître les armoiries, on retournait la plaque, qui n’offrait plus alors qu’une partie unie.
La Flore. — Il ne nous est guère possible que d’effleurer ce vaste sujet, nous ne nous bornerons qu’à des indications très sommaires.
Aubépine. Une branche bénite de cet arbrisseau a le pouvoir d’éloigner la foudre, car, disent les gens avec assurance, la couronne de Jésus-Christ était en aubépine, et Notre-Seigneur protège la maison qui en possède une branche bénite le jour des Rameaux.
Si on se trouve surpris par l’orage on sera à l’abri de la foudre en se réfugiant sous l’aubépine.
Céleri. Très recommandé contre les intempérances voluptueuses, autrefois on en offrait
aux jeunes époux. Le coing a les mêmes propriétés. Les ménagères de la campagne les mettent près de leurs vêtements de laine pour en chasser les mites.
Mouron rouge. Il cause la mort des petits oiseaux, on retrouve cette croyance en Belgique. Il entre dans la composition des remèdes contre la rage.
Noix. Ce fruit possède une croix et un clou dans son intérieur, c’est depuis que la croix de Notre-Seigneur qui a été faite en bois de noyer, que les noix portent une croix et un clou entre leurs coquilles.
Oignons. S’ils sont enveloppés de plusieurs pelures épaisses, c’est un signe que l’hiver sera rigoureux, le bon Dieu ayant voulu les protéger contre le froid, et s'ils sont peu habillés, l’hiver sera court et doux.
Pâquerette. Cette blanche fleur est effeuillée dans toute l’Europe. Ses gentilles pétales ont volé aux quatre coins du monde, et elle est interrogée par toute fillette de quinze ans.
Rave (navet). Une personne de laquelle on dit qu’elle a du sang de rave est une personne qui est sans force et sans énergie.
Tournesol. Si on demande à un habitant de la campagne pourquoi la fleur du tournesol regarde toujours le soleil levant, c’est parce que c’est un soleil aussi, et qu’il n’a pas peur de le regarder en face.
Trèfle a quatre feuilles. Il sera toujours recherché, c’est un porte-bonheur, les jeunes Allés le conservent dans leurs livres de piété.
Traînasse. On lui attribue la vertu d’arrêter instantanément le flux de ventre; il suffit d’en mettre une branche dans chacun de ses souliers.
Vigne. On attribue à la sève la propriété de guérir tous les maux d’yeux. 11 n’est pas rare de voir au printemps de petites bouteilles suspendues aux branches de vigne récemment taillées, afin d’en recueillir la sève qui en découle. C’est la vigne qui pleure, ses larmes sont bonnes pour les yeux.
Foires. Quand un fermier se rend à la foire pour y vendre des animaux ou des grains, si la première personne qu’il rencontre est une femme, il est assuré d’y faire de mauvaises affaires et d’y vendre ses marchandises dans de mauvaises conditions.
Les transactions s’y font encore par pistoles.
Celle de Saint-Julien, à Saint-Pourçain, durait huit jours, elle est réduite aujourd’hui à deux jours seulement. Il s’y traite de grandes affaires, le trafic y est considérable.
Foire antique. Celle deTalène, dans la commune de Coulanges, est encore typique, elle est une tradition de Y Emporium gaulois.
Cette foire se tient au milieu des champs le 12 septembre; chaque marchand paie une redevance au propriétaire du champ, situé au bord de la Loire. Elle a perdu toute son importance d’autrefois et ne dure plus qu’un jour; les anciens disent que pendant huit jours il s’y faisait de grandes affaires, on y apportait de très loin toutes sortes de marchandises ; les marchands y plantaient leurs tentes, et le champ de foire ressemblait à un village ambulant. Sur son emplacement était édifié un temple à Talé-Mars ,
Mercurio. Nous possédons la tête de ce dieu gaulois qui présidait aux transactions de l’Emporium pré-romain.
Le Fol de Besson. Besson est à i5 kilomètres de Moulins. Le fol de Besson est un mégalithe ruiné, légendaire, formé par un assemblage considérable de rochers qui atteint 8 mètres de hauteur; ce doit être une grotte funéraire. On y raconte que ces fols, véritables outlawers, ou parias de la Gaule, formaient en cet endroit un clan de mendiants; tous étaient sorciers, jetant des sorts dans toute la contrée qui les redoutait; ce ne serait qu’à la Révolution que les derniers fols auraient disparu. Fol, correspond à Fada , Fa tua, Fat a, Fée.
La Guèze qui coule au bas des rochers n’est qu’un ruisselet qui donne un certain aspect à cet amoncellement très pittoresque dans ce coin de terre, qui en est tout à fait dénué. Les gens du pays disent que les hommes passaient leur vie couchés au soleil, au bord du ruisseau; les femmes, aux yeux noirs et aux cheveux d’ébène, mendiaient déguenillées, elles faisaient peur, elles rejetaient en arrière leurs seins pendants et allongés. On raconte aussi que les Fées hantaient ces ro-
chers, et que l’herbe qu’elles foulaient brûlait sous leurs pieds.
Au-dessous des rochers est un trésor, la grosse pierre qui le couvre se lève le jour de Noël, au moment de l’élévation vers minuit; il en est de même le jour des Rameaux, au moment où le prêtre frappe les trois coups à la porte de l'église. Il faut avoir vendu son âme au diable pour prendre le trésor; Satan soutient luimême la pierre afin que celui qui est déjà sa victime puisse l’enlever.
Forêts, arbres (Le culte des). Ce culte dont nous avons fait connaître l’étendue comme aussi l’intensité (i), est encore sensible en Bourbonnais, où les arbres anciens y sont toujours vénérés, et entourés de respect.
La forêt mystérieuse abrite encore les chasses malignes, c’est dans les carrefours des bois que se tiennent le sabbat, les assemblées des sorciers et des meneurs de loups. C’est vers la croix moussue de la croisée des routes que se rassemblent les meutes sataniques.
D’autres bois sont hantés par les Fées (les bois de la Faye, de la Fée, de la Fade sont nom-
(i) Le Politicon , loc. cit.
breux dans notre province) ; ce sont elles qui mettent dans le bon chemin, le voyageur égaré.
La crainte et la peur planent encore au-dessus de nos bois et de nos grandes forêts, dont les follets barrent les clairières aux voyageurs attardés.
Formulettes. Beaucoup de ces formulettes sont rythmées, elles sont dans tous les jeux des filles et des garçons, elles servent à déquiller.
Ces singuliers refrains mériteraient d’être reproduits; nous nous contenterons d’en citer quelques-uns :
Karolin mi roi,
Faîte en faîte Jusqu’à vingt un trois.
Ce refrain semble se rapporter à Charles VII.
Allons à Paris, ma bonne mère,
Allons à Paris gagner des louis.
Des choux et des raves c’est mon régal,
Des raves et des choux, c’est mon ragoût.
A Paris à Paris,
Sur la queue de mon bouri,
A Nevcrs, à Nevers,
Su la queue de mon chien vert.
A Lyon, à Lyon,
Su la queue d’mon grou cochon.
Mère à la Grenaude Que donne et qui ôte, Mère à la sarpent,
Que donne et que prend.
Gargantua. Le souvenir de ce héros du sensualisme s’est conservé ici, son nom est attaché à nos mégalithes, on le trouve à Huriel, là, sur les bords du Cher, aux Gargauds, il est même devenu un nom de famille, Gargot, Gargaud, etc.
On le trouve à Chazeuil ; voulant se désaltérer, Gargantua se penche vers l’Ailier, en buvant, il avale un bateau de poudre que les Auvergnats expédiaient à Jeanne d’Arc, pour y soutenir le siège d'Orléans.
Près de nous, nous retrouvons ses exploits à la croix du Sun, en Forez, où se voient les quilles et les palets de Gargantua (monuments mégalithiques).
Gougneurs. Diminutif de sorciers dont ils
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forment la dernière classe, ce serait injurier un sorcier que de l'appeler gougneur.
Il fait et défait le sort, il accomplit les sorcilages ; il panse les chréquins, et aussi, un peu les animaux; il rhabille , remet en place le crochet de l'estomac qui est démis, il panse les foulures, et s’il est ben adret, il va jusqu’à conjurer les grandes brûlures.
Spécialiste inconscient, le rebouteur conserve sa gravité même devant les cas difficiles; comme le sorcier, il ne doute pas de lui; dans le traitement, il emploie davantage de prières que de remèdes, il a pour lui ses saints et ses saintes du Paradis, en plus grand nombre que ne peut les avoir un sorcier; il ausculte les malades, les palpe, fait des frictions et des massages; il faut avouer que le rebouteur a des tours de main surprenants, surtout dans le déplacement de la matrice, ce n’est rien pour lui que de la remettre en place, et de remettre les efforts mais toujours avec des prières .
Sans être l’adversaire du sorcier, il est parfois son auxiliaire dans les foulures, les entorses, les déboîtages du genou, les efforts, etc.; opérant tous les deux sur le même terrain, ne doivent-ils pas rire en se regardant?
Le Gourlaud. Tel est le nom donné à celui qui fait les démarches pour les mariages, les invitations, les préparatifs des noces, etc.
C’est le chef du Protocole matrimonial, sa fonction est très enviée pour l’honneur qu’il en retire, car cette fonction lui donne des droits, des prérogatives et des faveurs, surtout auprès de la fiancée .
Le Gourlaud reprend un mariage rompu, c’est lui qui fait les demandes, qui règle les conditions du contrat, il détermine le jour des noces, il y assiste à la place d’honneur, il fait partie du rebondouet, il sera aussi aux festins des baptêmes, il est devenu l’indispensable des familles; parlant bien, son vocabulaire est choisi ; en outre, il donne des consultes, c’est l'avocat du village.
Graisse de créquin. Lorsqu’on exposait encore au carcan un criminel quelconque sur la place d'Allier, en face du Marché au blé, vers i83o, ceux qui devaient être marqués au fer rouge, les passants comme les assistants à cette cruelle punition croyaient fermement que l’on enduisait la brûlure ou marque sur l’épaule du patient faite par le bourreau lui-même, avec de la graisse humaine.
Quand on change de ferme, le fermier a le soin d’enduire les pieds des animaux avec de la graisse de créquien , afin de détruire les sorts qui pourraient être jetés sur eux. Il est aussi de tradition d’enduire avec de la même graisse le palier de la maison et des écuries pour la même cause; et cette graisse, il ne craint pas d’aller la demander au pharmacien, qui lui donne, en effet, de Yaxonge ordinaire.
Granges et fenils. Avant la rentrée des récoltes, le fermier a la précaution de les asperger avec de l’eau bénite, ainsi que la moisson et les fourrages avant de les engranger, afin qu’ils ne soient pas détruits ni par le feu, ni par les effets du tonnerre.
La Grêle. Aux Pierres-Courtines, mégalithes du Mayet de Montagne, il n’y grêle jamais, à cause des nombreux bassins qui ont été creusés sur ces pierres, et qui gardent l’eau, même dans les grandes sécheresses, et aussi, parce que le sang humain a coulé sur ces rochers. C’est le père Jean, propriétaire aux Courtines qui l’affirme, car ses grands-parents lui ont aussi affirmé ; ce sont, dit-il, les goô-louets qui ont remué ces pierres, creusé ces canaux et ces
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bassins, qui coupent les miages d’aurisses (nuages d'orage).
Les gens d’Agonges avaient fouetté une vieille vierge en bois de leur église, laquelle revenait elle-même reprendre sa place sur l’autel où l’on y avait mis une vierge neuve. Après ce sacrilège, la vieille Bonne-Dame avait disparu et pendant sept ans, la commune fût ravagée par la grêle. Chaque année, ces malheureux imputèrent ce fléau à cette action, ils se mirent à la recherche de leur ancienne madone, et, ils la découvrirent dans une grotte à Paray-sous- Briailles, à plus de quinze lieues d’Agonges, ils résolurent de la ramener sur l’autel de leur église, ils firent le voyage à jeun et pieds nus, et rapportèrent triomphalement la statue. Depuis ce temps, la grêle n'a plus été un fléau, et Agonges est épargné.
Certains curés sont bons pour la grêle, beaucoup ne le sont pas. Dans la montagne, les habitants sont certains que le curé peut à son gré détourner les orages de grêle, ou les laisser se produire ; les jeunes prêtres ne sont pas assez savants pour connaître ces secrets, c’est pourquoi ils préfèrent des prêtres âgés.
Il en est pour les cloches ce qu’il en est aussi pour les curés ; telle cloche est bien meilleure
qu’une autre, et si une paroisse est indemne des orages, c’est que sa cloche est bonne, et dans beaucoup de paroisses encore, le sacristain, malgré les arrêtés préfectoraux, sonne les cloches en temps d’orage.
Gui de chêne. Le souvenir druidique, quoique bien altéré, n’a point encore disparu; dans une vieille chanson qui est encore connue à Ferrières - sur-Sichon on y trouve ce souvenir.
« Y’a-t-il un arbre en les fouras,
Que passe par d’su les chagnes,
Ceum’ les vargnes et les fragnes,
Pasont l’aronde et les garas.
O! lé bregiers, les bregières,
La Guillauneu vous font chanté,1 E, que eut’ nous végnez dansé,
Dansé d’ su lé fougières.
Le ton mélancolique et plaintif de cette chanson ajoute un charme que la musique serait impuissante à rendre.
Couri le guilleri , courir les aventures nocturnes.
En effet, chacun accourait à l’invitation des
Druides, pour assister à la cueillette du gui qui se faisait à minuit.
Un bois de la Fermeté, en Nivernais, mais dans le voisinage de notre limite, est appelé le bois du Guillaneuf.
« Recepte pour guarir de Fomal (i), l’épilepsie : Fault faire culhir du Guy de chêne, la veille de la nativité de Monsieur Sainct-Jehan- Baptiste, avant soleil levé et faire bénir par ung prestre puis, fault que le prestre prengue trois feuilles du dict guy et cinq petites pièces de la branche couppée menue, qu’il mettra dans un drappeaulx bien lyé . »
(i) Livre de raison de Philibert Goyard, commencé en 1 6 1 1 , fini en 1781. Bourbonnais.
Haches en silex. Dans tout le Bourbonnais les haches préhistoriques sont considérées comme étant tombées du ciel, ce sont des pierres de foudre, des pierres de tonnerre ; on leur attribue des vertus particulières. Un fermier de Treban en avait déposé une très belle dans l’auge qui servait à faire boire son bétail ; il nous dit que cette pierre préserverait ses animaux de toutes les maladies contagieuses, car c’était oune piarre de tounarre.
Imagerie populaire. Quand les femmes revenaient de la ville, elles rapportaient, il y a quelques vingt ans, les images à un sou dites d’Épinal, représentant des Saints, le Juif-Errant, Don Quichotte, M. de La Palisse, Malborough s’en-va-t-en guerre, etc. Ces images étaient pendues sur les murs de la cuisine et aussi accrochées sur le dedans des portes de l’armoire.
La diffusion de l’imagerie d’Epinal lui a fait perdre son caractère d’originalité et personne n’achète plus les contes de fées à un sou, car elles se donnent en réclame dans beaucoup de magasins.
Ivrognes. Nos sorciers possèdent le secret pour réduire l’ivrogne le plus invétéré, voici sa consulte qu’il vous donnera en échange d’une
poule, d’un lapin ou même de l’avoine pour son âne.
Debout devant sa table, il écrit sur une bande de papier la formule suivante : Aumus, Porte aunnus , brétingué.
Il faut, avant le lever du soleil, faire avaler le papier écrit, sans que le disciple de Bacchus s’en aperçoive trop, après l’avoir roulé dans du beurre.
Cette même formule sert également aux amoureux, pour se faire aimer par celui des deux qui l’a fait avaler à l’autre.
Jarretières. Honni soit qui mal y pense. Quand une femme perd sa jarretière, elle est en droit de mettre la fidélité de son mari en doute.
Dans les noces de campagne, le garçon d’honneur tâche de saisir assez adroitement la jarretière de l’épousée, mais celle qui est à la jambe gauche, s’il réussit à la saisir, malgré la vigilance de la mariée ce sera le grand triomphe de la journée; coupée en morceaux, c’est à qui peut en obtenir, ils deviennent un vrai talisman pour les filles qui trouveront un épouseu dans l’année. Pour se faire aimer, les garçons en donnent aux filles, qui se laissent embrasser cent fois, deux cents fois, tout le temps que dure la noce.
Jettateurs. C’est le dernier ordre des sorciers, ils sont limités dans leurs pouvoirs; ils
charment les fusils, mais qu’une hile de mœurs légères peut décharmer en le touchant.
Pour trois francs, donnés en trois fois, il peut faire sortir les âmes de la tombe et les faire parler, après avoir fait une neuvaine, il jeûne pendant ce temps, ne dormant pas, et après la neuvaine, il répète ce que l’âme vient de lui dire.
Ils devinent par l’examen des yeux, les hommes ou les femmes qui ont le foie blanc; malheur si les uns ou les autres se marient, ils ne vivront qu’un an, jour par jour, après leur mariage.
Le jeudi des jeunes filles, le dimanche des garçons. Le premier jeudi du carnaval étant celui des hiles, les jeunes gens vont de porte en porte fumer les hiles, en présentant à chacune une assiette de charbons en feu, sur lesquels ils ont répandu de l’encens et de la résine; puis elles offrent le vin aux fumeurs, avec des pâtisseries.
Le dimanche suivant, les jeunes hiles vont à leur tour fumer les garçons.
Enfin, le second jeudi du carnaval est appelé le jeudi des femmes , les hommes vont les fumer, et le dimanche suivant, les
femmes rendent aux hommes la pareille cérémonie.
Enfin, tout se termine par les réunions de familles fumées; on boit, on chante, on danse, et ce jour finit par des accordailles.
Cet usage est encore pratiqué à Doyet, Montvicq, Commentry, Bézenet mais il paraît circonscrit au bassin houiller de Commentry.
Jeux divers. Les jeux de mon enfance, i 843- 1 S 5 3 . Tel est le titre d’un travail que nous avons préparé, sur ces jeux qui nous égayaient. Les temps ont terriblement changé depuis. Nous, les gamins, nous savions nous amuser sans nous ennuyer avec tous nos vieux jeux dont la plupart ont disparu, avec l'art de s’amuser.
Nous ne ferons qu’indiquer le nom de ces jeux enfantins, et qui sont déjà une légende.
[.es gobilles avec la tape, le creux , la bloque, le franc carré.
Les quilles , le rappot , les boules , le neufcreux. La truie , la traye , le cochonnet, connus déjà de Rabelais.
La Beuille, la cliache-mutte. le cerf-volant à recolles et nos ballons gonflés à la paille. Les échasses, les cliquettes, la ronfe , halte-là-coupé,
les osselets, les toupies, les quatre coins , sautemouton, le rat, le corbillon, la barre, chatperché, cache-cache qui pourra, via la Ligue , la classe, la marelle, aux voleurs, le pont, chevalfondu, la balle empoisonnée, la tour prend garde, où nous chantions :
Va-t’en te plaindre,
Au duc de Bourbon.
Le mardi gras, la courte boule.
Et s’il fallait énumérer ceux des filles auxquels nous prenions part, il faudrait citer : La tirtirondaine, le pont, les rubans, mère à la cruche, ton peloton dévide, la toile, colinmaillard, Olivé-Beauvais, etc.
Halte! le law-tenis remplace avec le foot-bal, nos vieux jeux français, nous sommes vaincus par ceux des Anglais . Nous des Français !
Joug de bœufs. Il ne faut jamais brûler de vieux jougs, cette destruction entraînerait la mort du bouvier dans l’année.
Le jour de l’an. L’Aguillaneu, se dit encore en Bourbonnais, dans la montagne et aux environs de Montlucon.
En 1854, on se donnait à Moulins, pour étrennes, un jo, ou coq, façonné en pâte dans un moule, avec deux brins de bois en guise de pattes. Il se vendait des jôs, par milliers. Quel chemin a-t-on parcouru depuis! Nous sommes allé du simple au composé, l’idée d’avoir des étrennes occupe autant les enfants de les recevoir, que les parents de les donner. Aujourd'hui, toutes les bourses sont obligées de compter pour suffire aux étrennes du jour de l’an.
Juif- Errant. Cette légende du Juif-Errant est très accréditée, l’imagerie d'Épinal l’a popularisée à l’état de croyance. Nos parents nous promettaient, comme récompense, de nous le faire voir quand il passerait.
Aux rochers de Courtine, à La Chaux, sur le revers de Montoncel, est un bassin en forme de pied humain; le montagnard vous dira avec conviction, que c’est le plan du pied du Juif- Errant. , « ousqué los Piarros é^essions encoure tout ’ mollies ».
Jurements, Jurons, Serments. Ils sont nombreux encore, citons : Bigre de bigre; Bougre; Bougre de bougresse ; Boug’ d’ mâtin ; Bou
gueux ; Chameau ; Bon sang (i) ; Cent tounarres d’guieu ; Cré nom d’ nom (2) ; Cré coquin; Cré mâtin de mâtin ; Cré nom d’in chien ; Cré nom d’ l’a; Cré salope; Cristi ; Diable t’emporte; Diable t’acraze; Diable m’arrache le nom de créquien; Diable me tortille la cregniolle (le cou) ; Fout me la paix ; Fout ton camp ; Gredot ; Crégredot ; Grenipille; Grenipiaut; Diable me fût; Ma fi ; ma fi non; Ma foué non; Pre ma foué; Nom d’nom d’une pipe; Nom d’in chien; Nom d’guiou ; Que F bon gnieu m’ brûle la carcasse ; Que 1’ tounarre d’ guie m’acraze; Que Guieu m’ brûle; Sapristi; Cré bêtasse; Cré béquiat; Cré bonsoir; Cré g...; Cré p... ; Cré mazette ; Cré séquelle; Cré mandrin; Cré mandrigneau (du souvenir de Mandrin qui a fait ses exploits dans la montagne bourbonnaise) ; Sac à papier ; Cré moule de c... ; Cré moule de c... ; etc.
L’habitude de jurer diminue de jour en jour. O juro couiri in payenï à joura t)vo couiri in charquier; le païen n’existe plus qu’en souvenir,
(1) De Bwar veni , du Livradois; mots celtiques, ce jurement était connu des Celtes, et usité par les Druides, commun aux Senons.
(2) Abréviation de Sacré.
le charretier est moins jureur, et les blasphèmes sont presque inconnus; le paysan, l’ouvrier, n’ont plus ces jurements dans la bouche comme autrefois ; c’est l’une des parties du Folk-Lore, que nous ne regretterons pas de voir disparaître.
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Lait. Les superstitions sont nombreuses. Le sorcier a le pouvoir de faire biner le lait , en jetant un sort de binage sur les vaches d’un voisin, le lait de ces vaches passera dans les mamelles des vaches d'un autre, qui a ses préférences, ou bien celui qui l’a payé avantageusement pour obtenir un binage en faveur de sa vacherie. Le sorcier peut aussi, à volonté, faire diminuer ou augmenter le lait des vaches.
Quand on s’aperçoit dans une vacherie que le lait semble diminuer, on envoie quérir le sorcier pour qu'il enlève le sort jeté sur la vacherie ; voici ce qui se passe : il faut d’abord neuf jours de préparations; chaque matin, le sorcier se rend à l’étable, tenant un cierge allumé et béni à la dernière Chandeleur, un rameau de buis et de beau bénite ; il a eu le soin de se munir de deux vieux écus de six francs; il se tient
droit derrière les animaux, et il dit: « Au nom des vaches malades, démon qui opère la nuit sors d’ici ». Puis il asperge d’eau bénite les étables et les animaux, ayant soin d’asperger de la main gauche. Le peu de lait qui a été tiré est porté dans le four surchauffé pour la circonstance; la chaleur le fait rapidement évaporer, tandis que chacun regarde de quel côté les tourbillons de fumée se dirigent.
La quatrième nuit, on conduit le troupeau à la croix des quatre chemins la plus rapprochée du domaine, à minuit précis, montre en main, les chats du voisinage se jettent sur le dos des vaches en faisant entendre d’affreux miaulements; c’est le sort qui s’en va ! Les aspersions redoublent, à la lueur des cierges, et la déroute du sort est complète, de même que celle du diable qui conduisait la troupe des chats; le débat commence, le sorcier entre en lutte ouverte avec Satan, les cris, le tapage infernal redoublent ; le moment d’invoquer saint Michel est venu pour secourir le sorcier qui se tord de convulsions simulées ; le bruit cesse enfin, le sorcier se relève, saint Michel est intervenu, il était temps, les chats et Satan ont eu le dessous, ils sont vaincus !
Voilà l’état d’esprit, où en sont encore nos
madrés paysans du Bourbonnais en plein vingtième siècle; on peut alors se demander quelle est la valeur de leurs convictions politiques et religieuses? Dans cette comédie, le sorcier a bien rempli son rôle de mystificateur, pour lequel, il s’est fait payer à l’avance, c’est du reste, la principale condition pour la réussite de l’enlèvement du sort !
Langage. Le français se parle assez bien dans l’arrondissement de Moulins ; le patois limousin persiste dans la vallée du Cher ; le rude accent auvergnat se perçoit dans l’arrondissement de Gannat ; et dans celui de La Palisse, l’idiome est caractérisé par le point d’intersection de la langue d'oc, avec celle de la langue d’oïl ; le patois de Ferrières surtout, a retenu le caractère de ces deux langues.
Moins accentué que dans le Berry, le langage du Bourbonnais est légèrement chanté dans l’intonation comme dans les terminales, il est plus bref et moins traîné que chez nos voisins.
Vers le château de l’Ours, sur la rive gauche du petit ruisseau qui le contourne, on y rencontre des désinences appartenant à la langue espagnole, c’est un reste de langage laissé par les teinturiers venus d’Espagne, attirés par les
fabriques de tapisseries de Felletin, et qui teignaient les laines en cet endroit.
Langue. Se mordre la langue présage la pluie à brève échéance.
D’une femme qui cause beaucoup : ol, à une langue bien pendue; celle qui lui a coupé le fil, n’a pas volée ses cinq sous; d’une mégère : ol à une langue de vrepy.
Quand on ne peut trouver une réponse à fournir : j’en donne ma langue au chat.
Légendes. Nous donnerons dans un recueil particulier le légendaire de notre province ; à la légende, se reconnaît un peu le caractère du pays qui les a vu naître; comme la chanson, elle alterne dans la vie d’un peuple. La légende est ordinairement mélancolique, tandis que la chanson se termine toujours par un gai refrain; elle est la poésie de l’été, du soleil, la légende est celle de l'hiver, des frimas et des neiges.
Lessive. Si une femme ayant ses règles entrait dans une buanderie au moment où on y coule la lessive, celle-ci trancherait, le lessif devient subitement pâle, épais; mais à côté du mal, il y a le remède; il ne manque pas, dans les fau-
bourgs, de femmes qui savent détrancher ; celleci arrive, examine la lessive, la déclare en effet tranchée, et pour quelques sous, elle récite dévotement une oraison de blanchisseuse, et instantanément, la lessive est détranchée.
Pour les mêmes raisons, et dans les mêmes conditions, une femme peut faire trancher l’encaustique à l’eau que le peintre prépare pour l’encaustiquage des parquets, mais on ne connaît aucun remède, la préparation est perdue.
La ménagère ne fera jamais sa lessive durant la semaine sainte, ni dans la semaine qui précède la Toussaint, pas plus que celle d’avant Noël, on dit de cette fête :
A la Saint-Thoumas.
Cuit ton pain, lave tes draps.
Dans trois jours Noüel t’auras.
Lièvre. Pour activer la dentition des enfants, on leur fait manger du lièvre, et pour fortifier les gencives et leur éviter les convulsions des dents, on frotte leurs gencives avec de la cervelle d’un lièvre mâle.
Lis. Quand le lis blanc fleurit, les vendanges se feront trois mois après, jour par jour, cette
croyance s’étend dans le Charollais et jusqu’en Beaujolais.
Lits. Quand deux lits sont placés dans la même chambre, ils doivent être disposés tous les deux dans le même sens, dans le cas contraire, ce serait un porte malheur perpétuel ; et quand des gens vont louer un logement, leur grande préoccupation est de voir, s’ils sont obligés de placer deux lits dans la même pièce, s’ils pourraient les mettre dans le même sens.
Livres de magie, le grand, le petit Albert, etc. De nos jours, il se vend encore mais un peu clandestinement, les rééditions des vieux traités de magie noire et autres, tels que : L'Enchiridion ; La poule noire ; Les clavicules de Salomon ; Le vieillard des Pyramides ; Les secrets de la magie noire et blanche ; Les secrets du grand et du petit Albert , etc.
Ces livres de format in-16, sont recouverts d'une couverture de couleur, et contiennent un grand nombre de figures coloriées, abracadabrantes ; ils ne portent ni dates, ni noms d’imprimeurs; le colporteur d’autrefois les possédait tous au fond de sa boîte.
Il est curieux de voir les gens de campagne
demander au libraire obscur ou bouquiniste : Ave^-vous des livres de sorcelages ? O voudro avouere tout ceusse que sont les pu forts !
Les sorciers se font un point d'honneur de posséder tous ces livres; c’est ce qui fait leur force, et usant de cette réputation, ils exercent un empire et une sorte de terreur chez les individus : que savons qu’à là le grand Albert ! malheur alors à ceux qui ne sont pas bien avec le sorcier de leur endrouet ; aussi, pour gagner ses bonnes grâces, on le ménage, on va chez lui à la consulte, en lui donnant un quartier de jambon, des œufs, une paire de poulets, etc.
Locutions familières. Bailler aux corneilles; béte coum un oyou ; queu langue de vrepy; o la trouvé chaussure à son pied; les deux font la paire ; l’un vaut ben l’autre ; a se valons ben.
Pre bouère et manger on se force, et pre travailler on est pas un chevau.
Ces locutions parfois triviales sont à l’infini, elles sont aussi un peu générales.
Loteries. Par notre temps, on voudrait faire fortune rapidement, et travailler le moins longtemps possible. La loterie flatte ce nouveau goût, on croit à la chance, et on appelle 1 a. for-
tune par tous les noms, on entend dire parfois : O s’ra malereux en ménage ; o la trop de chance aux loteries. En effet, il est des personnes chanceuses aux petites comme aux grandes loteries.
A la fête du village sont installées plusieurs loteries aux rayons étincelants, chargés de décors de toutes les couleurs. Pour y gagner, le devin prête son bracelet magique, à d’autres il leur fait fumer de la racine de mandragore, dans une pipe n’ayant jamais servi, et si la personne ne fume pas, on lui suspend un morceau de racine de mandragore au cou.
Pour être gagnant aux loteries, il suffit d’emprunter à un ami, le prix du billet, celui-ci, ne manquera pas de gagner un bon lot.
Les Loups. Ce seul nom sert d’épouvantail aux enfants; pour les rendre sages, on les menace du loup.
Dent de loup. La dent de loup est encore en usage dans les campagnes ; percée et suspendue à un collier, elle devient un talisman contre la peur, la rage, les accès de colère et les convulsions. Cette tradition nous vient des Gaulois. Nous possédons un collier de perles de l’époque
gallo-romaine, trouvé sur l’emplacement de l’emporium de Talène, parmi lesquelles se trouvait une canine de loup.
Loups de neige. On désigne ainsi des amas de neige rassemblés et tassés par le vent, dans les ravins, les fossés; cette neige pressée, étant plus résistante, persistait, tandis que la neige qui couvrait les champs était fondue. Ce sont ces loups de neige, disent les gens de campagne, qui attendent sûrement la chute d’autre neige qui ne se fera pas attendre.
Loups-garous. Meneux de loups. Il y en aurait long à dire sur ce sujet. Le m’neu d’ loups est encore l’épouvantail des campagnes, le loup garou, son compagnon, a comme lui, laissé de grands souvenirs, effrayants même, dans le sein des populations rurales. Notre province, autrefois couverte de grands bois et d’immenses forêts dans lesquels se multipliaient les loups, était bien un pays où l’idée du loup-garou tenait une grande place parmi les habitants. On en voyait partout. Tous les méfaits leur étaient attribués, ainsi qu’à celui qui les commandait, le m’neu d’ loups. Leur race n’est point éteinte, s’ils sont moins nombreux, il en existe
encore, au fond des forêts, parmi les bûcherons, les sabotiers.
Le meneur de loups fait partie de la grande corporation des sorciers; les cornemusiers sont aussi meneurs de loups par tradition.
Les chroniqueurs du xve siècle rappellent avec la féerie des génies bienfaisants, les gnomes, les farfadets, les démons, et les loupsgarous; à cette époque commençait l'invasion du merveilleux. Louis XI était bien né pour son siècle !
A Chantelle, au-dessous du cimetière, est l’affreuse rue des Satans, c’est là que se tient le sabbat, conduit par les meneurs de loups de la région qui s’y donnent rendez-vous, avec les chats et les loups-garous.
Le curé de Gennetines près Moulins invoquait saint Cartaud et saint Anibaut contre les loups (registres paroissiaux de cette commune au xvnc s.) « Je prie Dieu, la vierge Marie, sainct Cartaud, sainct Anibaud, sainct Luc et saincte Amicque de garder mes chevalines du loup, de la louve, durant le cours de cette année ».
Le meneur de loups est un familier de Satan et son procureur sur la terre, il sait attirer à lui les loups qui le suivent sans lui faire aucun mal, il leur parle, il tient conseil avec eux à la
croix des quatre chemins ; il leur défend de ne jamais s’attaquer aux moutons des fermes qu’il leur désigne. Pendant les grands froids, il leur porte une miche de pain à dévorer, à son appel, ils sont vite au rendez-vous.
Pour jouir de tant de pouvoirs, le meneur de loups s’est donné au diable.
Très souvent, le loup-garou et le meneur de loups sont confondus et identifiés ensemble. Ces êtres bien distincts sont partout en Europe, aux Indes, dans l’Afrique.
Nous supposons que le secret des meneurs de loups consistait à se procurer la liqueur que la louve rejette abondamment lorsqu’elle est en rut, ou même de son urine ; nous ne savons rien des moyens qu’ils peuvent employer pour en obtenir, mais une fois en possession de quelques gouttes de cette liqueur très odoriférante, ils en frottent leurs jambes, leurs habits, ils peuvent traverser les grands bois, et se faire suivre docilement par les loups; et ce serait dans ces circonstances qu’ils trouveraient leur prestige, qu’ils transmettent en héritage à leur postérité. C’est pourquoi de père en fils, les membres de la même famille sont meneurs de loups.
Ainsi se trouverait expliqué le mythe d'Orphée.
Nous lisons dans le Voyage pittoresque en Bourbonnais, page i3 : « Enfin, aux carrefours des bois se tiennent les assemblées des loups, les meneurs de loups y allument de grands feux, les hommes et les bêtes commencent le sabbat, cette sarabande se met à hurler effroyablement, et si par hasard un créquien égaré passait par là, c’en est fait de lui, mais s'il était reconnu par l’un des meneurs de loups, il lui prêterait sa grâce et deux chiens pour le reconduire à son logis en lui recommandant de les récompenser à son arrivée. »
« Aejoura las menaos d’ioups, ou éyeï tretou des cormusiers, co monde touchiount los instruments o pouyait do mas viager — cormusiers on ert do sâle monde, eyé gormands, das évrognes das arcandiès finis , eyé m’neu d’ioups ( i) .
La Lune. La génératrice des mois. Dans le monde entier, son prestige est peut-être plus grand que celui dont jouit le soleil.
L’historique des influences lunaires demanderait des volumes, et celui de la lune dans les superstitions serait important.
(i) Tixier, Souvenirs bourbonnais, Gannat, in-8e.
Citons quelques croyances auxquelles la lune a donné lieu, et qui se sont conservées en Bourbonnais.
Les veaux qui naissent en lune tendre sortent très facilement du ventre de leur mère, et plus difficilement en lune dure.
Si on plante des arbres fruitiers sans lune, les fruits ne restent point aux arbres.
Il faut planter les ails en vieille lune.
La vigne taillée en lune tendre donne plus de bois que de raisins.
Les graines potagères naissent rapidement si elles ont été semées en lune tendre.
Le trèfle semé en lune croissante météorisera facilement les animaux.
Il ne faut pas récolter le chanvre en lune tendre.
Les préjugés sur l’influence que la lune exerce sur les bois sont à l’infini ; quoique peu variables, ce qui porte à croire que ceux qui en font l’exploitation ont du avoir l’expérience pour les accepter.
Les Américains abattent leurs bois en lune décroissante, la même croyance existe en Bourbonnais.
Notre compatriote, Antoine Mizault écrivait en 1 58 1 , « Secrets de la lune ». La lune, dit-il,
est l’e'pouse du soleil, donc elle doit son influence d’une façon très active sur tous les êtres, étant la poule argentine du coq doré ». Ce livre serait tout entier à citer à cause de la singularité de sa conception, Mizault termine ainsi : « Vous êtes malheureux, parce que vous ne croyez pas en la lune ».
ce qu’on voit dans la lune.
Un homme qui tire un rat par la queue.
Un homme que le bon Dieu a condamné à rester dans la lune pour avoir travaillé le dimanche (Ferrières -sur-Sichon).
C’est un ouvrier qui a coupé du bois le dimanche (Neuvy, Ygrande, Chamblet, Marcillat, Montvicq).
Un bûcheron qui a coupé du bois le jour de Noël.
Un homme qui a travaillé les jours de fêtes.
Un paysan qui a fait une haie avec de l’épine blanche, le jour de l’Ascension.
C’est un pauvre homme qui a été condamné pour toujours à porter un faix d’épines sur son dos.
La lune dote les haies (Avenues).
Regardez la lune, c’est un enfant sale qui n’a
pas voulu se laisser débarbouiller (Dompierre, Vau mas).
C’est un planteu d’choux anvé son fechou (Coulanges, Molinet).
Dans une vieille prière à Saint-Hubert que l’on dit à Chantelle :
« Le souleil et la lune ont predu yeu lumière. »
Pour charmer les chancres de la bouche, la sorcière dit ; Chancre, par le soleil et par la lune, sors d’ici .
Quand un enfant va naître dans la décroissance de la lune, ce sera un garçon.
Près de la lune, loin de l’eau, se dit du cercle qui se voit par un certain temps autour de la lune; et par contre, loin de la lune, près de l’eau.
Enfants, nous chantions autrefois ce vieux refrain :
La lune, belle et brune
C’est la Vierge qui nous appelle,
Pour aller dans sa chapelle Y chauffer nos petits pieds.
Il y a dans la lune Trois vieux lapins,
Que mangions des prunes Tout comm’ des coquins.
La pipe à la bouche,
Le verre à la main,
En disant : Martin,
Verse-nous du vin.
La lune rousse est maudite, on lui attribue de n’être jamais bonne et toujours mauvaise, elle est la cause du gel des biens de la terre; si la lune rousse n’existait pas, nous serions débarrassés de tous ces maux, disent les campagnards.
Magie. Magiciens. C’est la science des esprits forts, entretenue par les devins, les sorciers qui font des Sorcilages purs , à l’aide des livres de magie.
Pour devenir magicien, il faut avoir des antécédents dans la corporation des sorciers, et surtout posséder les livres de magie, le grimoire, que seuls les gens du métier savent lire et comprendre. La crédulité publique supplée au défaut des connaissances du magicien, elle lui prête ce qu’il n’a point. Le magicien ne pratique guère que chez lui ; on va prendre une consulte dans sa maison, comme on va chez l’avocat; devenu le consulteur de toutes les causes, il est recherché pour les procès, pour les mariages, pour les décès; il est plus redouté que redoutable, bien que l'on craigne qu’il exerce son pouvoir sur les destinées d’autrui, à cause de la connaissance qu’il possède
de tous les livres, des figures, des caractères qui s’y trouvent imprimés; il plane bien audessus des sorciers, et dans l’esprit populaire il n’y a personne qui soit aussi savant que lui.
Nous possédons la procédure intentée par le Sénéchal du Présidial de Moulins en 1622, contre un sieur Michel, accusé de magie; il est extraordinaire d’y voir tout ce que ce magicien fût obligé de faire pour arrivera communiquer avec les esprits ; revêtu d’ornements sacerdotaux que lui prêta un prêtre de sa paroisse, il tua une tourterelle, puis il entendit les offices, muni du Sceau de Salomon; il fit plusieurs communions, et après s’être couvert la tête de la peau d’un enfant mort-né, il put évoquer les esprits supérieurs. En voici la formule telle que nous l’avons transcrite dans le procès (1) : « Par la vertu de Dieu vivant, vray Dieu, lequel te fait simpiternel en justice et équité; viens Raphaël en belle forme et bénévolence ; obéys à ton Créateur et à moy, par son nom très excellent, lequel je te montre, maintenant sur ma teste en levant ce sceau » .
La lecture de cette procédure est une sorte
(1) Nos archives, c. 5, 1. 4.
d’initiation, on y trouve des formules des plus étonnantes, des évocations les plus variées, etc.
Michel a été condamné a être rompu vif en place de Grève, puis à être brûlé.
Mai (les coureurs de). Très ancienne coutume encore en usage dans une partie du canton de Dompierre.
Un groupe de jeunes gens parcourt les fermes pour annoncer que le icr mai est proche, et aussi pour réclamer leur rente , c'est-à-dire des provisions, des œufs, et surtout du lard ; vielle et musette les précédent, puis le ier mai arrivé, ils vont à chaque domaine, et devant la porte ouverte, ils chantent le mai :
« Du bon matin je nous sont levés,
Oh ! Madeleine, veci le mai ;
I vous salue nout maîtresse ;
Aimez-moi, i vous aimerai Tout le temps d’nout jeunesse.
La chanson varie suivant les localités, le thème est à peu près le même.
On plante encore le mai devant la porte de la maison où une jeune fille doit prochainement se marier; il est formé d’un jeune sapin
enrubanné ; mais si la jeune fille a eu quelques mésaventures, c’est un bouquet de genêt qui a été hissé au-dessus de la porte, et qu’elle s’empresse de faire disparaître avant l’aube.
Maisons (le rit des). L’usage est conservé de faire bénir les maisons neuves avant quelles ne soient habitées.
Beaucoup de gens de la ville redouteraient de se loger dans une maison portant le n° i3.
On ne rentre pas dans une maison à loyer le vendredi, si l’époque du déménagement tombe ce jour, on y porte la veille quelques menus meubles.
Bien des locataires ne voudraient point habiter une chambre dans laquelle on y compterait treize soliveaux au plancher.
Quand un laboureur va visiter un domaine qu’il a l’intention d’affermer, s’il rencontre un corbeau sur sa route, il rebrousse son chemin et revient chez lui, cette rencontre étant un mauvais présage; mais, s’il voit une pie, il a hâte de conclure le marché et de signer son bail.
La première chose que la ménagère doit porter dans sa nouvelle demeure est la bouteille d’eau bénite, ou bien un charbon de la bûche de Noël.
Quand le maçon a terminé une construction, il plante une petite croix ornée de fleurs et de rubans, au faite de la cheminée. La croix est aujourd’hui remplacée par un bouquet, ou par une bouteille vide, parfois aussi par un petit drapeau. Ces signes extérieurs sont une invitation à donner le pourboire aux ouvriers qui ont construit la maison.
Au Pal, à Thiel, à Saint-Pourçain-sur-Besbre, existent encore des maisons sans cheminées ; le foyer est au centre de la grande pièce, et la fumée s’échappe par une large ouverture laissée au faîte des toits. Ces maisons sont ordinairement édifiées avec de grands madriers, retenus chacun par des entailles aux angles de la maison ; cette rusticité primitive ne manque pas de solidité, car ainsi édifiées, ces maisons ont déjà traversé cinq siècles au moins.
A Biozat, dans l’arrondissement de Gannat, la plupart des maisons sont formées d’un mur en pisé, ayant un mètre environ de hauteur, au-dessus, sont des poteaux reliés par des traverses sur lesquelles sont cloués des liteaux qui servent à y maintenir des tresses de paille, qui sont enduites de terre glaise. C’est ainsi que les Gaulois façonnaient leurs maisons de clayonnage.
Maisons, châteaux hantes. De nos jours, il y a encore des demeures hantées, un bruit, des coups répétés se font entendre chaque nuit; et l’on dit que ce sont de pauvres âmes en peine qui réclament des prières. Ces âmes sont inoffensives; chaque nuit elles frappent trois, six ou douze coups, suivant l’intensité de leurs demandes.
Nous avons vu une maison à Moulins, rester sans locataires pendant plusieurs années, on la disait hantée.
Tout près de Moulins, existe un château hanté depuis un grand nombre d’années ; douze coups retentissent à minuit précis. Ce château a été fouillé partout, et rien d’anormal n’y a été découvert; c’est une tradition qui se continue, le château et les habitants tressaillent douze fois chaque nuit, et chacun s’y est habitué.
Maladie qui se donne a volonté. Les enfants déposent sur le chemin deux fétus de paille en croix ; si un passant foule sur cette croix, il n’échappera pas à une forte diarrhée de vingt-quatre heures; les enfants appellent cette coutume : « Donner la fouir re ».
Manette, Manille. Nom donné à un bracelet de cuir, que les athlètes, les cordonniers et parfois d’autres ouvriers se mettent aux poignets, pour y ressentir plus de force résistante, et éviter le déplacement des tendons ou des muscles, bien que ces bracelets ne puissent produire aucun résultat sous ce rapport.
Il faut rechercher la persistance de ces bracelets dans une survivance des goûts de la parure connus dès la plus haute antiquité, car les tribus de la période néolithique se paraient de bracelets faits en schiste h
La Mange. Dans tout le vaste bassin houiller de Commentry, les familles des mineurs se réunissent le ier mai de chaque année, elles se dispersent dans les bois, dans les prés, chacun y apporte de quoi faire la mange ; après le dé-
i . Pérot et Berthier, bracelets et brassards en schiste. Autun, Dejussieu, 1894. In-8° avec phototypies.
F. Pérot. L’atelier de bracelets en schiste de Montcombroux (Allier). Moulins, 1892. In-8°,
planche.
E. Rivière. Bracelets, fétiches. Paris, Institut bibliogr., 1904. In-8°.
jeûner, les danses commencent, les ébats joyeux se manifestent bruyamment, puis, on dine sur l'herbe, on chante et on danse encore longtemps, si bien que les filles ne veulent point rentrer au logis, voulant danser toujours.
Jusque vers i8q5, ce jour était chômé pour la mange , depuis, cet usage a presque disparu.
Marchands forains. Ils ont remplacé le petit colporteur, qui, marchait à pied, portant sa boite de marchandises sur le dos. Le forain, son successeur, ne va plus guère qu’en voiture, il déballe ses marchandises sur la place de la commune entre les foires et les marchés des villes.
Son étalage fait, s’il n’a pas vendu à la première personne qui s’est présentée, c'est le présage d’une mauvaise journée « mieux vaudrait réemballer quand il arrive des coups comme celui-là ».
Le marché. Jardinières. Quand les femmes de la campagne apportent des volailles au marché, elles mettent les têtes des poules en avant du panier, c’est un signe qu’elles sont à vendre, si elles les présentent dans le sens contraire, c’est qu’elles sont vendues, et non livrées.
Autrefois, les fermières, les jardinières arri-
vaient à la ville portant au bras ou roulant sur des brouettes leurs marchandises ; et chaussées de gros sabots; les lieues étaient plus longues et aussi plus pénibles à faire. Mais aujourd’hui toutes les femmes arrivent en voiture et chaussées de souliers, grelottant de froid, ayant abandonné leur chaudes capes.
Le Marcou. De nos jours, le marcou est inconnu, mais autrefois, très honoré, son nom était propagé dans toutes les provinces qui entouraient la sienne, sa tradition, cependant, s’est conservée en Beauce.
Le marcou était l’aîné de sept frères, nés sans qu’aucune sœur se soit interposée entre eux. Son pouvoir était grand, car, par un simple attouchement il guérissait les écrouelles, les malades arrivaient en foule la nuit de la Saint-Jean, il opérait avant que le soleil ne soit levé, son pouvoir était limité à ce seul jour. Chaque malade lui laissait une offrande en nature; il ne devait accepter aucune rétribution en argent.
Le Mardi Gras II consistait à faire un amas considérable de neige auquel on donnait, tant bien que mal, une forme humaine.
Que de joie en ce jour ! Nous avions congé, et s’il y avait de la neige, la nuit noire nous y prenait, cinquante gars du quartier, avec les filles, nous chantions autour du bonhomme blanc :
Mardi gras est mort!
Champignon la tué,
A coups de bouteille L’y a cassé son nez !
Mais s'il n’y avait pas de neige, ce qui arrivait souvent, chacun apportait de la paille, et nous construisions un bonhomme de paille, avec l'aide de branches de bois. Après une exposition de quelques heures, le soir venu, on le brûlait à la grande joie de tous. Nos parents assistaient à l’Auto-da-fé qui nous réjouissait grandement. C’est que dans ce temps-là, nous savions nous amuser avec peu, nos jeux périodiques étaient traditionnels ; on ne sait plus s’amuser de nos jours.
Le pauvre Mardi-gras s’en va comme toutes les autres traditions. — Dans les campagnes on avait l’habitude de tuer un cochon pour bien fêter le Mardi-gras et le jour des Brandons.
Si on se marie ce jour, les enfants seront rachitiques ou de mauvaise venue.
Pour obtenir du grand chanvre il faut danser ce jour.
Les femmes ne doivent point filer la journe'e du Mardi-gras .
Pour obtenir de beaux œufs et en abondance il faut, le Mardi-gras, donner à manger aux poules dans l’intérieur d’un cercle de tonneau posé par terre (usage très répandu).
Enfin, si on nettoie les écuries ce jour, on enlève avec le fumier les sept maladies qui affligent le Bestiau.
Mariages; Les Préliminaires ; La Noce; Les Quenouilles; La Rôtie; Le Rebondouet. 11 nous eût fallu tout un volume pour raconter un ancien mariage de campagne et les conséquences d’une noce; quand même, à la campagne, on y a encore conservé de vieilles coutumes et de bonnes habitudes, et nous ne pensons pas que de longtemps, les repas pantagruéliques des noces soient remplacés parle lunch, même assis. Le lunch des villes horripile nos braves campagnards, ils s’en moquent hardiment; ces gens disent vrai dans leur gros bon sens.
Le paysan bourbonnais parlant peu, il délègue le Gourlaud pour faire les demandes ; le jour venu, il se présente avec un certain céré-
monial qui n'est pas dépourvu l’esprit, chez les parents de la fille ; il est ordina rement très bien reçu. Passant par la cuisine, il va droit à la cheminée ; si les tisons sont en Pair il peut retourner chez lui; on le prie de rester, puis le déjeuner est servi; malheur encore si une omelette était servie; si c’est un gros chapon bien rôti, Paffaire est bonne, et après le repas, il fait les demandes en mariage, tout cela en très peu de mots. Accepté, le jeune aspirant peut, le dimanche suivant, se présenter chez les parents. Le dimanche après, accompagné du Gourlaud, se font les accordailles, c’est un premier festin qui les marque, le jour des noces est fixé; le Gourlaud change son titre, il devient alors le Prieu d^noces, il est chargé de faire les invites. Les invités sont prévenus officieusement à l'avance, le Prieu bien endimanché se présente chez ceux qu’il doit inviter. Après de grandes révérences, il fait sa commission, puis il veut se retirer, mais il est retenu, un copieux dîner l’attend. C’est pour cela qu’il ne fait qu’un seule invite par jour.
Enfin tout est préparé pour les noces, et la veille, les jeunes garçons parmi les invités vont à la porte de la mariée, bien close et bien fermée; ils chantent en chœur les couplets
suivants, sur 1 1 air aussi triste qu’attendris-
sant :
« Ouvrez-nous donc la porte Françoise ma mignonne,
D’biaux cadeaux à vous présenter,
Hélas ! ma mie laissez-nous entrer.
Mais la porte reste close, et ils reprennent alors :
In biau garçon à vous présenter Ma mie, hélas! laissez-nous entrer.
De l’intérieur de la maison, les femmes et les filles leur répondent :
Moi, vous laisser entrer I ne saurai le faire,
Mon père essé en coulère Ma mée oué en tristesse Un’ fille d’in si grand prix N’ouv’ pas sa porte à s’teur ichi !
Les garçons énumèrent les cadeaux qu’ils apportent :
In bague ben erluisante.
D's esclaux tous vizelés (1),
(1) Des sabots façonnés.
Do tabiés tous neus,
Do ribans de toutes les couleurs, De biaux mouchouères Et ben d'aut1 zartifailles...
La porte s'ouvre enfin, mais la promise couverte d’un grand drap se blottit dans un coin, il fait noir, les chandelles sont éteintes, il faut que son futur la trouve à tâtons; la recherche est longue parfois, enfin, elle se fait deviner, elle se trouve, des cris de joie se font entendre.
Le matin des noces, les livrées sont distribuées en échange d’une embrassade ; cette même livrée sera épinglée à la porte de l’armoire afin de bien pouvoir compter toutes les noces auxquelles on a assisté. Le cortège est formé, et on se met en marche pour aller à la maison commune, vielle et musette en tête. Après la mairie, on se dirige à l’église; le marié avant d’y arriver, brise une bouteille sur les marches ou après les murs de l’église. La mariée a souvent le plaisir de voir sur l’autel de la Sainte-Vierge une belle quenouille garnie de rubans ; elle y restera et sera conservée avec les autres qui s’y trouvent; c’est le plus bel éloge qu’on puisse faire de sa personne (Gennetines, Saint-Ennemond, Saint-Gerand-de-Vaux) .
Arrivés devant la maison, la mère de la mariée a préparé du vin chaud, la mariée boit la première, tout le monde ensuite et toujours dans le même verre. Devant la porte est un balai, elle le prend et devant la noce qui l’admire, elle balaie la maison afin de prouver à son mari qu’elle sera bonne femme de ménage dans toutes les occasions, et chacun applaudit.
Avant de se mettre à table, tout le monde se biche , c’est le signal donné par le gouneau, avec la permission d’embrasser sa compagne autant qu’on le voudra.
Le repas est à peine terminé que la jeunesse se met à danser dans la grange transformée à cette occasion. Après le grand dîner, elle retourne danser tandis que les jeunes mariés ont disparu. Où sont-ils? La maison, les dépendances sont fouillées partout, les mariés sont introuvables, mais un indiscret a dit qu’ils étaient dans une ferme, à une lieue de là ; avec la musette, la noce s’y rend, il faut faire le siège de la maison, on les découvre enfin, leur lit est renversé, et après s’être un peu habillés, on les force à prendre la rôtie, un vin chaud très pimenté qui leur est présenté dans un vase innommable. Ils boivent, et chacun après avoir puisé un peu de ce vin, embrasse la mariée ;
on se retire enfin, et les danses reprennent jusqu’au jour, personne ne se couche et la noce va de la table à la danse ; cela pendant toute la semaine.
On a planté le chou au faîte de la maison avant l’arrivée des mariés. C’est à ce moment que le garçon d’honneur tâche d’enlever la jarretière gauche de l’épousée; elle est formée d’un joli ruban rose, qui, coupé en morceaux, est distribué à toutes les jeunes filles, à leur grand contentement, ce ruban est la précieuse indication d’un mariage prochain.
Le dernier jour de la noce, le maître de la maison présente dans un grand plat, la bonde et le robinet du tonneau, c’est dire poliment aux invités qu’il n’y a plus de vin dans la cave et que la noce est finie. Le départ est si dur que tout le monde chante en chœur :
Nos chevaux sont à la porte,
Tous sellés, tous bridés,
Que le diable les emporte Faut pas nous en aller !
La musette intervient, elle entonne l’air malheureusement trop connu de la fin d’un mariage. C’est la finale :
Allez-vous en gens de la noce,
Allez-vous en chacun cheu vous,
Si la mariée à lé malade,
J’ia guarirons ben sans vous.
La séparation est cruelle, on se biche jusqu’à en faire venir les larmes aux yeux.
Quand une noce commence la veille, on dit que c’est le soir de la chemise , et le jour du départ s’appelle le : Branle de la cuisine.
Pour donner une idée d’une noce de campagne, voici le menu de ce qui s’est consommé à la noce de la fille du domaine des Bontemps, à Lusigny, qui a eu lieu le 5 mars 1906. Sur 1 10 invités, 91 convives y assistaient, la noce commencée le 4 mars au soir s’est terminée le 12 .
Il y a été consommé : un veau, un gros cochon, 45 poulets, 8 oies (huizoies), 7 dindes, 4 têtes de veaux, 5o pâtés, 75 livres de viande de boucherie, et tout cela sans compter les pré sents des invités qui ont apporté des pelottes de beurre, des œufs, des jambons, des poulets, des oies, des canards, des dindes. La cuisinière a travaillé 12 jours, devant trois fourneaux, et un four pour les brioches, les tartes, les entremets de toutes sortes, etc.
C’est ce qu’on appelle une vraie noce de campagne; à comparer avec les lunchs des villes.
Mais tout cela n’est pas fini, chaque famille invitée, rendra la noce aux mariés et à ses parents, c’est une fête de famille qui dure un jour, parfois deux, cette fête prend le nom de Rebondouet .
Il serait long d’énumérer les signes de mariages , les coutumes , les usages , les 'proverbes qui se rapportent aux mariages. Nous les avons conservés cependant ; un volume ne serait point de trop pour raconter ce qui se fait et ce qui se dit en cette grande circonstance de la vie.
Le marmot de César. Sous ce nom, on désigne un tas de pierres ramassées et mises en tas dans la cour des fermes, personne n’y touche, enlever l’une de ces pierres causerait la mort de celui qui l’aurait enlevée. Ce doit être une survivance d’origine antique. Marmot , nom sous lequel on désigne les petits enfants. On dit aussi croquer le marmot, pour attendre une personne qui ne vient pas. Ces marmots de César, ne seraient-ils points l’indication des sépultures antiques sous le gal-gal, amas de pierres ?
Matagot {herbe du). La nuit du premier mai, les sorciers de Chamelle et ceux de Saint- Pourçain partent en campagne pour y cueillir le matagot, qui est luisant cette nuit surtout, ce qui le rend facile à découvrir, tandis que dans le jour, il n’est visible que pour le pivert. Quand cet oiseau en a découvert une touffe, il pivote et tournoie avant de la ramasser, cette plante a la propriété de lui durcir le bec. Les sorciers en font grand usage, et ils la préfèrent au gui de chêne, qui est devenu introuvable ; ce qui ne les empêche pas d’être constamment en éveil pour le découvrir.
Les bouviers vont demander du matagot aux sorciers pour en frotter le cou des bœufs, afin de les rendre forts et vigoureux. Cette plante est aussi connue sous le nom d'herbe à la serpent, et de Sceau de Salomon , c’est le muguet bleu, l’endymion des bois.
M asques, mascarades. Le temps en est passé, les uns et les autres ne sont plus.
Ces joyeuses mascarades dans lesquelles les figures enfarinées ou charbonnées remplaçaient le masque parfois hideux, disparaissent de plus en plus; autrefois, vers i85o, les jours du
mardi-gras, du dimanche des brandons et de la mi-carême étaient de vrais jours de fête pour les petits enfants, jeunes et vieux, garçons et filles, tous se divertissaient, les mascarades étaient organisées dans les moindres villes; on y voyait des jeunes gens, des enfants dans des accoutrements les plus divers ; des bandes de masques parcouraient les rues, à pied, en voiture, montés sur des ânes, et suivies par une foule de gamins, avides de ce plaisir attendu chaque année.
Aujourd’hui, les bals parés, masqués et scandaleux, remplacent les innocentes mascarades qui amusaient tout le monde, même les gens chics, qui ouvraient leurs fenêtres, et jetaient aux masques des dragées, et des pièces de monnaie.
Les saturnales de l’antiquité ont vécu deux mille ans, leur agonie n’est-elle point lamentable?
Mégalithes. Plusieurs de ces antiques monuments du Bourbonnais, ont conservé le souvenir de pratiques susperstitieuses.
A Bresnay, on apporte sur la pierre du Joug, les nouveaux-nés, afin qu’ils jouissent d’une robuste santé.
Les amoureux s’y donnent des rendez-vous, et sur cette pierre, ils s’y font les plus doux serments.
La Pierre folle de Besson est légendaire.
Ces monuments sont nombreux dans la montagne bourbonnaise, et presque tous rappellent une tradition ou portent une légende (i).
Ménage. Se dit pour mobilier.
A zavons in biau ménage.
Yeu ménage est si erluisant,
Qu'à pouvons se mirer dedans.
O l’avions qu’un ménage en se mariant.
Ménage est synonime de butin.
A zavons pardu tout lou poure butin.
Mercure. — Argent vif. Ce minéral joue un grand rôle dans la composition des maléfices, et dans les sorts jetés par les sorciers. C’est avec du vive argent qu’ils donnent les maladies au bétail d’une ferme, qu’ils enlèvent le lait des vaches, en en plaçant quelques globules sous le seuil des portes des écuries et étables.
i. F. Pérot. Le culte des Pierres , Le Politicon. XIII* et XIVe protocoles, 1904. Lyon, Jevain.
Pour prévenir les enfants du croup et des convulsions, on leur suspend au cou, un tube en verre, contenant du mercure, et cousu dans un sachet en laine rouge.
D’une personne turbulente, qui gesticule et ne s’arrête pas : elle a du vif argent dans les veines.
La M esse en triangle. Dans plusieurs paroisses du canton du Donjon, il est encore des gens qui vont demander à leurs curés une messe en triangle, c’est-à-dire une messe qui se dira le même jour, à la même heure, dans trois communes dont les églises formeront un triangle à peu près parfait. Ces messes sont très favorables pour détruire les sorts, et rendre sans effets les maléfices et les sorcelages.
Il y a aussi les messes en queue de loup, qui se disent dans les mêmes conditions dans trois églises qui sont placées sur la carte en forme de queue de loup; ces messes sont efficaces contre toutes les maladies des animaux.
L’étrangeté de cette coutume n’aurait-elle point son explication dans le culte des astres, dans la disposition de certaines planètes ou constellations, telles que celles du Bouvier, du Serpent, du Taureau, du Triangle, de la Ba«
leine, du Chien, du Lion, de la Vierge, du Carré de Pégase, etc ?
Mesures anciennes. L’hectare est employé timidement chez le notaire par force de loi, c’est la grande et petite boisselée qui remplace l'hectare, l’are et le centiare ; l’arpent est encore en usage, de même que la perche.
Sur les routes, on compte bien les kilomètres, mais la campagne ne connait que les lieues, qui sont de quatre kilomètres environ. Une bonne yen vaut 6 kilomètres.
On compte encore à la campagne par aulne, demi-aulne.
Le bois s'achète encore à la toise, au pied, son épaisseur se compte toujours au pouce et à la ligne. Les planches de sapin ou de pin d’Auvergne se vendent et s’achètent au cordeau qui vaut 12m superficiels.
Le fer se vend au pouce et à la ligne.
La pointe dite de Paris se compte actuellement au pouce et à la ligne.
Le pied de Roi est aussi en usage. Les quincaillers sont encore dans l’obligation de fournir des mètres au pouce et à la ligne, ils les tiennent cachés dans l’arrièremagasin.
Le litre s’est répandu, le cabaretier ne vend plus au demi-septier ni à la chopine.
La chaux se vend encore au poinçon de 200 litres environ.
Le poinçon de vin contient encore 218 litres (côté de la Loire), mais il est réduit à 200 litres dans la contrée vinicole de Saulcet.
Les fruits en gros se vendent à la benne.
En 1880, les boulangers vendaient encore la couronne de 12 livres, le pain de 6 livres, le demi-quart, valant à peu près 450 grammes.
Aux foires, les marchés ne se font qu’à la pistole, valant 10 francs.
Le liard, les six blancs, frappés de démonétisation ont disparu entièrement à partir de i85o.