‹ Folklore bourbonnaisChapitre 7 sur 11 · IO · texte numérisé non relu

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Nombre treize. Il est demeuré fatidique, on l’évite le plus possible; et beaucoup redouteraient de commencer une affaire un i3. On se loge avec répugnance dans une maison qui porte ce numéro.

C'est pour éviter un mauvais mois, disent les gens de campagne, que le calendrier ne donne que douze mois.

A Moulins, comme ailleurs, les voitures de place sont numérotées, mais aucune ne porte le n° i3 .

Un vieil usage consistait à faire bénir le Trei- \ciin le jour de son mariage, le marié présentait une bourse contenant treize liards que le prêtre bénissait en même temps que l’anneau nuptial. Les gens aisés faisaient dorer ces pièces. Après la mort du père et de la mère, le treizain appartenait de droit au fils aîné de la

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famille. Cet usage s:est encore conservé dans quelques paroisses du Berry.

Noms de lieux dits, bizarres et singuliers. L’affiat; L’âye-d’en-bas ; Arfouèton; Au-pain ; Au vin.

Babillarde; Barbe-Sèche; Beau-Soleil; Beaux-Jeux ; Bel-œil ; Bout-du-monde ; Bramefaim; Broche-du-Roy ; Brosse-Tempête; Brûlepot.

Cabochons ; Carême ; Carcasse ; Carimantran ; Chat-pendu; Chêne-menteur; le Cocu; Cuisseblanche ; Croque-menton.

Deux-Chaises; Damayot ; Druts.

Eauz-Salies : Ecossais; Ejayoux.

Fayards; Fayolles; Fées; Fol-blanc; Font- Sainte-Huile ; Fortunes; Fontarabie; Fontbouillants, Font-Sarrazin .

Gàte-pays; Génèpicochon ; Gayère; Gaye ; Gayot, Gayotte.

L’Hazart; Herculat; Hay-Gaillard ; L’Histoire ; L’Husarde.

Infernal ; Inventaire ; Ichouni; Idoyne; Ipsé. Jappe-chien; Jappe-loup; Jalfrède; Jofanderie.

Les Lares; Lary; Lieutenance; Loye-de- Mars; Loup-pendu.

Ma-foy; Maltaverne; Mal garni; Mille-hommes; Monte-à-Loyer ; Monte-à-regret ; Motteaux-Morts ; Murs-du-Temple .

Néron; Néri's; N’Etois; Nigauds.

Odenins; L’Opéra.

Palanquin ; Palais-royal ; Parvula ; Pauvreté; le Phalanstère; Pied-de-Mars ; Pirée ; Pisse- Loup; Pont-Luny; Pré-doré.

Querelle; Queue-de-poële ; Qui-quen-grogne .

République, Rive-de-Pierre-folle ; Roi-desbois; Rien-n’y-manque ; Sans-chagrin; Sansraison; Saint Gourasude; Santeloup.

Tire-vinaigre ; Tomberinos ; Tribunal; Tueloup; Tout-y- faut.

Vert-luisant; Ville-gelée ; Ville-soûle.

Œil. Quand une personne a perdu un œil, il se dit communément que celui qui reste gagnera en force ce que l’autre a perdu.

Mauvais œil. Cette tradition a une haute antiquité. Les Assyriens, les Grecs, les Romains croyaient au mauvais œil. Connu partout, le mauvais œil est mal défini, c’est plus une croyance qu’un sujet, c’est un mythe, il existe, on le sent, c’est le mal subtil que l’on constate, mais qui échappe.

Œufs. La fermière bien avisée, ne met jamais en nombre pair les œufs quelle veut faire couver, afin que tous puissent éclore. La poule qui veut couver, est appelée : Groueuse à ce moment.

Les œufs ramasses entre les deux Bonne- Dame sont des œufs à conserver.

Les œufs de Pâques se donnent encore en cadeau, comme roulée ; ils sont ordinairement teints à la fuschine.

On fait croire aux enfants que les œufs rouges de Pâques, sont, pondus par les poules des cardinaux.

Quand une personne est atteinte d’ophtalmie on lui promène sur les yeux un œuf encore chaud, frais pondu (très populaire à Moulins et dans tout le Bourbonnais).

Ongles. Quand ils sont durs et résistants, ils annoncent une grande vieillesse; s’ils sont cassants, c’est l’indice d’une vie fragile.

Se couper les ongles un vendredi porte malheur.

Opale. Cette pierre précieuse est considérée comme malfaisante, bien que ses vertus décrites dans la Géomance de Bondaroy, et dans le Blason des pierres précieuses ne correspondent point à l’idée fausse que l’on en a; c’est pourquoi on évite d’offrir un bijou à une fiancée, dans lequel serait serti une opale.

Os de morts. Les sorciers en portent constamment quelques fragments sur eux, soigneusement cousus dans la doublure de leur gilet. Ces ossements sont indispensables dans leurs opérations; réduits en poussière, ils entrent dans la composition des charmes et des philtres.

On leur attribue des vertus spéciales, mais par crainte plus que par respect, on n’oserait en avoir chez soi.

Paille, foin et luzerne a vendre. Si un fermier possède ces marchandises et qu’il désire les vendre, il en fait de petites bottes qu’il suspend à une longue perche plantée ou clouée après un arbre sur le bord du chemin qui conduit à sa ferme; il a également le soin de les suspendre aux ridelles de ses voitures qui viennent à la ville .

Le Pain. Qui ne sait convenablement couper le pain, ne sait pas le gagner.

Dans toute les familles chrétiennes, on n’entame jamais un pain, sans y faire une croix simulée avec la pointe du couteau.

Il ne faut jamais ni poser, ni présenter le pain à l’envers.

Quand on reçoit à la ville une personne de la campagne à dîner, elle laisse toujours un

morceau de pain dans son assiette pour indiquer qu’elle a été bien reçue (Gannat et environs) .

On appelle pain d’alouette, celui que l’on rapporte des champs et que l’on n’a pu manger.

A la campagne, le pain se fait en miches et tourtes; leur diamètre est d’environ om 70 c. et du poids de i5 à 20 livres.

Depuis 1 85 5 , on ne voit plus de pain noir dans les campagnes, il ne contenait que du seigle, et aussi du sarrasin, lourd et indigeste, mal travaillé, le pain de boulanger l'a remplacé, car dans les petites locateries, l’ouvrier qui les habite, n’est qu’un journalier, ayant très peu de terre, autour de sa chaumière, il ne pouvait produire son pain. Il y a une amélioration radicale dans la matière comme dans la fabrication du pain.

Autrefois, les boulangers de Moulins fabriquaient de petits pains fantaisistes à un sou, destinés surtout aux enfants des écoles, qui se trouvaient dans le quartiers des Carmes. Ces pains consistaient en pains poivrés de forme carrée, mais ayant les quatre angles entaillés sur toutes les faces; le pain bénit, de forme carrée, mince, rayé comme le précédent, mais sans saillie des angles ; l’artichaut, pain de

forme pyramidale ayant de petites saillies dentelées ; la cadenette, de forme allongée, arrondie aux deux extrémités et portant une tresse sur le dessus; entin, la main, petit pain à un sou, figurant une main, les doigts serrés, le pouce détaché, un gros bourrelet simulait le poignet. Ces divers pains ne se font plus depuis 1900.

Les pains de fantaisie qui se font à Montluçon portent les noms de fouaces, flamiches, et de sémignaux, suivant leurs formes et leur poids.

La coche à marquer le pain est toujours en usage ; autrefois elle était formée d’une petite branche de coudrier fendue au milieu, mais aujourd'hui, c’est un morceau de peuplier divisé à l’aide d’une scie; cet instrument usuel remonte à une très haute antiquité.

M. de la Palisse (chanson de).

Ce héros nous appartient. Ridiculisé sottement par la chanson, le souvenir du maréchal persistera toujours ; la chanson semble l’avoir plus immortalisé que ses hauts faits d’armes. C’est pour protester contre la bêtise humaine que nous lui consacrons ces lignes.

Né en 1470, il mourut en 1 5 2 5 ; il était sei-

gneur de La Palisse, de Montaigut, de Chavroches, de Chatel-Perron, de Chezelles, de Dampierre ; gouverneur du Roy en son pays et duché de Bourbonnais ; lieutenant-général de ses armées, Grand-Maître de France.

C’est bien un peu à La Monnoye qu’il faut attribuer l’interprétation ridicule qu’il fit de la véritable chanson, laquelle était conçue :

Monsieur de La Palisse est mort,

Mort devant Pavie,.

Un quart d’heure avant sa mort,

11 faisait encore envie.

La Monnoye a ainsi parodié la dernière strophe en disant :

Un quart d’heure avant sa mort,

Il était encore en vie.

Après la défaite de Pavie un refrain très populaire avait surgi :

« O la faulse canaille, ils ont le roy trompé,

Au point de la bataille, n’ont point voulu frapper; Le noble Roy de France, ils ont abandonné, Monsieur La Palisse, La Trimouille aussy, Estoyent nobles gens d’armes, noblement ont frappé.

Paon. On le dit très susceptible, lier, et aussi fort orgueilleux; il comprend, dit-on, ce qu’on dit de lui ; il se dresse en effet quand on lui dit qu’il est beau !

D’une personne orgueilleuse : O lé fiare coum’in pan.

Il a la réputation de porter malheur ; conserver ses plumes dans sa maison, c’est vouloir la mort prochaine de l’un de ceux qui l’habitent.

Pieds. Pour ne point se blesser les chevilles des pieds en marchant, il suffit de faire un nœud de ficelle dite de montargis, nouée à la cheville, c’est un préservatif garanti par les siècles (i).

D’une personne stupide : O le bête c’oum ses pieds .

Diagnostic d’un sorcier de Neuilly : quand ï vèro l’enflision do pieds, oué que co maladie s’en va p’re là.

Les Pions. Au pied du Montoncelle, non loin du Ré-de-sol et du mont Lune, vit un clan, une tribu appelée les Pions. Leur village adossé

(i) Em. Gilbert, Talismans. Toulouse, g. in-8°,

à la montagne fait partie de la paroisse de Lavoine,

Cette tribu s’est propagée au travers des siècles, son langage s’est unifié avec le patois de la montagne ; ils se disent étrangers, et venir déplus loin d’où le soleil se lève !

Le Dr Noëlas nous à conservé le nom de plusieurs anciens Pions et Pionnes : Si-Niablin ; Ré-ghoulsi ; Farengo ; Grégâh ; Thium ; El- Teco ; Guieffiarr; Pourr-Herr; Fosel; El - Manès ; Graners.

Leur culte : ils se sont appropriés ce qui leur convenait de la religion catholique ; il vont quelquefois à la messe, honorent leurs morts.

Ils font l’ascension du Montoncel, le 24 juin, pour y voir lever le soleil (Reste d'une tradition antique, la fête du solstice d été).

Gomme les Gaulois, ils ne craignent que la chiite du ciel, le Tounar de Guieu, et aussi les gendarmes, lesquels étaient souvent obligés d’aller rechercher les réfractaires à l’impôt du sang; ils ne paient celui-ci, que depuis un très petit nombre d’années. Obligés de déclarer les naissances qui se, produisaient dans leur clan, les garçons étaient d’ordinaire déclarés comme étant des filles.

Les Pions utilisent les nombreuses sources

qui s’échappent des flancs de la montagne, pour y installer, de la manière la plus primitive, des petites scieries à l’aide desquelles ils débitent les sapins pour en fabriquer des voliges destinées à faire les caisses pour l’emballage des bouteilles des eaux du bassin de Vichy.

Un volume serait employé de tout ce que l’on connaît des Pions, et à tout ce que l’on a dit d'eux (i).

Les Pions sont demeurés attachés au sol, tandis que leurs voisins, les Charghr’ods (V. ce mot), sont errants et voyageurs ; ils ont du sang chamite dans leurs veines, dont ils sont probablement les descendants.

Pipe magique. Les sorciers portent ordinairement dans la poche gauche de leur veste, une

(i)F. Pérot. Les Pions et leur industrie. Rev. Sc. du Bourb. 1888, avec pl. — Musée scolaire, 1891. — Les Sauvages du Montoncel. — Alliance des Arts et des Lettres. Paris, 1879. — Les Pions. Curiosité Univ. Paris, 1888. — J. Florus. Les Mégalithes du Bourbonnais.

Nadeau. Voyage en Bourb. 1 86 5 . P. 25o.

Voir les Guides à Vichy, Joanne, Conty et autres.

L’Ancien Bourbonnais. Voy . pittoresque. — In-fol., i83p. Tome II,

pipe en terre blanche, qui n’a jamais été fumée; elle est munie d'un couvercle en laiton, afin que la racine pilée de mandragore qui y est contenue ne puisse s’échapper. Autour, est collée une étroite bande de papier portant ces mots : Abla , Got, Bato, Bleu.

Précieux talisman, cette pipe fait gagner aux tirs ceux qui la portent, le sorcier loue cette pipe en toutes occasions.

Ce qui peut paraître surprenant, c’est que ce talisman perd tout pouvoir, si celui qui le porte tourne la tète pour regarder une jolie femme.

Plantes, arbres, etc. Quand un chataigner promet beaucoup de fruits par les fleurs et que celles-ci tombent, il est un moyen de les faire tenir aux fruits, en enfonçant au milieu de l’arbre,un gros clou rouillé (Yzeure, Montbeugny, Gennetines, Chapeau, etc).

Les baies rouges des haies présagent un hiver rigoureux si elles sont abondantes.

Quand les femmes préparent des tisanes, il faut pour les rendre efficaces, que le nombre des feuilles ou des fleurs qu’elles mettent infuser soit toujours impair.

La traînasse mise dans les souliers arrête le flùx de ventre.

Il faudrait de longues pages pour indiquer seulement les vertus et les propriétés des plan? tes employées comme médicinales par les gens de campagne, et de celles recherchées par les sorciers.

Pluie. Quand elle tombe en fumant le matin, c’est le beau temps pour la journée.'

Pont de Moulins. Il est resté dans la tradition que le pont actuel, construit par Régemortes, a son radier qui repose sur des palplanches, recouvert de plusieurs couches de toile collées ensemble à l’a-tde de blancs d’œufs.

. Les Porte-Malheur. Ils sont nombreux ces trouble-fête : les chiens, les chats, les araignées les pies, les corbeaux vus d’une certaine manière sont les pires; puis les couteaux en croix, les instruments aratoires placés en croix, le sel renversé, un fer de cheval rencontré, l’ouverture en arrière, et tant d’autres que l’on redoute.

Une femme qui perd son alliance; une ménagère qui s'oublie à balayer sa maison le soir; une noce qui rencontre un enterrement, voir un

serpent le matin, sont autant de porte-malheur, et nous en passons bien d’autres !

Poules et coqs. Le jour de la Saint-Jean, avant le lever du soleil, les vignerons de Chantelle et des environs, répandent du soufre dans un espace tracé avec un cercle de tonneau, sur les chemins qui conduisent à leurs vignes, afin d’empêcher les poules d’y aller manger les raisins.

Un coq qui chante entre le soleil couché et minuit, chante la mort de ceux auxquels il appartient*

Une poule qui chante le coq annonce un malheur dans la maison.

La fermière place une clé rouillée, un gros caillou dans le nid des poules, afin que le tonnerre ne tranche pas la couvée.

La poule noire. Comme le chat noir, la poule de cette couleur est recherchée par les devins, les sorcières, les rebouteurs, dont les charmes, les invocations, les sorcelages ne peuvent produire leurs effets, que s’ils possèdent une poule et un chat noirs.

La Poule Noire est aussi le titre d’un livre qui contient tous les secrets pour faire fortune ;

c'est le vade-mecum d’un bon sorcier ; il est son livre d’apprentissage.

Pour se procurer de l’argent, prendre une poule noire, se rendre à la croix des quatre chemins, et crier au coup de minuit :

« Poule noire à vendre. ...»

Au troisième appel, un personnage tout habillé de roug,e apparaît ; il tâte la poule, l’emporte, car elle représente à ce moment l’âme du vendeur, et en échange, Satan lui remet une bourse de louis encore chauds, ils proviennent des trésors de l’enfer. Mais si le malheureux qui vient de vendre son âme, manifestait des regrets en voulant rompre son pacte, il verrait la terre s’entr’ouvrir scus ses pieds, puis tomber dans une grande salle pavée de charbons ardents, remplie de personnages de toutes conditions, assis sur des fauteuils aussi brillants que l’or, incrustés de rubis et de diamants. Le gros paysan qui voulait avoir de l’argent et garder son âme, reconnait dans cette foule, le juge châtelain de Chantelle dont il avait eu à se plaindre : vous êtes bien heureux ici, lui dit le vigneron du clos St-Vincent, cela donnerait presque l’envie d’y rester : Tiens, prends ma place lui dit le juge châtelain, le vigneron s’approche, touche de sa main le siège d’or; à l’ins-

tant il pousse un cri de douleur, sa main était en feu,- et son bras carbonisé (1).

Pratiques et croyances superstitieuses.

A l’angle nord-ouest de la tour du vieux château ducal de Moulins, se voit une longue tige de fer enfoncée dans les joints de la pierre, et destinée à maintenir autrefois une pièce de charpente du corps de logis. Le vulgaire veut que ce soit une flèche lancée de Souvigny, quand les ducs de Bourbon étaient en guerre.

Avec la même assurance, le peuple croit au souterrain qui va de ce château à l’église d’Yzeure ; et surtout au condamné à mort qui obtint sa grâce en exterminant le monstre autrefois appendu à la cathédrale de Moulins, et dont ce souterrain était le repaire, au fond duquel il entassait ses victimes.

A Néris, le jour de la Sainte-Agathe, les jeunes filles arrivent le matin dans cette ville tenant à la main une branche de coudrier, qu’elles vont faire toucher à la statue de cette sainte qui est dans l’église, afin que les troupeaux qu’elles garderont avec cette branche,

(1) Abbé Boudant. Hist. de Chanteile. Moulins, In-fol,, 1 862, p. 197,

soient préservés de toutes maladies pendant l’année.

A Biozat, près de Gannat, se trouvent en abondance de larges concrétions calcaires en forme de valves de coquilles, qui sont utilisées pour recueillir l’eau que les animaux vont y boire. Chaque cour de maison en possède une, et l’eau qui s’y maintient a beaucoup de vertus pour la santé des animaux.

Dans tout le canton du Mayet-de-Montagne, les gens ont conservé l’habitude d’aller faire bénir par leur curé, toutes leurs semences avant de les confier à la terre ; et comme ils redoutent fort les orages, ils font réciter chaque jour par le prêtre une oraison spéciale après l’angelus du matin, et pour l’en remercier, le sacristain passe une fois par an dans chaque maison, et accompagné du curé et d’une petite voiture, dans laquelle il dépose l’offrande que chacun veut lui faire, telle que provisions, avoine, œufs, fromages secs, châtaignes, etc.

Au rocher des Fourches, et dans le voisinage du Montoncel, se voient douze grands bassins creusés de main d'homme. Le jour de la Saint- Roch, le iôaoût, les bouviers y amènent leurs bétail, le curé de Chateldon s’y rend pour bénir les uns et les autres, et pour recevoir cette

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bénédiction, les animaux sont amenés près de ces douze bassins.

La même cérémonie se fait aussi à la Guillermie, au Roc-des-Chiers.

A Vichy, les bouviers amènent leurs animaux le 3 février, le jour de la Saint-Biaise, autour de l’église, ils y entendent la messe spécialement dite pour eux et pour que leur bétail soit préservé pendant Tannée de tous maléfices, et des sorts ; ils font ensuite bénir du sel et du vin, puis le répandent à leur retour dans les étables.

Le jour de la Trinité, les habitants du versant de la Madeleine (côté de l’Auvergne), font l'ascension de la montagne, afin d'y voir lever les trois soleils à la fois, ce qui ne se produit que ce jour-là ; mais pour jouir de cette faveur, il faut être à jeun, et se trouver en parfait état de grâce.

A la loue des domestiques qui se tient à Cusset le 24 juin, les vignerons qui désirent se louer, entourent leur large chapeau d’une branche de vigne ; tandis que les garçons de ferme tiennent une branche de noyer à la main, les filles attachent un bouquet à leur corsage; et dès qu’elles sont louées, elles y ajoutent un nœud de rubans.

Quand un jeune garçon est sur le point de se

marier, il va trouver le sacristain de sa paroisse, pour obtenir un petit morceau de cire prélevée sur le cierge pascal ; le jour de ses noces, il l’applique sur l’épigastre afin d’empêcher que de méchants voisins lui l’aiguillette .

Le jour du mariage, le premier des deux cierges qui est éteint, annonce que celui des deux époux devant lequel le cierge a été placé, précédera l’autre dans la tombe.

Si la mariée peut se lever la première au moment de l’évangile, elle restera maîtresse en son logis (i).

Peser les petits enfants pour s’assurer de leur état de santé, est une pratique qui amène la mort.

Prières et invocations. Le Folk-Lorisme porte sur la masse plus que sur les individualités. Ces études pénètrent là où le narrateur historique s’arrête. On découvre dans cet ensemble un sentiment familial, auquel certains reprocheront la banalité, la trivialité peut-être, mais ce sentiment fait découvrir des détails singuliers du caractère humain, et sous un jour particulièrement nouveau.

(i) Beaulieu. Antiquités de Vichy.

Le Bourbonnais, au centre de provinces aux dépens desquelles il a été formé, emprunte quelque peu son individualité à celles de ces même provinces ; s’il a conservé un peu de lui, il a beaucoup des autres, et c’est pourquoi, il tient du Morvandeau, du Bourguignon, du Forézien, de l’Auvergnat, du Limousin et du Berrichon .

C'est ce qui explique le rapprochement de nos usages, de nos coutumes, avec ceux des provinces qui nous avoisinent.

Le Bourbonnais a donné le jour à un astrologue fameux, Mizauld, qui a inondé le monde de ses éphémérides. Antoine de Laval a disserté beaucoup sur les divinations, le célèbre docteur Huthyer, doyen de la société de médecine de Moulins disait dans son discours sur l’anatomie du corps humain : j’exhorte les malades à préférer les remèdes spirituels, comme vœux, messes, prières, aumônes et autres actes de dévots que la sainte Eglise catholique, apostolique et romaine approuve, à ceux des médecins en lesquels on ne doit avoir qu’une médiocre confiance, par rapport à celle qu’il faut donner à ces remèdes chrétiens ».

Ambroise Paré avait dit : Je panse le blessé, Dieu le guérit.

L'Empirisme pourrait faire son jeu devant ces déclarations .

Nous ne pouvons qu’effleurer le sujet, les formules, les prières, les incantations formeraient un volume; nous passerons rapidement.

La Grande-prière des sorciers, inscrite sur les marges du registre paroissial de cette commune de i63o à 1680, nous est conservée par Maistre Ponthenier, bachelier de la Faculté de Valence, prêtre-curé de Nizerolle, chanoine de N.-D. de Cusset.

Pro muliere parturiente : Anna peperit Mariam, Maria Salvatorum, Elisabeth Joannem, M aria Jacobi Jacobum Zelotem. Fac mulier ista pariet filium in nomine domini Jesu Christi. Per que in utero matris, si sis masculus vel puella, veni foras. Christus te vocat videro lucem, te desiderat, ne moreris. Veni foras in nomine Domini Jesu-Christi. Mulier cum parit tristitiam habet quia venit hora ejus, et quando peperit filium, non neminit pressuræ propter gaudium quia natus est homo in mundo.

Jésus j Nazarenus f Rex f Judœorum f miserere nobis f Ego sum alpha f et oméga f Prinpipium 7 et finis. Amen ».

Pour charmer les brûlures : A Rongères est pp spécialiste, du nom de Berpla-Mission ; il

est demandé de très loin pour charmer les brûlures, il nous a donné sa formule très complaisamment, qu’il prononce après avoir lavé la partie brûlée avec de l’eau :

Bon saint Simon,

Que descendez du haut des monts,

Apprêtez me d’stiau si pure,

Que guarit d’toutes les brûlures ».

Dans notre province, on invoque les saints suivants, dont le nom a une certaine analogie avec les maladies en faveur desquelles on les invoque.

Saint Cloud pour les furoncles. — Saint Marcou pour le torticolis. — Saint Ouen pour la surdité. — Sainte-Luce pour les maux d’yeux. — Saint Eustache pour les hémorragies. — Saint Servais pour la mort. — Saint Pancrace pour les maux d’estomac.

L’Abbé Duvivier, curé de Gennetines au xvne siècle, a laissé sur les marges du registre paroissial de cette commune, un certain nombre de formules, de prières, qui sont encore celles que les sorciers emploient pour leurs malades.

Formule pour toutes les maladies : « Monsieur Mal', tu crois donc être plus que Notre^ Seigneur Jésus-Christ ; mal, tu en auras menti,

le Seigneur te brûlera en autant de racines qu’il a d’amis » .

Autre formule, à réciter trois fois de suite : « Mal et maladie je te conjure ; mal tu n’auras plus de force ni de pouvoir dans l’estomac, ni dans le cou, ni dans la bouche de.... Que les Juifs en ont eu souvenir de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à sa naissance et dans le jardin des Oliviers; mal tu sécheras, mal tu dépériras, mal tu fondras, tu avanceras de fondre aussi vite que la rosée ; avant de fondre par devant le soleil levé à la Grande Saint-Jean ».

Pour charmer le chancre et les ulcères : Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit; chancre, chancre, chancre, sors de cet endroit, sors

du corps de . ; chancre, perds la chaleur

comme Judas perdit sa couleur quand il vendit Notre-Seigneur; chancre, par la lune et le soleil, sors d’ici .

Pour la rage : faire avaler aux personnes ou animaux qui ont été mordus, un petit papier sur lequel on aura tracé les mots suivants :

f SAGON f SAGAN ENS -j* SECRETOU SE DULCIT. NOUS

gageons que ce remède, infaillible , doit être ignoré à l’Institut Pasteur.

Les sorciers craignent d’invoquer les saints, car ils sont obligés de se charger des maux

qu'ils vont enlever, et desquels ils souffriront autant que les malades qu’ils auront guéris en les invoquant.

Enfin, nous avons rassemblé toutes les prières et invocations pour le mal caduc, les hémorragies, le catharre, le croup, pour la vue, pour résister aux grandes marches, pour ne point être blessé dans un duel, pour détruire les effets des maléfices, des sorts, pour les voyages, pour chasser les mauvais esprits, pour éloigner le tonnerre, la mort; prières spéciales pour les animaux, pour la gale, pour les chiens enragés, les morsures de serpents, les entorses des chevaux, les arives, le bouquet chancreux, nous regrettons vivement de n’avoir pu les donner dans leur ensemble.

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Rats. Le 17 mars est la fête des rats, il ne faut point faire de semis ce jour,, car ils risqueraient d’être détruits par eux.

Rebouteux. Assimilé au sorcier, quoique d'une classe inférieure. Il opère par l’habileté de ses mains et par l’adresse de ses doigts, il remet les nerfs en place, les entorses, les foulures et les membres démis.

11 n’est point initié à la kabbale; il est des rebouteux qui pourraient être les auxiliaires des chirurgiens.

Le Reinage. Dans plusieurs communes des environs de Commentry, de Doyet, la coutume du reinage subsiste encore ; elle consiste à obtenir la royauté dans l’église paroissiale. Cet honneur se vend aux enchères après le prône de la messe du jour de l’Assomption : A qui la

royauté : Dix francs, à moi pour vingt, quatrevingts francs ici, et le reinage est adjugé.

La reine de Tannée choisit ses suivantes, avec elles, elles jouiront de certaines prérogatives dans l'église, les jours de fête.

Cette coutume se retrouve encore dans la montagne; le reinage des Rois existe aussi pour les hommes.

Remèdes de commères. Il y en a cent, il y en a mille, ces remèdes sont loin d’être abandonnés, on ne va chercher le médecin ou le vétérinaire qu’après avoir usé d’un bon nombre de remèdes de commères; nous les avons recueillis, mais leur indication seule nous demanderait de longues pages.

Renard. Finassier comme un renard.

A Doyet, quand un chasseur a pris un renard, il le fait passer de porte en porte par un homme qui recueille des œufs, du beurre, du fromage et autres provisions, en échange du plaisir que chacun éprouve d’être débarrassé du dévaliseur des poulaillers.

Les Revenants. On y croit comme au jour de leur invention ; il y en a partout, dans les

bois, dans les chemins, dans les maisons, on les voit, on les entend, ce sont des âmes errantes, d’autres qui demandent des prières.

Avermes, près Moulins, a ses revenants dans la rue Pernotte, ils s’y assemblent toutes les nuits à minuit.

Ils se manifestent dans un château non loin de Lurcy-Lévy, c’est l’âme de M. F... qui se heurte à minuit à tous les meubles des chambres.

Ronces, Epines. Pour détruire les ronces et les épines, il faut les arracher le lendemain de la Bonne-Dame d’août; elles ne repousseront jamais plus (Gannat et l’arrondissement).

Ronds de sorciers. Ce sont des emplacements circulaires que l’on remarque avant la fauchaison dans certains prés, l’herbe est jaune, flétrie; il n’y a dans cette cause qu’un phénomène naturel dû au développement de l’agaric champêtre, tandis que le paysan raconte que le premier mai de chaque année, les sorciers se donnent rendez-vous en cet endroit, qu’ils y dansent en rond, et s’y livrent à toutes sortes de pratiques.

Salamandre. Cet inofTensif petit reptile est appelé vulgairement Ta , et comme autrefois, on lui prête de vivre dans les flammes.

11 ne faut pas boire l’eau d’une fontaine dans laquelle on y aurait vu un Ta, on mourrait desséché avant huit jours.

Voir un Ta, porte malheur.

La Sainte Épine. L’Église de Bourbon l’Archambault possède en outre d’un important fragment de la vraie croix, une épine provenant de la couronne de J. C. — Une tradition rapporte qu’autrefois cette Sainte-Épine fleurissait une fois par an (i).

Serpents. La Wivre. Le serpent n'est autre chose comme symbole et comme tradition, que la Wivre de la Sequanie, le nerah des Juifs, le totem égyptien, représenté par Cneph tenant un serpent mordant l’œuf cosmique.

Dans tous les temps comme chez tous les peuples, le serpent symbolise la vie éternelle ; ce mythe se retrouve de l’orient à l’occident.

(i) Rohault de Fleury relate cette tradition dans son ouvrage sur les Instruments de la Passion.

La Gaule en a fait Mélusine, et depuis, le serpent est devenu légendaire, c’est pourquoi, sous les tertres antiques, sous les vieux donjons écroulés, dans les anciens manoirs démantelés, on y trouve les sarpents et la Wouiwre gardant des trésors considérables dans ces repaires. Vingt siècles ont pu passer sans détruire cette idée, c’est un culte rendu aux ophides.

La Wouiwre garde un trésor à Beaulon (Butte Romaine) à Contigny (Château-Vert, butte pré-romaine), à Ferrières, au château du roc Saint-Vincent ; à Montphand (manoir féodal, sur des ruines antiques), à Gilly, sur le bord de la Loire, en face de Diou.

Pour empêcher les serpents de pénétrer dans les caves et dans les maisons, il suffit d’y jeter des joncs, des branchages, le jour de la Fête- Dieu. (Doyet, le bassin houiller de Bézenet), tandis, que près de là, à Néris, on y jette des glaïeuls.

L’Orvet passe pour être aveugle, c’est pourquoi il est désigné sous le nom de borgne ; car il a prêté ses yeux aux serpents jusqu’à la tombée des feuilles de ronces.

Le peuple en a fait un serpent légendaire; il le croit très dangereux, capable, s’il voyait clair,

de démonter le cavalier le mieux armé; il ajoute que l’orvet est le produit d’un œuf de coq.

La vipère a des pattes, mais pour les voir il faut la jeter dans le feu. Cette même croyance se retrouve dans le bassin houiller du Creusot (i).

Quand une vipère est surprise, on dit qu’elle saisit l’extrémité de sa queue entre ses dents et qu’elle fait la roue en tournoyant sur elle-même afin d’atteindre plus rapidement celui qui l’a effrayée .

Il est de croyance générale, que c’est à la fête de la Bonne-Dame (8 septembre), que les orvets, les couleuvres et les vipères rejoignent leurs gîtes pour hiverner, et que ceux qui n’ont pas pris cette précaution périront dès les premiers froids. Ce rapprochement de la vie des serpents avec une fête de la Vierge, est un dernier reflet d’une survivance du culte chrétien .

(i)C’estun fait naturel, les petits vipereaux non éclos pour éviter l’excès de chaleur, s’agitent dans le corps de leur mère, et leurs contorsions pro. voquent des saillies sous la peau.

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