‹ Folles et saintesChapitre 13 sur 16 · RÉFLEXIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS DIVERSES

Que rhomme connaît peu la mort qu'il appréhende,

Quand il dit qu'elle le surprend !

Elle naît avec lui, sans cesse lui demande Un tribut dont en vain son orgueil se défend : 11 commence à mourir longtemps avant qu'il meure ; Il périt en détail, imperceptiblement ; Le nom de mort qu'on donne à notre dernière heure,

N'en est que l'accomplissement.

Quel poison pour l'esprit sont les fausses louanges ! Heureux qui ne croit point à de flatteurs discours ; Penser trop bien de soi fait tomber tous les jours

En des égarements étranges ; L'amour-propre est, hélas! le plus soldes amours. Cependant des erreurs il est la plus commune ; Quelque puissant qu'on soit en richesse, en crédit, I. 16

Quelque mauvais succès qu'ait tout ce qu'on écrit, Nul n'est content de sa fortune Ni mécontent de son esprit.

Que l'esprit de l'homme est borné !

Quelque temps qu'il donne à l'étude,

Quelque pénétrant qu'il soit né, Il ne sait rien à fond, rieiî avec certitude ; De ténèbres pour lui tout est environné ; La lumière qui vient du savoir le plus rare N'est qu'un fatal éclair, qu'une ardeur qui l'égaré; Bien plus que l'ignorance elle est à redouter.

Longues erreurs qu'elle fait naître.

Vous ne prouvez que trop que chercher à connaître

N'est souvent qu'apprendre à douter.

Les plaisirs sont amers d'abord qu'on en abuse ;

11 est bon de jouer un peu,.

Mais il faut seulement que le jeu nous amuse ;'

Un joueur, d'un commun aveu

N'a rien d'humain que l'apparence ; Et d'ailleurs , il n'est pas si facile qu'on pense D'être fort honnête homme et de jouer gros jeu. Le désir de gagner qui nuit et jour occupe ,

Est un dangereux aiguillon ; Souvent, quoique l'esprit, quoique le cœur soit bon ,

On commence par être dupe,

On finit par être fripon.

Nous trouvons, dans une de ses épîtres à une jeune fille qui voulait se faire auteur , les vers suivants qui nous semblent assez bien tournés ;

Pourrez-vous supporter qu'un fat de qualité, Qui sait à peine lire, et qu'un caprice guide,

De tous vos ouvrages décide?

Un esprit de malignité

Dans le monde a su se répandre ; On achète un bon livre afin de s'en moquer; C'est des plus longs travaux le fruit qu'il faut attendre.

Personne ne lit pour apprendre.

On ne lit que pour critiquer.

On le voit, le trait est le principal mérite des

poésies de madame Deshoulières ; dans ses réflexions elle pense nettement et s'exprime avec clarté. On trouve dans son recueil, parmi les pièces adressées à Louis XIV, des vers heureux et bien sentis, et souvent de l'élévation. Son épitre au père Lachaise, sur les faux dévots, est remarquable par sa hardiesse. En général dans les pièces sérieuses, son vers est ferme et lucide ; mais dans la poésie légère et dans la poésie langoureuse, il devient prétentieux et traînant, et la pensée n'est pas assez véhémente et chaleureuse pour compenser ce défaut. Oserons-nous le dire, madame Deshouhères ne sut pas chanter l'amour.

Après la publication de ses poésies, madame Deshoulières se vit plus que jamais entourée de gloire et d'hommages; les libéralités du roi avaient presque effacé les pertes de sa fortune , et son sort aurait été heureux si elle n'avait pas été atteinte par un mal aflreux, dont elle mou-

rut. Dès l'année 4682, elle avait souffert d'un cancer au sein qui lui causa de vives alarmes. En >I686, le mal avait fait un tel progrès que rien n'égalait la violence de ses souffrances, elle les supportait avec son courage ordinaire , et cherchait dans la religion la force et la résignation qui lui étaient nécessaires.

Depuis quelques années M. Deshoulières était revenu auprès d'elle, elle trouvait, dans les soins qu'il lui prodiguait et dans la tendresse de ses enfants un adoucissement à son triste état. Mais la mort vint frapper tout à coup M. Deshoulières, qui paraissait devoir survivre à sa femme, et elle demeura seule et mourante , tristement préoccupée de la misère où tomberaient ses enfants après elle. La pension que lui faisait le roi finissait à sa mort. Pour attirer la bonté du monarque sur cette pauvre famille, qu'elle laissait sans ressources, elle composa avant de mourir les vers allégoriques à ses brebis^ et c'est frappé

par cette pensée touchante qu'il faut lire cette pièce.

Malgré les malheurs et les souffrances qui l'avaient accablée, malgré son âge déjà avancé, en -J 695, madame Deshoulières était belle encore, on ne peut en douter d'après le portrait que fit d'elle, à cette époque mademoiselle Chéron, portrait quia servi de modèle aux gravures pubhées depuis.

Quelques mois avant sa mort elle paraphrasa trois psaumes, ce furent ses derniers vers ; elle s'éteignit le ^ 7 février \ 694, après onze ans de souffrances, qui n'avaient point affaibli ses facultés intellectuelles, et qui n'avaient fait que de légers ravages à sa beauté. Elle fut inhumée dansl'égUse Saint-Roch.

MASTRILLO.

Xella bella ciltù di Tenacina Nacque Maslrillo di soltile ii)gcgno Siupore al papa eprcgiudizio al regno.

( Poème italien sur Mattrillo.)

L'Italie! toujours l'Italie I Pourquoi attiretelle dans son sein, par une attraction si puissante, l'artiste et le poète ? Pourquoi revenonsnous toujours à cette source intarissable des arts et de la poésie? C'est que sur cette terre du beau, tout est naturellement idéal, et qu'autour

de nous, l'idéal ne peut naître que de l'exaltation de la pensée ! Notre poésie est intérieure et cachée, celle de l'Italie éclate éblouissante, et nous frappe par la beauté de ses formes et par l'audace de ses symboles. Le mendiant italien est poétique, le voleur italien est poétique ; parmi nous, le pauvre peut attendrir le cœur, mais il n'émeut jamais l'imagination ; nous avons des filous souillés de tous les vices, mais aucuns de ces poétiques brigands qui joignent à l'audace des grands crimes l'héroïsme des grandes vertus. Deux de ces bandits célèbres ont illustré ritaUe ( illustré est le mot ), et légué les souvenirs de leur vie aventureuse à l'imagination des peintres et des romanciers. M. Scribe a transplanté parmi nous Fra Diavolo, et les chants d' Auber immortaliseront ce nom , devenu par lui populaire en France.

MastriUo, l'autre brigand italien, a inspiré

aux poètes de sa patrie des poëmes que le peuple de Terracine récite aux voyageurs qui se rendent à Rome. Terracine est fière d'avoir donné le jour à Maslrillo; elle raconte son histoire et montre avec orgueil la demeure oii il est né. Non loin de la cathédrale de cette ville, on voit encore un de ces vastes et beaux palais, tels qu'on n'en sut bâtir qu'en Italie : un immense balcon de pierre, massif et sculpté en relief, l'entoure comme d'une ceinture au premier étage; l'on descend de cette espèce de galerie suspendue par un escalier qui rappelle presque celui de l'orangerie de Versailles, et qui vient aboutir dans une grande cour pavée de dalles de mar- . bre , au milieu de laquelle s'élève une statue équestre de chevalier. Ce chevaher, couvert de sa cuirasse, armé de toutes pièces, et la visière baissée, semble un gardien mystérieux de la demeure de ses ancêtres ; ce chevalier, c'est l'aïeul de Mastrillo. La cour que nous venons de dé-

crire s'ouvre sur un jardin dont les arbres voilent à demi le clocher de l'église voisine. L'intérieur du palais est d'une grande magnificence ; un luxe large et vrai frappe les regards dans ses salles couvertes de peintures de Michel A.nge.

Mais d'où vient que ce palais est désert, et que rhéritier naturel n'en franchit jamais le seuil ? demandait en passant à Terracine , à la fin du dix-huitième siècle, le voyageur ignorant de la proscription de Mastrillo. Bientôt il apprenait sou histoire , et il frémissait en gravissant

les roches d'Axur, car il savait que c'était dans leurs entrailles que le redoutable bandit avait désormais iCixé sa demeure.

Quels orages, quels déchirements de Tâme, quels crimes avaient conduit là ce jeune et noble Italien?

A quinze ans, Mastrillo était resté orphelin, maître d'une immense fortune, et d'une indépendance dangereuse pour une âme de sa trempe. Sa volonté ne s'était jamais pliée à une volonté supérieure ; doué d'une intelligence d'élite, il s'initia aux sciences et aux arts, mais toujours en combattant les leçons de ses maîtres, et avec une liberté d'investigation qui surprenait les professeurs routiniers. Il devina tout. On ne lui apprit rien. Les devoirs et les usages qui lient lés hommes entre eux étaient pour lui des préjugés arbitraires auxquels il eût été hu-

milié de se soumettre. L'audace de ses passions était telle, qu'il ne reconnaissait d'autres barrières que celles qu'il s'opposait lui-même. Sa parole, son serment, voilà les seuls freins qui re* tenaient son âme, voilà les seules puissances sur lesquelles on put compter pour le faire plier. Mais donner une parole, ou prêter un serment, était pour le jeune homme une action solennelle, car il sentait que sa promesse se dresserait désormais entre lui et l'entraînement de son indépendance.

A toutes les forces de son caractère se joignaient encore les forces physiques ; et son âme et son corps, confondant leur vivace énergie, en faisaient un homme dont la puissance était irrésistible.

Encore adolescent, il avait déjà une beauté mâle qui aurait paru empreinte de quelque du-

reté, si dans le feu de son regard n'avaient passé parfois des rayons doux et brûlants qui trahissaient une sensibilité ardente et cachée. Cette sensibilité éclata par l'amour.

Le jeune Mastrillo, tout en regardant le ciel où nageait la lumière, en récitant des chants de l'Arioste ou du Tasse, aimait à faire des armes dans les jardins de son palais. Un jour il s'exerçait à l'arc, et, dirigée par sa main impatiente , sa flèche dépassa le but et fut tomber au-delà du mur qui séparait ses jardins de ceux du palais du comte de Pinamonti.

Il allait envoyer un de ses laquais pour la réclamer, lorsqu'une main charmante la lui rejeta. Il leva la tête, et il aperçut une jeune fille qui se promenait sur une terrasse. Le regard de Mastrillo parut la fasciner, car elle s'arrêta tout à coup, et sa belle tête immobile sembla s'oflrir à la contemplation du jeune homme.

Elle avait ce teint si fluide des Italiennes, ce teint d'un albâtre doré, auquel des cheveux noirs, ruisselant autour de son cou, donnaient un éclat doux, une animation virginale. Les regards naïfs de ses yeux brûlants annonçaient une âme pleine de candeur et de passion, qui s'éveillait à la vie par l'amour. Ils restèrent ainsi jusqu'au soir à se contempler; et quand la nuit vint, ils ne s'étaient point parlé; mais, par un mouvement instinctif et spontané, en se quittant, ils s'envoyèrent pour adieu un chaste baiser. Quelle espérance , quel sentiment les ramena là tous les soirs ? D'abord silencieux, puis échangeant des paroles de feu et d'ineffables caresses ; leur passion déborda en s'agrandissant. Les obstacles et les haines qui la faisaient fermenter dans le cœur de Mastrillo, devaient en faire un de ces éléments orageux de lànie, un de ces foudres de la pensée qu'aucun bras,

même celui de Dieu, ne serait assez fort pour comprimer.

Un soir, Mastrillo gravit les murs du jardin, et il s'élança sur la terrasse où était assise Vittoria de Pinamonti :

— Tu me suivras, lui disait-il en l'étreignant sur son cœur.

Et la jeune fille tremblait d'effroi et d'ivresse. La terre et le bonheur sont vastes quand on a l'amour.

— Viens, fuyons, car ici une autre puissance te dispute à moi, et tu ne dois vivre que pour m'aimer.

Mastrillo voulait satisfaire sa passion ardente dans l'orage. La jeune fille, comme toutes les femmes , rêvait l'amour dans le calme du devoir.

— Pourquoi m'enlever à mon père? lui ditelle; mes larmes et mes prières le toucheront, et il nous unira !

— Fol espoir! s'écria le jeune homme, sa haine est trop puissante; le sang des Pinamonti et des Mastrillo pourra se mêler, mais leurs noms ne s'uniront jamais. Viens, ô ma Juliette! l'amour de Roméo n'est-il pas Tunivers pour toi?

Et comme les amants de Shakspeare, ils restèrent sur la terrasse, jusqu'à ce que l'alouette chantât. Tous les combats de la passion se livrèrent dans leur âme; mais la jeune fille resta forte. Mastrillo allait la maudire, elle l'arrêta :

— Demain tu me béniras, lui dit-elle; demain je te suivrai si mon père ne consent à nous unir.

Et avec cette apparence de calme que donne une immuable résolution, elle rentra dans le palais de son père.

C'était une haine vivace, quoique remontant à plusieurs siècles, que celle que s'étaient transmise héréditairement les comtes de Pinamonti et les marquis de Mastrillo. Ces haines d'orgueil , ces haines de vengeance et de sang ne finissent en Italie que par un amour fatal, irrésistible, qui du sein des familles ennemies attire l'une à l'autre deux destinées dont l'union se brise par la mort et la ruine de tous.

Le père de Vittoria gardait comme un trésor nobiliaire la haine de ses ancêtres pour les Mastrillo; il la gardait calme, comme une passion dont l'heure n'est pas venue ; elle s'éveilla quand sa fille lui apprit son amour; mais elle s'éveilla sourde et dissimulée, car il comprit à l'énergi-

que vérité de cet amour que la force amènerait la résistance. Il n'osa briser le cœur de Vittoria ; il la trompa ; il lui promit le bonheur et l'avenir avec Mastrillo. Et le soir, à tous les parfums des fleurs, à toutes les étoiles du firmament, à tous les enivrements de la terre et du ciel , ils se retrouvèrent encore sur la terrasse. D'abord Mastrillo ne voulait pas croire aux paroles de Vittoria ; mais la joie qui brillait dans ses regards, la sécurité de ses espérances, le gagnèrent insensiblement.

— Eh bien! conduis-moi vers ton père, s'écria-t-il, et que j'entende de sa bouche le serment que nous serons unis.

Il s'élançait vers la demeure du comte de Pinamonti ; Vittoria le retint :

— Avant de te voir, lui dit-elle, il exige une preuve d'amour.

— Une preuve d'amour! ah! demande, ma bienaimée ; c est à loi que je promettrai tout.

— Il veut, reprit-elle avec tristesse, que tu t'éloignes durant un mois; il craint que ce que nous éprouvons l'un pour l'autre ne soit qu'une

ivresse passagère mais si elle résiste à cette

absence, il a juré de nous unir. Oh ! pars, nous

, sommes bien sûrs que le bonheur nous attend au retour.

Elle dit ces paroles avec une sorte d'effroi. Il résista longtemps à se soumettre à cet exil ; parfois elle l'en pressait comme pour hâter un bonheur plus grand ; mais plus souvent elle le redoutait comme la rupture de leur félicité présente. L'ardeur du jeune homme, sa passion grondante et tyrannique lui donnèrent du courage. Dans sa vertu craintive, elle exigea ce qu'exigeait son père, cette épreuve qui devait

finir, pensait-elle, par une union sainte, par un bonheur sans orage, par une vie sans remords.

L'heure du départ est venue ; il va s'éloigner ; il a consenti à cette absence, il y a consenti avec désespoir, et à ses paroles d'amour se mêlent des paroles amères. Vittoria, pour adoucir son âpre souffrance, accourt vers lui; dans son chaste abandon , dans sa tendresse passionnée, elle l'entoure d'amour et retarde le moment du départ. C'était un soir de printemps, une de ces heures tièdes en Italie, où la lumière a perdu son vif éclat, sa chaleur dévorante, et ne jette plus que des lueurs douces et tempérées. Ils s'étaient assis sur la terrasse, et du jardin de Mastrillo montaient vers eux les exhalaisons des citronniers en fleurs.

— Viens, s'écrial'ardentjeune homme, viens visiter mon palais dont bientôt tu seras la reine,

et laisse-moi, avant de m'éloi^^ner, cueillir pour ton front le virginal oranger, la couronne des liancées...

Vittoria hésitait ; une sombre douleur passa dans les regards de Mastrillo ; elle consentit à le suivre. Le jeune Italien franchit avec agilité le mur de la terrasse qui donnait dans son jardin, et Vittoria, légère comme un flocon de neige, posa son pied d'enfant sur l'épaule de son amant, puis sauta comme une biche sur le sable fin d'une allée. Leurs bras s'enlacèrent, et ils se dirigèrent vers une salle basse du palais, qui donnait sur l'orangerie. Deux colonnes de marbre encadraient la porte de cette salle, dont les lambris étaient décorés par les armes des aïeux de Mastrillo. Tout à l'entour s'élevaient à hauteur d'appui des tablettes de marbre, soutenues par de sveltes colonnettes qui s'épanouissaient en ogives, Sur ces tablettes étaient posées des

urnes antiques remplies de roses et de fleurs d'oranger. Le mélange des armes et des fleurs donnait à cette salle un aspect à la fois sévère et riant qui charmait Vittoria. Elle la parcourait sous le bras de son amant, lorsque tout à coup son regard s'étant abaissé sur les dalles, elle laissa échapper un cri : une large tache de sang y était empreinte ; on eût dit que ce sang eût été versé d'hier, et pourtant plusieurs siècles avaient passé sur ce stygmate.

— Cette trace est inefiaçable, murmura douloureusement le jeune homme, comme la haine de Pinamonti pour les Mastrillo !

— Que dis-tu? s'écria avec effroi Vittoria; ne nous aimons-nous pas?... toute haine n estelle pas oubliée?... Mais quel est ce sang? quel drame s'est passé ici ?

^- Celui de nos deux familles, reprit Mas-

trillo. Un amour trahi fut la source de leur haine.

— Un amour fidèle y mettra un terme , dit avec un doux sourire Vittoria. Mais apprendsmoi la cause de ces sanglantes dissensions; mon père me Ta toujours cachée, et depuis notre amour, je n'y croyais plus.

Ils s'arrêtèrent. Mastrillo baissa ses regards sur l'empreinte de sang, et la jeune fille fixa les siens sur le sombre visage de son amant.

« — Il y a trois siècles, un de mes aïeux avait une fille belle comme toi, Vittoria, pure comme toi, mais plus confiante, plus insoucieuse, plus aimante peut-être. Elle aimait avec toute la passion d'une Italienne et toute la pureté d'un ange; elle aimait un comte de Pinamonti, un de tes aïeux, Vittoria; et lui, abusant de cette na-

ture candide , paya son amour par le déshonneur. Calme et pure dans sa faute, elle ignorait même avoir failli; gracieuse enfant, voyant la vie pleine d'espérance et d'amour, elle ne soupçonnait pas la trahison, le malheur, la honte . Chaque jour elle attendait ici son amant. Cette salle s'ouvrait alors sur la campagne, et du seuil de la porte, la pauvre Cécilia voyait de loin accourir vers elle le comte de Pinamonti, porté par son noir coursier. Un soir il n'arrivait pas; elle versait des larmes involontaires, un présage l'accablait; plusieurs heures de la nuit s'écoulèrent dans l'attente ; enfin un bruit de pas se fit entendre, et son séducteur s'élança vers elle. Il n'était pas seul : un écuyer l'accompagnait et gardait son cheval auprès de la porte :

« — Si tard ! dit faiblement Cécilia.

« — On m'attend, répondit Rodolphe de Pinamonti; j'ai passé pour te dire adieu.

€ — Adieu! Pourquoi ce mot?... Me quitter une heure, un jour, cest possible; mais plus longtemps, ce serait ma mort. »

« Et elle le pressait dans ses bras convulsivement.

« — On m'attend, répéta Rodolphe, je dois te quitter pour longtemps...

€ Cécilia restait muette. A cette idée d'une séparation , ses forces s'étaient éteintes, sa voix était morte, sa vie avait semblé lui échapper :

« — Reviens à toi, s'écria Rodolphe avec terreur, en la sentant mourir ; je ne pars point, je resterai près de toi, toujours; oh! reviens à la vie, Cécilia, je t'aime! »

« Et àce doux mot, la jeune fille recouvra les

sens, et le sourire sécha les larmes qui ruisselaient sur ses joues.

<t — Regarde-moi, disait Rodolphe pour la rassurer, regarde mon costume de chasseur ; les plumes de l'aigle ornent mon chapeau : c'est une chasse qui m'attend dans nos montagnes ; mon absence ne sera que de quelques heures.

« EtCécilia, crédule, oublia un instant d'effroi et se livra avec sécurité à toute l'ivresse de son amour. Lorsque Rodolphe parlait de partir, elle l'enlaçait avec ses voiles et avec les longues chaînes d'or qui pendaient à son cou et à sa ceinture ; puis sa main charmante étreignait la sienne et le ramenait du seuil de la porte. Elle l'enchaîna ainsi , par ses douces et gracieuses caresses, jusqu'aux premières lueurs de l'aube. Quand le ciel commença à blanchir, elle n'osa

plus le retenir. Il s'élança sur son coursier, et se courbant vers son écuyer :

« — En Palestine! lui dit-il à voix basse...

c( Mais quelle main l'arrête soudain et l'entraîne dans la salle qu'il vient de quitter? Ce n'est plus la main douce et faible de la jeune fille, c'est une main de fer, la main d'un vengeur, la main de mon aïeul, la main du père de Cécilia. Le noble vieillard avait tout vu, il avait tout compris, la faiblesse, la honte de sa fille, la trahison, l'abandon de Rodolphe. Cet outrage voulait du sang : il plongea son poignard dans le cœur du comte de Pinamonti, et le sang que tu vois là, Vittoria, est le sang de ton aïeul. Cécilia tomba près de son amant ; on eût dit que le même coup l'avait frappée : sa vie s'éteignit avec la sienne. »

— Fuyons ces lieux qui rappellent d'horribles souvenirs ! s'écria Vittoria.

— Non, répondit Mastrillo ; sur ce sang qui a cimenlé la haine, il faut que tu me jures que ton amour ne me faillira pas.

Et il posa sur sa tête une branche d'oranger. Vittoria resta quelques minutes dans les bras de Mastrillo ; puis, comme effrayée de sa faiblesse, elle s'élança loin de lui. Il revint à elle, mais la jeune fille résista à ses ardentes prières. Ne pouvant la vaincre, il partit; et en lui disant adieu, une larme où était toute son âme coula de sa paupière, larme sainte, seule larme qu'ait jamais versée Mastrillo.

Un incendie avec ses vastes flammes variées, avec ses zones d'arc-en-ciel, avec ses pyramides de feu et ses milliers d'étincelles qui se heur-» tent et pétillent dans les airs, un incendie que le vent fait plier et qui se redresse au vent, qui dévore le sol et obscurcit dans les cieux les rayons du soleil ou l'éclat des étoiles, un incendie rugissant, vélocc, échevelé, est un spectacle

plein de poésie et de magnificence 1 Si j'étais roi , je ne ferais pas brûler une ville comme Néron, mais j'aimerais à voir se consumer devant moi une forêt vierge , aux arbres gigantesques, reflétée par l'immense miroir de l'Océan.

C'était une joie plus sanglante et moins poétique que celle qu'éprouvait Mastrillo, lorsque, debout sur une des roches d'Anxur, roches classiques dont Horace et Cicéron ont parlé, il voyait s'élever de l'enceinte de Terracine les flammes tournoyantes qui dévoraient le palais du comte de Pinamonti; tandis qu'impassible il contemplait de loin l'élément vengeur, le peuple se ruait vers cette demeure incendiée, et y pénétrait avec audace pour arracher à la mort ceux qui l'habitaient. Quelques hommes plus hardis s'étaient élancés dans l'intérieur du palais, lorsque, parvenus à une première salle, un spectacle horrible les glaça de terreur : deux

hommes, ayant au cœur une large ouverture, gisaient sur le pavé , où ruisselait encore leur sang, et qu'envahissait déjà rincendie. On reconnut le comte de Piriamonti et l'époux qu'il venait de donner à sa fille depuis quinze jours. Vittoria était à genoux, immobile comme une blanche statue au-dessus d'une tombe. On l'emporta loin de ce lieu d'horreur. Quand elle revint à la vie, elle était folle.

Mastrillo n'avait pas commis son crime comme un lâche ; avant de s'éloigner de Terracine, il avait proclamé son nom, son outrage et sa vengeance. Le peuple sympathisait presque avec lui, mais la justice trouva sage de le proscrire. Ses biens furent confisqués au profit de Vittoria, qui mourut quelques mois après en accouchant d'une fille. Les religieuses qui avaient soigné la mère, donnèrent à l'enfant le doux nom de Fiora-Mesta (triste fleur), et, quand la

jeune fille eut grandi, elle habita le palais de Mastrillo, qui faisait partie de son héritage.

Proscrit et dépouillé, Mastrillo erra dans les pays les plus sauvages de l'Italie. 11 fut en Calabre ; il s'associa à ces hommes forts et énergiques que la nature a créés pour l'indépendance, et qui, opprimés par des lois tyranniques, brisent leurs chaînes, et à défaut de la liberté, embrassent la licence et le brigandage. Il choisit parmi eux ceux que le malheur oul'injusticeavait irrités, et, en formant une troupe disciplinée , il s'en fit le chef, ou plutôt le roi. Suivi de ses redoutables compagnons, il revint habiter ies roches d' A.nxur ; et dans les gorges qui dominent la route de Terracine à Rome, il exerça ses exactions avec toute Taudace du désespoir. Il devint la terreur des riches et des seigneurs ; sa tête fut mise à prix, mais le peuple le protégeait, et jamais il ne fut livré. Bientôt, sa puissance fut si grande et si redoutée, que le pape et le roi de

Naples lui payèrent un tribut pour qu'il laissât passer leurs équipages sans les dépouiller.

Cette presque royauté enivrait la tête de Mastrillo, et étouffait dans son cœur les souvenirs du passé. Lorsqu'au milieu de sa troupe il revenait le soir dans sa caverne , chargé d'un riche butin, quand il s'enivrait avec ses compagnons de tous les plaisirs qui dévorent l'âme sans la satisfaire, il éprouvait une sorte de jouissance vengeresse qui lui tenait lieu de bonheur.

Un soir, il avait une de ces joies convulsives et folles qui ne sont qu'un des masques de la souffrance. Assis au milieu du cercle de ses bandits, sur une plate-forme de la cîme des rochers, dominant un immense horizon, il chantait d'une voix sauvage :

Monarque aimé d'un peuple libre, Je fais avec mes Calabrois Trembler des Alpes jusqu'au Tibre L'Italie et ses petits rois.

Le pape qui craint ma visite S'enferme dans son Vatican ; Et le roi de Naples s'abrite Sous les flammes de son volcan.

Partout je jette l'épouvante ; Le sbire me nomme tout bas ; Le moine , d'une voix fervente , M'implore et ne me maudit pas ; Car on sait que ma bonne lame Fend un homme comme on fend l'eau , Et les plus braves manquent d'âme Au nom du brigand Mastrillo.

Je suis le dieu de l'Italie ;

Je Tétreins du haut de ce mont ;

A mes pieds elle s'humilie,

Et pour moi tombent de son front:

Ses fleurs , ses femmes sans pareilles ,

Ses arts, ses trésors, et je sens

Toute la terre des merveilles

Palpiter dans mes bras puissants.

Les richesses de ma caverne De cent rois feraient le trésor.

Et pour moi le vin de Falerne Est versé dans des coupes d'or.

J'ai des manteaux de la Calabre, Brodés de perles et d'argent,

Et des diamants à mon sabre Plus gros que celui du régent.

Mon trône, mes palais, mes villes Sont les blanches roches d'Anxur ; Je n'ai pas de flatteurs serviles, Mais de mes braves je suis sûr !

Le riche redoute ma bande ; Et le pauvre , opprimé pour lui ; Jamais vainement ne demande Ou ma vengeance ou mon appui.

Tremblant à Téclair de ma dague , Princes et grands qui m'ont maudit, Quand de terreur leur cœur divague , Tombent aux genoux du bandit. Dans l'angoisse de leurs alarmes , Souvent ils ont baisé mes pieds.

J'aime le sang , les cris , les larmes De ces lâches humiliés.

Vainement leur voix en appelle ; Nous avons conquis leurs trésors.

Leur àme fuit , leur sang ruisselle ; Aux vautours nous livrons leurs corps ; Puis, quand les bras de nos amantes S'enlacent à nos bras nerveux, Nous essuyons nos mains fumantes Aux tresses de leurs longs cheveux.

De puissants princes nous honorent ; Le ptipe respecte nos droits ; Les jeunt's femmes nous adorent, Le peuple chante nos exploits.

Par les saints et par la madone A la mort nous sommes absous , Amis , au diable je me donne , S'il est au ciel un sort plus doux !

Le chant cessa. Tout à coup, un des bandils, qui se tenait en embuscade près de la route , s'élance vers Mastrillo, et lui annonce qu'un riche équipage s'avance ; alors toute la troupe s'abat dans la plaine, et se cache invisible dans les taillis. L'équipage approche toujours ; il est suivi d'une escorte nombreuse. Quand il n'est plus qu'à la portée de leurs armes, les bandits accourent sur le chemin et se préparent au combat ; mais le chef de Tescouade montre à Mastrillo un de ces laissez-passer qu'il vend au pape et au roi de Naples.

Les brigands cèdent la route ; une femme , qui est dans la voiture, ne craignant plus le

danger, se penche à la portière pour les voir s'éloigner. Maslrillo a rencontré son regard, et soudain il revient, il s'élance, arrête les chevaux , saisit cette femme dans ses bras et s'enfuit vers la montagne. Ses compagnons protègent sa retraite ; puis, à la faveur de la nuit, ils regagnent leur caverne par de mystérieux sentiers. Us venaient d'en franchir le seuil, lorsqu'un geste impératif de Mastrillo, qui se tenait penché auprès de la jeune fille évanouie, leur ordonna d'en sortir. Us se retirent en silence, et leur chef reste seul en face de cette femme froide et pâle comme une morte. Les yeux de Mastrillo étaient égarés.

— Oh ! parle-moi, s'écriait-il ,Vittoria, est-ce ton ombre qui m'apparaît? Es-tu sortie de la tombe pour revenir à moi ? Viens-tu m'arracher à cette vie de possédé où ton abandon m'a jeté ? Oh ! parle. Après quinze ans de torture et d'expiation , viens-tu m'apporter le pardon de

Dieu? Viens-tu me rendre ion amour? Vittoria ! Vittoria ' réponds-moi ! . . .

La jeune fille eut un léger tressaillement, et, sans que son visage se colorât, elle entr'ouvrit les yeux avec effroi.

—Ne me regarde pas ainsi ; ce regard est celui que tu me jetas lorsque je tuai à tes yeux ton père et ton époux ! . . . Ton époux ! ... oh ! Vittoria ! ce devait être moi ; moi , qui fus ton fiancé , moi que tu avais juré d'aimer î . . . Vittoria , tu fus faible , tu cédas à la force , tu n'aurais pas du céder même à la mort. Mais j'ai puni ton crime par un crime , et maintenant , pardon ! . . . oubli. . . Revis au bonheur ! régénère-moi par l'amour ; si le ciel te rend à moi par un miracle; Vittoria! Vittoria! ne me maudis pas !...

Elle souleva la tête , et parut recouvrer ses sens.

— Vittoria , dit-elle faiblement ; oh! c'était le nom de ma mère.. . Si vous Favez connue , dé-

fendez-moi , ayez pitié de moi , au nom de ma mère...

— Ta mère ! quoi ! Vittoria a été mère, s'écria Mastrillo en délire ; Vittoria m'a outragé à ce point!... Oh! l'enfant de ses entrailles ne vivra pas ; le même poignard qui a frappé ton père te frappera.

Et déjà il tirait de sa ceinture le stylet qui ne l'avait pas quitté depuis son double crime. La jeune fille , éperdue de terreur, se précipita vers une des parois de la caverne , Mastrillo la poursuivit en brandissant son arme ; mais tout à coup il la jette au loin, la brise et s'arrête comme accablé par une émotion subite. Quel cri intérieur ébranla soudainement son âme endurcie ? quel sentiment s'éveilla dans ce cœur desséché?... Ce fut l'amour 1 Dans cette nature énergique, une passion ne pouvait être tempérée que par une autre ; l'amour arrêta la haine, La fille de de Vittoria , la frêle et blanche Fiora-Mesta était

tombée h genoux, tendant vers le ciel ses mains belles comme celles d'une madone de Raphaël. Ses yeux bruns brillaient de tout l'éclat de la lièvre, de toute la ferveur de la prière. Mastrillo avait rencontré son regard , et toute sa fureur s'était éteinte. Revenant à Tillusion qui Tavait d'abord possédé , il crut revoir Vittoria , Vittoria descendue du ciel , et transformée en un être divin. Puis, quand la voix et les prières delà jeune fille le forcèrent à croire à la réalité , quand le ravissement de Textase s'évanouit , il comprit la vérité , mais il garda l'amour. La sensibilité de Mastrillo s'était endormie durant sa vie orageuse , elle n'était point tarie , elle jaillit tout à coup, et l'inonda comme une source qui sort d'une roche aride. Son cœur fut amolli par une tendresse ineffable. Mais ce retour au bonheur, cet élancement de son âme torturée vers un bien qu'il croyait à jamais perdu, cette ardeur à saisir une ombredont l'évanouissement estla mort, cet

amour enfin tel que le sentit Mastrillo , ne pouvait être compris par le cœur faible et timide de Fiora-Mesta. La fougue de Mastrillo l'épouvantait, elle ignorait ces ardentes douleurs, ces tendresses profondes qui fermentaient en lui. Languissante comme son nom , elle se consumait près de cet être de feu, sans deviner ses tortures. Souvent il se jetait à ses pieds, lui adressant des prières brûlantes, et Tenfant à son tour, tombait à genoux , et suppliait le brigand de lui rendre la liberté, s'il ne voulait la voir mourir. Elle était si faible que Mastrillo craignait de la tuer en Faimant; chaque jour sa vie s'éteignait. L'amour de Mastrillo se changeait en désespoir. Elle le priait avec larmes; sa prière le vainquit.

— Fuis , s'écria- t-il un soir , ému de pitié ; mais que Dieu te donne la force de fuir à l'instant, car, dans une heure , peut-être , je n'aurais pas le courage de me séparer de toi.

Et , comme si un ange Y mi pris sur ses aîles, elle se souleva, et allait s'éloigner sans comprendre le sacrifice de Mastrillo. 11 s'élança vers elle :

— Ecoule , lui dit-il en pressant son bras avec force , tu vas retrouver la vie et tu me laisses la mort... Mais j'exige de toi un serment, pour prix de ta liberté.

Et il l'entraîna au pied d'une petite madone, placée dans une excavation des rochers de la caverne.

— Jure , lui dit-il , jure au nom de ton Dieu , que jamais aucun homme ne sera ton époux tant que Mastrillo vivra. Dès ce jour , je suis ton fiancé.

Et il lui passa au doigt un anneau qui lui venait de Vittoria. La jeune fille ignorait l'amour ; elle fit le serment qu'exigeait Mastrillo; elle le fit à Dieu, et, dans sa foi naïve, elle se sentit liée. Le lendemain , elle était à ïerracine.

Un bal , une fête n'a dans aucun lieu du monde plus de poésie qu'en Italie : là, lorsqu'un palais regorge d'une foule brillante et joyeuse, qui se précipite dans les jardins, et, à la lueur des étoiles qui flamboient, aux parfums des fleurs qui s'exhalent, la fête s'ébat , les danses s'animent, les masques se cherchent, les mystérieux bonheurs se préparent.

C'était par une de ces nuits d'ivresse que le palais des aïeux de Mastrillo, éclairé par des faisceaux de lumière, retentissait de tous les bruits du plaisir et de la folie : les masques s'étaient entassés dans les vastes salles , formant des quadrilles , et tourbillonnant en masse , puis l'air manquant à toutes ces poitrines ardentes, le bal entier s'était élancé dans la cour et dans le jardin éclairés par des torches que portaient des serviteurs ; il continuait sous les arbres ses mille tournoiements. Deux danseurs se séparèrent de cette foule compacte, et se dirigeant vers un angle obscur du jardin , ils s'assirent sur un banc, et quittèrent leurs masques. Un jeune homme, à figure noble, posa ses lèvres sur le front d'une jeune fille.

— Que tu es belle, Fiora-Mesta! lui dit-il. Ah! dis-moi que tu m'aimes , dis-le toujours; Dieu nous a bénis , je suis ton époux ! partage

mon bonheur! sois ! iireuse, ma bicn-ai mée I . . .

Un masque iToir glissa près d'eux... Fiora- Mesta tressaillit, et se jeta dans les bras de son époux...

— Et tu dis qu'il est mort , que tu l'as vu mourir?... Raimond, dis tu vrai?

— Je Tai vu dans Thospice , reprit le jeune homme , expirant des suites de la blessure que lui ont faite les sbires... Plus de terreur, mon ange ; oublie cette terrible iœage de Mastrillo , qui te poursuit toujours !

Un domino noir repassa en face d'eux ; Fiora- Mestanele vit point...

— Ne sens-tu pas que ces parfums enivrent, reprit le jeune homme ; oh ! viens.

Et ils se levèrent pour gagner le palais ; le masque noir les suivait toujours. Importuné par ce personnage mystérieux qui s'attachait à leurs pas , le jeune homme voulut découvrir qui il

était , et , quittant Fiora-Mesta dans la cour , il lui dit avec amour :

— Vam'attendre,

11 marcha sur les pas du domino , sans pouvoir l'atteindre. 11 crut le voir se mêler àlafoule des danseurs , et , poussé par un sentiment qu'il ne s'expliquait point , il s'avança lui-même à sa poursuite , au milieu du labyrinthe vivant où. il venait de disparaître. Cependant , Fiora-3Iesta , tout entière à ses pensées d'amour , allait franchir la première marche de l'escalier du palais , lorsqu'il lui sembla voir ghsser au pied de la statue du chevalier, le même masque qui s'obstinait à la poursuivre. Elle sentit ses genoux défaillir et s'appuya contre la rampe. L'homme noir reparaît et s'élance vers elle , il lui arrache son masque et le foule aux pieds. . . ;

— Qui êtes-vous? lui dit elle d'une voix faible.

— Regarde , s'écrie-t-il en se démasquant à

son tour , et en étreignant avec force le bras de la jeune femme.

Elle tourne la tête , chancelle et murmure avec terreur :

— Mastrillo!..,

— Oui , Mastrillo , ton fiancé , ton époux devant Dieu!... Et maintenant, suis-moi dans la chambre nuptiale.

Et il la traîna à sa suite dans les appartements du palais. Quand son jeune époux vint à elle , quand il eut brisé la porte fermée par Mastrillo, il trouva Fiora-Mesta morte à côté du corps inanimé du brigand !

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