MO
anéantir leur prestige, et l'empereur grec les avait offerts ensemble au prince de Tarente, comme un groupe vivant d'une rare et étrange beauté.
Bien sûr de la fidélité et du respect de Zéri , Boliémond lui confia Isolina avec sécurité. L'esclave et la jeune fille se comprirent; ils avaient tous deux une destinée d'abjection pour laquelle ils n'étaient pas faits, et dont leur âme se révoltait. Mais si la même infortune les avait réunis, il n'existait aucune parité dans l'affection qu'ils ressentaient l'un pour Tautre, Isolina aimait Zéri comme un ami, comme un protecteur envoyé par Dieu à la garde de son honneur et de son innocence ; comme un frère héroïque qui l'avait devinée, et à qui elle avait fait jurer de la poignarder plutôt que de la laisser souiller par Bohémond. Zéri l'aimait autrement, il aimait avec son sang africain, avec sa passion arabe, il eût voulu l'emporter dans son désert et lui dire :
Je t'aime! entre rimmensité dessables et l'immensité des deux, mais Tesclave cachait son amour, et la jeune Italienne ne le comprenait pas. Jamais elle n'avait imaginé qu'elle pût aimer, autrement que comme un ami, cet homme qui n'était pas de sa race.
Isolina se plaisait à s'asseoir sur les bords de rOronte ; à demi cachée dans les touffes de lauriers roses, elle suivait d'un œil mélancolique les flots qui fuyaient vers la mer, et elle jetait à chacun un souvenir, un regret. Sous ce ciel resplendissant de l'Asie, assise au milieu des fleurs, cette belle et malheureuse enfant semblait réaliser la gracieuse fiction des Péris. L'esclave k quelque distance, debout dans une contemplation muette que son noble lévrier semblait partager, s'abreuvait d'amour et de désespoir : « Si belle, pensait-il, et jamais à moi ! jamais l'espérance de m'en faire aimer ! )) A cette idée fatale que sa passion le consumait en vain, et qu'il
n'allumerait jamais dans ce sein calme et immaculé une sympathique tendresse, il fixait d'un œil ardent les flots de l'Oronte, et il était près de s'y précipiter, mais une pensée le retenait. « Si elle n'est pas à moi, pensait-il, elle ne sera jamais à personne, > et il pressait son cimeterre d'une main convulsive.
Un jour, comme il rêvait ainsi à quelque distance d'Isolina, il entendit le bruit des pas d'un cheval qui s'approchait; il se leva, et son chien se mît en arrêt. Bientôt il se trouva en face d'un cavalier, qui portait le costume des croisés, mais dont l'équipement n'était pas d'une exacte fidélité ; Fœil exercé de Zéri crut reconnaître en lui un espion de l'armée turque assiégée dans Antioche; cependant, quand l'inconnu eut levé la visière de son casque, l'esclave douta; son visage exprimait tant de franchise et de loyauté, il était d'une beauté si fière et si douce à la fois, qu'on aurait cru l'étranger de la noble race des
Francs. Isolina s'était approchée, elle avait yu les traits de l'étranger, et paraissait frappée d'admiration ; lui-même avait à peine aperçu la jeune fille, que, détournant ses yeux de l'esclave noir, il les fixa sur elle avec l'expression de l'enchantement ; ils se regardèrent longtemps ainsi ; Zéri souflrit de leurs regards , son âme jalouse s'en irrita.
— Que cherchez-vous? dit-il brusquement au cavalier inconnu,
— » Enseignez-moi le chemin le plus court pour me rendre au camp des croisés.
— Si vous êtes un de leurs frères, vous devez le connaître, murmura l'esclave.
— Je suis un de leurs frères, reprit le cavalier, mais je suis Arménien, j'habite Antioche, et je sors de ses murs pour venir faire des communications à l'armée chrétienne.
L'esclave noir secoua la tête en signe d'incrédulité, Isolina ne partageait pas ses doutes, et,
entraînée par un sentiment qu'elle ne pouvait s'expliquer, elle dit à l'inconnu :
— Je vous enseignerai la route ; suivez-moi jusqu'au sommet de la colline, et de là vous découvrirez le camp.
Le jeune homme descendit de cheval, et, se prosternant, il baisa le bord de la robe d'Isolina.
— Vous êtes un ange, lui dit-il, que Dieu vous protège !
Et, ôtant de son cou un chapelet grec, il le suspendit sur le sein de la jeune fille.
— Votre nom, dit-elle, afin que je puisse le prononcer en priant pour vous ?
— Balduc, répondit involontairement le jeune homme.
— Ce n'est pas là un nom chrétien, murmura Zéri d'un accent vindicatif; mais IsoHna et l'étranger ne l'entendaient pas; ils se parlaient à voix basse en montant lentement la colline; ils se sentaient attirés l'un vers l'autre
comme s'ils se reconnaissaient, comme s'ils se souvenaient de s'être vus ailleurs.
Quand ils furent arrivés au sommet de la colline, ils s'arrêtèrent quelques instants immobiles et silencieux ; ils n'avaient pas le courage de se séparer. Tsolina, le bras tendu vers la plaine qui se déroulait à leurs pieds, montrait à l'étranger les tentes de l'armée chrétienne ; mais il n'y portait pas ses regards; il les tenait attachés sur cette jeune fille, vision enchanteresse qu'il craignait de voir s'évanouir, et qui lui faisait oubher en cet instant le but de sa course. Zéri poussa une sorte de gémissement lugubre qui tira Tinconnu de sa rêverie.
— Je ne puis vous quitter sans emporter l'espérance de vous revoir, dit-il avant de s'élancer sur son cheval.
— Demain , répondit faiblement Isolina , trouvez-vous sur les bords de fOronte,
Zéri ne les entendit pas, mais il avait tout deviné.
Au sein de la population musulmane d'Antioche, il y avait aussi des Grecs et des Arméniens libres de communiquer avec le camp des Croisés, et sous leurs habits s'introduisaient dans l'armée chrétienne, des espions mahométans qui> par leurs rapports à l'armée assiégée , déjouaient les attaques des assiégeants. Bohémond, irrité de T audace de ces espions, qui venaient braver les chrétiens dans leur propre camp, eut recours à un expédient atroce , qui donne une idée de ce caractère barbare. Ayant surpris quelques Turcs travestis en Croisés, il les fit égorger et rôtir devant toute l'armée.
— Et maintenant, s'écria-t-il, soumettonsnous à la nécessité; mieux vaut encore nous nourrir de la chair de nos ennemis que de succomber à la famine.
Et, entouré de ses soldats, il leur donna l'exemple de ce repas de cannibales.
Isolina était assise sur une pelouse fleurie qui s'inclinant jusqu'au bord de TOronte ; une touffe de palmiers la cachait entièrement; mais Zéri, dont elle pensait avoir trompé la surveillance, répiait couché dans les ajoncs du rivage. 11 vit venir à elle le cavalier de la veille ; il le vit s'asseoir à ses pieds ; il l'entendit lui parler avec amour *. « Hier, je t'ai trompée, lui disait-il,
ah! pardonne, houri céleste, le mensonge servait ma cause, et je n'ai pas rougi de l'employer; non, je ne suis pas un chrétien, un de ces chrétiens impies qui vivent de déhanches et de rapines, un de ces chrétiens qui veulent ta honte ; je suis ton esclave et je t'aime. Oh ! viens, suis-moi dans le palais de mon père ; mon père, c'est Baghasian, le gouverneur d'Antioche; je suis Balduc, son douzième fils, Balduc, qui meurt d'amour pour toi, Balduc, dont tu es l'étoile, et qui t'a rencontrée hier pour éclairer sa vie. » Ils parlèrent longtemps ainsi ; les heures s'écoulaient ; Zéri les observait, il ne perdait pas une seule de leurs paroles, pas un de leurs mouvements, pas un de leurs regards. Le désir et la rage entraient dans le cœur de l'esclave. Il entendit Balduc dire à Isolina :
— Un dernier devoir m'appelle au camp des Croisés; demain ils donnent l'attaque à notre ville ; je vais pénétrer leurs projets sous ce dé-
guisement, et demain, avant l'aube, je viendrai te chercher ; promets-moi de me suivre.
— Je n'ai plus de patrie, dit Isolina, la honte m'attendait; ton amour refait ma vie; je te bénis et je suis à toi.
A ces dernières paroles, Zéri poussa un cri guttural qui trahit sa présence ; ïsolina voulut s'élancer, Balduc la retint :
— Demeure, lui dit-il, c'est à moi de reconnaître celui qui nous épie, à moi de te défendre, à moi de te sauver.
Et tirant son cimeterre, il quitta le bosquet de palmiers; ïsolina le suivit malgré sa défense; mais vainement ils portèrent leurs regards dans la direction d'où était partie la voix, ils n'aperçurent personne. Zéri, excellent nageur, s'était glissé dans l'Oronte, en rampant à travers les hautes herbes du rivage, puis, s' abandonnant au courant avec Azour, il avait fui de toute la vitesse des flots qui l'emportaient vers le camp
des Croisés; ne trouvant aucune trace de pas, aucun signe qui indiquât une fuite, Balduc pensa que le cri dont ils avaient été frappés était celui de quelque animal sauvage ; mais Isolina, qui avait cru reconnaître la voix de Zéri, éprouvait une vague terreur. Et pourtant Zéri était son ami, son frère; plus d'une fois elle lui avait donné ce doux nom, pourquoi tremblait-elle en pensant à lui ? pourquoi redoutait-elle sa présence ! C'était comme un pressentiment de cette orageuse passion qu'elle avait inspirée sans la partager et dont elle redoutait aujourd'hui la vengeance. Craintive, elle songea à apaiser l'esclave, à lui demander sa protection, son dévouement, à se sauver de sa colère en allant à lui.
— Notre crainte était chimérique, lui dit Balduc prêt à la quitter, sois avec Dieu jusqu'à l'aube prochaine, et attends-moi.
Puis, ayant baisé les tresses de sa chevelure, il s'éloigna, et suivit les bords de FOronte jus-
qu'à la vallée où s'élevait le camp des Croisés. C'était un pittoresque spectacle, que cette ville improvisée formée de tentes aux couleurs et aux armes diverses ; les blasons, les drapeaux et les faisceaux de lances couronnaient les tentes des chefs, tandis que celles des soldats ne portaient pour emblème qu'une simple croix. Le camp, de forme circulaire , se divisait en plusieurs rues, qui, comme autant de rayons, aboutissaient au centre, oii se dessinait une vaste place autour de laquelle se dressaient quatre pavillons; le plus riche, le plus éclatant, était celui de Bohémond, prince de Tarente. Au milieu de la place, les Croisés avaient planté une immense croix dont les bras s'élevaient vers le ciel et semblaient protéger les milices chrétiennes. Quoique ce lieu fût consacré à la prière, il servait aussi aux réunions tumultueuses des soldats; souvent il avait été témoin de leur révolte, et la croix sainte fut plus d'une fois frappée des imprécations que
les Croisés se jetaient entre eux durant les horreurs de la famine et des épidémies. Zéri, que les flots de l'Oronte avaient porté rapidement jusqu'à la lisière du camp, traversa cette place et se dirigea à travers la foule vers la tente de Bohémond. Mais avant de soulever la draperie qui en cachait l'entrée, il hésita ; un combat violent parut se livrer dans son àme ; puis, comme voulant échappera son indécision, il se précipita dans la tente, et parut devant Bohémond sans se faire annoncer. Le prince de Tarente fit un geste de colère :
— Esclave, s'écria-t-il, qu'as4u fait dlsolina? pourquoi l'as-tu quittée sans mon ordre ; ne sais-tu pas qu'il y va de ta vie?
— Il y allait du salut de ton armée , répliqua Tesclave, et j'ai oublié ma vie; prends-la si tel est ton plaisir.
Et Zéri sourit dédaigneusement , attendant que Bohémond le questionnât.
— Que veux-tu , reprit impétueusement le prince de Tarente ? Quel danger menaçait l'armée? Mais, d'abord, où est Isolina? tu m'en réponds sur ta tête.
— L'aimerait-il? pensa l'esclave.
— Parle, où est-elle, ajouta Bohémond.
— Au quartier des femmes , répondit l'esclave, sous bonne garde. Et il sourit sinistrement.
— Et toi, pourquoi t'éloignes-tu d'elle? qui t'amène ici ?
— Maître, une grâce que je viens te demander pour prix d'un immense service, dit Zéri.
— Parle d'abord du service, nous verrons après quelle récompense il mérite.
— Prince de Tarente, répliqua l'esclave en relevant fièrement la tête, j'ai en mon pouvoir un des fils de Baghasian , du gouverneur d Antioche, c'est le plus valeureux, le plus redouté des guerriers musulmans, celui qui a menacé le
camp des chrétiens en commandant les sorties des assiégés, et tu lésais, prince de Tarente, qui a parfois disputé la victoire à tes troupes.
— Balduc? s'écria Bohémond.
— Lui-même, dit l'esclave d'un air rayonnant ; je puis te le livrer dans une heure, mais il me faut une récompense.
— Laquelle?
— La Hberté.
— Eh bien ! tu es libre.
— Il me faut plus encore, murmura l'esclave ?
— J'entends, ajouta Bohémond, de l'or, des armes, de riches étoffes, tout ce qui excitait ton envie d'esclave, tu l'auras.
— Ce n'est pas assez pour moi, dit Zéri.
— Eh bien ! parle et tu seras satisfait, car en échange de Balduc, il n'est point de trésor que je ne t'accorde.
— Tu le jures? dit l'esclave.
— Je le jure.
— Parla croix?
— Par la croix, répéta le prince de Tarentc en appliquant la main sur la poignée de son épée On brillait le signe rédempteur.
— Eh bien ! dit Tesclave, dont les yeux lancèrent des flammes , il me faut Isolina en échange de Balduc.
— Téméraire, murmura Bohémond ! tu avais donc osé lever les yeux sur elle ?
— Pourquoi pas, reprit Zéri, est-ce que les esclaves n ont pas d'àme?
— Et ne savais-tu pas qu'elle m'était réservée ?
— Ne viens-tu pas d'y renoncer par ton serment, dit gravement l'esclave ?
— Mais elle ne voudra pas de toi, s'écria Bohémond plein de rage ; elle ne voudra pas d'un Maure, d'un vil esclave.
— Elle me préférera, j'en suis sur, au sort que tu lui réservais.
— Cela ne se peut, répliqua Bohémond, cela ne sera pas.
— Tu oublies ton serment , reprit Zéri avec calme. Tu oublies que Balduc est en mon pouvoir, et que seul je puis te le livrer aujourd'hui en échange dlsolina.
— Insolent ! murmura Bohémond.
Puis il parut réfléchir.
Après un instant de silence :
— Qu'il en soit selon ton désir, dit-il. Si tu me livres ce soir le fils du gouverneur d'Ântioche, Isolina est à toi.
Et il sourit d'un rire sauvage.
— A ce soir , dit l'esclave en s'inclinant pour sortir.
— A ce soir, répéta le prince de Tarente en lui montrant l'issue de la tente d'un geste impérieux.
Quand Bohémond se trouva seul , il sentit dans son âme la lutte de ses passions diverses,
la soif du plaisir et celle de la gloire le sollicitaient tour à tour : Isolina, c'était son délassement après la victoire ; Balduc, c'était Fobstacle presque invincible aux triomphes de l'armée chrétienne ; Balduc mort , Antioche ouvrait ses portes et la gloire de l'expédition revenait tout entière au prince de Tarente , qui en avait alors le commandement. Mais perdre Isolina, la voir aux bras d^un esclave, oh ! non jamais! pensa-
t-il, ou ce ne sera qu'après Cette idée qui
traversa soudain son esprit s'en empara, et l'entraîna sur sa pente ; elle mettait d'accord ses passions et son serment; il avait promis Isolina à l'esclave, il la lui donnerait, mais il riait infernalement de l'expédient qu'il venait de trouver pour ne pas violer une promesse sacrée. On le voit, dès-lors, les compromis appelés depuis jésuitiques étaient employés par l'àme des chrétiens corrompus, et Bohémond s'en servait sans scrupules; car pour lui la conscience était ce
quelque chose d'indécis et d'impalpable dont parle Shakspeare, et comme il n'avait jamais entendu ses murmures dans son cœur, il n'y croyait pas. Il dépêcha un messager au quartier des femmes avec ordre qu'on lui amenât Isolina; puis il fit inviter les princes croisés et les principaux chevaliers à une fête qu'il voulait donner le soir-même dans sa tente.
Cependant Zéri traversait la place où s'élevait la croix, l'œil baissé, la tête affaissée sur la poitrine et comme courbée sous le poids d'un remords. Âzour, son fidèle lévrier, le suivait tristement et semblait partager la préoccupation douloureuse de son maître. Mais tout à coup il flaira le sol, bondit et entraîna Tesclave vers un groupe de soldats assis en rond autour d'un personnage presque entièrement caché par les curieux. Zéri approcha, et à peine eùt-il levé les yeux qu'il reconnut Balduc, sous son déguisement de marchand arménien. Il distribuait aux
soldats des chapelets grecs, des essences et des fruits secs d'Orient. En leur donnant de faux renseignements sur Tétat de la yille assiégée, il s'attirait la confiance des Croisés qui lui disaient, à leur tour, la véritable situation de leur armée, leurs projets d'attaque, ce qu'ils avaient à craindre et à espérer, et Balduc, en apparence indifférent à leurs paroles, les recueillait avec une ardente attention. En apercevant celui qui aimait Isolina, celui qui en était aimé, l'esclave fut près de lancer sur l'espion son noble lévrier et de conduire à l'instant Balduc enchaîné au prince de Tarente. Un sentiment le retint; il venait d'entendre Balduc dire aux soldats qu'il passerait la nuit dans le camp pour vendre ses marchandises de tente en tente. Dans une heure pensa Zéri, il sera temps encore ; ma proie ne peut m' échapper ; mais je puis perdre Isolina ; le prince de Tarente, violant secrètement son serment, peut afaire di sparaître à jamais. Oh ! c'est d'elle
qu'il liiut d'abord que je m'assure , et si elle consent à m' aimer, à me suivre, fût-ce dans la yille assiégée, je pars, j'oublie Balduc, mon bonheur le sauve ! Heureux, je n'ai plus de haine. Et tandis qu'il pensait ainsi, il remontait précipitamment le cours de l'Oronte.
Il ne trouva plus Isolina sur le rivage ; elle était rentrée au quartier des femmes pour y chercher Zéri ; aussi à peine le vit-elle venir à elle qu'elle s'élança à sa rencontre; elle lui tendit une de ses mains , pendant que de l'autre elle caressait Azour.
— Oh ! mon ami, lui dit-elle avec affection , êtes-vous toujours mon frère et mon protecteur ? M'aimez-vous ?
Et elle le regardait avec crainte, et, pour la première fois, elle redoutait son regard!
— Si je t'aime , s'écria Zéri en l'entraînant vers un abri sohtaire ; écoute, poursuivit-ii avec véhémence, les minutes sont comptées, Bohé-
— I6i — mond a juré de te donner à moi, mais le sang va couler pour cet hymen ; épargnons le sang, consens à me suivre à l'instant au désert, dans la ville assiégée, partout où tu peux être à moi. Oh ! viens, ne me repousse pas ; viens, fuyons et Balduc est sauvé.
— Balduc ! que dis-tu ? s'écria Isolina qui ne devinait pas le sens de ces paroles incohérentes; Balduc court-il quelque danger? Sauve-le ou je meurs. Balduc, répéta-t-elle comme égarée, qu'en as- tu fait? Oh! tu sais bien que je l'aime.
Le visage de l'esclave se décomposa ; il étreignit sur sa poitrine son chien fidèle, son seul ami dans le monde; puis, regardant Isolina avec désespoir :
— Ainsi, je ne suis rien pour toi, murmu ra-t-il?
— Balduc ! dit-elle encore, n'ayant qu'une
pensée.