‹ Fonctionnement d'un sanatorium privé type aux États-Unis: Le "Trudeau Sanatorium"Chapitre 5 sur 22 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Le Docteur Edward Livingston Trudeau

Trudeau, pionnier de la Lutte antituberculeuse moderne en Amérique, était de notre race, par sa mère, Française : Céphise Berger, et par ses pères, Huguenots,expatriés au Canada et descendus ensuite dans la Nouvelle-Orléans.

Il naquit à New-York en 1848. De trois à dix-sept ans il fut élevé à Paris, puis retourna dans son pays natal,où il devint médecin, se maria, eut des enfanis. Atteint à vingt-six ans de tuberculose pulmonaire grave, il abandonna sa clientèle, et s’en alla demander la santé au climat des montagneuses Adirondacks, proches de la frontière canadienne.

Il y arrivait presque mourant. Mais l'existence de repos absolu qu'il y mena le rendit à la vie:il n'y avait d'autre exercice que le trajet court de son

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auberge à la barque, où, tout le jour durant, il s’allongeait, pour pêcher ou guetter le gibier. Quelques tentatives de retour à New-York ayant piteusement échoué, il s'installa définitivement, avec sa famille, dans le village de Saranac, alors composé de douze maisons de guides, éloigné de 40 milles de la première station de chemin de fer, au milieu d’un pays sauvage, aux cinq mois de rigoureux hiver. Il devait y vivre quarante ans.

Sa santé s’améliorant, il reprit espoir en la vie et intérêt à sa profession.

En 1876, la lecture du compte rendu d’une visite au Sanatorium de Brehmer, en Silésie, avait éveillé en lui le rêve de son œuvre.

Ce rêve lui parut tout près d’être réalisable quand, en 18892, lui tomba sous la main une traduction de l’article de Koch, qui annonçait au monde la découverte du bacille.

Dès lors, il se jeta avec enthousiasme dans les recherches de laboratoire.Il avait tout à apprendre : il apprit tout, Il alla à New-York se faire initier à la bactériologie ; il fit annexer à son habitation un petit laboratoire ; il rechercha les bacilles, les cultiva ; il expérimenta sur cobayes.

Et cependant il mûrissait le plan de son Sanatorium qu'il avait d'emblée conçu socialement tel que, sans être de caractère purement charitable, il vint en aide aux luberculeux de fortune modeste.

Pour cela il fallait beaucoup d'argent. Il y intéressa les touristes des Adirondacks, ses anciens et

ses nouveaux confrères ; il fit de fréquents voyages à New-York pour frapper aux portes généreuses.

En 1884,il posa la première pierre de son édifice ; le premier pavillon fut construit. L'argent ne cessa d’affluer. A mi-flanc de colline, des deux côtés d’une de ses pistes de renard préférées, se multiplièrent les petits cottages pour deux ou quatre personnes, munis de leur véranda.

Les docteurs,ses amis,lui envoyaient des malades. Au village, les tuberculeux venaient en foule, attirés par la renommée de ses cures.

Rien ne troublait l’optimisme de Trudeau, aucune difficulté matérielle, pas même l'incendie de son habitation et du laboratoire adjoint. La générosité américaine le soutenait,d’ailleurs, et, sans tarder, lui faisait don du beau laboratoire de recherches qui s'élève actuellement au centre de Saranac-Lake.

Les années même ne lassaient point son courage. A ses derniers jours, surmené, souffrant, il dirigeait encore les deux assistants de grande valeur qui lui étaient venus : le D: Baldwin au laboratoire, le Dr Lawrason Brown au Sanatorium.

En 1918, il s’éteignit en plein triomphe, porté aux premiers honneurs par l'élite médicale de son pays, objet de fervente reconnaissance pour tous les infortunés qui nomment « Vallée du dernier espoir » ce coin des Adirondacks, où s'élèvent aujourd'hui, outre le Sanatorium modèle et universellement célèbre qui porte son nom, une agglomération d'élégants cottages de 6.000 âmes, fruits de l’œuvre

énergiquement poursuivie pendant un demi-siècle par cet homme de notre sang, malade et sans ressources, qui fut une belle intelligence et un grand cœur.

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