‹ Fondation de la société de chirurgie dentaire de ParisChapitre 17 sur 35 · DÉFENSEURS DES SOI-DISANTS DENTISTES · texte numérisé non relu

DÉFENSEURS DES SOI-DISANTS DENTISTES

On devait s’attendre que les avocats chargés de Ja défense des Dentistes qui exercent sans diplôme s’efforceraient de présenter l’art du Dentiste comme ayant une bien faible importance sous le point de vue médical. Aussi se sont-ils tous attachés à rabaisser cet art et à faire des observations plus ou moins ridicules, afin de prouver que le premier venu pouvait sans danger exercer la profession de Dentiste. Ils se sont plu h remonter à l’enfance de là chirurgie, aux discussions de prééminences et de rivalités qui autrefois régnaient entre les médecins et les chirurgiens. Il n’est pas jusqu’aux barbiers qui, dans l’ancien temps, exerçaient la petite chirurgie, qui n’aient eu leur part de critique.

Mais pourquoi aller emprunter à l’antiquité surannée des citations déplacées et absurdes, pour chercher à faire croire que l’on peut aujourd’hui exercer la profession de Dentiste sans examen et sans litre ? N’aurait-il pas dû suffire de se rappeler que

les Dentistes, avant la loi du 19 ventôse an XI, étaient assujettis à faire des études et à subir des examens devant le collège de chirurgie, conformément aux règlements de 1768, pour logique- , ment conclure que cette loi n’avait pas pu les affranchir de toutes formalités? Mais il fallait légitimer et conserver un état brillant à ceux qu’ils défendaient, et pour y parvenir, tous les faux raisonnements étaient bons, même les plus ridicules. Aussi ces messieurs ne les ont-ils pas épargnés. M e Crémieux, l’avocat de William Rogers, s’est surtout fait le plus remarquer, après avoir prononcé un éloge outré et pompeux du prétendu talent de son client, qu’il disait être bien supérieur à celui des Dentistes reçus.

Il s’écria emphatiquement : « Qu’est-ce qu’un Dentiste? un arracheur de dents. Avez-vous mal h une dent, vous allez chez lui, et il vous l’arrache, ensuite il vous donne un verre d’eau avec quelques gouttes d’élixir pour arrêter l’hémorrhagie sanguine, et alors tout est fini !» A ce mot d’hémorrhagie sanguine, tout l’auditoire, qui était composé en grande partie d’hommes de l’art, se mit à rire, au point que le président menaça de faire évacuer la salle. a

D’un bout à l’autre, le plaidoyer prononcé par; l’avocat de William Rogers ne fut qu’un véritable article de journal semblable à ceux que ledit sieur Rogers fait insérer journellement pour amorcer et attirer des clients.

On conçoit aisément que M e Paillet, défenseur du corps des Dentistes, n’eut pas de peine à démontrer toute l’absurdité des moyens qui venaient d’être présentés en faveur des Dentistes poursuivis. Dés citations judicieuses, toutes puisées à des sources respectables, furent exposées avec une lucidité et une précision remarquables. Aussi le zèle et le talent dont il venait de donner une preuve éclatante eurent-ils le résultat le plus heureux.

L’avocat du Roi, M. Saillard, prit la parole pour donner ses conclusions. Disons tout d’abord que, malgré la brillante plaidoirie qu’il venait d’entendre, il les motiva sur le peu d’importance, selon lui, de l’art du Dentiste, dont il énuméra les plus simples opérations, et contrairement à la jurisprudence précédemment adoptée par le tribunal, il conclut à l’acquittement des prévenus. Les Dentistes poursuivis, jusqu’alors abattus, et qùi redoutaient une condamnation, se montrèrent pleins d’espoir, et ne purent dissimuler la joie que leur causaient les conclusions qu’ils venaient d’entendre, espérant que le tribunal viendrait sans doute les sanctionner. Leur espoir et leur joie ne devaient durer qu’un instant : bientôt le tribunal rentra èn séance, et vint prononéer le jugement précité, qui rendait un nouvel hommage à la loi de vçntôse, en proclamant que, pour exercer la profession de Dentiste, il fallait en avoir acquis le droit par un diplôme.

Le journal la Presse, en rendant compte du

procès des Dentistes, s’est montré protecteur de l’illégalité en soutenant les individus poursuivis;

Il est vrai qu’il ne pouvait guère faire autrement sans se montrer ingrat envers des hommes grands faiseurs de publicité, et dont les avis et les réclames remplissent tous les jours sa quatrième page, et le font vivre. Mais, sans se montrer hostile aux Dentistes non reçus, la Presse , pour être impart tiale, devait du moins conserver une neutralité que les noms des poursuivants, ainsi que les convenances, lui prescrivaient, et non se déclarer l’adversaire du corps des Dentistes, qui n’agissait que dans l’intérêt public. C’est la Presse qui, méchamment, a caractérisé le procès en lui donnant le titre de : la Guerre des Dentistes, titre outrageant, et que la Presse a rendu encore plus offensant en disant que ce procès devrait plutôt s’appeler le Procès des Envieux. Certes, ces mots d’un de ses articles (i) sont assez significatifs, et prouvent toute sa bienveillance pour des hommes dont elle a besoin pour alimenter son journal.

Soyons pourtant justes, et disons-le bien haut, afin que tout le monde le sache, pouVait-elle dénigrer ceux qui font, comme elle, des annonces pour attirer des clients, elle qui en fait tous les jours pour séduire à son profit les abonnés des autres journaux?

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:r t(>/) tVoyez la Presse tUi 17 dccciiibre 1845.

On a osé dire que les Dentistes poursuivants étaient envieux des prétendus succès des Dentistes poursuivis; que leurs cabinets étaient désertés pour ceux de ces derniers : étrange assertion, indigne malveillance dont devaient les préserver leur position de fortune et le rang qu’ils occupent dans le corps des Dentistes ! Heureusement que la confiance publique, dont ils reçoivent tous les jours de nouvelles preuves, elles titres honorables dont ils sont revêtus, les dédommagent suffisamment des calomnies prononcées par les avocats et par la Presse.

Yeut-on savoir le motif réel qui a fait agir les Dentistes reçus? C’est la considération de leur profession qu’ils voyaient tous les jours de plus en plus compromise par les méfaits de tous ces Dentistes improvisés. Car on conviendra que les nombreux procès auxquels leurs mauvaises opérations donnaient lieu rejaillissaient sur le corps tout entier, et devaient justement blesser sa susceptibilité et exigeaient impérieusement une prompte répression. Mais de quoi pouvaient-ils être envieux? de la réputation de charlatanisme des individus mis en cause ! C’est ce que l’on ne fera croire à personne.

Quel est le Dentiste reçu qui oserait s’avilir au point de donner effrontément un procédé mauvais et suranné pour une invention nouvelle, comme le font certains Dentistes qui se disent inventeurs et seuls possesseurs des dents faites avec l’ivoire

et riiippopotarne, qu'ils décorent (lu nom nouveau et insignifiant d’osanorès?

A eux seuls le courage et la honte de tromper le public. Mais les Dentistes reçus ne veulent ob? tenir des succès que par leur talent, et mériter la confiance que par des moyens avoués par l’hon-

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