A LA PROFESSION DE DENTISTE
Dans tous les temps et toutes les fois qu’une infraction à la loi relative à l’art de guérir a été dénoncée aux tribunaux, leurs décisions ont toujours frappé l’empirisme; ce ne fut qu’en 1827 qu’on vit la première Cour du royaume prononcer un arrêt favorable à l’ignorance et au charlatanisme.
Dans l’ancien temps, le Parlement de Paris se montrait si sévère lorsqu’il s’agissait de l’art de guérir, qu’il condamnait toujours ceux qui contrevenaient à la loi médicale. A cette époque, des femmes prétendaient audacieusement s’immiscer dans l’exercice de toutes les parties de la médecine et de la chirurgie, et notamment dans celle de Part du Dentiste. Mais le bon sens des magistrats repoussa cette ridicule prétention, et, par un arrêt des plus justes, conserva à là profession de Dentiste toute sa dignité. C’est au dix-neuvième
siècle, plus de deux cents ans après cet arrêt cgi lèbre, et lorsque toutes les sciences sont en progrès , que la médecine et la chirurgie en ont fait d’immenses, que la Cour suprême, par un arrêt fatal, vient proclamer que, pour exercer la profession de Dentiste, il n’est pas besoin de diplôme, et cet arrêt est rendu en faveur d’une femme ! i Si les magistrats d’autrefois, qui rendirent au Parlement l’arrêt qui excluait les femmes, revenaient au monde, ne seraient-ils pas autant surpris qu’affligés de voir leurs successeurs admettre et protéger ce qu’ils condamnèrent, eux, avec tant de justice? Le premier arrêt de la Cour de cassation a introduit dans l’exercice de l’art du Dentiste la plus déplorable anarchie, anarchie pire que celle qui existait en 93, puisqu’elle a eu pour résultat de faire naître une foule de Dentistes d’une ignOr rance déshonorante, parmi lesquels on remarque des femmes, des domestiques, de simples ouvriers, et des hommes, enfin, qui ont fait tous les métiers. Voilà ce dont se compose aujourd’hui le personnel des Dentistes non reçus.
Le second arrêt rendu par la même Cour aura probablement encore un plus fâcheux résultat, car il faut s’attendre à voir augmenter gigantesquement le nombre des Dentistes sans diplôme. Pourrait-il en être autrement, lorsqu’on saura partout que Ion peut se faire Dentiste sans études, sans examen, et surtout sans aucun frais? qu’il suffît d’en prendre le titre pour avoir à l’instant un état bril-
tant qui n’impose aucune charge, car on ne paie jpoint de patente, et l’on se trouve placé immédiatement sur le même rang que les Regnart, les Toirac, les Oudet, les Rossi, les Buchey, les Taveau, et tous les Dentistes reçus ?
Depuis le premier arrêt, on remarquait parmi les nouveaux Dentistes des femmes galantes, des individus ayant fait auparavant toutes sortes de métiers, et même des condamnés pour escroqueries. Maintenant, d’après le second arrêt récemment rendu, il faut s’attendre à voir s’y introduire des filles publiques et peut-être des forçats libérés, car désormais tous les gens réprouvés peuvent trouver un refuge dans l’exercice de la profession de Dentiste, et des moyens d’existence qu’ils trouveraient difficilement ailleurs. Et ne peut-on pas avec raison s’écrier : Intrigants de toutes les nations ! Anglais surtout, si habiles en charlatanisme! accourez à Paris, venez y prendre le titre de Dentiste, et si vous êtes poursuivis comme exerçant sans diplôme celte profession, soyez certains de l’impunité, car la Cour suprême vous y autorise ! ! !