‹ Fondation de la société de chirurgie dentaire de ParisChapitre 7 sur 35 · RELATIVE A L’ART DE GUÉRIR · texte numérisé non relu

RELATIVE A L’ART DE GUÉRIR

Après avoir lu le brillant Discours de Fourcroy, dans lequel tous les abus qui affligeaient l’humanité sont signalés avec une si mâle éloquence et une conviction si profonde, abus qu’on voulait détruire par la loi nouvelle ; après avoir vu surtout la Circulaire adressée aux Préfets par le Ministre de l’Intérieur, Chaptal, où l’importance de l’exécution immédiate de la loi est si bien démontrée, peut-on douter que les agents de l’administration ne se soient empressés de la faire exécuter partout ? La santé publique, généralement compromise, exigeait d’ailleurs impérieusement quelle fût promptement et strictement mise en vigueur. C’est ce qui fut fait, non pas seulement à l’égard des médecins, des chirurgiens, des officiers de santé, mais encore à l’égard de tous ceux qui exerçaient une partie quelconque de l’art de guérir, comme le prescrivait l’instruction ministérielle. Aussi les dentistes, les oculistes, les herniaires, etc. , établis a celte époque, reçus ou non reçus, furent-ils tous obligés de produire à l’administration leurs titres de réception, ou bien de justifier qu’ils étaient éta^,

blis depuis plus de trois années , comme l’exigeait la loi, pour pouvoir continuer à exercer.

Ce que j’avance ici, je puis le prouver. J’ai entre les mains une pièce irrécusable, et, s’il en fallait d’autres, je saurais bien les trouver. Cependant on a osé dire, dans le procès des Dentistes, que l’administration n’avait jamais exigé des Dentistes des titres de capacité. C’est une erreur! Avant 1827, époque où la Cour de cassation, par son arrêt du 23 février, les a affranchis de tout titre légal, Fadministration, à l’égard des Dentistes comme de tous autres individus exerçant une partie de l’art dé guérir, a exigé le diplôme ou la pièce en tenant lieu.

Ceci est tellement certain, qu'obligé de changer moi-même deux fois d’appartement et d’arrondissement, j’ai toujours été forcé de justifier de mon titre pour obtenir la permission de placer une enseigne à ma porte, et pour pouvoir exercer ma profession de Dentiste.

On a dit encore, et très-audacièusement, que l’administration ne s’était jamais plainte, que le ministère public n’avait même jamais exercé de poursuites contre les individus qui prenaient le titre de Dentiste, ce qui est également une erreur, une assertion fausse; dans presque toutes les provinces, des poursuites ont souvent été faites, des condamnations ont été toujours prononcées. La preuve que des poursuites ont eu lieu par le ministère public , c 7 est le procès intenté par le procureur-général de Limoges a la dame Delpeuch, dont l’issue, grâce à

la Cour de cassation, a été si déplorable et si nuisible à la profession de Dentiste, la Cour suprême n’ayant voulu voir dans cette affaire aucune infraction à la loi qui régit l’art de guérir. Ce qui le prouve encore, ce sont les poursuites exercée^ contre le sieur Gouvignon, et le jugement rendu contre lui pour M. le procureur du Roi.

Veut-on d’autres preuves que l’administration a toujours exigé un titre légal des hommes qui exerçaient l’art de guérir dans toute son intégrité, ou bien seulement dans quelques-unes de ses parties? Que l’on consulte les registres administratifs de la police et du département de la Seine; là, on trouvera la preuve irrécusable que, pour être autorisé à poser une enseigne et figurer sur les listes départementales, il fallait présenter le titre en vertu duquel on exerçait. Je dirai plus encore : l’administration était si sévère à cet égard, et faisait si bien exécuter la loi médicale , que lorsque le vénérable père de notre confrère Rossi vint exercer l’art du Dentiste à Paris, le commissaire du quartier où il voulait s’établir exigea la présentation de son diplôme; et comme M. Rossi l’avait obtenu de la faculté de Montpellier, ce magistrat, sévère observateur de la loi, prétendit avec raison qu’il n’avait pas le droit d’exercer à Paris sans se faire examiner de nouveau, parce que le diplôme d’officier <Je santé n’autorise d’exercer que dans le département où il a été obtenu; cependant M. Rossi n’exerçait que l’art du Dentiste. Mais alors, hâtons-nous

de le dire, la Cour de cassation n’avait pas encore faussement interprété la loi, et les organes administratifs, pénétrés des instructions données par le ministre Chaptal, comprenaient tout le danger qu’il y aurait pour le public que quelques parties de l’art de guérir fussent exercées par des hommes qui n’auraient donné aucune preuve de capacité.

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