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est à jour, et ornée de sceptres et de caducées. Il y a deux rampes en symétrie, coupées d'un palier en leur milieu, et développées au-dessous de ce palier suivant une double courbe, au-dessus suivant un simple fer à cheval. Cette combinaison de lignes produit de face, par l'effet des raccourcis, un aspect des plus séduisants, que les jeux de la perspective varient à l'infini quand on se déplace. Il y a peu de morceaux qui, sans plus d'ornements, soient capables de donner tant de plaisir aux regards, et l'on peut compter cet escalier au nombre des chefs-d'œuvre de l'archi-
Escalier du Fer à Cheval, par Jean Ducerceau.
tecture française. Longtemps, sur la foi de vraisemblances générales, on en a fait honneur à Lemercier. Des documents récemment publiés ont permis de le rendre à Jean Ducerceau, petit-fils du célèbre architecte graveur, et fils de Baptiste l'architecte du Pont-Xeuf.
On ne peut douter que la porte d'entrée au haut de ce perron, n'ait été refaite alors. Un fronton coupé à enroulements, soutenu de deux consoles et chargé de trophées, entre lesquels, dans une niche, on a rétabli depuis le buste de Louis XIII. en fait le riche accompagnement. En 1639, un des plus excellents ouvriers dont l'art du bois se vante en France, Gobert. sculpta les vantaux de cette porte, que nous n'avons plus qu'en copie. •
On ne passe plus par cette entrée, mais par le grand escalier intérieur, édifié en 1684 par Louis XIV, et qui donne accès en même temps à la
galerie de François I01 et au vestibule du Fer à Cheval. Six portes, en comptant celle qui donne sur le perron, s'ouvrent sur ce vestibule. Deux sont l'ouvrage de Gobert, et font l'admiration de tous les visiteurs du château. Celle de la tribune de la chapelle a des chérubins, les autres des têtes qui, selon le devis ancien, représentent « la Force et la Terreur ». La saillie de ces sculptures est extrême et l'exécution aussi vigoureuse que savante. Le même Gobert en avait fait une autre pour l'entrée de l'appartement de la Reine Mère, laquelle est aujourd'hui perdue et remplacée
Photo Neurdcin
Vestibule de la chapelle de la Sainte-Trinité au premier étage du château.
par une copie de celle de la galerie. 11 faut savoir que ces portes étaient mises en couleur et dorées, comme il ressort du compte de Nicolas Sainton, payé de cette besogne pour celle de la tribune.
Afin de ne point rompre l'éloge que méritent les talents de Gobert, nous passerons à celui d'un autre ouvrage de lui moins souvent célébré que ces portes, et qui pourtant n'a pas moins d'excellence. Je veux parler des magnifiques boiseries dont fut décorée en 1639 la chapelle Saint-Saturnin. Elles font partie de toute une décoration, commandée à l'occasion et en reconnaissance de la naissance du dauphin, depuis Louis XIV. Vingtdeux pilastres toscans cannelés en composent la superbe ordonnance ; sur les deux portes au fond de la chapelle sont des médaillons et des
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guirlandes, et sous les arcades d'autres beaux ornements. Tous les ornements joeints qui se voient à la voûte, dessinés dans le style de grands cartouches à la mode depuis Henri IV, sont de Claude D'Hoey.
Un autre sculpteur moins inconnu, mais à qui il est vrai de dire que ses ouvrages de Fontainebleau font un plus grand honneur que les autres, Gilles Guérin. fut employé alors en deux endroits de ce château.
Sur la cour du Cheval Blanc il décora l'horloge au haut de la tour à gauche, d'ornements dont rien n'a subsisté. .Mais nous avons encore ceux
Photo Ménard.
Chapelle Saint-Saturnin, les peintures de Claude D'Hoey, les boiseries de Gobert.
dont il fut chargé pour l'achèvement de l'entrée de la cour Ovale vers les Cuisines. Au-devant de la porte Dauphine, il sculpta en 1640 les deux majestueux Hermès, qui font l'admiration de tous les visiteurs. Ces morceaux sont exécutés avec une largeur singulière, et conçus dans une grandeur de style qui s'accorde admirablement aux bossages et aux masques du Primatice placés derrière.
A droite et à gauche de ces Hermès s'étendit une balustrade, sur les dés de laquelle sont des vases sculptés par Mathurin Testu. Ainsi fut complétée cette décoration, qui n'a point changé jusqu'à nos jours.
Dans les premières années de sa majorité, on voit par les comptes de Louis XIV, que ce prince fit exécuter quelques statues pour le Parterre.
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De cette époque aussi bien datent les dernières transformations de cette partie des jardins.
Louis XIV fit c ter les ouvrages de Franchie, et dessiner par Lenôtre la terrasse à quatre côtés qui sert aujourd'hui de promenade autour de
ce parterre. Cette terrasse peut être regardée comme un rappel de celle que François Ier avait d'abord élevée en cet endroit et qui. avant que la cour des Cuisines fût bâtie, allait des chapelles au pavillon de Sullv.
Ainsi restaurée et accrue des quatre autres autour du parterre, elle fournit de ce côté des jardins, sur les allées et les verdures, un coup d'œil des plus heureux.
On descend de cette terrasse au Parterre par quatre escaliers de pierre disposés au milieu de chacun de ses côtés. La statue du Libre, qui faisait le milieu, fut remplacée par la pièce d'eau qu'on nomma le Pot-Bouillant, et s'en alla orner un bassin visible sur la terrasse du sud, au milieu d'un parterre plus petit, nommé parterre du Libre. Le rocher qui portait le Pot-Bouillant fut enlevé en 1817.
Sur la terrasse vers le canal, subsistentquatre Sphinx de grès commandés à Lespagnandel en 1664; mais il ne reste plus trace de douze statues des Mois que sculptèrent à la même époque Luby, Renaudin, les frères Alarsy,Lehongre et Poissant, ni de sept termes de ce dernier destinés aussi au Parterre. Lous ces ouvrages étaient en pierre.
A la tète du canal sous le parterre furent établies en outre les fameuses « Cascades », dont le bassin et le mur de fond subsistent seuls aujourd'hui. Ce mur, décoré de rustique coupé de pilastres de pierre et percé de
Photo Neurdein.
Porte de la tribune de la chapelle, sculptée par Gobert.
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voûtes et de niches, compose ce que l'on appelait en ce temps-là une grotte. Les Cascades, représentées dans vingt estampes anciennes, et qui faisaient sous Louis XIV une des beautés les plus populaires de Fontainebleau, ne survécurent pas à ce règne. En même temps le canal fut couvert de mille embarcations de plaisance d'un usage commun alors, et à quelques-unes desquelles, à Fontainebleau comme à Versailles, Louis XIV donna une grande magnificence.
L"ne autre transformation qui trouve sa place ici, quoique opérée
Les anciennes Cascades, d'après la gravure d'Aveline.
beaucoup plus tard dans le règne, est la démolition du pavillon qui faisait face à la porte Dorée, au bout de la chaussée de Maintenon, et son remplacement par une grille ornée de deux vases de Simony.
Du côté du jardin des Pins, d'autres changements furent faits aussi. A ce sujet il suffira de dire que plusieurs petits jardins distincts de celui-là jusqu'alors, y furent réunis pour n'en plus faire qu'un seul, qu'on nomma jardin près de l'Étang, lequel nous est rendu dans les estampes du XVIIIe siècle.
Il paraît que ce grand remuement de terre fut cause que la fontaine Bleau située de ce côté se perdit: car on voit en 17 15 quelques mentions de paiements occasionnés parla recherche de ses eaux. C'est alors que fut démoli le petit édifice de Henri IV, qui sans doute était à sec,
et que fut établi le bassin où cette fontaine déchargeait ses eaux. Guilbert en fait mention, en se plaignant que la source eût été « renfermée par grâce dans un mauvais puisart totalement caché par la charmille. qu'il faut chercher avec beaucoup de peine à treize toises de ce bassin ». Il est comme impossible de terminer ce chapitre sans dire un mot de l'assassinat fameux dont Fontainebleau fut le théâtre, qui causa tant de scandale dans le temps, et que la chronique a si souvent rappelé et rappelle encore tous les jours. Avec les querelles dont Cellini fut le héros. l'as-
Phutu Neurdein.
Vue du château prise des anciennes Cascades.
sassinat de Monaldeschi fait l'épisode le plus populaire de toute l'histoire du château.
On sait que la reine de Suède Christine, fille du grand Gustave, célèbre dans toute l'Europe et surtout en France pour l'encouragement qu'elle donnait aux arts, ayant abdiqué la couronne, entreprit en 1657 un voyage en France : c'était le second qu'elle y faisait. On l'obligea cette fois à résider à Fontainebleau, où peu de personnes la visitèrent. L'ennui que cette espèce de relég'ation lui causa, joint à des causes qu'on n'a point éclaircies, devait s'échapper en un éclat terrible.
Elle était logée dans le pavillon au fond de la cour de la Conciergerie, qui communique avec la galerie des Cerfs. Le P. Lebel, de l'ordre des 3Iathurins, supérieur du couvent de Fontainebleau, rapporte que le 6 novembre
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au soir, la reine de Suède, l'ayant mandé près d'elle, le conduisit dans cette galerie, et sous le secret de la confession, lui remit un paquet de lettres cachetées, lui commandant d'avoir à le lui remettre au jour et en présence de qui elle lui dirait. Quatre jours plus tard on le redemandait. Ce Père se rend aux ordres de la reine. Il la trouve dans la galerie des Cerfs, en compagnie de Monaldeschi, qu'il voyait pour la première fois. La reine, ayant redemandé ses lettres, les fit voir à ce dernier, en lui reprochant de l'avoir trahie. On ne sut jamais précisément si cette trahi-
flioto Xeurdein.
Galerie des Cerfs, avec la cotte de mailles de Monaldeschi.
son avait trait à quelque intrigne galante, ou à des affaires d'Etat. La reine s'exprimait tranquillement, affectant de parler moins en femme offensée qu'en justicier. Elle laissa tout le temps de s'expliquer au marquis de Monaldeschi, qui s'efforçait de la' retenir, car il y allait pour lui de la vie. Elle ne voulait point lui pardonner. Elle exigeait qu'il se justifiât, ce qu'il ne put. Enfin elle quitta la galerie, en enjoignant au P. Lebel de le préparer à mourir.
Le malheureux marquis se jette aux pieds du Père, aux pieds de trois hommes qu'on avait laissés là comme ses bourreaux. Il obtient de l'un d'entre eux qu'il remonte vers Christine, pour la supplier à son tour. Tout fut inutile. L'un et l'autre trouvèrent cette princesse ancrée dans sa
résolution, qu'elle appuyait sur des maximes d'Etat. Le Alathurin osa lui représenter qu'elle était chez le Roi, qui ne pourrait souffrir qu'un homme fût immolé en France sans une condamnation des tribunaux du royaume. Mais elle dit ne consulter que son droit souverain à l'égard d'un de ses propres sujets.
Le P. Lebel a laissé de la confession de 31onaldeschi un récit qui fait horreur et dégoût. Rien n'était plus honteux que l'état de ce malheureux, qui portait une cotte de mailles sous son habit, et que sa poltronnerie empêchait de se défendre. Toute la cour s'en moqua, dit M™6 de flotteville. Le religieux le vit fondre en larmes, il se confessa dans les cris. Comme l'aumônier de la reine entra dans ce moment. 31onaldeschi s'interrompit pour l'aller supplier à son tour. Enfin, comme les bourreaux commençaient leur besogne, il réclama l'absolution. Les précautions qu'il avait prises tournèrent contre lui. La résistance qu'offrait la cotte de mailles prolongeait horriblement son agonie. A la fin un coup de dague lui perça la gorge. Quand il eut cessé de respirer, on fut porter la nouvelle à Christine, qui protesta avoir commis sans haine cet acte de violence inouïe. On porta le corps à la paroisse d'Avon, dans laquelle il fut enterré.
La reine de Suède partit pour Rome bientôt après. Le bruit courut que le roi lui avait rendu visite dans les jours suivants en personne, et que cet entretien avait été la cause d'un départ si précipité.
Longtemps cet événement dura dans la mémoire des courtisans. Lu}rnes raconte que, près d'un siècle après, quelques travaux qu'on fit aux bâtiments du bout de la cour Ovale pour l'aménagement des appartements du Dauphin avant fait découvrir une tète d'homme, le premier mouvement fut de croire que c'était celle de 31onaldeschi. De leur côté les Pères Mathurins de Fontainebleau montraient dans le cabinet de curiosités de leur couvent, la cotte de mailles et l'épée de Alonaldeschi. Depuis le règne de Louis-Philippe, on les avait placées dans la galerie de Diane. Elles sont exposées aujourd'hui dans la galerie des Cerfs, auprès de la peinture qui représente le château de Saint-Germain-en-Laye : c'est l'endroit précis de l'assassinat.
Photo Neurdein.
La cour de la Fontaine, vue de l'étang.