‹ Fontainebleau (volume 2)Chapitre 12 sur 18 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

J'ai remarqué l'air de bâtiment antique que le château de Fontainebleau conserve dans toutes ses parties, et dans son aspect général. Cet air écarte naturellement l'idée des élégances et de l'ornement léger dont on vit commencer la mode sur le déclin du règne de Louis XIV et qui fait le charme des suivants règnes jusqu'à la Révolution.

Rien ne fait moins penser que Fontainebleau aux décorations intérieures du temps de Louis XV. rien ne s'allie si peu avec le style auquel Robert de Cotte a attaché son nom, et que prépara le second des Mansard. En quelques endroits mêmes de ce château, la disposition des bâtiments semblait devoir faire obstacle à cette décoration. L'irrégularité du plan, le défaut de jour et de dégagement, font de certaines parties au moins de la cour Ovale une matière rebelle à ce genre d'innovations. Cependant on ne voit pas que Fontainebleau ait manqué plus qu'aucune

autre résidence, des ornements du nouveau siècle. Même, on les a si bien multipliés sur quelques points du château, qu'il est permis de le regarder comme un musée des décorations de ce temps. Ainsi ce manoir antique des rois, dont la rude et simple enveloppe n'avait contenu longtemps que des magnificences mesurées à la pompe des cours, s'emplit soudain d'appartements commodes, de dispositions élégantes, telles que les récla-

Phnto Neurdein.

Chambre des appartements de Mmo de Maintenon.

maient une vie transformée, toute en soins minuscules et en délicatesses.

Il convient d'en commencer l'histoire par l'appartement de Mme de .Maintenon. Cet appartement occupe le pavillon de la porte Dorée. La loge du premier étage lui sert justement de dépendance. Au fond de cette loge est le salon, qui en fait la plus belle partie.

Elle est toute décorée d'un lambris peint en blanc relevé de dorure, dans le style des chambres de Trianon. Les deux glaces qui se font vis-àvis sont couronnées de corniches, cintrées dans l'une desquelles est un fronton avec la devise- du soleil. Deux enfants sont assis sur le cintre. Un large espace laissé entre la corniche du lambris et le plafond, est varié de

panneaux sculptés, avec des ronds en dessus de porte. La sculpture de toutes ces parties, qui présage la grande génération des sculpteurs sur bois de la fin du règne, fait le plus grand honneur à Lalande.

Cette chambre est meublée de six chaises, de six fauteuils, d'un canapé, d un écran et d'un lambrequin de fenêtre, de tapisserie, œuvre célèbre des demoiselles de Saint-Cyr. On sait que M.mo de Maintenon avait installé dans cette maison un atelier de tapisserie au petit point, qui chez les

fnutu Neurrieù

Chambre de Mmc de Maintenon.

connaisseurs passe pour avoir atteint la perfection. Cependant le coloris est rude, et Ton ne peut approuver le fond de soie couleur d'or sur lequel toutes ces compositions tranchent en sombre. Quelques-unes sont des scènes champêtres, les autres sont empruntées au répertoire chinois, qui commençait d'avoir la vogue.

Le tapis est un magnifique ouvrage à rinceaux tel que la Savonnerie en fabriquait sous Louis XIV. Un bureau pareil à celui qui se trouve à gauche du lit dans la chambre du Roi à Versailles, et deux commodes, mêlent à propos l'art de Boule à ces différents ornements. Une console de bois sculpté et doré du même temps, complète ce parfait ensemble, relevé par une cheminée de marbre blanc admirable.

Les pièces alentour sont de peu d'étendue. On les a meublées de quel-

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ques commodes et consoles du XVIIIe siècle. Dans l'une d'elles se trouve la Marchande d'Amours, tableau de Vien renommé fort au-dessus de son mérite. Une de ces pièces a été à nouveau meublée au temps de Louis XVI. Les boiseries sont du temps de Al",c de Maintenon, et probablement de Lalande : mais la pendule en Ivre finement ciselée, la

console décorée de délicates guirlandes, le lit et les chaises de soie brochée, célèbrent d'autres temps, d'autres ouvriers, un autre style.

Les mentions de Fontainebleau aux Comptes des Bâtiments pour la période où nous sommes entrés, donnent des ouvertures dont il a malheureusement été impossible de profiter jusqu'ici, à cause de l'embarras de savoir quelle partie du château elles désignent. Il faut avouer au moins que le principal de ce chapitre est assez bien déterminé.

L'ouvrage le plus considérable de Louis XIV à Fontainebleau consiste dans le grand corps de bâtiment aujourd'hui dépendant de l'École d'Application, élevé en 1701 contre la galerie de Diane et en façade de la cour de la Conciergerie. Mansard en fit le plan, et Varignon en conduisit l'exécution, pour les ducs d'Anjou, de Bourgogne et de Berri, qui se plaisaient à Fontainebleau, et dont les longs séjours réclamèrent à la fin une habitation plus commode que des logis improvisés. La cour de la Conciergerie, pourvue de ce nouveau bâtiment, en a pris le nom de cour des Princes.

La présence de Robert de Cotte dans les comptes de ce bâtiment suffit

Fauteuil de la chambre de Mm" de Maintenon. Tapisserie des demoiselles de Saint-Cyr.

pour deviner le goût qui devait régner dans les décorations intérieures. Il ne faut pas douter que les noms de Dugoulon, de Belan, de Taupin et de Legoupil, sculpteurs ornemanistes, auxiliaires attitrés de cet architecte dans les ouvrages du nouveau style, mentionnés de 1701 à 17 14 aux comptes des Bâtiments du Roi. ne se réfèrent à cette décoration. Ces artistes, vrais maîtres et initiateurs de l'art de sculpter le bois qui se développa sous la Régence et dans le règne de Louis XV, ne paraissent pas avoir tenu à Fontainebleau une place beaucoup moindre qu'à Versailles. Peut-être Lalande, qu'on voit reparaître alors, les aida-t-il dans cette besogne. Peut-être Meunier et Fontenay. l'un peintre d'architecture, l'autre de fleurs, que les comptes mentionnent à cette époque, étaient-ils employés aux mêmes appartements.

Une autre innovation non moins originale doit être signalée sur un autre point du château. Il s'agit des ouvrages que Claude Audran exécutait dans l'ancien cabinet du Roi, ouvrages qui mirent à néant ce qui restait de peintures du Primatice en cet endroit, en attendant qu'ils fussent anéantis eux-mêmes par les décorations du temps de Louis XV.

Claude Audran, de qui on n'a plus d'autre ouvrage que les admirables portières des Douze .Mois, fut avec Bérain le véritable auteur de la renaissance de l'arabesque en France, au commencement du XVIIIe siècle. Maître de "Watteau en ceci, le séjour d'Audran à Fontainebleau est précisément lié à l'histoire de cette renaissance, à cause des modèles qu'offrait en ce genre la voûte de la galerie d'Ulysse. M. de Caylus écrit dans la vie de Watteau qu'Audran « avait étudié principalement les ornements tels qu'ils avaient été empk>}*és par Raphaël au Vatican et par ses élèves en divers endroits, comme aussi par le Primatice à Fontainebleau ». L'abbé Guilbert est plus explicite encore, quand, ayant loué cette partie de la galerie, il ajoute : « C'est une chose avouée de tout le monde que Mignard. Audran et les plus grands maîtres sont venus étudier ces dessins et se sont formés sur ces originaux ; que, si l'on en peut croire les critiques, ils ont servi de modèle aux ouvrages du savant Bérain. »

Audran donc, mandé en 1703 à Fontainebleau pour peindre l'appartement du Roi, trouva ses modèles près de sa tâche. Il est croyable que l'arcade de la cheminée dans cet ancien cabinet, ainsi que les deux sur les murs de côté, date de cette restauration, comme le plafond date d'une plus ancienne. Louis XIV replaça dans le lambris qu'il fit faire, les chiffres de Henri IV et de Marie de Médicis. Dans les arabesques dont il couvrit ce lambris, l'artiste mit les figures de trente-cinq Vertus, en souvenir de celles que le Primatice avait peintes sur les anciennes armoires.

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Les comptes appellent cette décoration « l'ouvrage de vernis du sieur Audran ». On peut donc supposer qu'il tenait quelque chose de ces ouvrages à fond d'or bruni, pour lesquels Audran et ses frères avaient obtenu un privilège, et dont on voit l'échantillon dans quelques dessus de clavecin de ce temps.

Aussi bien ce cabinet du Roi n'eut pas seul de ces décorations. L'antichambre voisine depuis détruite reçut, selon Guilbert. de la main du même peintre c< un ovale en perspective et mosaïque, doré, chargé sur sa surface et dans les angles de divers ornements en or et de trophées d'armes en grisaille ». Cette antichambre ainsi parée devint quelques années après l'asile de quelques peintures précieuses au nombre desquelles était une Bacchanale, l'Enlèvement des Sabines et le Triomphe de Flore de Poussin. Ces tableaux provenaient de Versailles; ils ne furent ôtés de cette place que pour être portés au Luxembourg.

Tels sont les ouvrages par lesquels s'annonçait à Fontainebleau ce que nous appelons d'une manière un peu vague le dix-huitième siècle. Il s'agit maintenant de passer aux échantillons les plus déclarés de ce style.

Le règne de Louis XV vit se passer dans ce château quelques événements diversement remarquables. Le mariage du Roi avec Marie Leczinska v eut lieu en 1725 dans la chapelle. Le dauphin père de Louis XVI y mourut en 1765. Ces événements et les nombreux travaux qu'on y voit faire sous ce prince à différentes reprises, montrent assez que cette époque, qui entraîna la décadence de plusieurs résidences royales, n'eut dans celle-ci aucun effet pareil.

Il est vrai qu'elle y est signalée par des destructions importantes, celles de la galerie d'Ulysse et de la chambre de Saint Louis. Le besoin de s'agrandir, qui pressait tous les jours davantage, fut cause de détruire la première. On éleva à la place la grande aile de brique et de pierre qui porte encore son nom, à droite de la cour du Cheval Blanc. Quelques descriptions modernes ont traité de « caserne » ce bâtiment. Cependant à n'y considérer que l'extérieur et le mérite de l'architecture, il est bien audessus de l'ancienne galerie, ce qu'on peut vérifier aisément par la comparaison de l'aile d'en face, à laquelle elle a beaucoup ressemblé. Elle a deux étages au-dessus du rez-de-chaussée. La proportion en est très élégante, et le portail niché, ainsi que le fronton décoré des armes de France avec des palmes, y font un ornement discret dont les connaisseurs sentent le prix.

Du côté du jardin les pierres préparées dans le fronton pour la sculpture, n'ont jamais été taillées, mais la porte au rez-de-chaussée a deux

consoles et un masque en clef d'arcade, dont l'exécution est charmante.

Luynes dans ses .Mémoires est témoin que ce nouveau bâtiment fut tout de suite requis pour des appartements. « Le roi. écrit-il en 1537. veut faire bâtir des logements dans la galerie d'Ulysse. On compte qu'il y en aura plus de cinquante. » Ils n'offrent rien d'intéressant, et cette galerie ne vaudrait pas même une visite, si elle ne servait maintenant d'asile à

Paul Véronèse. Rebecca et Eliézer, dans l'ancienne galerie d'Ulysse.

plusieurs tableaux des collections du Louvre, qui sont en dépôt dans le château.

Le plus beau de ces tableaux est le célèbre Eliézer autrefois attribué au Véronèse, qui servit jusqu'à la Révolution d'ornement à la cheminée du salon d'Hercule à Versailles, et que. par un dessein bizarre, on n'a réclamé pour le Louvre, que pour le mettre au débarras. Il faut citer encore parmi ces toiles la Terre réveillant 31orphée (catalogue de M. de Chennevières 24), et une scène inconnue d'un Guerrier pressant la main d'une Femme même catalogue 132 : tous les deux viennent du château de Saint-Germain ; le premier imite le Primatice, le second est de Toussaint Dubreuil. Ajoutons une Chasse aux Léopards, de Lancret. et le ta-

loz FONTAINEBLEAU

bleau de Louis Boulogne (n° 69) qui tint longtemps dans la galerie de François Ier la place occupée par la Nymphe de Couder ; il représente Minerve avec les Sciences et les Arts près du buste de François Ie''. Depuis peu, quelques-uns des tableaux qui se conservaient dans cette aile ont été dispersés dans les appartements, où j'en ai fait mention à leur rang.

De l'autre côté de la cour du Cheval Blanc, il faut noter ici que le pavillon des Armes, dans l'état où nous le voyons, date également de cette époque. Brûlé en 1702, il ne fut rétabli que sous Louis XV, qui y a remis les F de François Ier. L'incendie qui le consuma détruisit une partie de la tour de l'Horloge, de la galerie des Chevreuils et de l'Orangerie.

A l'autre extrémité de cette façade, sans doute vers le même temps, fut jeté par terre le pavillon des Poêles, entraînant la ruine de la galerie Basse et du cabinet qu'elle supportait, comme des chambres d'Hercule à l'étage supérieur. Autre motif de regret, si l'on songe à tant de richesses perdues ; mais on peut croire que le goût était alors au rajeunissement de tout le château. Il y eut à la fin du règne de Louis XIV un plan de remaniement total de la cour de la Fontaine, dont les pièces sont déposées au Cabinet des Estampes de Paris. On songeait à fermer cette cour par une aile qui eût longé l'Étang, et dont les fenêtres au midi eussent donné sur l'eau. Cette situation très agréable n'eût pas racheté le détriment qui se serait ensuivi pour cette cour. Le projet fut abandonné ; on se contenta plus tard du gros pavillon d'angle, élevé au-devant du pavillon des Poêles, et de l'aile de ce côté prolongée sur ses ruines.

L'architecte n'en est pas connu ; mais son ouvrage mérite des éloges. Trois arcades à bossage qui du côté de l'Étang rappellent les trois arcades de la galerie Basse détruite, soutiennent au rez-de-chaussée les deux façades de ce pavillon. Sur ce rez-de-chaussée, quatre colonnes doriques posées sur leurs piédestaux portent un entablement en ressaut qui vient au-dessus des trois fenêtres principales. Deux autres fenêtres et des pilastres achèvent ces façades, couronnées d'un petit ordre corinthien et d'un toit dans une balustrade.

On peut se plaindre de la disparate que fait ce magnifique édifice avec la simplicité de l'aile de la Belle Cheminée qui vient en symétrie : mais, outre que dans le plan capricieux du château, cette disparate n'a que peu d'importance, il est sûr que la vue qu'on en a de l'autre côté de l'Etang, est embellie par ce pavillon. L'aspect qu'il prend ainsi vu sur l'eau, fait un effet de richesse et de majesté que n'eurent jamais les angles rentrants et les terrasses de l'ancien pavillon des Poêles, comme il est facile d'en juger en comparant l'ancienne estampe prise par Israël

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Sylvestre, de ce côté du château. Ajoutez la belle exécution des parties, égale, dans un genre plus orné, à celle de la nouvelle galerie d'Ulysse.

On ne sait rien de la destination qu'avait reçue ce pavillon. Rien n'y subsiste en fait d'ornements anciens, et la visite des appartements d'Anne d'Autriche, qui s'achève par là, y apparaît brusquement terminée par une série de décorations improvisées, où de vilains meubles du temps de Louis-Philippe voisinent avec quelques autres d'un meilleur style.

Le duc d'Orléans, fils de ce monarque, dont cette aile fut l'appartement après 1830, eut sa chambre dans la première pièce. Le goût du temps s'y reconnaît aux ornements du lit, où la devise du coq apparaît entée sur le soleil de Louis XIV. Autre souvenir du temps, un cabinet de porcelaine y représente peintes en miniature les scènes du mariage de ce prince, avec des bronzes en cariatides d'une exécution des plus communes. Aucontraire, rien n'égale en perfection la commode sur laquelle est posé ce cabinet.

C'est un ouvrage de Benneman, décoré d'un trophée de guerre dans cette courbe en anse de panier mise à la mode au temps de Louis XVI . Aux extrémités sont quatre faisceaux de piques qui reposent sur des pieds de lion. Tous les ornements sont de bronze, dont on ne peut assez admirer la ciselure; le rang d'oves sous la stablette et une merveille.

Dans la deuxième chambre, les gardiens montrent sous le nom de « Char embourbé » un char d'Apollon de bronze doré, qui sert de sujet principal à une horloge posée sur une gaine. Ce morceau, qu'on recon-

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naît aisément pour une pièce de rapport, et qui n'est pas moins remarquable par sa ciselure que par son style, est peut-être le reste illustre du fameux cabinet d'Apollon, que Dominique Cucci avait exécuté pour Louis XIV et qui. exposé dans la galerie d'Apollon au Louvre, y fit longtemps l'objet de l'admiration universelle.

Trois banquettes de Savonnerie du temps de Louis XIV, servent au mobilier de cette chambre, et une pièce de la tenture dite de la Petite Galerie de Versailles, mêle la médiocre invention de Mignard au prestige exquis des Gobelins.

D' autres tapisseries de Mignard ornent la pièce suivante, remarquable

par son meuble Empire complet, d'acajou et de bronze doré, avec des camées d'or sur fond de porcelaine bleue. La pièce la plus achevée est un guéridon de thuya, soutenu de quatre sirènes de bronze vert. On remarquera que ces sirènes sont copiées de celles qui décorent les consoles dans le boudoir de Jiarie-Antoinette. et auxquelles on n'a fait qu'ajouter des ailes. La petite pièce d'angle qui vient ensuite, offre la curiosité de trois commodes Louis XV en vernis .Martin, dont deux sont décorées d'ornements chinois : la troisième a des fleurs peintes de différentes couleurs. Au reste, ce vernis fait tout le prix de ces objets, dont les bronzes sont très mal exécutés. Auprès se voient quatre banquettes de Savonnerie aussi belles que celles des chambres précédentes. Au mur est suspendu un tableau espagnol du temps de Louis XIII. d'une Dame environnée de chiens, dont les noms sont inscrits sur la toile.

De cette chambre on entre pour finir, dans le grand salon que le roi Louis-Philippe avait nommé galerie des Fastes. On y voit à présent quatre belles tapisseries des Gobelins de la tenture célèbre des Rinceaux, et deux de celles que Louis XVI commanda de l'Histoire de Henri IV. La fraîcheur de ces tapisseries n'est pas moins digne de remarque que leur beauté, et l'on ne peut assez regretter que deux autres de la même tenture des Rinceaux n'aient pu trouver place dans cette salle, et soient conservés loin des regards dans les corridors de la chapelle Saint-Saturnin.

Tel est l'intérieur de ce pavillon, que ses dehors seuls ont obligé de décrire dans ce chapitre. Une autre partie du château y a sa place marquée au contraire par ses décorations intérieures.

Je veux parler des bâtiments qui terminent la cour Ovale du côté du nord, longtemps nommés appartements de Monsieur, pour avoir logé le duc d'Orléans, frère de Louis XIV, au temps de ce dernier roi. On les accommoda en 1745 pour recevoir le Dauphin et la Dauphine. « La disposition de ces deux appartements, écrit Luynes, est complètement changée. Ils sont ornés sans beaucoup de magnificence, mais avec beaucoup de goût. » Les peintres Aubert, Caresme et Prévôt furent employés à les décorer. Le premier avait livré pour ces appartements, selon des comptes conservés, « trois tableaux représentant des paysages et des ruines de Rome avec des figures et des animaux ». Portail y fit aussi plusieurs copies d'après Fontenay, De

Troy, Lemoine, et deux tableaux ordinaires. Rien n'est resté de ces ouvrages. Tout cet appartement, qui confine à ceux des Princes sur la cour de la Conciergerie, n'offre plus aux regards que des boiseries admirables, dont nous ignorons les auteurs : celles en particulier du salon qui donne sur l'escalier au premier étage, où l'on voit quatre dessus de porte sculptés représentant des Jeux d'enfants.

La cheminée s'accorde avec ces boiseries pour la beauté de l'exécu-

Photo Nourdein.

Pendule ornée d'un bronze présumé de Cucci (Appartements du Duc d'Orléans).

tion. Les fenêtres de ce salon ainsi que des suivantes sont surmontées de voussures en arcade, qui en rehaussent les dimensions. Dans la seconde pièce, ces voussures sont ornées d'attributs. Dans le cabinet, qui vient en troisième, une niche avec d'exquises guirlandes occupe le fond. Le grand salon qui finit le bâtiment, a de beaux panneaux et quatre portes.

Au rez-de-chaussée, qui faisait l'appartement de la Dauphine, il ne reste plus qu'un salon, qu'on a meublé d'un meuble de Beauvais délicieux. Toutes ces chambres sont maintenant désignées sous le nom de salons des Chasses, à cause des cartons des Chasses de Louis XV d'Oudry, qu'on v a réunies, en même temps que nombre d'autres tableaux de chiens et d'oiseaux. Dans quelques-uns de ces tableaux, sont peints entre autres des tètes et des bois de cerfs, rapportés des chasses royales. Un de ces bois est signé d'Oudry en 1742. un autre de Bachelier en 1764.

Au rez-de-chaussée du même bâtiment sont d'autres tableaux, parmi lesquels les cartons de la tapisserie des Mois Lucas, sujets tirés des douze mois de l'année, attribués à Lucas de Leyde ; et un Valet gardant du gibier, de Van Boucle, peintre flamand, qui travaillait aux Gobelins sous Louis XIV.

A l'entrée de cette aile, se voit depuis le temps de Louis XVI l'escalier dit escalier de la Reine, où d'autres tableaux de chasse et cartons de tapisserie ont trouvé place par les soins de Louis-Philippe, dans un ordre assez régulier. La grande Chasse au fond est de Parrocel ; tous les autres tableaux sont de Desportes, hors la Chasse au Canard sauvage, qui est d'Oudry.

Cet escalier vint en ce temps-là suppléer au défaut de celui qui s'ouvrait sous le portique de Serlio. et à la place duquel est maintenant une salle décorée de trois pièces de la tenture des Saisons de Lebrun.

La décoration de l'aile du Dauphin se poursuivit sur la cour des Princes, par la longue enfilade des chambres qui, rejoignant l'ancien pavillon Royal, revenaient dès lors par une aile neuve, de ce pavillon à la cour du Donjon. On ne sait quand cette aile neuve fut élevée. Elle suivait l'ancien tracé du fossé, et achevait d'enfermer cette cour entre quatre corps de bâtiment.

L'occupation qu'en fait l'École d'Application, a été cause qu'on y a supprimé une grande partie des ornements du temps. Tout porte à croire que des boiseries Louis XV avaient remplacé dans cette cour toutes les décorations du temps de Henri IV et de Louis XIV. Six pièces y sont encore visibles, dignes de l'examen le plus attentif : cinq dans l'aile neuve, une dans le pavillon Royal.

Cette dernière fait la salle des visites de l'École. Elle mêle des ornements de peinture, de sculpture et de serrurerie, dont on ne se lasse pas de louer la perfection, et dont l'ensemble fait un des plus exquis monuments que cette époque nous ait laissés.

Le lambris se compose de vingt-quatre panneaux de fleurs, dont la peinture est une merveille de légèreté. On y voit les pavots et les anémones chers à Baptiste, jetés d'un pinceau plus fin et plus adroit, peint de nuances tendres et transparentes. Sur chacune des trois portes deux panneaux d'oiseaux, et deux où sont mêlés les oiseaux et les

Stucs dans les bâtiments de la cour des Princes (Salle des Visites de l'Ecole d'Application).

fleurs, complètent cette décoration. Sur les portes, modelés en stuc sont des cartouches contenant des instruments de musique. Un trophée pareil, mais plus petit, se voit au-dessus de la glace. Enfin quatorze montants sculptés font l'entre-deux des panneaux peints. Tous les bronzes sont des chefs-d'œuvre de l'art.

Rien n'est si inconnu que cette salle, reléguée loin des regards au fond d'un établissement militaire ; rien ne mériterait davantage d'être décrit et étudié. Cette décoration de lambris peints, moins commune sous le règne de Louis XV qu'en d'autre temps, y paraît dans un éclat charmant. .Malgré la différence des sujets peints, on ne peut s'empêcher d'en rapprocher cet exemple du cabinet des Singes de l'hôtel de Rohan. exécuté de la même façon légère, et présentant sur le fond blanc de la boiserie le même

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délicieux bouquet de couleurs. Quant à l'auteur de ces fleurs, lequel nommer, de Ladev, de Peyrotte. de Huet le jeune, de Dutilleul. ou de quelque autre des plus adroits en ce genre à cette époque ?

Des cinq autres pièces qui font l'extrémité de l'aile neuve contre l'appartement du Dauphin, trois sont au rez-de-chaussée, deux au premier

Panneaux de tleurs. Salle des Visites dans les bâtiments de la cour des Princes Ecole d'Application) .

étage. La première en bas a quatre Saisons sculptées en dessus de porte. La dernière de chaque étage est décorée dans le style Louis XVI, de boiseries d'une finesse et d'une légèreté remarquables.

Dans les commandes de tableaux ordonnées sous Louis XV pour le château de Fontainebleau, on trouve souvent mention des Petits Appartements. Il faut reconnaître sous ce nom la suite des pièces qui s'étendent

au rez-de-chaussée sous l'appartement du Roi et sous celui de la Reine, et qui conservent une quantité de boiseries admirables de ce temps-là. Il est malheureusement impossible de situer avec exactitude les diverses parties dont les comptes font mention encore, c'est la profusion

Ce qu'il faut regretter bien plus

de peintures qui les ornait, et qui dans le cadre de ces boiseries devaient, produire un délicieux effet.

Une première série de commandes avait eu lieu en 1737. 1-e plus grand nombre servit à décorer la grande salle à manger du Roi. Des tableaux de Boucher, de Xatoire, de Pierre, de De Troy. y furent placés, en même temps que la Halte de Grenadiers de Parrocel et le Déjeuner de Chasse de Carie Vanloo qui sont au Louvre. Tout auprès dans la petite salle à manger. Lancret, Xatoire. Boucher encore, peignirentcinq compositions.

Je ne sais quel cabinet du Roi eut deux sujets champêtres de Boucher, avec quatre autres tableaux de Lancret et de Xatoire ; encore moins quel cabinet de la Reine fut décoré de trois dessus de porte par Pierre, d'un portrait du Dauphin et d'un du roi de Pologne, par De Troy, enfin de quatre sujets champêtres de Galloche et de Chavannes. qu'on voit maintenant à Trianon.

Toutes ces décorations perdues avaient reçu comme un couronnement dans celle qu'une salle du premier étage au-dessus a heureusement conservée. Je veux parler de la salle du Conseil, chef-d'œuvre

Boiseries dans les bâtiments de la cour des Princes ^Hcole d'Application).

no FONTAINEBLEAU

reconnu de l'art du xvine siècle, une des merveilles de Fontainebleau.

Boucher, Carie Vanloo et Pierre l'achevèrent en 1753. On conserva l'ancien plafond, les arcades au-dessus de la glace et sur les murailles, et sans doute aussi le lambris dans son ancienne forme. Tout le changement ne fut que des peintures, et un peu plus tard de la saillie en rond qui s'avance sur le jardin de Diane.

Boucher a peint cinq caissons du plafond : celui du milieu, d'Apollon sur son char figurant le Soleil ; les autres, des Quatre Saisons représentées

Photo Neurduin.

Vue de l'ancienne salle du Conseil.

par des figures d'enfants. Rien n'est plus agréable que cette décoration, la seule en ce genre qui nous reste de Boucher en place et au complet. Le raccourci du Dieu et la posture de ses chevaux dressés dans la nue, sont du dessin le plus élégant et de l'exécution la plus légère ; la figure de la Xuit, qui forme la masse d'ombre à gauche, est dans les traditions les plus classiques et les meilleures de notre école. Il est visible que dans cette partie l'artiste s'est inspiré de Vouet et du cabinet de l'Amour de Lesueur. Les Quatre Saisons ne méritent guère moins d'éloge. Dans l'Eté le voile que porte un des enfants, met tout le haut de son corps et son visage dans l'ombre, et ces parties sombres s'enlèvent sur le ciel clair dans un contraste délicieux. Dans ce contraste aussi se rend sensible la fraîcheur

LE CHATEAU, DE LOUIS XIV JUSQU'A LA RÉVOLUTION ni

des ombrages par les chaleurs de l'été. Ces peintres avaient l'imagination pleine de ce que la poésie antique a entassé là-dessus de métaphores éclatantes et d'ingénieuses allégories. Par terre, le poids de

Phuto Nturdein.

Lambris de la salle du Conseil, peints par Vanloo, Pierre et Peyrotte.

la chaleur est offert dans le spectacle de deux enfants endormis. Ce bel ensemble fut apprécié à son mérite quand il parut. Lépicié écrivait au marquis de Marigny, nommé alors 31. de Vandières : « Le sieur Boucher travaille sans relâche au plafond de Fontainebleau : et le morceau principal et les autres qui doivent l'accompagner, formeront un tout que Piètre de Cortone, selon moi, ne désavouerait pas. » Cependant on

sera presque tenté de regarder ce plafond comme la moindre partie de l'ouvrage, si Ton considère l'agrément fourni par tout l'ensemble de la décoration. Vingt panneaux de figures allégoriques, d'attributs et de fleurs couvrent les murailles, auxquels correspondent autant de motifs dans la plinthe d'une part, et de l'autre sur les corniches. L'emploi de ces panneaux fait un effet d'une grande richesse et semblable à celui dont j'ai parlé à propos du salon aux Fleurs de l'aile de la Conciergerie.

Il témoigne des mêmes aptitudes d'invention et d'exécution chez les peintres de ce temps-là.

Les figures allégoriques peintes en camaïeu, tantôt bleu, tantôt rose, représentent des Vertus morales sur les murailles, et sur les portes, les Eléments etles Saisons.

Les Vertus sont, en commençant face à la cheminée par la droite, la Vérité, l'Histoire, la Puissance, la Guerre, la Paix, la Renommée, de Carie Vanloo ; la Valeur, la Clémence, la Fidélité, le Secret, la Force, la Justice, de Pierre. Les Quatre Saisons sont de Vanloo et les Quatre Éléments de Pierre.

Les fleurs, excellemment peintes, sont de Peyrotte. .Mais quelque mérite qu'on leur trouve, on ne devra pas faire moins de cas des bouquets avec des oiseaux que le même artiste sans doute a peints dans le petit cabinet auprès, par où l'on passe à la chambre du Roi. Ceux-ci, où tout accuse la rapidité de l'exécution, et qui semblent faits au bout du pinceau, sont d'une grâce et d'une légèreté qu'on ne peut s'empêcher d'admirer, même après le chefd'œuvre qu'elles avoisinent.

On remarquera que les figures de Vertus peintes dans la salle du Conseil, y ont succédé à d'autres figures pareilles d'Audran, lesquelles y avaient remplacé celles du Primatice. Ainsi le sujet des peintures, en dépit de tant de transformations, conserve la trace des origines.

Un dernier sujet fut peint dans le plafond, au-dessus de la fenêtre, en.

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Applique de bronze doré dans l'ancienne salle du Conseil.

Meuble de Beauvais, dans la salle du Conseil.

LE CHATEAU. DE LOUIS XIV fUSQU'A LA RÉVOLUTION 113

1 7 74- Par Lagrenée le jeune. Des génies y tiennent des branches de laurier et des fleurs, formant, selon les termes du mémoire d'alors, « une couronne au-dessus de Sa Majesté, au moment qu'elle préside à son conseil ». Parla nous apprenons quelle place le Roi occupait au milieu de ses ministres. Il tournait le dos à la fenêtre, et les voyait dans la lumière. La cheminée de ce salon est d'un beau rouge antique, et porte une pendule de Boule à sujet d'Hercule et d'Eurysthée. Quatre consoles de bois doré, dont deux sont dans le style extravagant dont Boucher fils a gravé des exemples, forment l'ameublement de la chambre, en même temps que des canapés et des fauteuils, chefs-d'œuvre de la manufacture de Beauvais. Dans le petit cabinet auprès est une autre pendule de Boule.

Xon loin de cette chambre, dans la petite pièce qui sépare la salle des Gardes de celle de la Belle-Cheminée, est un autre ouvrage du temps de

Louis XV. C'est un plafond qui représente ce prince en protecteur des arts, et qu'on a mis là sous le règne de Louis- Philippe. Tout renseignement manque quant à sa place ancienne.

On a disposé en même temps sous le plafond quelques débris d'une décoration exécutée je ne saurais dire où, dans le château, au temps de Louis XIV, et dont voici le détail : Diane avec le Sagittaire, Cybèle avec le Capricorne, Jupiter et le Lion, Minerve et le Taureau, Flore et la Vierge, Vénus et le Bélier, Vulcain, et pour finir la Force. Toutes ces figures peintes entre deux

colonnes simulées, ont certainement servi à l'origine à compléter l'effet d'un grand morceau d'architecture.

Enfin c'est sous le même règne de Louis XV que fut renouvelé le théâtre, où. comme on disait en ce temps-là, la < Comédie > de Fontainebleau.

J'ai parlé de ce renouvellement à propos des décorations anciennement faites dans l'aile de la Belle Cheminée et qui furent supprimées alors.

Photo Xeurdein.

La chambre du Concert.

Depuis le règne de Louis XIII, les représentations se donnaient dans cette salle, sur un théâtre qui n'avait pas empêché de les conserver. On ne sait rien de la décoration qui en commanda le sacrifice, de sorte qu'on n'aurait rien à joindre à cette mention, s'il ne convenait de rappeler qu'en cet endroit fut donné devant la cour cette représentation du Devin du Village, qui fait un épisode célèbre des Confessions de Rousseau. C'était en 1752.

« J'étais ce jour-là. dit cet auteur, dans le même équipage négligé qui m'était ordinaire : grande barbe et perruque assez mal peignée. J'allai m 'établir dans la loge où me conduisit M. de Curv. et qui était la

LE CHATEAU, DE LOUIS XIV JUSQU'A LA RÉVOLUTION ;i5

sienne. C'était une grande loge sur le théâtre, vis-à-vis d'une petite loge plus élevée, où se plaça le roi avec M.me de Pompadour. Quand on eut allumé, me voyant dans cet équipage au milieu de gens excessivement parés, je me demandai si j'étais à ma place, et si j'y étais mis convenablement. .Mais, soit effet de la présence du maître, soit naturelle disposition des cœurs, je n'aperçus rien que d'obligeant et d'honnête dans la curiosité dont j'étais l'objet. »

En fait de brusquerie et d'extravagance le personnage de Rousseau rappelle quelque chose de celui de Cellini. autre hôte de ce palais, dont les Mémoires font un si digne pendant des Confessions à cet égard.

La bravade de sa tenue malpropre fut passée à Rousseau par Louis XV, comme les incartades de Cellini furent passées à ce dernier par François I".

Ces princes et leur cour savaient vivre ; Rousseau en marque son étonnement naïf. Le « murmure inouï de surprise et d'applaudissements ». et « la fermentation croissante » causée par sa pièce l'enchantèrent.

« Le plaisir de donner de l'émotion à tant d'aimables personnes m'émut moi-même jusqu'aux larmes, dit-il. et je ne les pus contenir au premier duo, en remarquant que je n'étais pas seul à pleurer. » Ainsi, tout finit chez Rousseau par des larmes, comme chez Cellini par des cris.

Photo Neurdein.

Chaise Louis XVI dans la chambre des Dames d'honneur.

Xous sommes à la dernière période de l'histoire de la monarchie. Les quinze ans du règne de Louis XVI termineront, avec ce chapitre, l'histoire de l'ancien Fontainebleau.

n6 FONTAINEBLEAU

Le nouveau roi trouvait à son avènement une aile nouvelle toute prête à décorer. C'était celle qu'on visite à présent sous le nom d'appartement de Napoléon. Louis XV l'avait élevée sur la fin de son règne, et l'on n'eut pas le temps d'y placer un seul ornement. Au contraire ce qu'on y voit de décorations de l'Empire, n'empêche pas d'y remarquer les ornements exquis de la chambre occupée depuis par Napoléon, exécutés au temps de Louis XVI.

Chambre de la Reine.

Qu'on ne prenne pas l'aigle sculptée à la cheminée pour une indication contraire ; c'est celle de la maison d'Autriche, qui peut faire croire que cette chambre servit de chambre d'été à Marie-Antoinette. Cette magnifique cheminée de marbre blanc a de plus deux termes d'enfants qui soutiennent la tablette. Les cadres des portes sculptés de feuilles de chêne, et les rangs d'oves sous les corniches, sont de parfaits modèles de la sculpture du temps. On attribue les dessus de portes en grisaille à Sauvage.

D'autres ouvrages du temps de Louis XVI, qui se trouvent dans cette aile, veulent être signalés, quoiqu'ils ne tiennent pas à la décoration. Ce sont trois excellents tableaux, l'un représentant : le Patriotisme des

Dames romaines, peint par Brenet pour les GobeKns, l'autre de Vien, représentant la Continence de Scipion ; le troisième est un trophée à la gloire de Louis XVI, accompagné d'enfants nus, par Bachelier. Tous trois sont réunis dans la première pièce en venant de l'escalier.

Photo Neurdein

Le lit de Marie-Antoinette.

A mi-chemin entre cette pièce et la chambre est un cabinet de glaces orné de peintures médiocres de rieurs et d'Amours, et que M de Champeaux assigne au règne de Louis-Philippe. Je ne laisse pas de le croire du temps de Louis XVI. Cependant cette décoration n'était pas à cette place sous son règne, et sa médiocrité ne tient peut-être qu'aux retouches qu'elle subit quand on IV ajusta.

L'activité des arts à cette époque se fit sentir surtout dans l'apparte-

ment de la Reine. Le cabinet de Clorinde avait été détruit et découpé en divers logements pour les femmes de celle-ci. L'antichambre auprès servit, comme disent les anciennes descriptions « au concert ». La décoration est toute du temps de Louis XVI. Deux panneaux, douze montants, six

portes offrent une décoration d'arabesques en blanc sur fond feint de marbre. Le plafond est peint par Barthélémy. Le meuble est de l'Empire et recouvert d'une magnifique broderie de Lyon.

Ces broderies font, dans la chambre de la Reine à côté, un des -plus beaux ornements du château. Les murs de cette chambre et le lit en sont tendus.

Le dessin est un entrelacs de feuillages, dont les vides forment autant de cartouches remplis par des trophées champêtres : tambourins, flûtes de Pans, paniers fleuris, etc. Rien ne peut rendre l'effet de magnificence de cette soie ainsi travaillée, tendue sur ces larges murailles, tombant à gros plis de chaque côté du lit. Le bouquet au chevet de ce lit est un chef-d'œuvre incomparable, où s'atteste avec éclat la plus belle période de la broderie lyonnaise perfectionnée par l'excellent dessinateur Lasalle. Auprès du lit, un paravent à six feuilles ne joint pas moins de perfection à une admirable fraîcheur. Le chevet du lit et l'impériale offrent des figures en bois doré, dont on regrette de ne pouvoir nommer les auteurs : le tout accompagné de guirlandes, de bouquets et de rinceaux à l'antique du goût le plus exquis.

En même temps que furent placées ces tentures, on avait refait les

Feuillet d'écran brodé .Chambre de la Reine' .

portes et le lambris. Ils se montrent à nous dans le même style, avec des grisailles bien peintes au-dessus des portes.

On peut se plaindre que le louable désir d'ôter à plusieurs de ces pièces la froideur que l'abandon leur donne, ait fait accumuler trop de meubles, avec trop de désordre et de disparate. Le coffret à bijoux de l'impératrice Marie-Louise, ouvrage célèbre de l'ébéniste Jacob, ne sert

Photo Neurdein.

Vue du boudoir de Marie-Antoinette.

guère plus ici qu'à encombrer, en même temps que plusieurs pièces du même style, dont l'effet serait plus agréable ailleurs.

D'autres étoffes de soie font un fort bon effet dans l'ancien cabinet de Clorinde. Ces étoffes sont brochées, sur un meuble Louis XYL avec des chaises en forme de lyre.

Mais de tout ce qui se fit alors à Fontainebleau, rien ne saurait entrer en comparaison avec le boudoir de Marie-Antoinette, établi sur les ruines du cabinet des Empereurs. Ce cabinet, réduit dans son étendue et coupé dans la hauteur, servit alors à former deux pièces : ce boudoir et le boudoir Turc au-dessus. Le premier réunit à toutes les richesses de la décoration, le prestige d'une finesse d'exécution

extrême, et d'un assemblage des parties au-dessus de tout éloge.

Ce boudoir a trois glaces, dont deux se font vis-à-vis, la troisième

répondant à la fenêtre. Quatre portes, dont deux en pans coupés

Photo >'eurdein.

Arabesques et stucs du boudoir de Marie-Antoinette.

occupent les quatre coins. L'entre-deux est formé de panneaux décorés d'arabesques pompéiennes au naturel sur champ d'or vert; les cadres de ces panneaux sont d'or fauve. Sur les portes est une corniche dorée qui porte des groupes en stuc, de deux figures chacun. Le modelé de ces figures est charmant, la peinture des arabesques ne l'est pas moins ; l'effet des fonds d'or près de ces couleurs brillantes ne se peut

décrire. Tout l'ensemble donne l'idée d'un soin et d'une dépense inouïe. Comme on n'a voulu tolérer rien de médiocre dans cet ensemble, la cheminée et les meubles ont été traités à leur tour moins en parties d'une décoration, qu'en véritables pièces de cabinet. De chaque côté delà glace du fond, sont deux consoles légères, sur la tablette desquelles la marquet-

Console dans le boudoir de Marie- Antoinette.

terie forme d'exquises guirlandes, et sur la bande au-dessous un cordon de pampre. Au milieu de cette bande est un cartouche en épitaphe de bronze doré, gravé comme un camée et représentant des jeux d'enfants. Deux sirènes de bronze vert d'un style excellent, accompagnent le pied de ces consoles.

Tout alentour sont disposées les pièces d'un meuble de satin jonquille, orné de camées feints dans l'étoffe. Il faut y joindre un meuble d'appui, décoré de plaques de porcelaine, par Avril. La cheminée est soutenue

de deux carquois. Au plafond est l'Aurore peinte par Barthélémy. Tout le reste de l'ouvrage paraît devoir être attribué aux frères Rousseau, dont l'un modelait les ornements, et l'autre, sous le nom de Rousseau de la Rothière, eut la spécialité de ces sortes d'arabesques.

Le boudoir Turc au-dessus se fait remarquer par différents ornements de la turquerie à la mode. L'accommodation qu'on savait faire alors de ces motifs exotiques, mérite de servir de modèle éternel. Toute la tenture du lit est de soie aurore ; les rideaux portent sur le fond un menu zigzag d'or dont l'effet pailleté rappelle ingénieusement les étoffes d'Orient. Une large broderie d'or fait la bordure de ces rideaux et de la courte-pointe à fond uni.

Le reste de l'attirail turc consiste dans quatre brûle-parfums sculptés dans la boiserie aux angles de la pièce, soutenus d'enfants nus, imités (chose à retenir) des stucs de la galerie de François Ier, et couronnés de turbans, de croissants et de queues de cheval, auxquels se mêlent des guirlandes de roses. D'autres croissants se voient en bronze à la cheminée; et de chaque côté du lit servant de patères. Deux portes, qui se font vis-à-vis près de la fenêtre, sont peintes de la main de Rousseau de la Rothière, d'un brûle-parfum accosté de deux termes d'odalisques. Dans l'entredeux des glaces, des panneaux et des portes, sont quatre montants chargés de sculpture dorée.

Devant la beauté de ces ouvrages et leur parfaite exécution, on ne peut assez regretter le magnifique tapis tissé pour ce boudoir par la Savonnerie en 1777, sur le dessin de l'architecte décorateur Bellanger, et dont le modèle fut payé 1.200 livres.

Ces chefs-d'œuvre feront le terme de notre course dans les appartements de Louis XVI. Il ne faut plus, pour finir ce chapitre, que joindre la mention d'un dernier ornement, témoignage de la piété du Roi, qui fut commandé pour la chapelle.

Il ne paraît pas qu'on eût rien fait à celle-ci depuis le règne de Louis XIV. Les commandes de ce dernier roi avaient regardé l'ornement des chapelles. Celle dont il s'agit procède d'un rajeunissement nécessaire de toute- une partie de l'ancienne décoration. Le tableau de Jean Dubois au grand autel, était alors fort dégradé. On peut croire que quatorze compositions ovales, peintes dans l'entre-deux des fenêtres par Fréminet, et représentant des scènes de la vie de Jésus-Christ, n'étaient pas alors en meilleur point. Dans la nécessité de les remplacer sans doute, quatorze tableaux de même forme et de même dimensions, et qui, excepté deux, représentent les mêmes sujets, furent commandés à divers peintres. En même

temps une Descente de Croix de dimensions égales au tableau de Dubois. dut être destinée au grand autel.

Cette Descente de Croix est au Louvre. Regnault, depuis baron, la peignit en 1789. Les autres quatorze tableaux furent peints huit ans plus tôt. On eut le temps de les mettre en place. Ils y restèrent au moins jusqu'en 1855, temps auquel le peintre Lazerges fut chargé de repeindre la Présentation, auparavant peinte par Jollain, et dont quelque accident avait causé

Boudoir turc.

la ruine. Depuis, un architecte dont on ignore le nom, prit sur lui doter tous ces tableaux, et, laissant la place vide, de supprimer les cartouches ovales de Fréminet, pour substituer sur la pierre nue des moulures carrées de son invention.

Les tableaux ainsi retirés se voient presque au complet dans la sacristie de la chapelle. Outre le tableau de Jollain plus haut nommé, deux œuvres de Durameau, les Vendeurs chassés du Temple et le Paralytique, font défaut. Les autres sont l'Adoration des Mages de Bardin, la Transfiguration de Robin, Jésus parmi les docteurs de Jollain, le Baptême de Jésus- Christ et les Xoces de Cana de Lagrenée jeune, la Samaritaine et la Femme adul-

tère de Renou, la Sibylle de Cumes et la Nativité de Taraval, enfin le Denier de César et la .Madeleine d'Amédée Vanloo.

Plusieurs de ces morceaux sont d'une très bonne manière, et Ton ne saurait trop regretter, après le vandalisme qui les a fait enlever, l'abandon qui menace d'en entraîner la perte.

Quant à la Descente de Croix de Regnault, il est à croire qu'elle ne fut jamais placée. La Révolution survenant dut empêcher qu'on y pourvût. Le tableau de Dubois fut conservé. On le rentoila en 1825. et les extrêmes retouches qu'il subit alors, en ôtant le caractère de la peinture primitive, eurent du moins pour effet de lui assurer la place qu'il conserve depuis trois siècles.

Amédée Van Loo.

Le denier de César (Autrefois dans la chapelle de la Sainte-Trinité) ,

Photo Neurdein.

Vue de l'étang, prise du jardin Anglais.

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