Ibid
de lui dire, un certain jour, qu'il a dû mettre ses bas à l'envers. Pourquoi? c'est bien simple. La conversation roule sur saint Augustin et, brusquement, au beau milieu de Tentretien, il pose négligemment à l'abbé philosophe cette question hétéroclite : « lequel a le plus d'esprit de saint Augustin ou de Rabelais? ».
Il est certain que la valeur morale du fabuliste réside tout entière dans sa franche spontanéité. Nous ne sommes pas du tout surpris que l'abbé Pouget, alors qu'il est malade, le trouve simple, naïf et franc. D'Olivet, Màucroix, Racine, Fénelon, des Réaux sont unanimes à reconnaître qu'il agit avec la plus grande pureté d'intention. Il avoue sans fausse honte ses travers et son inconduite, il étale sans faire aucune restriction et aux yeux de tout le monde, le contenu de sa conscience.
Màucroix, son bon ami, ne ment pas lorsqu'il nous le dépeint comme étant « l'âme la plus simple et la plus candide qu'il ait jamais connue' ». S'il lui arrive souvent de se contredire, dans ses pensées ou dans ses actions, c'est en toute sincérité qu'il le fait, j'entends qu'il ignore même qu'il s'est contredit. A tout moment il dit ce qu'il pense, mais trop souvent il oublie aujourd'hui ce qu'il a dit hier. Il ne cherclie jamais sérieusement à se corriger de son naturel inconstant. Maintes fois il en parle sur le ton d'un parfait pénitent ; mais tantôt il est trop tard pour mieux faire; tantôt il reconnaît qu'il n'y peut rien ; tantôt aussi il propose de s'amender, sachant, qu'au fond, il se gardera bien de le faire. Malgré la vaste érudition qu'il possède, malgré les brillantes qualités d'imagination et d'observation qu'il déploie, il aurait pu nous fournir