T. I, p. CI : Notice biographique de P. Mcsnard
bien d autres chefs-d'œuvre ; mais, hélas ! le monde et ses amorces Tabsorbent tout entier. Il se réfugie timidement dans la société des femmes, qui Tamusent parfois à des fanfreluches, et qui le retiennent jalousement dans leurs ruelles ou leurs salons. C'est bien tout cela, qu'il nomme le vain bruit et l'amour, qui absorba les meilleures de ses années.
Aussi éprouve-t-il souvent des regrets. Il trouve que sa vie est déréglée et superficielle. Il réclame souvent un philosophique séjour où il pourra étudier en paix les choses de la science, où il pourra apprendre à loisir les noms et les vertus « des clartés errantes ». Mais le monde est là, qui guette cet impuissant et qui le retient par son clinquant mensonger. Le monde consume sa vie, l'enserre dans ses liens trompeurs, afin de mieux étouffer le peu de volonté qui lui reste. Ne nous étonnons donc plus maintenant si le pessimisme qui sommeille en lui et qu'il extériorise parfois, est vaincu, le plus souvent, « par le plaisir et par Tamour ».
Si La Fontaine sait rarement faire plaisir à sa femme, s'il ne s'efforce jamais de la comprendre, il ne cesse, par contre, d'être aimable, courtois, prévenant et afi'ectueux pour ses protectrices, pour ses amies, sans oublier les Philis et les Jeannetons qu'il rencontre sur son chemin. Ces femmes le torturent, le passionnent, le rendent perplexe, anxieux et jaloux. Pour elles il irait jusqu'au bout du monde. Il suffit que la belle duchesse de Bouillon le prie de lui écrire un poème sur les bienfaits du quinquina, pour qu'aussitôt il sue sang et eau, afin de satisfaire
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son capricieux désir. Il ne s'en plaint pas trop, quoi qu'il semble dire; au fond il se trouve très fier d'être chargé d'une telle besogne.
Que ne ferait-il pas aussi pour satisfaire le moindre des goûts de M'" Champmeslé? Il est tout yeux et tout oreilles, même lorsqu'il s'agit de faire le galant homme et lorsqu'il veut s'attirer les faveurs de quelque jolie femme.
Nous pouvons reprocher à La Fontaine d'avoir été par trop égoïste durant toute sa vie. Il n'est pas reconnaissant comme il devrait l'être envers ses protecteurs et ses amis. C'est ainsi qu'il oublie vite Foucquet, la surintendante et Pellisson après leur disgrâce. Il en parle bien sur le moment, mais le regret s'éloigne vite de sa pensée ; il oublie bientôt les soins qu'il en a reçus. Son bon oncle Jannart, qui l'aide tant dans les moments difficiles, ne semble pas avoir reçu de lui, dès le voyage de Limoges, de grandes marques d'amitié. M"* de La Sablière subit le même sort et le « J'y allais* », qu'il sert à M. d'Hervart, après la mort de sa grande bienfaitrice, dénote bien la sérénité de son égoïsmç. Je le répète une fois de plus, La Fontaine aime bien mieux les vivants que les morts ouïes absents. Il aime tant qu'il voit. Dès qu'il ne voit plus, l'indifférence le gagne, et son inconstance le pousse vers d'autres plaisirs et vers d'autres aflFections.
La bonté native que nous lui accordions il y a un instant,