‹ Fontainebleau (volume 3)Chapitre 114 sur 131 · T. IX, p. 312 à 315 : Lettre n son oncle Jannart · texte numérisé non relu

T. IX, p. 312 à 315 : Lettre n son oncle Jannart

Il part de ce principe bien simple que ses affaires n'intéressent pas les autres ; il ne s'adresse à autrui que quand il ne peut faire autrement. Jamais il ne casse la tête à son père* « de ses affaires » lesquelles, quant à lui, l'intéressent autant qu'elles en sont « dignes », c'est-à-dire pas du tout'.

Tel est bien riioinme. Il n'est né que pour la spéculation, et il lui répugne de s'occuper des choses de la vie pratique. Il n'aime pas à parler de revenus, de capitaux et de redevances. Son frère Claude, qui se soucie à bon droit de toutes ce squestions, lui inspire en retour une superbe indifférence. Il a un tempérament d'artiste ; il est fait pour penser, il néglige le côté matériel de la vie bien qu'il soit un sensuel insatiable et besogneux. Il aime passionnément les cailles qui tombent toutes rôties et les bouteilles qui viennent se dresser, comme d'elles-mêmes, sur sa bonne table d'épicurien.

V. La vie religieuse. — Il est aisé de voir que la religion n'intervient chez notre fabuliste que dans la maladie ou à rapproche de la mort. Dès qu'il croit qu'il va partir pour Tau-delà, il reclame le « viatique » de TÉgUse : il ne veut s'en aller que loti du passeport céleste. Mais nous savons à quoi nous en tenir sur ce sujet. Lorsque la santé réapparaît, le libertin, le persifleur des prêtres et de la religion se montre à nouveau dans toute sa netteté.

Le libertin est en très mauvaise posture au xvii* siècle; il n'est guère démise de montrer de l'indifférence ou du mépris envers la religion. Les libertins de l'époque de la Fontaine et les encyclopédistes du siècle de Louis XV et de Louis XVI ne se différencient qu'en un seul point : les

i. T. IX, p. 312 II 31i> : Lettre à son oncle Jannart. 2. T. IX, p. 371 : Lettre à Racine,

uns et les autres se moquent de la religion et surtout du prêtre; mais les uns — ceux-ci — ne craignent pas d'affirmer leur opinion dans leurs écrits ou dans leurs propos, tandis que les autres — ceux-là — restent plus intérieurs, plus discrets en raison du milieu et des habitudes. Le prêtre et le moine que nous présente La Fontaine, dans ses fables et dans ses contes, sont bien tels que les historiens nous les ont fait connaître par la suite. Le prêtre ou le moine est un « papelard », un vaniteux, qui se retire dans nn fromage de Hollande pour ne manquer de rien. La volupté le subjugue, et il ne saurait en être autrement pour quelqu'un qui fait toujours bonne chère. En nous décrivant des détails de la vie de Maucroîx, le chanoine de Reims, il nous a bien fait entrevoir quelle pouvait être la vie et les mœurs des bons prêtres d'alors. Us gagnent beaucoup d'argent, qu'ils emploient à satisfaire tous leurs désirs :

Un mort s'en allait tristement S'emparer de son dernier gîte ; Un curé s'en allait gaiement Enterrer ce mort au plus vite '.

La Fontaine semble nous dire ironiquement : mais vous lui pardonnerez tous à ce bon prêtre, lorsque vous connaîtrez la pureté de son intention :

11 fondait là-dessus l'achat d'une feuillette Du meilleur vin des environs 2.

VL La Fontaine écrivain. — La Fontaine est un écrivain de premier ordre. Nous retrouvons facilement.

1. T. II, p 157 et suiv., liv. VII, fable XI : Le Curé et le Mort.

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