‹ Fontainebleau (volume 3)Chapitre 124 sur 131 · La Fontaine et ses Fables^ p · texte numérisé non relu

La Fontaine et ses Fables^ p

SON CARACTèRB 231

reconnaître chez lui, elles sont toutes également bien dessinées, car elles s'affirment franchement et librement. Faire de La Fontaine «n personnage mjstérieux à deux faces, dont Tune n'a jamais connu aucune ambiance, aucune souillure, c'est énoncer une vue intéressante, mais ce n'est ^as fournir un argument. Tenons-nous en donc aux déclarations mêmes du fabuliste, qui ne manque jamais une occasion de nous faire connaître sa pensée, de nous vider son sac. Par ce qu'il dit de lui-même, son caractère, sa personnalité est assez originale, assez compliquée sans qu'il soit nécessaire de lui créer im arrière-moi, une espèce de sanctuaire ou d'oratoire caché, que nul n'a pu connaître et n'a pu pénétrer. N'oublions pas qu'il parle toujours franchement et librement, à son avantage comme à son désavantage, où qu'il soit et en quelque situation qu'il se trouve. Toutes les épaisseurs, toutes les couches constitutives de son âme, si l'on peut dire ainsi, sont également cristallines, car il est l'ennemi juré de la fourberie et de l'hypocrisie.

RÉSUMÉ ET CONCLUSION. — Ainsi nous apparaît, dans ses grandes lignes, le caractère du fabuliste. Nous avons pu voir qu'à l'instar de tout homme, il a notablement suivi l'influence des goûts et des traditions littéraires de son temps *.

Sa conduite déréglée n'est pas une rare exception au xviT* siècle, quoi qu'en dise Taine^, et, dans cette affaire, le fabuliste est plutôt le mené que le meneur. Du reste la cour, la noblesse, le haut clergé, les moines et les nonnes mêmes sont loin de mener cette vie « régulière et réflé-

1. Brunetière, Grande Encyclopédie^ article La Fontaine, loc. cit. 1. Taine, La Fontaine et ses fables^ p. i9.

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rbie • <L»nt ntjiis entretîeQt le cntit|iie; au contraire, •laiii» les h tu»'* sphfrre-* s«i«nales, l'on compte an certain nombre de TiTf^nrs ei Je litHTtîn?. Les Contî, les Bouillon et les VenJ«'jine. sans onblier la bonne abbesse de Mouzon, s'adonnent âévreusement aux plaisirs de la Tie facile.

Durant toute sa rie. Jean a eu la bonne chance de rencontrer des bonnes âmes qui font aimé, qui ont suppléé heureusement à son incapacité pour la vie pratique. Ses fables ont plu à une bonne partie de la société choisie du temps, et il est remarquable de noter que la marquise de Sérigné, M"* de La Sablière et le distingué Fénelon ont couvert son œuvre d'éloges. Si celle-ci n'a pas toujours été appréciée à sa juste valeur, il n'en est pas de même pour lliomme, car mille preuves nous attestent qu'il est aimé et fêté même partout ou il passe. N'était-il pas très recherché dans les salons et les ruelles? M. Lanson* a bien raison de dire que La Fontaine a été fort estimé de ses contemporains. Parce que Louis XIV et Boileau n'ont pas daigné s'occuper de la fable, ni de l'œuvre du fabuliste, faut-il en induire qu'il n'a pas été aimé de la société de son temps ? Les documents nous montrent, au contraire, qu'il est recherché et apprécié malgré tout, en tant qu'écrivain, et affectionné en tant qu'homme. Boileau lui-même essaye vainement de faire des fables diligentes, montrant ainsi qu'il ne dédaigne pas l'apologue, mais qu'il subit l'influence, en ce cas fâcheuse, d'un roi autoritaire et impérieux.

Telle est donc la phj'sionomie de La Fontaine avec tout ce qu'elle contient d'intéressant pour le psychologue. A

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