‹ Fontainebleau (volume 3)Chapitre 125 sur 131 · Lanson, loc. cit., p. o · texte numérisé non relu

Lanson, loc. cit., p. o

tous les moments de son évolution, à chacune de ses déclafra tiens, le fabuliste n'a cessé de nous apparaître comme un esprit éminemment personnel, comme un écrivain génialement original. Nous lavons vu tantôt subir Tinfluence du « milieu » et tantôt réussir à s'en affranchir. Nous nous sommes intéressés à son idéation visuelle-motrice, à son imagination sobre, mais pétillante, à la richesse de sa mémoire affective, à Toriginalité de sa langue, à sa sensibilité délicate, à son affectivité très plastique, en môme temps qu'à sa faiblesse de volonté et à ses manies mentales. Le philosophe curieux, le savant renseigné et le psychologue pénétrant et perspicace qui se sont révélés à nous, n'ont pu que nous émouvoir, car nous ne nous attendions pas à rencontrer chez lui un aussi grand nombre d^aptitudes et de qualités.

Son caractère, composite, « bizarre », fait d'amorphe, de sensitif et de contemplatif, a dû emprunter aussi la catégorie des « partiels » pour être à peu près expliqué : nous avons obtenu ainsi une personnalité « composite », originale et bien personnelle. La rigidité de ce mot-formule nous a fait préférer, à tort ou à raison, l'énumération pure et simple des modalités fortes de son caractère ; six tendances nous ont paru étouffer toutes les autres, c'est-à-dire que six tendances nous ont semblé expliquer son caractère : 1° c'est un sensuel dans toute l'acception du mot, parce qu'il recherche passionnément les plaisirs de la table et les plaisirs de la volupté ; 2° c'est un visuelmoteur, parce qu'il emploie de préférence et trop exclusivement même le sens visuel dans son idéation ; 3° c'est un égoïste pur, parce que constamment, il méprise les devoirs sociaux et familiaux les plus élémentaires, parce qu'il ne recherche en toute circonstance que son bon plai-

sirs ; 4"^ c'est un méditatif, car il ignore ou méprise la vie pratique, se laisse héberger durant toute sa vie et ne montre aucun souci de se suffire à lui-même ; 5'' c'est un méditatif, un plastique, puisqu'il subit les influences de toutes sortes de sentiments ou d'événements, puisqu'il recherche la passion et la jouissance ; G"" c'est un « incon* séquent », un impulsif, parce qu'il change d'avis ou de conduite comme de goût et de maîtresse, parce que, malgré sa candide sincérité, il s'affuble de mille manières et porte sans le vouloir « Thabit » de plusieurs paroisses.

La Fontaine est lun des plus curieux écrivains, et, en tant qu'homme, l'un des plus incompris qu'ait possédés le génie français, pour ne pas dire l'humanité tout entière.

11 est le représentant peut-être le plus pur de l'esprit gaulois et par extension de l'esprit français. Il excelle à raconter, à dire avec une clarté et avec une précision parfaites, sur un ton élégant et courtois, de légères comme de profondes choses.

Les littératures étrangères comptent, sans aucun doute, des écrivains et des penseurs équivalents — Molière étant excepté — à Descartes, Racine, Voltaire, Victor Hugo, Lamartine, Auguste Comte, etc<,., mais elles n'ont jamais pu nous opposer un rival sérieux de La Fontaine : c'est que notre immortel fabuliste est éminemment français, et nous pouvons affirmer que ce qui appartient en propre à la « douce France » ne supporte aucune comparaison, ou, pour mieux dire, ne peut être égalé.

Mais, reconnaissons-le, l'écrivain est, chez La Fontaine, plus méritant que l'homme, parce que celui-là une valeur intrinsèque et originale, tandis que celui-ci, s'il possède un (( état mental » etun « caractère w spécifiques et intéressants, estj par contre, trop esclave des passions de toute nature.

Je trouve admirable ce fonds de sincérité, qui le fait s'excuser, s'accuser même naïvement et sincèrement de ses fautes et de ses incartades ; il est « bonhomme » en cela. Nous devons lui en tenir le plus grand compte et lui pardonner, sans réserve — si Ton me permet de parler de la sorte — car, s'il fut égoïste, impulsif et le reste... c'est en toute sincérité et en toute bonne foi. Toutes ses actions, tous ses gestes sont assurément provoqués par une égale « pureté d'intention ». Sa conscience, sa personnalité morale n'a ni fonds, ni arrière-fonds secret ou mystérieux ; elle est, pour ainsi dire — et j'aime à le répéter — également cristalline sur toutes ses faces, également sincère dans tous les jugements qu'elle porte, dans toutes les actions qu'elle accomplit.

Mon rôle de psychologue ne m'obligeant pas à rétablir une biographie méthodique .du fabuliste, je crois combler une lacune en joignant ici une chronologie biographique des principaux événements de sa vie. L'aspect simplifié de ce tableau permettra, au lecteur, de connaître rapidement les dates importantes de la vie de La Fontaine.

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