CHRONOLOGIE BIOGRAPHIQUE DE LA FONTAINE
J619, 7 janvier. — Naissance, à Château-Thierry, de François de Maucroix, qui sera le grand ami de La Fontaine.
i621, 7 ou 8 juillet. — Naissance, à Chdteau-Thierry, de Jean de La Fontaine.
i623, septembre : 2 ans. — Naissance de Claude de La Fontaine, frère puîné du poète.
1624, septembre : 3 ans. — Ministère de Uichelieu. — Abaissement des grands. — Ruine des protestants et de la Maison d'Autriche. — Relèvement de la France.
1633, septembre : 12 ans. — Naissance de Marie Héricart, fille du lieutenant civil et criminel de la Ferté-Milon. Ce sera la femme du fabuliste.
1634 à 1647, septembre : 13 ans à 24 ans. — Mort de la mère du fabuliste. — L'époque exacte de cette mort est inconnue.
1635, septembre : 14 ans. — Richelieu fonde l'Académie française.
1637, septembre : 16 ans. — Descartes publie son Discours de la Méthode. — La Fontaine critiquera violemment, plus tard, les théories de Descartes sur l'automatisme des bêtes.
1641, 27 avril : 20 ans. — La Fontaine, timide et rêveur, entre à l'Oratoire.
1641, octobre : 26 ans. -- Son frère, Claude, l'y suit.
1642, octobre : 21 ans. — Mort de Richelieu.
1642, octobre : 21 ans 1/2. — La Fontaine quitte l'Oratoire, car la piété ne faitpoint son affaire, et vient faire son droit à Paris.
1643, octobre : 22 ans. — Mort de Louis XIÏI. — Régence d'Anne d'Autriche. — Ministère de Mazarin. — Époque des Frondes.
J647, 7 avril : 26 ans. — François de Maucroix, dont l'amour malheureux avec M"° de Joyeuse le désespère, achète an canonicat à Reims.
1647, (in : 26 ans 1/2. — Mariage de Jean de La Fontaine avec Marie Héricart, à peine âgée de quinze ans. Par cette alliance, La Fontaine devient le parent de Racine. Sa femme lui apporte 30.000 livres, dont 10.000 entraient dans la communauté. La Fontaine apporte les biens qui lui viennent de sa mère et 10.000 livres que lui donne son père, dont 5.000 pour 'la communauté. En outre, celui-ci lui cède sa charge de maître particulier des Eaux et Forêts.
Au point de vue pécuniaire, rien n'empêche le jeune ménage d'être heureux.
1649, 21 janvier : 28 ans. — Son frère Claude lui abandonne ses biens, moyennant une rente de 1.100 livres à lui servir dès la mort du père. — Dans cet acte, le fabuliste est mentionné comme avocat au parlement.
1650, janvier : 29 ans. — Son frère Claude quitte à son tour l'Oratoire et devient prêtre oratorien de Reims. — Descartes publie le Traité des Passions. ,
1653, octobre : 32 ans. — Naissance de son (ils Charles.
1654, octobre : 33 ans. — La Fontaine publie son premier travail :
adaptation de V Eunuque de Térence. Cette pièce fut représentée deux ou trois fois.
1656, octobre : 35 ans. — Vente de la ferme de Damart, près la Ferté-Milon, à î.ouis Héricart, son beau-frère. C'est ici le point de départ du gaspillage et des embarras d'argent de La Fontaine.
1656, hiver : 35 ans. — La Fontaine va faire un séjour chez l'ami Maucroix, à Reims. Ce ne sera ni le premier,ni le dernier. La présence de La Fontaine à Reims nous est connue par les lettres qu'il envoie, de cette ville, à son oncle Jannart.
1657 : 36 ans. — La Fontaine, s'endettant chaque jour de plus en plus, quitte sa femme pour venir chercher fortune à Paris. Il est présenté probablement à Foucquet par son oncle Jannart. Le surintendant Tadmet à la cour de Vaux. 11 ne reviendra vers son épouse et son fils que de temps à autre.
1658, 18 avril : 37 ans. — i"* Mort du père du fabuliste. Cette succession laisse peser sur la tête de La Fontaine un passif de 32.892 livres. Il sera incapable de faire face à une telle créance.
1658, été ; 37 ans. — 2** Autre séjour à Reims. Maucroix Ta sans doute fait appeler pour le distraire de la mort de son père. La Fontaine a peut-être aussi quelque argent, et il s'empresse d'aller retrouver son joyeux ami pour le dépenser !
Z^ Son frère Claude, peu satisfait du premier contrat, se ravise et l'oblige à lui verser 8.225 livres et à payer ses dettes provenant des héritages paternel et maternel.
4° La Fontaine publie ÏOde à Af™« la surintendante , VEpître à Foucquet j ï Adonis (œuvre d'un précieux).
1659, janvier : 38 ans. — 1^ Sur les instances des parents, en raison du mauvais état de ses affaires, La Fontaine se sépare de « biens » d'avec sa femme.
2° Il est maintenant poète attitré de Foucquet ; c'est un gazetier de grand seigneur. 11 se lie avec Molière, alors âgé de trente-sept ans.
1660, janvier : 39 ans. — - La Fontaine entre en relations avec son parent Racine, qui n'a que vingt et un ans et qu'il
2i0 .TEAN DE LA FONTAINE
présente onsuitc à Moliôro. - • Hoileau vient de se faire coniiailro par ses premières Satires.
1061, janvier: 40 ans. — 1° Avènement de Louis XIV, a?é de vingt-trois ans à peine ;
2" Malpii;hi, Itotaniste italien, montre, à faide du microscope. réc«*mment inventé, la circulation capillaire et complète ainsi la découverte de Harvey ;
3"Fourquet donne, dans son château de Vaux, près de Melun, en riionneur du jeune roi, des fêtes si luxueuses et si grandioses que cela déplaît à Louis XIV, qui soupçonne déjà le surintendant de dilapider le trésor national.
1661, 5 st'i>tembre. — 4*» Foucquet, protecteur de La Fontaine, accusé de malversations, est arrêté à Nantes. Son premier commis, Peliisson, académicien et ami du fabuliste, subit le même sort. Plus tard, on les enferme à la Bastille. La Fontaine est très attristé, sur le moment, de cette catastrophe. Le procès dure trois ans.
Ko Louis XIV nomme Colbert en remplacement de Foucquet. Le nouveau surintendant, très intègre et très énergique, devient le protecteur attitré des lettres et des sciences.
1602 : 41 ans. — 1° La Fontaine retourne momentanément à Château-Thierry. Il vient de perdre son père nourricier, le surintendant Foucquet;
2° Par apj)Iication d une nouvelle ordonnance du roi, La Fontaine se voit condamné à une amende de 2.000 livres pour usurpation du titre d'écuyer. Cela Témeut beaucoup.
1003, 23 août : 42 ans. — 1° La Fontaine accompagne .son oncle Jannart, substitut de Foucquet, dans son exil, au parlement tie Limoges. Chemin faisant, il s'attriste longuement, à Amboise, devant la forteresse où fut enfermé le surintendant. Durant ce voyage, il écrit à sa femme des lettres spirituelles et du plus grand intérêt.
i663, novembre. — 2° Retour à Paris. Il fait alors la connaissance de Boileau, à qui il ])résente Racine (ce serait un peu plus tôt selon Brossette).
1664, 14 Juin : 43 ans. — La Fontaine prête serment comme g«'n-
tilhomme servant de la duchesse douairière d'Orléans. Il fréquente maintenant assidûment les Bouillon et les Conti.
1665 : 44 ans. — 1*» Il publie la première partie des Contes.
2« M. de Bouillon ayant imité la querelle de la Joconde, de TArioste, La Fontaine en publie une deuxième adaptation dans le premier livre des Contes. Gela donne lieu à une discussion. Laquelle des deux est préférable ? Boileau prend résolument la défense du fabuliste et Molière refuse de se prononcer sur ce sujet.
1666, 7 août : 45 ans. — Colbert, dans une lettre sévère, réprimande La Fontaine sur la singulière façon dont il comprend ses fonctions de maître particulier des Eaux et Forêts.
1667 : 46 ans. — Il publie la deuxième partie des Contes.
1668 : 47 ans. — La Fontaine publie les six premiers livres des Fables .
1669, 31 janvier : 48 ans. — 1° Il publie les Amours de Psyché, qu'il dédie à la duchesse de Bouillon, sa protectrice.
La Fontaine fréquente maintenant les plus joyeuses et les plus « libertines » compagnies.
1 671 : 50 ans. — 4° Le fabuliste publie le Songe de Vaux, écrit en 4658, et qui lui avait coûté trois années d'efTorts. Les circonstances que l'on sait, l'avaient empêché de le publier plus tôt.
2° Publication de la troisième partie des Contes.
1672 : 51 ans. — 1» La Fontaine se débarrasse de sa charge de maître particulier des Eaux et Forêts.
2° La duchesse d'Orléans venant de mourir, il trouve une protectrice et une amie des plus affectueuses en M™* de La Sablière. Là, il entre. en relations avec le philosophe Bernier, avec l'abbé Chaulieu et le marquis de la Fare.
^673 : 52 ans. — i^ Publication du poème, la Captivité de Saint
Malc, dans le but de plaire à Port-Royal. La Fontaine semblait
vouloir alors se convertir, et d'aucuns disent même que ce
poème était une forme de sa pénitence ;
2° Mort de Molière. La Fontaine composa pour lui cette épi-
taphe ^
Sous ce tombeau gisent Plaute et Térence, £t cependant 'le seul Molière y gît.
3° Publication de l'Art poétique de Boileau, qui ne dit mot de
ta « Fable ».
4° Publication do la quatrième partie des Contes, 107;* : 54 ans. — 1° Interdiction des derniers Contes, publiés à
Mons en 1674-1075, sans nom d'auteur, par le lieutenant de
police, La Reynie ; 2° Racine et La Fontaine fréquentent assidûment, à cette
«'•poque, la Champmeslé, artiste célèbre.
1676, 2 juin : 55 ans. — Vente de la maison natale du fabuliste,
sise à Château-Thierry, rue des Gordeliers, à Antoine Pintrol,
sou parent. Le prix, H.OOO livres, permet au Bonhomme de se
liquider envers le même parent et de rembourser son oncle
Jannart, qui Ta obligé si souvent.
1678 : 57 ans. — Publication des VII», VIII% 1X% X«, XI« livres des
Fables, Elles sont en tout point dignes des précédentes, parleur
naturel, leur simplicité et leur portée morale. 1080 : 59 ans. — Visites fréquentes accompagnées de festins
ei de « ribaudes » chez la Champmeslé, lesConti, les Bouillon
et les Vendôme, gens licencieux du temps; 2° Mort de Foucquet à la forteresse de Pignerol. La Fontaine
n'en sait peut-être rien; mais, dans tous les cas, il n'en dit pas
un mot. 1682 : 61 ans. — Publication du poème du Quinquina, Le fabuliste essaye de s'y attirer la bienveillance de Colbert.
1683, 6 septembre : 62 ans. — 1° Mort de Colbert.
2° La Fontaine, appelé à le remplacer à l'Académie par un vote très favorable, est refusé par le roi, qui le renvoie à plus tard.
1684, 24 avril : 63 ans. — 1° Vote de l'Académie française en faveur de Boileau, le favori du roi. Il obtint par deux fois 20 suffrages sur 20. « Et maintenant, dit le roi, vous pouvez recevoir incessamment M. de La Fontaine, il a prorais d'être sage. »
1684, 2 mai. — 2^ Réception de La Fontaine à l'Académie française. Il lit un discours, dédié à M™« de La Sablière, et qui est resté célèbre. L'abbé de La Chambre, le récipiendaire, exhorte vivement le fabuliste au sérieux et à la piété. Il promet tout,
mais il recommence de plus belle quelque temps après. C'est plus fort que lui.
1684, 7 juillet. — 3^ Réception de Boileau à TAcadémie. La Fontaine y lit une nouvelle fable, le Renard, le Loup et le Cheval. Ayant dû accompagner le roi dans un voyage, Boileau, quoique reçu avant, n'entre à l'Académie qu'après le fabuliste.
1684, 31 juillet. — 4° Révocation de l'Édit de Nantes.
1685, 22 janvier : 64 ans. — Révocation de l'abbé Furetière de l'Académie pour s'être arrogé le droit de faire un Dictionnaire malgré le privilège de la Compagnie. Quoique son ami, La Fontaine vote impartialement pour son exclusion , faisant passer, cette fois, la justice avant le sentiment ; Boileau, ami personnel de Furetière, gardera rancune au Bonhomme de sa manière d'agir.
1687, 27 janvier: 66 ans. — 1° Querelle des Anciens et des Modernes, suscitée par le poème de Charles Perrault, le Siècle de Louis le Grand. La Fontaine défend énergiquement les Anciens.
2*» La Fontaine projette de faire un voyage en Angleterre, où se trouve la duchesse de Bouillon. La Fontaine est à nouveau très à court d'argent, et, malgré cela, il voudrait aller rejoindre son amie et Saint-Évremond.
Son entourage constate que ses facultés mentales s'affaiblissent. D'aucuns môme le disent fou. Il y a de l'exagération dans cette dernière assertion.
1691, 28 novembre : 70 ans. — Représentation, à l'Académie royale de musique, de VAstrée, le seul opéra de La Fontaine qui vaille quelque chose.
1692 : 71 ans. — La Fontaine est très malade : il fait amende honorable à l'abbé Pouget. S'il guérit, il ne s'occupera plus que d'œuvres pieuses : il n'a tenu qu'en partie cette promesse.
1693, 6 janvier : 72 ans. — 1» Mort de M™« de La*Sablière, sa grande bienfaitrice, sa deuxième mère. Cette mort l'oblige à quitter la maison de la rue aux Vaches, quartier du Luxembourg. M. d'Hervart, qui le rencontre, lui propose de le prendre chez lui, rue de la Pldtrerie, aujourd'hui rue Jean-Jacques-Rousseau: « J'y allais »>, répond notre fabuliste.
2* La Fontaine publie son XII» livre de Fables. Plusieurs d*entre elles avaient df^jà paru séparément. Ces dernières Fables sont en tout point dignes des précédentes. Et Ton ne s'aperçoit ainsi que peu ou pas de son affaiblissement mental. La moralité pessimiste de la fable le Juge arbitre, rHospitalier et le Solitaire^ ' peut seule nous avertir qu'il y a quelque chose de changé dans La Fontaine.
1695 : 74 ans. — 1^ La Fontaine va peu dans le monde; il passe son temps à écrire des poèmes de piété.
1695 : 15 février. — 2^ La Fontaine s'évanouit rue du Chantre.
1695, 16 février. — 3» Il écrit une lettre à Maucroix pour Tavertir de sa fm : il se sent partir.
1695, 13 avril : 73 ans et 10 mois. — 4® La Fontaine meurt à rhôtel d'Hervart, dans une piété admirable et toute chrétienne (Charles Perrault).
5» Su femme ni son fils n'assistent à ses derniers moments. Racine s'y trouve vraisemblablement. Maucroix le pleure beaucoup, et Fénelon fait de lui une apologie touchante qui montre combien il aime cette douce et étrange figure qui disparaît.
Je reproduis ici, in extenso ^ une des lettres les plus curieuses du fabuliste; elle est adressée à M™» Ulrich, qui fut assez longtemps son amie ; nous y voyons le Bonhomme aux prises avec Tamour et sous le coup des sentiments de crainte et d'angoisse ; il redoute que le mari légitime ne les surprenne l II en tremble de peur I
Octobre 1688 >.
A Madame *** (Ulrich)
J'ai reçu, Madame, une lettre de vous, du 28*' du passé, et vous avois écrit une seconde lettre où il n'y avoit remontrance aucune. Comme vous n'avez pas résolu de profiter de celles que je vous ai faites, je vous suis fort obligé de ce que vous me dispensez de vous en faire d'autres à l'avenir ; c'est là tout à fait mon compte. Je n'ai nullement le caractère de Bastien le remontreur : c'est un quolibet.
Cependant délivrez-moi le plus tôt que vous pourrez de l'inquiétude où je suis touchant le retour de votre époux, car je n'en dors point. Cela et mes rhumes me vont jeter dans une insomnie qui durera jusqu'à ce que vous soyez à Paris. Joignez à tous ces ennemis du sommeil (ceci est dit poétiquement) Tamitié violente que j'ai pour vous, et vous trouverez beaucoup de nuits où j'aurai le temps de m'occuper du souvenir de vos charmes et de bâtir des châteaux. J'accepte, Madame, les perdrix, le vin de Champagne et les poulardes, avec une chambre