Le Paysan du Danube, loc. cit
3. Le Savetier et le Financier, t. H, p. 217, fable H liv. VllI.
Mais le deuxième personnage n'est pas loin ; il demeure à côté dans un somptueux appartement ; c'est un financier. Celui-ci est d'autant plus malheureux qu'il est plus riche. Aussi la joie qui habite, en quelque sorte, chez son voisin, lui fend le cœur; nous allons connaître le financier :
Son voisin, au contraire, étant tout cousu d'or, Chantait peu, dormait moins cncor :
C'était un homme de finance.
Nous pourrions multiplier ainsi les exemples indéfiniment sans en tirer un nouveau profit.
Disons donc simplement que l'action des petits drames du fabuliste se déroule toujours prestement.
Somme toute, son imagination est parfaite en ellemême, chaque fois qu'elle s'exerce à propos d'actions simples et courtes. L'entrée en matière et le dénouement sont toujours, dans ce cas, des chefs-d'œuvre du genre. En outre, cette imagination s'aide, avec beaucoup de goût, d'une langue précise, quoique imagée. La Fontaine possède, sans conteste, à un degré éminent, le sens du mot juste et adéquat, du mot adapté, dirions-nous aujourd'hui.
Il est naturellement lyrique, émouvant et tendre. C'est sans effort qu'il crée des métaphores et des images, qui font notre admiration. Passons aux exemples.
A-t-il à dépeindre un adolescent, qui sera un adulte d'ici peu de temps, il emploie une image touchante.
A peine son menton d'un mol duvet s'ombrage '. 1. T. p. 229 : Poème d'Adonis,
Et ces deux vieillards, qui n ont, pour tout soutien, comme unique consolation, qu'un jeune adolescent, ne nous deviennent-ils pas sympathiques, dès que La Fontaine les a dépeints ?
un appui de roseaux
Soulageait leurs vieux ans *.
Lorsqu'il décrit la somptueuse campagne de Vaux, son enthousiasme est à son comble. Tout y est sublime et merveilleux. Son lyrisme atteint ici son apogée :
Fontaines, jaillissez ; Herbe tendre, croissez .
Le long de ces rivages; Venez, petits oiseaux, Accorder vos ramages, Au doux bruit de leurs eaux^.
Les animaux, qui dans l'espèce, recèlent toujours les travers des hommes, ont trouvé, dans son œuvre, les appellations les plus heureuses. L'invention de La Fontaine se décèle jusque dans les moindres détails.
Voici, Tâne le « pelé galeux » ; le lion en fureur qui, de rage et de douleur « frémit, grince des dents », pendant que passe d'un pas léger le vieux hôte des bois, « renard fin, subtil et matois ».
Et maître corbeau, madame la belette, compère le loup, ne nous deviennent-ils pas familiers, dès qu'il nous les a ainsi nommés ?
Cet homme s'en va chancelant : il est « plein du jus de la treille ». N'a-t-il pas laissé ses sens « au fond d'une