T. IX, p. 2.*)0 et suiv. : Lettre à sa femme
A soixante-dix ans, vous pouvez le placer devant une bonne table et à côté d'une ravissante jeune fille, il sera aussi passionné et aussi troublé qu'àTépoque de sa jeunesse. M"* de Beaulieu lui produit une telle impression qu'en la quittant il se met à errer-en pleine campagne ; il ne retrouve plus le chemin de Paris. Quelques jours après, il raconte cette « folie » à Tabbé Vergier qui était resté à Bois-le- Vicomte ^ Durant trois jours il a été sens dessus dessous. Nous ne trouvons pas cette histoire exagérée, car il nous a déjà prévenu lui-même que, « pour peu qu'il aime, il voit moins qu'une taupe qui aurait cent pieds sous terre*. »
Ce qui l'excite naturellement le plus, dans ce genre d*émotion, ce senties yeux. Il ne peut jamais rester indifférent à ceux qui lancent « feu et flamme ». En deuxième ligne, la couleur blanche, le blanc, en général, complète son excitation. Un^ peau blanche, une gorge découverte et blanche, des pieds blancs et mignons, etc., voilà ce qu'il retient souvent d'une femme.
Voyons, plus en détail, comment il se comporte dans l'affectivité amoureuse.
A Châtellerault, la fille de son hôte est assez jolie, mais elle n'est, par contre, qu'un enfant. Peu lui importe ; il en est si envieux et si friand qu'il prie Morphée de la lui envoyer. Elle ne sera pas malheureuse avec lui.
En parlant de Poitiers, qui possède des « pierreslevées », des monuments antiques et où se trouve un de ses « cousins », il n'a aucun souci de connaître ces
1. T. IX, p. 416 : Lettre à l'abbé Vergier. ^La scène s'est passée à Boisle-Vicomte, chez M. d'Hervart.)
2. T. IX, p. 315 : Introd. aux pièces de vers de M'^" Golletet.
86 JEAN DE LA rONTAINE
curiosités, ni son parent ; il voudrait, arant tout et surtout, avoir vu « la Landru* ».
Lorsqu^il fréquente assidûment M"' de Champmeslé, nous assistons à des déclarations d'amour fort touchantes. Jean témoigne un grand enthousiasme pour cette actrice. Malheureusement elle semble rester utl peu sourde anx déclarations du fabuliste. D'aucuns même ont prétendu que cette aimable personne s'amusait du Bonhomme. La chose est, somme toute, fort possible, car sa naïveté le prédisposait à jouer un rôle de dupe.
Ainsi, à cette époque, il se trouve chex M""" d'Hervart, à Bois-le-Vicomte : tout Tentourage le trouve triste et mélancolique. N'a-t-il pas laissé la Champmeslé à Paris? Il lui écrit des lettres remplies de charme. Toute la nature, qu'il aime tant d'ordinaire, lui semble maintenant monotone et ennuyeuse. Il le déclare, du reste, formellement dans une lettre :
Bois, champs, ruisseaux et nymphes des prés ne le touchent plus guère '^.
En définitive, La Fontaine ne résiste jamais à la femme qui possède quelques charmes. Mais, en cela, il est beaucoup plus précis et beaucoup plus exigeant que l'on tie pourrait l'imaginer, tout d'abord : il veut que la femme de son goût soit, à la fois, belle d'esprit et de corps. La beauté de l'esprit sans la beauté du corps le laisse indifférent et vice versa.
Mais, dans toutes ses « rencontres », il n'a qu'un but i arriver par la voie la plus rapide au dénouement pra-
1. FiUe de mœurs légères de Poitiers : Oh la disait fort jolie, t. IX, p. 288 : Lettre à sa femme.