Ibid
3. T. VIII, p. 486 : Poésies diverses (traduction en vers de LuciliUs).
4. T. III, p. 157 : liv. XI, fable VIII, le Vieillard et les Trois Jeunes Hommes.
lui-même ; il renouvelle maintenant le doute méthodique qu'emploient les philosophes. Quand finira le monde et la vie? Quand donc l'espèce cessera-t-elle de s'unir, de se reproduire? A quand la fin des fins? Il s'abîme dans toutes ces pensées profondes; il s'y complaît, et en vit, comme s'il n'avait jamais été qu'un philosophe. Il exprime en ce moment des pensées qui nous étonnent de sa part ; il devient même souvent aussi profond et aussi saisissant que Pascal :
Uui de nous des clartés de la voûte azurée Doit jouir le dernier ^ ?
En présence de telles énigmes, La Fontaine a su prendre son parti : Dieu est impénétrable et la nature a des secrets éternels; l'homme ne connaîtra jamais à fond l'origine et le mécanisme de sa machine ; il ne lui reste donc qu'à vivre pour ce bas monde. Et Jean nous fait part de la morale pratique, du C7*edo social qui le fait vivre et le soutient. Il faut s'aguerrir tout d'abord à la pensée de la mort, c'est-à-dire que l'on doit y penser chaque jour si Ton veut être un « sage^ ». La Fontaine cependant préfère infiniment la vie à la mort. L'homme souffre parfois beaucoup ici-bas, mais il doit préférer cette souffrance au néant. Plutôt soufi'rir que mourir est la devise dos hommes ! Jouir par surcroît sans être certain de jouir longtemps est bien préférable à la mort^. Si l'état pire c'est le « néant », il n'est rien qui s'en rapproche davantage « qu'un cœur froid* », qui se dessèche chaque jour,
1. T. m, p. 137 1 liv. XI, fable VllI, le Vieillard et les Trois Jeunes Hommes.
2. T. II, p. 207 : liv. VIII, fable I, la Mort et le Mourant.
3. T. I, p. 108 : liv. I, fable XV, la Mort et le Bûcheron. Il y est exprimé une idée à peu près semblable à celle que nous énonçons.