T. IX, p. 373, Lettre à Racine
3. La Fontaine fait ici allusion au travaH de Cureau de La Chambre, Discours sur les causes du débordement du Nil (Paris, 1665, in-4*) : le NU contient du nitre en grande quantité; il fermente à tel point à un moment donné qu'il fait déborder les eaux du Nil. — La Fontaine raille finement cette conception bizarre. Nous savons aujourd'hui que les débordements du Nil sont dus à la crue de ses affluents d'Abyssinie (T. VI, p. 339. Poème du Quinquina),
s'élève dans le même passage contre la Faculté de médecine, qui se refuse, malgré Texpérience, à reconnaître les bons effets thérapeutiques du « quinquina *».Que faut-il penser aussi de ces astrologues qui devinent la « destinée » de Thomme à travers les astres et qui prophétisent sur le « devenir » de leurs semblables ?
La Fontaine les juge comme étant des esprits aussi stupides et aussi vains que les chercheurs de « pierre philosophale ». Il répond à ces faiseurs d'horoscopes par une déclaration de principe :
Je ne crois pas que la Nature Se soit lié les mains et nous les lie encor Jusqu'au point de marquer dans les cieux notre sort^.
Et le Bonhomme passe aussitôt à la théorie de l'automatisme des bêtes de Descartes. Son profond amour pour les animaux et son intuition géniale lui font soutenir avec véhémence et avec passion qu'il y a autre chose, chez ces êtres, qu'un « aveugle ressort ». Nous savons que l'avenir et l'expérience lui ont donné à peu près raison. La plupart des savants et des phj'siologistes ^ reconnaissent aujourd'hui qu'il n'y a, entre la conscience animale et la conscience humaine, qu'une question de quan^ tité et de degré, qu'un rapport de n à + n.
1. On trouvera exposée tout au long cette querelle du quinquina dans rintroduction à ce poème de YEdition des grands écrivains {pp. 307 à 315, t. IX). Le médecin François de la Salles (dit Monginot) est un des défenseurs du quinquina. La Faculté ne veut l'employer, parce que, dans les fièvres, par exemple, il fige le sang. Voir encore T. IX, p. 339.