T. II, p. 295 : livre VllI, fable XVI, VHoroscope
3. Certains physiologistes, comme Loeb, de Chicago, et Bethe, ont voulu ne voir dans Tanimal, au moins dans l'animal inférieur, qu'un simple automate. Mais, par contre, Bûchner, CarlVogt, Romanes, Darwin, etc..
SA PHILOSOPHIE i21
Je ne sais si les répliques et les arguments du fabuliste sont appréciés à leur juste valeur par ses contemporains, mais nous devons reconnaître, quoique sa thèse soit vraie, qu'il est plus ingénieux et plus imaginatil* que précis dans ses démontra tiens. // étaye le plus souvent sa théorie par des arguments sentimentaux et, dans la circonstance, cela ne saurait suffire.
La Fontaine accorde à Tanimal une âme sensitive, siii generis^ qu'il a le tort de différencier nettement de Tàme humaine. L'esprit sensitif et l'esprit pensant sont ainsi séparés par la « qualité » et non par la « quantité ».
D'ailleurs, ses fables, les Deux Rats^ le Renard et VŒuf^^ les Souris elle Chai-Huant-^ sont chimériques, irréelles; elles ont été fabriquées de toutes pièces pour les besoins de la démonstration.
IV. De la philosophie morale et sociaj.e. — Si de la philosophie scientifique du fabuliste nous passons à sa philosophie morale, nous verrons que, là encore, il manifeste, en dépit de quelques recrudescences passagères de religiosité, un esprit libertin. Il s'est composé une morale toute naturelle, parce qu'il affectionne particulièrement la vie. d'ici-bas, parce qu'il ne semble pas être certain, quoi qu'il en ait dit, qu'il y ait une autre vie. Vivons d'abord dans ce monde qui nous environne, nous dit-il
ont accorde à ranimai la conscience et plus que la conscience qu'ilméritait.
Voir pour les détails l'excellent article de Claparède, de Genève, les Animaux sonl-ils conscients ? {Revue philosophique, mai 1901.)
1. T. Il, p. 454 et suiv. : livre IX, fable XIX, Discours à M"" de La Sablière.
2. T. m, p. 161 et suiv. : livre XI, fable IX, la Souris et le Chat-Uuant
souvent, et nous verrons ensuite ce qui en adviendra.
Est-ce à dire que Jean de La Fontaine est un moraliste au sens précis du mot? Je ne le crois pas. Il s'est étrangement trompé le jour où il a écrit dans sa Préface aux Fables qu'il voulait éduquer, instruire les enfants. Son œuvre peut amuser Tenfance, mais non Téduquer. Ses fables sont faites pour les adultes, pour les gens expérimentés qui possèdent l'esprit critique, pour ceux qui pensent et qui réfléchissent, c'est-à-dire ceux qui savent lire entre les lignes, qui savent retenir le « sens » et non la « lettre », qui savent compléter en un mot son œuvre et sa pensée. II agit, comme La Bruyère, en critique et en psychologue. Son œil de subtil observateur saisit sur le vif les défauts et le ridicule de notre nature. Il excelle à transposer toutes ses observations dans de petits drames précis et imagés. Ne croyez pas qu'il soit malicieux, ni qu'il écrive pour se venger de quelqu'un ou de quelque chose ! Ne nous dit-il pas ingénument : voici un tableau de la société qui est fait d'après nature; honni soit qui mal y pense! Et il s'empresse de nous tirer la révérence sur cette parole si révélatrice de sa pureté d'intention.
La Fontaine procède la plupart du temps de la même manière que les naturalistes modernes, c'est-à-dire qu'il peint le « vrai » sans le commenter, nous laissant à penser qu'il est assez expressif, assez éloquent par luimême.
Rousseau* et Lamartine', qui ont si maladroitement critiqué le Bonhomme, n'ont jamais su apprécier la franchise de son caractère. C'est pourquoi ils lui ont prêté