Rousseau, Emile, liv. II, IV et suiv
1. Lamahtlne, Cours familier de Littérature, art. La Fontaine.
des intentions qu'il n'a jamais eues, c'est pourquoi ils lui ont fait tenir des propos insensés ou invraisemblables.
Le dernier mot du fabuliste résume et condense toute son expérience de la vie : c est le « connais-toi toimême » de Socrate. Nous verrons bientôt plus amplement qu'il a su employer pour lui-môme le précieux précepte qu'il propose à ses semblables. Nul ne s'est mieux connu iii mieux analysé que le fabuliste.
Alors qu'il est las des choses de la vie, alors qu'il . s'est meurtri aux cailloux du chemin, il nous dit, sur le tard, dans sa dernière fable, qu'il vaut mieux vivre dans le calme et la solitude si l'on veut bien se connaître soimême. Il s'aperçoit maintenant que le monde est vain, futile et méchant, parce qu'il nous retient sans cesse, parce qu'il nous fait penser aux défauts d'autrui, alors que nous ne songeons jamais aux nôtres. Il semble nous dire mélancoliquement :
Pour vivre heureux, vivons cachés ^
La fable le Juge arbitre^ f Hospitalier et le Solitaire contient, finement enchâssée; cette sévère maxime qui est la négation de toute sa vie, la condamnation pure et simple de tout son passé. Autrefois il nous disait allègrement, dédaigneusement même, que :
La solitude abâtardit le naturel*^.
Maintenant il est devenu un misanthrope sévère. Je songe, qu'après tout, ce pessimisme tardif n'est que la
1. T. III, p. 338 à 345 : liv. XII, fable XXV, le Juge arbitre, i'Hospy talier et le Solitaire.