‹ Fontainebleau (volume 3)Chapitre 80 sur 131 · T. II, p. 471 : Discours à M"* de La Sablière · texte numérisé non relu

T. II, p. 471 : Discours à M"* de La Sablière

2. T. I, p. 81 : liv. I, fable VIII, VRirondelle et les Petits Oiseaux.

3. T. II, p. 150 à 154 : liv. VII, fable X, la Laitière et le Pot au lait.

d'imagination et de rêve est parfait en lui-même. Une imagination fallacieuse en a assuré tous les frais. Le point de départ est toujours réel et justifié : ici c'est un pot au lait. Mais bientôt le point initial a disparu, et Timagination continue sa course folle à travers la chimère. Arrivé au terme de cette escapade de Tesprit, le dénouement agréable ou pénible nous excite dans tout notre corps, et le réveil nous replonge dans la réalité. Le fabuliste ne se gêne pas pour dire que l'imagination spéculative se rencontre chez tous les hommes :

Quel esprit ne bat la campagne?

Qui ne fait châteaux en Espagne ?

Autant les sages quç les fous, Chacun songe en veillant; il n'est rien de plus doux : Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes ^.

Aux sensations, aux passions, à la mémoire et à Timagination, il faut un régulateur, une puissance intelligente qui associe et dissocie, selon le cas, notre vie de l'esprit. 11 faut un chef qui commande, ordonne, et ce chef, c'est «la volonté ».

La volonté, cause et moteur d'un grand nombre d'actions, est tantôt reconnue intégrale et libre par La Fontaine, et tantôt réduite à l'état de puissance secondaire, dont les actes sont prévus et prédéterminés. C'est dire qu'il est tantôt partisan du « libre arbitre » et que tantôt il admet, au contraire, un « déterminisme » rigoureux, qui ne s'écarte pas beaucoup du fatalisme proprement dit.

1. T. II, p. 130 à 154 : liv. VU, fable X, la Laitière et le Pot au lait.

Prenons-le à la phase où il est partisan du libre arbitre.

La volonté nous détermine, Mais non Tobjetni Tinstinct*.

La volonté est libre. Son action est finie, supérieure et délicate. C'est elle qui fait que je « sens » en moi un « certain agent» qui me rend libre et maitre de moi-même; sans la volonté, je ne serais rien; les animaux me seraient supérieurs. Mais^ grâce à elle, je suis un homme vraiment conscient :

Tout obéit dans ma machine A ce principe intelligent 2.

Comment procède 1(^ volonté pour entrer en activité ?

Elle actionne les esprits animaux, qu'elle conduit dans le cerveau, pour qu'ils puissent « s y filtrer» et y reconnaître les traces qu'ils y ont laissées ^''.

Voici maintenant que ce principe (la volonté), qui se distingue nettement du corps, à qui il commande, sans savoir comment celui-ci procède, devient un agent impuissant dans bien des circonstances de la vie. Jean est devenu fataliste.

Notre existence est tracée d'avance : volonté, prières, supplications ne changeront pas la façon de vivre, ni le caractère, ni les habitudes d'un mortel, quel qu'il soit, surtout si « l'étoffe i) a pris son « pli ». Quoi qu'on fasse, l'être est coulé d'avance et, quoi qu'il fasse, il faut qu'il accom-

1. T. II, p. 470 et suiv. : liv. IX, Discout^s à Af** de La Sablière.

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