‹ Fontainebleau (volume 3)Chapitre 82 sur 131 · T. I, p. 35 : Vie d'Esope · texte numérisé non relu

T. I, p. 35 : Vie d'Esope

2. T. I, p. 303 : liv. IV, fable X, le Chameau et les Bâtons flottants.

tendus » se relâchent périodiquement, et nous plongent, à un moment donné, dans le sommeil. La monotonie des images du dehors peut provoquer le « sommeil » sans que la fatigue proprement dite s y mêle. Les plaines de la Beauce, dont le décor est toujours si plat et si banal, donnent à notre fabuliste une grande envie de « dormir^ ». Le sommeil est non seulement nécessaire au corps, mais il procure aussi à l'esprit les douces joies du « songe ».

La Fontaine aime encore à rêver dans la veille : couché

sur un gazon, Ton rêve au bruit de Teau 2. U n'est peutêtre rien de plus doux^ que de songer en veillant. Pour bien songer, pour laisser « folâtrer » à son aise imagination, il faut dormir^; dans le songe. Ton oublie le réel, l'on fait foin des soucis de la veille, l'on se construit de riches palais dont on est le seul propriétaire ; l'on se crée savant ou grand seigneur, l'on s'imagine parfait ou volontaire. L'état de sommeil, qui nous plonge dans l'inconscience, nous abandonne aussi aux fougueux caprices de l'imagination fallacieuse. Le songe implique l'absence de toute préoccupation triste, car la mélancolie est l'ennemie jurée du sommeil^. Aussi, ô homme! songe le plus souvent que tu le pourras ; choisis à l'envi ce qu'il y a de plus beau dans « ton magasin.». Tu oublieras ainsi la vie quotidienne, que tu sais faite de mille soucis qui t'absorbent et te paralysent si impitoyablement. La Fontaine semble nous dire en définitive que Timagination, la rêverie et le songe sont la fortune du pauvre ou constituent, tout au moins, un heureux palliatif à son infortune.

Page 1