CHAPITRE III
Rien n'est si incertain que l'histoire des arts en général sous Henri IV. Ce que Fontainebleau emprunta de ce règne, participe de cette obscurité.
Pour en imaginer le tableau, il est indispensable de se représenter l'espèce de vénération qu'un demi-siècle de recul ajoutait à l'admiration que Fontainebleau avait excitée dès sa naissance. Le Fontainebleau de François I" ne faisait pas seulement alors figure de résidence historique somptueuse, mais d'école. On y venait étudier. Et cela n'était pas seulement le fait des élèves qui, travaillant sous les maîtres attachés à l'embellissement de ce château, s'étaient instruits de leur direction et de leurs exemples, mais de jeunes peintres venus exprès, à qui, en l'absence de la cour, on ouvrait les salles et les galeries.
Dans un passage de son Livre des Peintres, l'historien de la peinture ilamande. Van Mander, nous fait voir cinq jeunes artistes travaillant
dans ces conditions à Fontainebleau, en 1566, «jusqu'au moment, dit-il, où, après quelques mois, la cour étant venue s'établir à Fontainebleau, il leur fallut se retirer ». Un souvenir de ce passage est resté dans une vue du château que l'un d'eux, Denis d'Utrecht, avait peinte, et qui vient d'être vendue à l'Amérique. Parmi ces jeunes gens étaient deux des frères Franck dont un, Jérôme, se fixa depuis à Paris. Le Gantois Lucas de de Heere, qui travailla pour Catherine de Médicis, « allait, dit le même auteur, beaucoup à Fontainebleau, où il y avait beaucoup de belles choses à voir : figures antiques, tableaux, etc. » Un autre flamand, Jérôme Cock. un Italien, Georges Mantouan, ont gravé, de passage dans cette résidence, quelques compositions de la galerie d'Uh'sse.
Le bruit public d'une part, de l'autre les estampes répandues par le monde et jusqu'en Italie, attirèrent ces artistes et mille autres. Vasari fit pour son pays le récit des merveilles du château du roi de France. On vint dès lors à Fontainebleau pour étudier le Primatice, comme on allait à Rome étudier Raphaël, Jules Romain à Mantoue, Véronèse à Venise. Les Flamands surtout en profitèrent. La proximité de Fontainebleau leur accourcissait le voyage que jusqu'alors ils avaient fait en Italie. De là vient la grande influence exercée par le Primatice et le Rosso sur les maîtres de l'école d'Anvers à cette époque, et l'imitation excessive qui se fit de l'ornement de Fontainebleau dans les Flandres.
Rappelons ici que le respect à l'égard de Fontainebleau se perpétua pendant deux siècles, et jusqu'à la destruction de la galerie d'Ulj-sse. De nos jours encore, la manière dont en ont parlé M. Reiset et le feu marquis de Chennevières atteste, autant que le goût de l'amateur, une longue tradition de déférence à l'égard d'un magistère ancien, ressentie à travers les âges.
Une seconde floraison de talents dans ce château ne pouvait donc manquer de rassembler deux caractères : celui d'un atelier de production, et celui d'un foyer d'étude. En même temps qu'emplo3'és à sa décoration, les artistes de Henri IV y faisaient œuvre de maîtres, en même temps, à l'égard des peintres leurs prédécesseurs, fréquentés chaque jour dans leurs oeuvres, ils multipliaient les preuves d'une docilité de disciples. Les copies au crayon de ce temps-là d'après les peintures du Primatice abondent. Plusieurs sont authentiquement l'œuvre des meilleurs maîtres du second Fontainebleau. Ajoutons que le style de quelques-uns d'entre eux parle encore plus haut que ces copies, étalant dans sa ressemblance avec celui du maître l'eff^et d'un enseignement pieusement obé et d'une tradition renouée sur place chaque jour.
L'empressement que mit Henri IV à restaurer ce château, le goût qu'il eut à en suivre les embellissements, nous est représenté dans le récit d'un ambassadeur de Florence, Camille Guidi, qui visita le roi à Fontainebleau en 1 608 .
<< Le roi, dit cet ambassadeur, me fit appeler comme il allait à la messe, et après qu'elle fut dite, il me prit auprès de lui, et, m'ayant mis la main sur le bras, comme il fait à plusieurs, il commença à me montrer la maison, chambre par chambre, commençant par ses appartements et galeries, et continuant par toutes les autres, me désignant tout ce qu'il )' avait de remarquable, nommant chaque peinture de prix, m'en disant l'époque
Cliché iNeui-ilem.
Façade de la cour des Cuisines, par Rémi Collin.
et l'auteur, avec le mode d'acquisition, distinguant avec beaucoup de soin ce qui venait de ses prédécesseurs, et ce que Sa Majesté y a ajouté et restauré. Et je crois que ce roi n'a pas moins fait en quelques années que tous les autres ensemble. Nous marchtimes et tournâmes deux grandes heures, et allâmes partout. Nous montâmes par des escaliers et sur les échafaudages des peintres, pour les voir à l'œuvre, non sans fatigue et sans danger. Sa Majesté allait là-dessus, se baissait et sautait avec tant d'agilité et de liberté, que je n'en revenais pas d'étonnement, et au lieu que j'eusse dii le servir, c'était lui qui m'aidait dans les pas difficiles ».
Ce tableau agréable, peint au vif par la plume d'un contemporain, servira de parfaite préface à ce qui va suivre.
Au premier rang des bâtiments qui furent élevés sous ce règne, il faut compter l'ouvrage considérable de la cour des Offices qu'on 'appela alors des Cuisines. Elle offre trois corps de bâtiments, disposés devant la cour
Ovale, sur un plan carré dont le quatrième côté était alors formé par le fossé. Cet édifice, bâti en une fois, est ce qu'il y a de plus régulier dans le château. Chacune des ailes offre un pavillon au milieu et deux aux extrémités. L'architecture en est extrêmement simple, tout l'ornement n'étant que des chaînages de brique autour des fenêtres et dans les angles. Seul le pavillon du milieu vers la ville, qui sert de porte principale, offre un ordre toscan de quatre pilastres à bossages, sur l'entablement duquel repose une voûte en cul-de-four couronnée d'un fronton. Le cul-de -four comme le reste est décoré de bossages. L'effet en est beau et majestueux. Une inscription au-dessus de la porte, offre le nom de Henri IV et la date de 1609.
Mais le plus heureux effet de ces nouveaux bâtiments fut d'augmenter du côté du parterre et d'achever le développement de façades qui donne au visiteur venant du grand canal, une impression de si grande magnificence. Vu de ce point, le château apparaît comme une ville, couronné d'une profusion de pavillons à grands toîts, qui s'échelonnent dans la perspective, et, se dominant les uns les autres, donnent l'illusion de bâtiments sans fin. D'aucun autre point de vue on ne comprend si bien le mot du cavalier Marin, l'auteur d'Adotiis: « Quoique cette maison ne soit que plusieurs bâtiments joints les uns aux autres dans divers temps, sans aucun ordre ni symétrie, cette confusion néanmoins a un air de grandeur et de majesté qui surprend agréablement. »
Tous les guides, depuis l'abbé Guilbert, ont répété que François Jamin était l'auteur de cette cour des Cuisines. C'est un point maintenant démontré que Rémi CoUin la bâtit.
La cour des Cuisines ainsi faite ne pouvait aller sans un agrandissement de la cour Ovale de ce côté. Au delà des chapelles fut élevé dans le même temps, le pavillon qu'on appela des Dauphins. L'ancienne salle du Guet fut abattue, et de l'autre côté le bâtiment rectifié s'étendit sur une pareille longueur, selon la figure que nous voyons aujourd'hui. Tout le détail de ces changements échappe. Ce qu'ils ont eu de plus remarquable est le redressement du portique de Serlio, dont la façade faisait auparavant un coude sur cette cour, et qui suit maintenant la ligne droite, sans qu'on puisse apercevoir dans ce morceau la moindre différence avec ce qu'il dut être auparavant. Aussi a-t-on douté que ce redressement ait eu lieu. Mais la chose n'est pas contestable, et l'on doit supposer que les pierres en furent remises en ordre après avoir été numérotées, comme cela avait lieu dans le même temps pour le portail du pont dans la cour du Cheval-Blanc.
Le pavillon ajouté de ce côté amorça sur son autre face, la cour nommée de la Conciergerie, qui fît la cinquième de ce château. Un corps de logis y fut bâti à l'autre bout sous Henri IV, dont quelques lambris décorés de paysages' attribués à Paul Bril ont conservé longtemps leur place dans les inventaires du château. Le roi logea de ce côté le capitaine-concierge, doù la cour a tiré son nom, et plusieurs fois y fit luimême sa résidence, quand il venait avec peu de suite, sans appareil, pour les petites chasses. Cette partie est tombée dans un profond oubli, depuis que l'Ecole d'Application l'occupe, en même temps que la cour des Cuisines. Elle n'en eut pas moins en ce temps-là une importance que les règnes suivants devaient accroître encore, comme nous verrons.
Cette cour se trouva fermée au couchant par la galerie de Diane, dont Henri IV fit le complément des appartements de la Reine, comme la galerie de François I"' faisait celui de l'appartement du
Roi. Cette galerie sépara la cour de la Conciergerie du jardin de Diane d'à présent. Du côté de ce jardin elle fit l'un des trois corps entre lesquels Henri IV acheva de l'enfermer. Les deux autres furent la Volière et une galerie nommée la galerie des Chevreuils, qui prolongeait en bordure de ce jardin l'aile qui fait le fond du Cheval-Blanc. Ces deux dernières ont été abattues depuis. Celle des Chevreuils n'était qu'un rez-de-chaussée. On y voyait représentées des chasses qui n'ont pu être de Toussaint Dubreuil, ainsi que l'assurent d'anciennes descriptions, s'il est vrai que Louis XIII enfant y fut représenté près de son père.
Ancienne fontaine de la Volière, par Francine (d'après une gravure d'Abraham Bosse), dans le Trésor des Merveilles du P. Dan.
6o FONTAINEBLEAU
Dubreuil mourut en 1602, lorsque ce prince n'avait encore qu'un an.
La Volière, depuis aménagée en orangerie, qui iit changer en jardin de rOrangerie le nom du jardin de la Reine, eut en son milieu un rocher, avec une figure de Neptune, que l'on voit gravé dans l'ouvrage du P. Dan. La galerie de Diane avait au rez-de-chaussée une suite de vues cavalières des différentes maisons royales, entremêlée de tètes de cerfs, qui faisaient nommer ce rez-de-chaussée galerie des Cerfs. On ignore quel était l'auteur de ces peintures, entièrement refaites aujourd'hui. Toute cette partie fut achevée vers 1600 ; on ne sait pas qui fut l'architecte.
La porte du Baptistère, qui forme l'entrée de la cour Ovale du côté de celle des Cuisines, est le dernier ouvrage à mentionner de ce règne. C'est le plus beau de tout le château, non seulement dans son étage inférieur, dont j'ai dit l'origine, mais à cause de son couronnement.
Ce couronnement est en forme de dôme, qui repose sur quatre arcades. Au-dessus de ces arcades, du côté de l'Ovale, furent sculptées dans un fronton, deux Renommées, qu'on a copiées plus tard sur l'autre face, et qui soutiennent le double écu de France et de Navarre. Ces arcades posent directement sur l'entaljlement du premier ordre ; l'amortissement de chaque côté est fait par des enroulements d'un goût parfait. Il est tout à fait regrettable qu'on ne puisse nommer l'auteur de ce morceau, l'un des plus justement célèbres de notre Renaissance française, et quon ignore jusqu'aux sculpteurs qui, dans une excellente manière, en ont achevé les ornements.
Le nom de Baptistère lui vient du baptême de Louis XIII, qui eut lieu sous ce dôme le 14 septembre 1606. On le nommait auparavant la porte Dauphine, parce qu'il faisait, du côté du pavillon des Dauphins, l'entrée d'honneur de la cour Ovale.
Il est remarquable qu'Henri IV avait ramené de ce côté l'entrée principale du château, auquel la cour neuve des Cuisines faisait dans le nouveau plan comme une introduction. La cour du Cheval-Blanc retombait au rang de Basse-Cour, propre aux divertissements de cour et à loger en tout temps le flot des équipages. Cet ordre fut conservé jusqu'à la fin de la monarchie ; c'est celui que suivent encore les guides imprimés au temps de Louis XV.
L'appartement du Roi et celui de la Reine étaient aussi définitivement fixés de ce côté. La cour Ovale ainsi agrandie en rendait le séjour plus supportable. Seulement la tour du Donjon ne servit plus que de dépendance et de premier cabinet ou de salle du Roi. Cette considération conduit natu-
rellement à parler des peintures qu'on mit en cet endroit, et dans les autres parties du château. C'est, comme j'ai dit, te plus important de ce chapitre.
CUclitt r^curdeio.
Porte du Baptistère, en partie du Priraatice.
De tous les peintres qui fleurirent sous Henri IV, le premier en date comme en mérite, est l'habile Toussaint Dubreuil. 11 avait peint à Fontainebleau, dans la salle haute du pavillon des Poêles, près des Travaux d'Hercule de Roger de Rogery, la suite de ces mêmes Travaux, à la place des peintures anciennes, que le temps et l'abandon avaient sans doute mises au point d'être refaites. Sa mort
bz FONTAINEBLEAU
laissa vacante une place d'importance, qu'Ambroise Dubois occupa.
Ce dernier était flamand et natif d'Anvers. Avec Jean D'Hoey et Josse de Voltigeant, ce sont trois artistes de cette nation, qui tiennent un des premiers rangs dans la seconde école de Fontainebleau.
Ambroise Dubois remplit de ses peintures le ï"ontainebleau de Henri IV. De lui dans la Volière étaient les deux tableaux qui en complétaient l'ornement ; de lui le tableau refait sur la cheminée de la chambre du roi au pavillon des Poêles, et d'autres en d'autres pareilles places dans les bâtiments neufs de la cour Ovale, ainsi que des paysages à fresque dans le pavillon Ro\al sur la cour de la Conciergerie. La cheminée d'une des deux chambres d'Hercule eut de sa main une Diane, peinte sous les traits de Gabrielle d'Estrées, ce qui montre qu'il était plus ancien que l'année 1599, en laquelle Gabrielle mourut.
Dans les appartements royaux, Ambroise Dubois décora deux chambres dont une heureusement nous reste. Avec la chapelle peinte par Fréminet, cette chambre est le seul témoignage conservé de toutes ces décorations. On la nomme salon de Louis XIII. Elle s'appelait en ce temps-là chambre Ovale, et fit depuis partie de l'appartement du Roi. Il est difficile de dire si cela fut dès le temps dont nous parlons. Un fait certain, c'est que la reine Marie de Médicis y accoucha le 27 septembre 1601 de Louis XIII, dont la figure se voit au plafond portée sur un dauphin, en souvenir de cet événement.
Cette figure fait partie d'une grande décoration étendue à la fois au plafond et sur les murailles. Elle ne compta pas moins, à l'origine, de vingt et un sujets, dont quinze sont empruntés au célèbre roman grec de Théagène et Chariclée. Il n'en reste plus qu'onze à présent, à cause des portes qui en ce temps-là ne dépassaient pas le lambris et qu'on ne put hausser plus tard qu'en enlevant quatre de ces tableaux. Ce sont Chariclée sur un char aux Jeux Pythiques, Théagène prenant avec elle la fonction de Sacrificateur, Chariclée pansant Théagène blessé, le Corsaire Trachin s'emparant de Chariclée. Les trois premiers de ces tableaux ont été retirés dans la chambre de Saint-Louis, au-dessus du lambris sous le plafond. Le dernier est perdu. Le tableau conservé au Louvre comme une partie de cette décoration-, est de-Dubrèuil et n'en a jamais fait partie. Voici les sujets qui sont encore en place. Sur les murailles, à partir de la cheminée et face aux fenêtres : Théagène en aidant au sacrifice tombe amoureux de Chariclée, les Pirates frappés de respect en apercevant Chariclée, Pélore essaie de séduire Chariclée, Théagène et Chariclée retrouvant Calasiris, Théagène engage son honneur de respecter Chariclée. Au
plafond, en allant du fond aux fenêtres et de la cheminée à l'autre bout : Calasiris découvre le mal dont souffre Chariclée, Chariclée retient Sisimite pour lui révéler son secret, Théagène et Cnémon cherchent Chariclée à la lueur de l'incendie de l'île des Corsaires, Chariclée apprend le secret de sa naissance, Diane et Apollon ordonnent à Calasiris de conduire les amants en Egypte, Chariclée retrouvée mourante par Théagène. Les tableaux des murailles sont portés au-dessus d'un lambris de
Cliché Neardein.
La chambre Ovale, décorée par Atnbroise Dubois.
menuiserie chargé de petites peintures, où des fleurs alternent avec des paysages. Ce système de décoration, nouveau alors, se perpétua pendant près d'un demi-siècle et jusque sous la minorité de Louis XIV. On attribue contre toute vraisemblance ces paysages-ci à Paul Bril. Les tableaux sont placés dans des cadres de stuc, dont des cartouches ornés de cuirs font l'entre-deux. En même temps que les chiffres de Henri IV et de la reine, on voit sur le lambris le rébus d'un S barrée, qu'on a dit celui de Gabrielle d'Estrées, compo.'^é d'un S et d'un trait. Mais outre qu'on prononçait et qu'on prononce Btn'cs, cet emblème est anciennement connu pour signifier fermes se ou fermeté.
Telle est, dans son dernier état, cette chambre, que le Père Dan et Guilbert nomment le grand cabinet du Roi, et les guides de l'époque suivante son antichambre. La chambre du Roi y donne par les deux portes du fond.
Avec le Buffet, la chambre de Saint- Louis, la salle du Conseil, et cette chambre, elle composa l'appartement du Roi jusqu'à la fin de la monarchie. Il faut y ajouter le cabinet converti en escalier, depuis que la construction de l'aile de Napoléon a obligé d'en murer les fenêtres. C'est par la porte qui, de ce cabinet mène à la chambre de Saint-Louis, que passait le maréchal de Biron, sortant de la chambre du roi, quand il fut arrêté par ordre de Henri IV, le 14 juin 1602.
Ce monarque donna aussi ses soins à la restauration de l'ancien cabinet, qui semble bien n'avoir plus conservé au temps du Père Dan, de ses origines, que les peintures de sa cheminée et de ses armoires. Tout le reste portait les chiffres de Henri IV, de Marie de Médicis avec des S barrées ; et le plafond, peint dans le genre de Fréminet, représentait Vulcain, Mercure et Vénus, à la place où nous voyons paraître les allégories de Boucher.
Les deux chambres ensuite de celle de Théagène, faisaient partie de l'appartement de la Reine, servant de salle des Gardes et d'antichambre.
Elles n'ont gardé d'ancien que la cheminée que j'ai décrite. Dans le salon où se trouve cette cheminée, on a couvert les murs de quelques tapisseries des Chasses de Maximilien dessinées par Van Orley, et dites les Belles chasses de Guise. Il y a trois pièces entières et quatre coupures. Le salon dit des Tapisseries est décoré jusque sur la cheminée de sept pièces, dont une coupure, d'une tenture ancienne et fort belle de Psyché. Une est
Cliché Neurdeln.
Stucs de la chambre Ovale.
LE FONTAINEBLEAU DK HENKI IV 65
copiée du maître au Dé, de qui le vitrier d'Ecouen avait emprunté la suite entière de vitraux du même sujet qui sont à Chantilly. Cette tenture est peut-être celle que le commandeur del Pozzo a vu dans la possession du roi en 1625. et qu'il cite parmi les ouvrages du temps de Henri I\' et de François I".
Ces arrangements sont modernes, et en partie du règne de Louis-Philippe, de qui sont les phifonds à caissons compartis. On a depuis peu accommodé ces pièces de meubles du second Empire, qui ne méritent pas plus de mention. Seules deux tables du temps de Louis XIV, placées dans la chambre de Théagène, retiennent l'attention, filles sont de bois doré dans le stjdede Lepautre. Dans l'une la tjiblette de marbre pose sur la belle doucine renversée ornée de feuillage qu'on voit souvent à ces sortes de meubles. L'exécution de celle-ci est aussi la plus belle. On a mis également dans la salle du Buffet deux meubles de grand prix : ce sont deux cabinets d'ébène, dans le style de Stabre et de Boule le vieux, échantillon précieux de cet art au temps de Louis XIII, soutenus l'un de six colonnes annelées, l'autre de six termes, et dont le coffre est chargé d'ornements de la plus grande délicatesse.
Nous reprenons la suite de l'appartement de la Reine par l'ancien cabinet de Clorinde, depuis nommé salon des Dames d'honneur. C'était, dit Guilbert qui le décrit peu d'années avant sa suppression. « le plus gracieux de tout l'appartement ». Comme la chambre de ïhéagène, il était orné de paysages de Paul Bril sur le lambris, et au-dessus de huit tableaux de l'histoire de Tancrède et de Clorinde, tirés de la Jérusalem délivrée.
Ambroise Dubois était l'auteur de ces tableaux, dont trois ont été conservés. Clorinde devant Soliman, et Tancrède au siège de Jérusalem, sont exposés dans la salle du Buffet ; Clorinde blessée assistée par Tancrède, est conservé dans les collections du Louvre.
Tout cet ornement nouveau de l'appartement de la Reine avait reçu son couronnement, de la galerie, dont la bibliothèque tient la place. On l'appelle quelquefois encore galerie de Diane. Elle ouvre sur un vestibule voisin du cabinet de Clorinde. par un portique de deux colonnes, mises à propos en cet endroit pour rappeler les anciennes de marbre noir fort belles, qu'Henri IV avait fait placer là. L'ambassadeur que j'ai cité, raconte que le roi les lui fît remarquer, et lui parla de quatre autres colonnes, tirées de la même veine, dont il avait fait présent au grand-duc de Toscane, oncle delà reine.
Cette galerie offrait une quantité énorme de peintures, à la voûte et sur les murailles. D'excellentes aquarelles de l'architecte Percier, que la bibliothèque de l'Institut conserve, peuvent donner une idée de l'ensemble. La voûte avait vingt sujets principaux, qui ne formaient pas, comme dans celle d'Ulysse, des travées distinctes, mais se reliaient les uns aux autres par des motifs ingénieusement disposés. Des paysages formaient quelques tableaux secondaires. Quelques-unes de ces peintures,
Cliché Neurdein.
Vue de la galerie de Diane rebâtie.
levées lors de la suppression de l'ensemble, ont été recueillies par les soins de Louis-Philippe, dans la galerie des Assiettes. Les suivantes ont été disposées au-dessus du lambris de cette galerie : Junon, Cérès, Neptune, un Enfant tenant un cor, un autre tenant un arc, l'Education, la Renommée, Cérès, Minerve, Flore, la Richesse, la Charité, l'Histoire, une figure allégorique seule sauvée de l'Apothéose de Henri IV, qui faisait le centre de toute la voûte, Jupiter. Au plafond ont été placées cellesci : Ronde d'enfants autour du chiffre de la Reine, la P'rance, Jupiter sur l'aigle, Concert d'anges, Neptune, Flore nue debout.
Les moins réparées de ces peintures, jointes à celles de Théagène,
LR KONTAIXKBLEAU DE HKXRI IV
permettent de juger parfaitement les talents d'Ambroise Dubois. Son exécution est vive et belle, et son coloris bien ordonné. L'esprit de la touche et du contour y rachète ce que la composition a d'un peu pesant et confus. Quant au propre mérite de la décoration, on trouve dans sa galerie le premier exemple de ces beaux arrangements, de ces habiles répartitions de surface, bien supérieures à tout ce qui s'était vu encore, qui devait faire la gloire de notre xvil" siècle.
Ce progrès de la décoration n'est pas moins sensible dans la chapelle, dont l'ornement intérieur tout entier date de cette époque. Elle attendait cet ornement depuis sa construction.
D'autres soins en avaient détourné François I". Henri IV l'entreprit sur un plan grandiose, dont l'exécution en fait l'un des premiers morceaux du château.
Les murs sont décorés d'un lambris doré sculpté de pilastres corinthiens accouplés, qui
font l'entre-deux de huit arcades de chaque côté, et qui rejoignent sous la tribune un péristyle de colonnes du même ordre. Au-dessus de la corniche de cet ordre, sont autant de fenêtres dans l'entre-deux desquelles trouvaient place des peintures maintenant disparues. La voûte au-des.sus estpeinte de cinq grands sujets, dont deux sont en voussure aux deux extrémités, et les trois autres en plafond, accompagnés d'une quantité de compartiments secondaires et de figures allégoriques. Ces
Cliché Noarijfiii.
Peintures d'Ambroise Dubois dans la galerie des Assiettes.
cinq sujets sont à compter de la tribune : Noé entrant dans larche, la Chute des Anges, le Très-Haut dans la gloire, l'ange Gabriel envoyé vers Marie, les Saints-Pères réjouis par la venue du Messie.
Sous l'arcade qui fait le fond de l'église est peinte l'Annonciation, mais cette peinture se trouve dissimulée par l'appareil du maître-autel, que sans doute on ne faisait pas d'abord le projet de monter si haut et de rendre si magnifique.
Ce grand ouvrage fut commencé en 1608, et terminé seulement après la mort de Henri IV. Martin Fréminet en est l'auteur, et quelles que soient les critiques qu'il mérite, on ne peut nier qu'il fait honneur à ce peintre. Son st3'le diffère de celui de Dubois, que l'influence du Primatice domine. Fréminet ne tient rien que de l'école florentine. Il recherche les raccourcis audacieux et les fortes musculatures. Son défaut de charme dans le dessin, l'outrance de ses attitudes, la rudesse sombre de son coloris lui valent de justes reproches; mais comment feraient-ils oublier la richesse de l'invention et le degré élevé d'habileté et de science sensible dans ces grands morceaux?
Le soin qu'ont pris Dubois et Fréminet de peindre à l'huile sur le plâtre, les sert près de la postérité. Leurs ouvrages ont, duré, mieux que ne pouvait faire la peinture à fresque de l'âge précédent. La chambre de ïhéagène est peinte sur toile. Aussi n'a-t-on été tenté à l'égard d'aucun de ces ouvrages, de ces restaurations totales dont la dernière devait anéantir tout ce que François I"' fit faire. En fait de peinture monumentale, le Fontainebleau d'aujourd'hui n'offre d'entier que cette chapelle : çt cette circonstance achève de lui mériter l'attention.
Une faut pas moins considérer l'ornement de stuc de la voûte, conçu dans le style de Rubens, qui régnait en France au temps de Louis XIII. Dans la voussure au-dessus de la porte de la tribune, deux Anges volants de grande taille soutiennent un cartouche aux armes de France et de Navarre. Le dessus-de-porte est fait d'une corniche enroulée, couronnée d'un amortissement dans lequel quatre Enfants font un Concert. Rien n'est plus charmant que leur attitude, ni plus parfait que leur exécution. Sous cette console est un cartouche et des consoles ornés de linges en guirlande, qu'on croirait transportés des Jésuites d'Anvers. Sur les portes à droite et à gauche, deux Enfants ailés portent le chiffre de Louis XIII. A l'autre extrémité de la voûte, au-dessus de l'autel, d'autres grands Anges pareils aux premiers supportentle même cartouche aux armes. Au dehors les portes d'entrée de la chapelle sur les vestibules, tant de la nef que de la tribune, ont des décorations de cuirs et d'enfants, qui ne sont pas moins belles.
Le préjugé s'est établi que ces sculptures étaient de Germain Pilon. Il y avait bien longtemps qu'il était mort alors. Les vieilles descriptions ne mêlent pas moins son nom à l'exécution du maître-autel, œuvre de
La chapelle de la Sainte-Trinité.
CIk'Iil' NeuHl.MU.
l'italien Bordoni, orné de quatre colonnes d'ordre corinthien en marbre, avec les bases et chapiteaux de bronze. Deux statues de Charlemagne et de saint Louis figurent entre les colonnes. A l'aplomb de ces colonnes, sur la corniche, S(mt quatre Anges de bronze qui tiennent des attributs. Jean Dubois, fils d'Ambroise Dubois, peignit en 1642 le tableau de cet autel qui représente la Trinité. Plus tard en 1680, Girardon fit un taber-
nacle de marbre et de bronze d'un goût exquis, que la Révolution a détruit en partie. Le pavé, décoré d'une mosaïque de marbre, dont on ne connut pas la pareille en France avant le pavé de l'église des Invalides, est l'œuvre du même Bordoni.
La piété des rois de France n'avait pas cessé dans les deux siècles qui suivirent d'entretenir magnifiquement cette chapelle. L'ordre des Mathurins, à qui elle appartenait de fondation, et de qui François I''' avait
Stucs de la chapelle de la Sainte-Trinité.
acheté la cour sur laquelle elle fut reconstruite, continuait d'en assurer le service, et de faire pour ainsi dire partie de la maison royale de Fontainebleau. Le P. Dan, de qui nous en tenons la description la plus ancienne, sous le nom de Trésor des Merveilles, appartenait à cet ordre. Louis XIV fonda chez eux des messes anniversaires pour le repos de l'àme d'Anne d'Autriche sa mère, dont l'engagement se lit encore sur une plaque de marbre noir fixée à un pilastre du lambris à gauche de l'autel. Diverses mentions, les unes d'entretien de lampes, les autres de tableaux commandés pour les chapelles latérales, se lisent aux comptes de Louis XIV. Deux de ces derniers étaient de Michel Corneille et de Poërson.
Quelque attention qu'on mette à décrire le Fontainebleau de Henri IV, et quelque soin qu'on prenne de n'y rien omettre, on ne peut s'assurer d'être complet, tant quelques-unes de ces décorations ont laissé des traces fugitives. Au nombre de celles-ci est la restauration que le roi fit de l'appartement des Bains.
Tous les stucs des deux dernières salles vers la Grosse Tour, y avaient été refaits avec ses chiffres et ses devises. De plus la dernière avait été repeinte à neuf. On l'appelait salle de la Conférence, à cause de celle qu'y
Cli.lu- N,-uicl.-i
Stucs de la chapelle de la Sainte-Trinité.
tinrent ensemble sur les matières de religion le Cardinal Duperron et Duplessis-Mornay. Dans quelques-unes des pièces voisines, l'architecte Dupérac, qui s'employait à peindre des perspectives, avait représenté diverses ruines antiques dans plusieurs médaillons de stuc. .Mais ce qu'il convient de noter dans cette restauration, c'est la résolution que prit Heni IV d'ôter de l'appartement des Bains les tableaux de grands maîtres qui s'y trouvaient, pour en composer le Cabinet que le commandeur del Pozzo et le P. Dan ont décrit.
Ce Cabinet fut aménagé dans le pavillon du Fer-à-Cheval, nommé pour cette raison pavillon des Peintures. Mais comme ces tableaux faisaient une partie nécessaire de la décoration de l'appartement des Bains, (in
72 ' fontaineble'au
remplaça dans cet appartement les originaux par des copies, ouvrage des meilleurs peintres d'alors. Les noms de ces peintres nous sont connus. C'étaient Ambroise Dubois, Josse de Voltigeant et Michelin. Quand, sur la fin du règne de Louis XIV, l'appartement des Bains fut supprimé, ces copies demeurées sans emploi, furent retirées à leur tour dans d'autres parties du château. On en orna le cabinet des Empereurs, d'où le remaniement de ce cabinet devait encore les chasser plus tard. Kn dépit de ces vicissitudes, trois de ces copies sont conservées. Deux sont dans la chapelle de Trianon-sous-Bois, la vSainte Marguerite de Raphaël, copiée par Voltigeant, et la Vierge aux Rochers de Léonard de Vinci, copiée par Michelin. La troisième est à Fontainebleau, dans le corridor de la galerie d'Ulysse : c'est la Notre-Dame de Raphaël, copiée par le même Michelin.
A ces peintres, pour finir la liste de ceux qui travaillaient au château à cette époque, il faut joindre Maugras, auteur de quelques tableaux dans les bâtiments nouveaux qui séparaient la cour Ovale de celle de la Conciergerie.
A l'égard de la sculpture on a pu remarquer que le stuc n'avait pas repris, dans cette résurrection de Fontainebleau, l'importance qu'il avait eue à l'origine. Ce qu'offre en ce genre la chambre de Théagène est peu. Dans les salles neuves de l'appartement des Bains, c'est en marbre qu'on sculpta l'ornement des cheminées. C'est en marbre pareillement que fut fait le plus célèbre ouvrage de sculpture que Fontainebleau ait vu exécuter alors.
Je veux parler de la Belle Cheminée, d'où toute une aile de bâtiment avait tiré son nom, qu'elle porte encore. Dans cette aile se trouvait la grande salle pour laquelle cet ornement fut fait. Il est malheureux de constater que nous ne l'avons plus qu'en débris. Le bas-relief sculpté sur le manteau représentant Henri IV à cheval décore maintenant la chambre de Saint-Louis ; quatre bas-reliefs représentant des Génies et deux autres des Batailles, sont au Louvre. Des autres parties le roi Louis-Philippe a recomposé une cheminée nouvelle, dans la salle des Gardes près du Buffet.
On admire dans cette pièce ainsi refaite les deux figures allégoriques représentant l'Obéissance et la Paix, et les bas-reliefs qui font le tour du manteau. Seules ces parties sont anciennes et viennent de la Belle Cheminée ; le reste décèle son origine moderne, autant par la vilaine teinte bleuâtre du marbre, que par la médiocrité de la sculpture.
Il est difficile sur ces restes de se faire une idée de ce que fut ce mo-
nument, et de ses dimensions considérables. Mathieu Jacquet, dit Grenoble, l'avait achevé en 1599. Quatre colonnes corinthiennes l'accompagnaient avec des consoles et des vases de bronze. Sa hauteur était de près
ClICUC AvUllIbi
Clieminée refaite des débris de la Belle Cheminée.
de huit mètres et sa largeur de près de sept. On l'abattit en 1725, pour les besoins de la comédie, installée dans la salle qu'elle servait à décorer. Henri IV avait pensé achever de peintures et d'autres ornements la décoration de cette salle, ainsi que l'attestiiient des bordures commencées, qui périrent en même temps que ce célèbre ouvrage.
De tout ce qui précède on ne saurait séparer quelques ouvrages exé-
cutés dans les premières années de Louis XIII, et qui forment la suite naturelle des projets dont on vient de voir l'effet.
Dès 1612 fut commencée pour la chapelle Haute de la cour Ovale une décoration de six tableaux, maintenant perdus. C'était la Résurrection et la Pentecôte d'Ambroise Dubois, l'Assomption et l'Église Militante, de Jean D'Hoey. Neuf ans plus tard, en 1631, Jean Dubois y joignit la Nativité et un Crucifiement. Ces tableaux ont demeuré en place jusqu'au temps de Napoléon. Ils n'en furent enlevés que pour la transformation de cette chapelle en bibliothèque. Une aquarelle de l'architecte Robit qui fut chargé de cette transformation, nous conserve heureusement en petit l'image des trois premiers de ces tableaux. Il faut joindre deux autres peintures sur les petits autels : un saint François et une sainte Catherine peints par Ninet.
Henri IV avait entrepris la réfection de toutes les peintures de cette chapelle ; mais il ne reste pas trace de tout ce qu'il y fit faire.
Il faut achever le tableau de tant de magnificences, par le récit de ce qui s'exécuta pour l'embellissement des jardins.
Henri IV fut le créateur du parc, qui s'étendit au levant jusqu'au village d'Avon, et absorba toute la seigneurie du Montceau, dont la Mi- Voie de Catherine de Médicis occupait une partie. L'acquisition de cette seigneurie eut lieu en i6og. -Sur ses terres fut creïisé le Grand Canal, à l'imitation, dit-on, de celui que les Clausse possédaient au château de Fleury. Ce canal, que ceux de Versailles et de quelques autres jardins du temps de Louis XIV devaient effacer plus tard, fut regardé alors comme une grande rareté. Il a plus d'un quart de lieue de long, et quarante mètres de large. Bassompierre dit dans ses Mémoires qu'Henri IV paria contre lui qu'il serait plein d'eau en deux jours. Il en fallut plus de huit, ce qui montre qu'on était encore loin des merveilles de rapidité accomplies par Louis XIV en ce genre.
Au nord du parc, le même roi fit élever, sous le nom de Ménagerie, une maison de plaisance, qu'on démolit plus tard, et où furent rassemblées, comme dans celle de Versailles, toutes sortes d'animaux et oiseaux étrangers.
Aux travaux qu'Henri IV avait entrepris dans les limites du jardin est attaché le célèbre nom de Francine. Deux frères ont porté ce nom, Thomas et Alexandre, également renommés pour les fontaines et autres ouvrages hydrauliques, dont on embellit les jardins. On les aimait alors très compliqués, et ceux que le premier de ces deux frères installa sous
la terrasse du château de Saint-Germain, ont joui d'un grand renom à cet égard.
Alexandre Francine fut chargé d'aménager la partie des jardins qui s'est appelée depuis le Parterre, entre la chaussée et le canal. Tout cet espace fut divisé, comme nous le voyons, en quatre compartiments dont chacun eut une fontaine au milieu. Trois canaux, que François I" avait creusés, servirent de séparations à deux de ces compartiments entre
i^isiix.
Etat ancien de la fontaine de Diane, d'après Abraham Bosse, dans le Trésor des Merveilles du P. Dan.
eux et d'avec les deux autres. Au centre de tout s'éleva la fontaine du Tibre, qui reçut la figure en bronze de ce fleuve, fondue i)ar le Primatice et Vignole. Quatre vases de bronze qui l'accompagnaient, sont maintenant exposés au Louvre.
Ces fontaines sont gravées avec beaucoup de soin dans le père Dan, avec une sixième que le même Francine dressa devant la cour de la Fontaine.
L'ancienne fontaine du Primatice fut supprimée en cet endroit, et comme cette cour fut jugée trop petite pour en souffrir une nouvelle, on jeta sur l'Etang le massif de maçonnerie qui, dans les plans anciens du
château, porte le nom de jardin de l'Etang. C'est au milieu de ce jardin que fut élevée la fontaine neuve, représentant Persée au sommet d'un rocher. Plus tard (en 17 13) ce jardin fut détruit par ordre de Louis XIV, et la fontaine de Persée transportée dans la terrasse en saillie sur l'Etang, qui subsiste encore aujourd'hui.
Outre ces arrangements de l'étang et du parterre, Francine éleva dans le jardin de la Reine, la fontaine de Diane, dont il a pris son nom définitif. Cette fontaine maintenant transformée, a vu changer la statue de bronze qui la surmonte. Elle était de Barthélémy Prieur, et fondue en 1603. Quatre limiers accroupis, admirables de naturel, également en bronze, en environnaient le piédestal. Tous ces bronzes sont au Louvre. Ceux que Fontainebleau conserve sont les tètes de cerf anciennement placées, et une Diane d'un autre temps, quoique non moins excellente. Elle porte la signature des Kellers, et la date de 1684.
Tels sont les traits de la seconde période de gloire que le règne de Henri IV marque pour Fontainebleau ; tel fut l'accroissement du château, tel l'embellissement des jardins. Malherbe a chanté l'un et l'autre dans des vers dignes du sujet, qu'on a plaisir à rappeler ici :
Beaux et grands bâtiments d'éternelle structure.
Superbes de matière et d'ouvrages divers.
Où le plus digne roi qui soit dans l'univers.
Aux miracles de l'art fait céder la nature ;
Beaux parcs et beaux jardins qui dans votre clôture
Avez toujours des fleurs et des ombrages verts...
Ces bâtiments et ces jardins se présentaient dès lors comme achevés. Ce qui s'y ajouta depuis, n'y devait changer que peu de chose. Il consiste surtout dans des rajeunissements, perfectionnements, accommodements de l'intérieur, nécessités par les destructions du temps, ou dictés par de nouveaux usages. Fontainebleau était fini ; finie aussi sa période de gloire. Aucun des rois qui vinrent ensuite ne devait choyer cette résidence comme avaient fait François I^'' et Henri IV. Aucun ne devait retrouver des circonstances pareilles à celles qui firent d'elle par deux fois un lieu de renouvellement des arts. Outre son rang de première maison royale, Fontainebleau perd celui d'école, qu'elle tenait depuis trois quarts de siècle. Le profit et l'avancement des arts trouvèrent ailleurs de nouveaux organes. Ce qui resta ici de traditions à cet égard, y vécut désormais sans éclat, à l'écart du mouvement général, et comme muré dans cette résidence, qui retombait au rang de la province.
Cette déchéance d'un si glorieux passé fait le caractère unique et singulier du reste de cette école à travers le siècle. Les peintres dont on a lu le nom demeurèrent là, y mêlèrent leur famille et leurs fils y vécurent. » Tout le long du règne de Louis XIII, des D'Hoey, des Dubois, des Voltigeant continuent de prêter des talents déclinants à l'entretien et à l'embellissement de la résidence royale. Jusque sous la régence d'Anne d'Autriche on les trouve, tous unis par des cousinages, et cultivant les diverses
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La iontaine de Diane.
branches de l'art. Les graveurs Garnier et Bétou, auxquels on doit la conservation de plusieurs compositions du Primatice, étaient nés et furent élevés au milieu de cette école provinciale, dans laquelle achevaient de s'éteindre les restes d'un foyer qui avait éclairé la France. Il en est de Fontainebleau, dans cet âge avancé de son hisUjire, comme de ces villes jadis fameuses et capitales d'empires florissants, dont quelque bourgade marque aujourd'hui la place, comme si, en dépit du tour de roue de l'histoire, tant de gloire n'avait pu périr tout à fait.
Vue du Parterre.
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