‹ FontainebleauChapitre 3 sur 8 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

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ussiroT que Henri IV eut reconquis son troyaume, terminant l’espéce d’interrégne qui pendant trente ans avait livré la France 4 la désolation des partis, dans le temps que pour payer les défections de la Ligue il lui fallait tirer de son trésor trente-sept millions, et qu’il achevait de battre l’Espagne, le soin de ses batiments l’occupa. « Sitdt qu’il fut maitre de Paris, dit Tallemant des Réaux, on ne vit que macons en besogne. » C’était la tradition de ses prédécesseurs. Ces batiments relevaient l’éclat du tréne et permettaient de tenir ouverte une cour, qui faisait partie de leur gouvernement.

Dans le récent passé, Fontainebleau avait eu le pas sur tous les autres. Fontainebleau encore fut le premier auquel s’appliqua le nouveau roi : tant ce chateau, soit gott, soit prestige, prolongeait au dela des guerres civiles, par-dessus la ruine universelle, son ascendant.

Il n’y a rien au monde de si tendre que les impressions du jeune Age, principalement quand de grandes catastrophes privées ou publiques vous en séparent. Le prince prenait

4 quatante ans possession d’une maison qu’il avait connue 4 vingt ans, dans un décor unique de splendeur, habitée par la cour la plus polie de l’Europe, fréquentée de beaux esptits sans nombre, ornée de chefs-d’ceuvre de tous les arts. Le regret d’une mére défunte, qu’il y avait vue paraitre dans tout ’honneur que l’amitié du feu grand roi Frangois, son oncle, lui décernait, et qu’il perdit a dix-huit ans, dut ajoutet a cet attrait : en sorte que le zéle dont il brala pour ce chateau, l’activité et les ressources qu’il déploya pour le réparer, l’accroitre et ’embellir lui conférent-ils, aux yeux de Vhistorien, le rang, moins de restaurateur de la maison royale, que de second fondateur.

Superbement orné dans ses dedans, le batiment de Fontainebleau n’en présentait pas moins au dehors, outre Vinconvénient de l’architecture médiocre, un aspect fort irrégulier. Le Primatice et Philibert Delorme, qui dans les derniers temps en avaient eu la conduite, n’avaient pu racheter enti¢rement la malfacgon et le pillage du macon qui en eut la premiere entreprise. L’irrégularité du plan tenait en partie 2 ce que la Cour ovale, qui remontait 4 Pancien temps, en avait fourni le noyau, parce qu’on avait voulu épargner la dépense en b4tissant sur d’anciennes fondations.

Sur ce tracé gauchissant avaient branché, tant au couchant qu’au midi, des ailes, qui, ramifiées ou butant 4 leur tour sut des batiments alignés, formaient en plan carré le périmétre de deux cours : celle de la Fontaine sur l’étang; celle du Cheval blanc du cété de la forét, enti¢rement fermée, et qu’on nommait la Basse-cour.

Cette derniére offrait 4 la fois une symétrie et une ampleur que dépréciait le batiment mesquin, mais que soutenait, appliqué contre ce batiment et faisant le fond de la perspective, le bel escalier de pierre 4 deux rampes du Fer 4 cheval. Rien, en dépit de cette disparate, n’aurait été plus propre

a former dés ce temps-la une entrée convenable au chateau, pourvu que dés lors on l’eft débarrassée du corps de batiment qui ’aveuglait 4 ’ouest comme on s’y est enfin résolu.

Henri IV fit voir d’autres desseins. Il chercha du cété du bourg une entrée pour sa demeure, ménagée par une vaste cour catrée ouvrant au nord, qui procura l’accés de la Cour ovale, débouchée et redressée autant qu’elle pouvait Pétre, par le plus beau morceau d’architecture qui soit actuellement dans le chateau, composé d’un portique a bossage rustique de quatre colonnes adossées qu’un déme a jour a quatre arétes surmonte. Le portique fut trouvé tout fait. C’était celui dont le Primatice avait formé l’entrée du pont jeté, au temps des guerres civiles, sur le fossé dont on ceignit le chateau et qui, désormais sans usage, fut transporté en cet endroit. L’architecte du déme est inconnu.

De la sorte on passait en ligne droite de la ville jusqu’aux appartements royaux logés au fond de la Cour ovale, qu’amorcérent de part et d’autre du portail neuf, 4 gauche le pavillon des Dauphins, a droite, ce qu’on nomme de nos jouts l’appartement des Chasses.

En méme temps s’élevait, butant a ces derniers, une autte cout, allongée du cédté du bourg, qui désormais borna le jatdin de la Reine, d’une galerie plus magnifique encore que celle qui, a l’autre bord de ce jardin, porte le nom de Francois Iet. De ces deux cours nouvelles, la premieére, que bordaient les communs, prit le nom de cour des Offices ou des Cuisines; la seconde, ot logea le gouverneur ou concierge, celui de cour de la Conciergerie. Il y eut deés lors, dans le chateau, cing cours, qui le rendaient considérable, et consommaient, pour la maison royale, cet aspect dune ville entiére, dont furent frappés tous les témoins du temps, notant cette profusion de pavillons 4 grands toits, échelonnés dans la perspective, se dominant les uns les autres, et donnant l’illusion de batiment sans fin.

A la médiocrité du batiment d’autre part, le nouveau roi temédia par des revétements de pierre 4 bossage dans ceux de la cour du Cheval blanc et de la cour de la Fontaine, quwil borda d’une terrasse en saillie de la galerie.

Pour les ornements de l’intérieur, furent mis en mouvement les sculpteurs et les peintres, de moindre talent il est vtai que ceux de la précédente époque, mais qui ne s’en offraient pas moins au service du roi en grand nombre; cart plus on pousse la recherche a cet égard, plus on est sutpris de trouver, en un temps ot n’existait encore rien qu’on puisse nommer école frangaise, tant de peintres préts a s’employer.

C’est que la renommée de Fontainebleau les avait attirés en foule. Loin de la faire oublier, un demi-siécle de recul avait joint la vénération a la faveur que la résidence en avait recueillie dans toute "Europe, conférant a celle-ci le caractére, non seulement de riche palais, mais d’école. Outre la troupe des éléves employés sous les maitres a des décorations en cours, on y voyait paraitre en foule de jeunes peintres venus pour s’instzuire, 4 qui, en l’absence de la cour, on ouvrait les salles et les galeries.

Une seconde floraison de talents en cet endroit présenta donc 4a la fois l’aspect d’un atelier de production et celui dun foyer d’étude : au point que l’un et l’autre apparaissent confondus jusque dans les artistes que le nouveau régne mettait 4 ’ceuvre; nombre de dessins gardés en portefeuille témoignant chez ceux-ci, pat les copies tirées de la production précédente, signées de leur style et souvent de leur nom, une docilité de disciples. Ajoutez les ressemblances saisies jusque dans leurs ceuvres originales, avec les productions des grands maitres de Fontainebleau.

Le principal témoin de ce renouveau de l’art de peindre appatait dans Toussaint-Dubreuil, qui peignit dans les chambres du pavillon des’ Poéles, ot avait logé Charles-

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