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Rencontre de Napoléon et du pape Pie VII dans la forét de Fontainebleau, le 25 novembre 1804 (Peinture de Demarne et Denouy).
tribunes. Celle des musiciens était comble, comme contenant la musique du roi, chambre et chapelle au grand complet.
Le roi d’Angleterre déplaisait, on lui trouvait une pauvre mine; la reine Marie d’Este fut trouvée aimable. Louis XIV logea le premier dans l’appartement des reines meéres, la seconde dans la cour des Princes avec la galerie de Diane pour salle des gardes, et les régala du mieux qu'il put.
Dans les derniéres années de son régne, Louis XIV ne quitta presque plus lappartement de Mme de Maintenon. Il y tenait le conseil, y soupait, y dinait au moins deux fois la semaine, s’y faisait donner par ses musiciens quelques morceaux de la comédie, qu’il avait cessé de fréquenter, partie par dévotion, dit Mme de Caylus, qui ajoute que pour la méme cause il avait des égards plus stricts, dans les évéques qu’il choisissait, aux propres nécessités d’Eglise, qu'il n’en avait observé auparavant.
La derniére joie de famille qu’il eut dans ce chateau fut Parrivée de la princesse de Savoie, qu’il mariait au duc de Bourgogne, Adélaide, charmante enfant de quatorze ans, espi¢gle et toute menue, qui conquit aussitdét toute la cour. Saint-Simon dit qu’a la voir prés du roi, elle « semblait sottir de sa poche ». Elle fut regue par lui dans la cour du Cheval blanc, ainsi que par le prince son époux; les ducs d’ Anjou et de Berri se tenaient, pour l’accueillir, debout en haut du Fer a cheval.
N batit, sous Louis XV, beaucoup a Fontainebleau, on y fit également beaucoup de choses en peinture, que signale leur beauté autant que leur volume, mais moins pat ’impulsion du roi, comme cela s’était produit sous les précédents régnes, que par la mécanique des bureaux. Quoique brillante autant que jamais en fétes, en belles personnes, en parure et en politesse, la cour, dans le domaine de Vesprit et du gotit, ne mena plus alors et jusqu’a la Révolution qu’une existence fort effacée, supplantée dans les lettres, croissantes en importance, par les publicistes parisiens et les grands ouvriers de l’esprit : Voltaire, Montesquieu, Buffon, habitant la province, et dans les beaux-arts par les financiers, les fermiers généraux, les particuliers amateurs et les marchands : le beau monde ne faisant que suivre, et le roi laissant a peu prés tout aller 4 cet égard, comme en tout le reste; tandis que la reine et ses enfants, menant a part un train de vie aussi obscur qu’honnéte, comptaient pour rien dans la pensée publique. Quant 4
Mme de Pompadour, dont on s’est avisé de célébrer le mécénat, il ne faut qu’y regarder pour connaitre que ni son Ofigine ni ses talents ne la mirent jamais a méme dusurper dans la cour autre chose que le rdle politique que le malheur public lui livra.
A nouveau, les commencements de ce régne furent dévorés par une régence stérile et périlleuse, comme les précédentes, décriée en outre par la débauche au Palais-Royal et la banqueroute rue Quincampoix. Quand le roi fut majeur et marié, |’Etat fut réparé, de nouveau l’opinion reprit courage, et la société respira. Le Régent ne vint jamais a Fontainebleau. Seul y parut alors en fait dillustration le moins attendu des hétes en pareil lieu, dans la personne de Pierre le Grand, tsar de Russie, qui, en ce lendemain de la mort de Louis XIV, visitait divers royaumes d’Europe, en quéte de leurs institutions.
On trouva chez lui, comme chez la reine de Suéde, du barbare, mais pour des causes bien différentes, comme venant chez celle-ci de vice dans la personne, tandis que la maison et le milieu en portaient le reproche chez le prince, en qui brillaient d’ailleurs les plus éminentes qualités.
« C'était, dit Saint-Simon, un fort grand homme, trés bien fait, assez maigre, le visage assez de forme ronde, un grand front, de beaux sourcils, le nez assez court sans rien de trop, gros par le bout, les lévres assez grosses, le teint rougeatre et brun, de beaux yeux noirs, grands, vifs, pergants, bien fendus, le regard majestueux et gracieux quand il y prenait garde, sinon sévére et farouche, avec un tic qui ne revenait pas souvent, mais qui lui démontait les yeux et toute la physionomie, et qui donnait de la frayeur. » Ainsi fait au physique, toute sa personne montrait Vhabitude d’étre promptement obéi, absolument et en toutes choses, un parfait dédain du luxe pour lui-méme, et, dans ce qu’on offrait 4 sa curiosité, peu d’attention donnée a l’ostentation
pure, et beaucoup de zéle pour ce que, dans tous les genres, il estimait capable de résultats.
Il n’observait de courtoisie qu’un essentiel assez grossier, fondé seulement sur ce qu’il concevait de la prérogative du rang supréme et de ses ministres, ne temperant cette rusticité que par ce que la nature peut inspirer de douceur, comme quand il prit le jeune roi, agé de sept ans, dans ses bras pour le caresser, au reste sujet dans ses mceurs aux sales habitudes de son pays.
Un jeu de circonstances singulier valait alors au duc d’Antin, issu de Mme de Montespan et de son légitime époux, le privilége d’héberger les puissances, 4 cause de sa terre de Petit-Bourg, qui se trouvait sur le chemin allant de Fontainebleau, soit 4 Versailles par terre, soit a Paris pat la batellerie de la Seine. Tant qu’avait duré la faveur du maréchal de Villeroy, le roi, 4 l’aller et au retour de Versailles, s’était arrété a Villeroy, qui se trouve dans les mémes parages, Aprés sa disgrace, Petit-Bourg hérita de la halte royale, et d’Antin d’un relais plus sir que tous les postes du monde, pour se recommander au maitre et s’avancer dans la faveur.
Le tsar avait fini de voir Paris et Versailles sous la conduite de guides divers. Il s’agissait de lui montrer Fontainebleau. Ce fut le tour de d’Antin de paraitre, et, pour commencer, de Pinviter chez lui. Il le recut 4 Petit-Bourg, od il dina, ne touchant que dans la soirée au but de son voyage.
Cétait le 30 mai 1717. La batardise du roi défunt, 4 laquelle le rang de sang royal allait étre ravi bientdt, en bénéficiait encore; en sorte que le comte de Toulouse, second fils de Louis XIV et de Mme de Montespan, recut au nom du roi le tsar au chateau, oti le lendemain une chasse au cerf fut donnée en son honneur. « Le lieu, dit le méme peu endurant Saint-Simon, lui plut médiocrement et point du tout la chasse, ot il faillit tomber de cheval. » Mais ce qui surprit plus encore le prince au retour, fut le désir
qu’exprima l’empereur de n’avoit 4 souper pour commensaux que sa suite.
Ce souper avait lieu dans le pavillon de l’étang. Retranchés au milieu des eaux dans cette agréable solitude, les Moscovites, libres de toute contrainte, s’y adonnérent 4 leur débauche de boire avec un excés tel, que tous, quand le souper fut fini, le prince en téte, incapables de mouvement, durent étre portés a bras-le-corps dans les barques, puis dans les carrosses qui les ramenérent a Petit-Bourg, laissant aux Officiers et aux hdtes du palais le plus dégoftant des souvenirs.
Le ministére du duc de Bourbon, qui prit les affaires quand le régent mourut, vit renaitre pour le chateau des soins dont témoignent les travaux qui transformérent alors la salle de la Belle Cheminée. Quoique pourvue déja des machines propres a la comédie, elle n’avait pas encore pris Paspect d’un théatre. L’énorme cheminée |’encombrait, et elle manquait de décoration. La cheminée fut donc démontée, mise au magasin, et, pour orner la salle, on eut tecouts au méme Claude Audran, praticien d’arabesques, qui avait peint le cabinet du roi.
Ce fut un de ses derniers ouvrages. Il avait décoré dans le méme genre Meudon, Anet, La Muette, la Ménagerie de Versailles et passé 4 Watteau, qui travailla chez lui et le précéda dans la tombe, en ce genre d’ornement, ce que ce fameux artiste en a lui-méme pratiqué.
Louis XV est le seul de nos trois dont le mariage se soit cclébséo-a oF ontainebleausmCelay futwless septembre: 1727. Il n’avait alors que quinze ans, la princesse de Pologne qu'il épousait, vingt-deux. I] Palla querir 4 Moret, ot la lui amenait l’ambassadeur. Le cardinal de Rohan, premier du nom, fit la cérémonie. Le cardinal Fleury, dont ce mariage était ’ceuvre, logé dans le pavillon des Dauphins, y paraissait dans l’éclat du ttiomphe. Depuis la paix jurée au méme
endroit par l’Angleterre au temps de Richelieu, la vieille chapelle de Henri IV n’avait pas revu de féte si auguste.
Louis XIV l’avait ornée d’une magnifique parure d’autel, ouvrage de Girardon, dont le tabernacle seul, de marbre et de bronze, subsiste, Oté 4 la Révolution, et visible maintenant a la paroisse.
L’abbé Guilbert, dans son Guide du chateau, tout plein de cet événement, récent quand il parut, en célébre le souvenit en disant que jusque-la « aucun roi ne s’était vu dans sa vingtiéme année pére d’une nombreuse famille et n’avait pu se flatter de voir tous les ans affermir le trone francais, qui toujours avait chancelé entre les mains de ses prédécesseurs, faute d’héritiers en ligne directe ».
Tels étaient alors les espoits que faisait naitre le ménage royal, longtemps soutenus dans le roi de traits d’humanité et de valeur militaire, et dans l’Etat du rétablissement passager des finances, suivi du bienfait de la paix, auxquels seulement enfin le mauvais gouvernement, aggravé chez le roi de Vavilissement des meceurs, devait infliger le plus éclatant des échecs.
La cour se fit alors plus nombreuse que jamais, non seulement par les charges qu’on y multipliait, les faveurs qu’on y étendait, mais par la croissante importance accordée a la maison des princes, qui passa bientét toute mesure. | Dans ses Mémoires, Luynes nous avise en outre que la cour de Fontainebleau était alors plus remplie que celle de Versailles méme, toutes les princesses du sang ayant soin de sy trouver, et ceux qui y venaient y prolongeant leur séjour davantage, en partie 4 cause des chasses, qui avaient lieu trois ou quatre fois la semaine, et qu’on ne manquait guére comme donnant occasion de faire sa cour au roi.
Louis XV était grand veneur. Il avait, dit d’Argenson, cing ou six équipages de chiens, dont les jours de repos et de marche étaient fixés par lui, car mieux que personne
il en connaissait les mceurs, les qualités, le mélange et les ménagements des jeunes et des vieux. Lui-méme en arrangeait les marches suivant les déplacements dont on dressait le projet, ou qu’on avait en vue, usant pour cela de cartes et dun calendrier, qu’il combinait. Moins savant dans la fauconnerie, elle ne lui était pas moins chére : le vol du roi, en effet, le suivant dans tous ses voyages et 4 Parmeée.
Cet amusement séculaire de la cour de Fontainebleau demeura donc plus que jamais en vogue, avec le jeu, qui, aprés un déclin dans les derniers jours de Louis XIV, reprit avec une nouvelle fureur, et la comédie. Au demeurant, de grands changements s’y faisaient sentir dans les manieéres, tantot au détriment, tantét a Vavantage des meeurs.
D’Argenson, dans ses Mémoites, nous en a soigné le tableau. Ce qui avait trainé d’ habitude divrogner parmi les gentilshommes jusque sous le précédent régne cessa. On ne jura plus. On tint, en causant, le ton plus bas. Dans la contestation on épargna l’aigreur, les querelles bruyantes furent évitées, source jusque-la d’offenses, dont la réparation n’avait lieu que par l’épée. Ce changement fit Vaffaire des poltrons : il n’en convenait pas moins aux 4mes modeérées, et s’accordait a une douceur de mceurs dont il fallait se féliciter. Un certain ton aussi de galanterie passa de mode : tant en paroles, celui du madrigal, qu’en fait, les bonnes fortunes dont la mode avait été de se vanter. En ravalant Vindiscrétion au seul chapitre des courtisanes, cela avait du moins l’avantage de ménager le respect des autres. La méme modération passa dans le train de vie, les meubles, le vétement. L’or et la broderie furent abjurés; la magnificence des tapisseries, désormais réservée pour les pompes solennelles, fut renoncée dans la vie civile. On rechercha moins de luxe et plus de commodité, et quoique dans cette preéférence méme une sensualité s’exprimat, qui dégradait les
caractéres, elle s’accordait aussi avec une discrétion ot s’exprimait le progrés du goit.
Personne n’ignote qu’en ce dernier point le roi eut a la passion celui de son temps. En ce qui concerne les batiments il avait le goat, dit le méme témoin, et le talent d’en faire le dessin, mais, ajoute-t-il aussit6t, « pour les petites commodités de son appartement ». Aussi est-ce par la que, sous son régne, les travaux de Fontainebleau commenceérent.
Ce qui précéda n’avait été que des ouvrages de nécessité, réclamés pat un incendie qui sur la fin du dernier régne, communiqué par les cuisines, avait consumé le pavillon des Armes et le Jeu de Paume qui y touchait. Le visiteur qui, sur cette partie refaite de la cour du Cheval blanc, lit les F de Francois let, doit savoir que ce chiffre n’y est mis qu’en souvenir d’un batiment reconstruit en 1728. En 1735, Vappartement du roi mit les ouvriers en besogne.
D’abord, pour l’obtenir plus large et y faciliter les passages, on en abattit le mur sur le jardin de Diane, que l’on recula de plusieurs pieds. De plus, au rez-de-chaussée du batiment refait, furent installés ces petits appartements qu’un tassemblement de peintures de Boucher, de Natoire, de Pierre, de Lancret, de Detroy, aujourd’hui dispersées, mais ajustées dans des boiseries que nous y admirons encore, signalait a lattention du temps a Végal des petits appartements de Versailles. Mais le roi, qui y faisait son séjour, y trouvait bien plus qu’a Versailles une liberté dont on vit bientdt les effets.
Il omit, non sans scandale, ses paques Vannée 1739, pour l’amour de Mme de Mailly, 4 laquelle succéda bientét, comme maitresse présentée, Mme de Chateauroux. L’opinion s’est établie que Louis XV avait logé ces dames, et en bloc ses maitresses, dans l’ancien appartement des Bains. Celles-ci le furent sur le jardin de Diane; la seconde, comme maitresse présentée, dans un logis complet, ot l’on entrait par la
Cour ovale, et qui avait la communication avec les nouveaux petits appartements. Luynes a noté que, comme on avait vue de la galerie des Réformés sur le jardin que bordaient ces deux endroits, plusieurs fois le soir le passage de cette galerie fut défendu et ordre donné de prendre la terrasse.
Les anciens Bains ne logérent jamais d’autre favorite que Mme de Pompadour, pour laquelle on y fit de codteux aménagements, quand la vieille Mme de Conti, en mourant, eut livré la place; ce qui tomba dans le temps de la plus grande fiévre de batiment qu’etit connue depuis longtemps le chateau, et que signale en particulier la destruction totale, édifice et peinture, de cette ancienne galerie d’Ulysse, orgueil du premier Fontainebleau. Cela fit alors beaucoup crier; aujoutd’hui encore on la déplore, comme ayant emporté Youvrage le plus considérable en étendue, le plus riche en peinture de figure et d’ornement, que le Primatice efit laissé a la postérité. Tout ce qu'il y avait d’amateurs en Europe en ressentit la perte. En quinze travées successives, tant a la votite chargée d’arabesques qu’aux murailles, sur cent cinquante metres de long, s’y déroulaient quelque deux cents sujets mythologiques, épiques, etc., dont les dessins originaux conservés en grand nombre dans les collections ne font qu’accroitre le regret.
Mais la cour, qui grossissait sans cesse, était cause de cette destruction. Elle ne retint dans la galerie rebatie pas moins de cinquante appartements, qu’occupérent plusieurs dames, entre autres la princesse de Conti la jeune, qui, comme celle du précédent régne dans le sien, veuve depuis plusieurs années, devait y vieillir sans fin, car elle s’y maintint quarante ans.
Le batiment fut l’ceuvte de Gabriel, dont le nom devait sillustrer par les plus beaux ouvrages d’architecture du siecle, et dont on gotta, dans ce premier et modeste fruit de ses talents, des formes bien prises et la simplicité sur
lesquelles se réglérent alors les hétels neufs du faubourg Saint-Germain.
Les mémes talents se montrérent dans un essor croissant quand on requit de lui le gros pavillon qui domine aujourdhui, sur la droite, la cour de la Fontaine et ’étang. Une ceuvre de création et un énorme effort étaient cette fois accomplis, effet apparemment de projets formés et renoncés dans ces parages depuis vingt ans; car on découvre remontant 4 cette époque, dans les papiers de Robert de Cotte, le dessin de toute une facade appuyée a l’ancien pavillon des Poéles, bordant l’étang sur toute sa largeur. On en fit donc au moins le projet. Comme elle aurait fermé la cour de la Fontaine, on peut croire que ’horreur d’une pareille barbarie fut ce qui la fit abandonner, et prendre son parti de renvoyer au néant ce qui avait été le pavillon des Poéles, séjour auttefois de Charles-Quint, que celui de Gabriel, doublant les proportions, remplacait par un fragment de palais : deux avant-corps d’équerre, soutenus d’arcades cintrées, décorés dun dorique de colonnes a Vétage, attique et toit a la mansarde. Il n’y a rien de plus simple, de plus noble et de mieux combiné, de plus propre, en se reflétant dans les eaux qui touchent a ses pieds, a donner de léclat aux batiments dont ce site lui délégue la présentation. A l’heure qu’il est, la vue qui s’en compose est avouée pour la plus magnifique du chateau.
De Pautre cdété des batiments, la méme poussée de foule avait produit ses effets. La galerie des Cerfs sur le jardin de Diane fut alors divisée en appartements. Il n’était pas jusqu’a, dans la chapelle, la tribune qui ne fat trouvée trop petite, dépourvue d’élégance et de commodité. On en porta le balcon plus avant, on l’habilla des boiseries de Verbreck, et, comme Mme de Chateauroux en jugeait le meuble insufhisant, on en drapa les siéges et on les rembourtra.
A la fin du régne, cette tribune ne devait pas contenir
moins de cinquante-huit musiciens, rangés sur des gradins, que Couperin dirigeait. Un buffet d’orgues de Clicquot y prit place. A Vautel, d’autre part, le roi fit le don superbe de flambeaux d’argenterie, gravés par ce que Voltaire a appelé la « main divine » de Germain.
Dans les appartements du roi, la recherche des commodités conseilla bientét de grands changements, opérant aux extrémités, d’un cété sur l’ancienne chambre du Roi, od, pour rendre la piéce plus convenable a sa destination déja séculaire d’antichambre, la décoration faite par le Primatice fut levée. La fresque fut mise sur toile, mais avec peu de profit, car, faute de soin, elle périt ensuite obscurément. A VPautre bout, pour un-dégagement comparable a celui qu’avait opéré le grand escalier sous Louis XIV, un nouvel escalier prit place, transformant l’ancienne chambre de la duchesse d’Etampes, dont les stucs et les peintures ont nagé depuis lors au-dessus du vide. En tapprochant l’accés de Pappartement du roi de la porte du Baptistére, cet arrangement confirmait le plan de Henri IV. Aussi est-ce par la que, jusqu’a la Révolution, le public fut admis a visiter le chateau, entrant part la cour des Cuisines et montant aux appattements par cet escalier neuf de Louis XV, comme il y monte maintenant par celui de Louis XIV.
Au sein des appartements mémes, du cété du jardin, le surcroit d’espace conquis permettait des embellissements, tandis que sur la cour on vaquait a des commodités nouvelles. La chambre de Théagéne vit agrandir ses portes et déplacer pout cela quatre des tableaux de Dubois, le cabinet de Clorinde changea d’aspect. Tout ce qui constituait l’appartement de la reine fut amendé. Dans la chambre on ne laissa d’ornement ancien que le plafond, auquel, par empiétement sut le cabinet voisin, s’ajouta le déme a fleurs de lis sur azur qui s’y voit, avec les M, chiffre de la reine, laquelle régla elle-méme ce nouvel arrangement, toujours soigneuse d’y
ménager une allure de repos, de discrétion et de retraite. D’Argenson note la disposition qu’elle avait donnée 4 son lit, jusqu’a « le faire tourner, dit-il, de maniére 4 ne faire qu’une seule ruelle, ce que tout le monde a remarqué comme un divorce d’ostentation ».
Dans les appattements que nous disons des Chasses, tout 4 l’entrée de la Cour ovale, longtemps dénommés appattements de Monsieur, comme occupés sous Louis XIV par le duc d’Orléans son frére, le Dauphin et la Dauphine qui les eurent sous Louis XV furent cause d’un renouveau plus complet encore, «sans beaucoup de magnificence, dit Luynes, mais avec beaucoup de goiit ». Nous n’en gardons plus que les boiseries dont la plupart sont admirables, celles en particulier d’un salon donnant sur l’escalier au premier étage, qui représentent des jeux d’enfants.
La méme décoration se poursuit aux yeux du visiteur, sut la cour des Princes, dans la longue enfilade des chambres qui, rejoignant l’ancien pavillon royal, revenaient dés lors par une aile neuve (dont l’époque demeute incertaine) a la Cour ovale, ou bute tout le batiment. Six piéces ainsi ornées y sont encore visibles, cing dans Vaile neuve et une dans le pavillon. Mais ce qui, en fait de décor intérieur, devait couronner le travail du siécle fut la salle du Conseil, dressée dans l’ancien cabinet du roi.
Le conseil s’était tenu sous Henri IV au bout de l’appartement des Bains; depuis lors, et sous Louis XIV, dans le pavillon des Dauphins, au rez-de-chaussée de la Cour ovale, puis sous la salle de Bal; en le transportant dans ce qui fut longtemps le second cabinet du roi, Louis XV devait en illustrer le séjour par le plus brillant des ensembles qu’on ait achevés sous son régne.
Boucher, Carle Vanloo et Pierre la peignirent en 1753. Le premier y a peint cinq caissons du plafond : celui du milieu d’Apollon sur son char figurant le Soleil, les autres
des quatre Saisons représentées par des figures d’enfants. Tout autour de la piéce, par une tradition unique et singuliére dans le chateau, le méme sujet fut maintenu. Aux trente-cing vertus d’Andran en succédérent vingt de Vanloo et de Pierre, comme les précédentes avaient succédé aux quatre du Primatice, formant autant de panneaux ot la figure en camaieu tantdt bleu, tant6t rose, s’accompagne d’attributs et de fleurs. A ces morceaux autant de motifs correspondent dans la plinthe d’une part et de l’autre sur les corniches. Dans ces derniéres sont représentés les Eléments et les Saisons. Les fleurs sont de Peyrotte. En dépit de ce partage, une unité parfaite court d’un bout a l’autre de ce riche ouvrage, aussi surprenant par l’abondance que par Véclat et la variété, sans compter l’excellence des morceaux, examinés a part, dans le plafond.
Ce fut a Fontainebleau que Louis XV eut la nouvelle d’un des plus grands événements du siécle, portée par le prince Liechtenstein, n’étant rien moins que celle de la mort de l’empereur, survenue a Vienne le 20 octobre 1740. Elle décida la guerre de succession d’Autriche, dans laquelle, quoique engagés a reconnaitre Marie-Thérése, nous n’entrames que pour la combattre. Huit jours avant, le propos du roi était de s’en désintéresser; il avait dit qu’a moins que la contestation n’y vint d’un prince protestant il resterait «les mains dans les poches». L’intérét des Bourbons d’Espagne fut en partie ce qui les en fit tirer, par les instances d’Elisabeth Farnése, en peine d’établir, aux frais de la succession, son fils Philippe, cadet du tréne, qu’on fit duc de Parme 4 la paix. A Fontainebleau méme le traité particulier qui liait la France a cette fortune fut signé, la guerre ayant couts, le 25 octobre 1743.
De la paix qui mit fin a celle-ci, Voltaire dit que nulle ne fut suivie de plus beaux jours pour toute |’Europe. Le royaume en connut sa part, gotta le repos qu’elle procurait,
les espoits qu’elle faisait éclore. On fit a la gloire de Louis XV le projet de la place de la Concorde, avec la statue du roi a cheval, dont Bouchardon porta le modeéle 4 Fontainebleau. On se flattait aussi, mais en vain, d’intrigues ménagées pour obtenit du roi le renvoi d’une maitresse aussi funeste que Mme de Pompadour. C’est dans le méme temps que fut regue au chateau Madame Infante, ainée du roi, qui venait d’épouser don Philippe, la cour allant jusqu’a Bouron 4 sa rencontre. Pas une année, de son cété, Stanislas, pére de la reine, ne manquait de prendre cette saison, venant de Lunéville, pour voir sa fille.
Les divertissements allaient leur train. Dans la salle de la Belle Cheminée rajeunie, la Comédie donnait ses représentations, ot. se disputaient au besoin, non plus entre les dames, mais entre gros seigneurs armés de droits inconciliables, les préséances. Luynes nous apprend que deux bancs en furent cause, qui flanquaient le fauteuil du roi, destinés Pun aux princes, autre aux ambassadeurs, mettant les ptinces du sang a droite, lesquels ne laissaient pas, quand ils manquaient leur place, de la passer 4 de moins qualifiés, qui prenaient ainsi le pas sur les ambassadeurs. De 14 force cris poussés vers le grand maitre, lequel s’en délivra par la promesse d’en faire a leurs altesses royales l’observation.
C’est dans cette salle de Comédie ainsi réglée que dans Pautomne de 1752 fut représenté le Devin de Village. Les Confessions en font le récit.
« J’étais ce jour-la, dit Rousseau, dans le méme équipage négligé qui m’était ordinaire, grande barbe et perruque assez mal peignée. J’allai m’établir dans la loge ob me conduisit M. de Cury, et qui était la sienne. C’était une grande loge sur le théatre, vis-a-vis d’une petite loge plus élevée, ou se plaga le roi avec Mme de Pompadour. Quand on eut allumé, me voyant dans cet équipage au milieu de gens excessivement parés, je me demandai si j’étais 4 ma
place, et si j’y étais mis convenablement. » C’était tard y songer. « Mais, dit-il, soit effet de la présence du maitre (assurément), soit naturelle disposition des cceurs (eh! envers qui ?), je n’apercus rien que d’obligeant et d’honnéte dans la curiosité dont j’étais objet. » La politesse lui était chose nouvelle.
L’ouvrage réussit. Peut-étre le contentement lui en grossit-il le succés. « Le murmure inoui de surprise et d’applaudissement », et la « fermentation croissante » causée par sa piece l’enchantérent. « Le plaisir de donner de I’émotion a tant d’aimables personnes m’émut moi-méme jusqu’aux larmes, et je ne pus les retenir au premier duo, en remarquant que je n’étais pas seul a pleurer.» En mars suivant, la piéce se donnait a Bellevue, et la maitresse du roi s’y montrait sur les planches.
Hors du chateau, le parc ne fut pas Pobjet de moindres soins du roi, qui pour la premiére fois y fit lacher des daims; tandis que la célébre treille de Samoreau était replantée aux murs du parc sur une étendue de six cents toises.
La guerre de Hanovre qui survint et qui, en attendant la perte des colonies, apporta le déficit au royaume, mit un terme 4 ces facilités, au détriment sensible de la Comédie, que l’épargne des décors et des costumes neufs condamna dés lors a des reprises qui firent s’y ennuyer tellement que le roi cessa d’y paraitre, et que peut-étre elle eit fermé, si Panillon de la Ferté, qu’on fit alors intendant des Menus, grace a son esprit d’entreprise et sa sage administration, n’en etit ressuscité le succes.
Le 14 aott 1761 fut signé a Fontainebleau le célébre Pacte de famille, qui coalisait les maisons de France, de Parme et d’Espagne contre les victoires que Il’ Anglais remportait sur mer, par un trait de sage politique, qui, venant apres une moins habile, ne laissa pas de réparer Phumiliation du régne par un succes définitif.
Les atts cependant continuaient a fleurir, pour mieux dire ils refleurissaient. Car chacun sait que ce qu’on nomme style Louis XVI, ot se déclare un retour de zéle pour Yemploi des motifs antiques que les fouilles de Pompéi venaient de rendre au jour, n’attendit pas la fin du régne pour naitre, mais la précéda de vingt ans. Dans les boiseries encore visibles aux appartements de la cour des Princes, plusieurs qui ne sont pas les moins belles sont peut-étre de ce temps-la. De pareilles dateraient d’alors dans le corps du chateau méme, si lon ett conservé l’appartement que le roi fit décorer pour Mme du Barty.
Comme celle a qui elle succéda, cette favorite était logée sous la galerie des Réformés, dans un décor qui raffinait encore, en richesse de matiére et en fini d’exécution, sur celui de l’4ge précédent. Les bronzes, entre autres, s’y sont montrés dans une exquise perfection. De gracieuses fantaisies, qui tiennent d’un gout champétre, y versent une grace imprévue. Contre Vappartement de la maitresse nouvelle, pour répondre a ses fantaisies, fut dressé en ce genre un petit pavillon d’un rez-de-chaussée dans le jardin, octogone, relié par un passage. Devant la porte, une corbeille de treillage était remplie des plus belles fleurs. A lintérieur, Rousseau pour les boiseries, Guibert pour les corniches, Boizot pour la cheminée, Gouthiere pour les bronzes, en avaient fourni l’ornement, que le régne suivant allait raser.
Mme de Genlis, qui vit le roi Louis XV dans les derniéres années de sa vie, rend hommage 4 la beauté de ses traits et a la majesté de sa figure. En dépit de la faiblesse du régime, en dépit de ses meeurs dégradées, l’air de grandeur dans sa personne maintenait autour de lui le respect. Ajoutez que toute la cour conspirait 4 lui sauver ce petsonnage, par les égards qu’y observaient entre eux, dans le train de la vie quotidienne, des gens que la parenté, les alliances,
le voisinage des emplois et une promiscuité d’habitation extréme devaient incliner a les enfreindre. I] n’en fut pas de méme sous Louis XVI.
Chose imprévue, sous ce roi de mceurs pures, un relachement des mani¢res commenga, en partie par l’imitation qui se répandait de |’Angleterre, ot elles étaient alors fort libres. Mais elles y procédaient d’un air de naturel, dont ne s’engendra chez nous autre chose que le sans-géne. On se relacha sur Vhabillement. Par un louable effet de cette révolution, qui ne saurait cependant l’absoudre, dans le visage des femmes, le rouge et les mouches furent quittés, sans lesquels sous le régne défunt on ne se fit pas cru habillée. Le jeune roi prétait 4 cette transformation, par peu de prestige dans sa personne, que ne relevait nulle fermeté de tempérament, affligé au surplus d’une timidité dont il affectait de s’échapper par un air de raillerie que la vieille cour trouva du plus mauvais ton. Ajoutez son défaut de formation militaire, qui le rendait incapable, fut-ce sur le front de sa garde, de donner un ordre 4 ses soldats.
La reine avait au contraire toute la noblesse et toute la grace qui peuvent faire l’ornement d’une cour. Elle était jolie, ce qui valait a celle-ci une parure dont (ne parlant que de la souveraine) elle avait jetné jusque-la. Ce fut, a la veille de la Révolution, la derniére que tint la maison de France, et nulle part, méme dans les petits appartements de Versailles, méme a Trianon, elle n’a laissé plus brillants vestiges qu’a Fontainebleau.
Car une fois de plus le grand appartement de la reine y fut remis en état pour elle, et dans celui-la méme de vraies metveilles naquirent, dont il n’y avait pas eu d’exemple; tandis qu’au-dessous les petits appartements recevaient des ornements frais et qu’un batiment neuf s’ouvrait a d’autres embellissements.
Celui-ci fut l’ceeuvre de Rousseau. I] doubla, du cdté
du jardin de Diane, la galerie des Réformés, depuis lors aveuglée par 14 et amputée du cabinet qui, depuis Francois Tet, y faisait saillie en son milieu sur ce jardin. De cette époque date en cet endroit a Vintérieur le grand cartouche de stuc copié de celui d’en face, ot I’on a peint vets 1860 lallégorie de la fontaine Bleau.
Dans le grand appartement, le cabinet de Clorinde était depuis longtemps découpé en logements pour les femmes de la reine et ne devint piéce unique que sous Louis-Philippe. L’antichambre auprés servit, comme on disait alors, au « concert ». Deux panneaux, douze montants, six portes, qui datent d’alors, y offrent une décoration d’arabesques a Pantique en blanc sur fond feint de marbre. Le plafond est peint par Barthélemy.
Cette piéce, en méme temps qu’au concert, servait aussi de salon de jeu. Un inventaire de la Révolution nous y révéle la singuli¢re variété de tables petites et grandes qui y servaient pour des jeux différents : grande table de loto, table de quinze, tables longues pour la bassette et le lansquenet, tables de brelan, tables de piquet, tables a quadrille, tric-trac, etc.
Dans la chambre de la reine, qui suit, une soierie de Lyon dont les murs et le lit sont tendus fait un des plus fameux otnements du chateau. Le dessin est un entrelacs de feuillage, autour de cartouches remplis de trophées champétres tambourins, fltites de Pan, paniers fleuris. On en avait tefait la boiserie, qui se présente dans le méme style, avec des grisailles en dessus des portes. Au bout de toutes ces chambres enfin, du cété de l’appartement du roi, se trouvait et se trouve encore le fameux boudoir de la reine.
Il succédait 4 l’ancien cabinet dit des Empereurs, que des médaillons d’empereuts romains, dont Testelin l’avait décoré sous Louis XIV, avaient fait longtemps nommer ainsi. On le coupa déja pour Mme Leczynska et, en 1785-
1786, on refit en bas ce boudoir ot toutes les richesses de la décoration s’unissent 4 une exactitude d’exécution et 4 un assemblage hors ligne des parties. Des trumeaux décorés darabesques pompéiennes sur champ d’argent en font le tour, encadrés d’une marge d’or, interrompus aux quatre coins par quatre portes en pan coupé qui portent sur leur corniche dorée autant de groupes en stuc de deux figures chacun. Le modelé de ces figures est charmant; la peinture des arabesques, non moins; l’effet des fonds d’or prés de ces couleurs brillantes, accompli. L’ensemble donne l’idée d’un soin et d’une dépense exceptionnels. Ce serait peu. Malgré Vor prodigué, malgré Vornement semé partout, effet d’ensemble évite absolument le luxe indiscret et le tapage. Un goit délicat régle tout, si bien qu’il n’y a peut-étre pas d’autre exemple d’une pareille réussite de l’art.
Au-dessus, dans l’entresol de l’ancien cabinet, se trouve le boudoir turc, décoré en 1777, mélé, selon le gout d’alors, de motifs exotiques et de dessins plus modernes, auxquels on a joint, par un trait de souci rétrospectif bien rare, des enfants nus imités des stucs de la galerie de Frangois Ie?. L’évocation du turc parait dans la tenture du lit o& un menu zigzag d’or fait un effet pailleté sur des rideaux de soie aurote. Deux portes qui se font vis-a-vis, peintes d’un brile-parfum accosté de deux termes d’odalisque, sont Vceuvre de Rousseau de la Rothiére. Le tapis, que tissa la Savonnerie, et dont le dessin fourni par Bellenger ne cotta pas moins de douze cents livres, porté plus tard au gardemeuble, y est encore.
Le bruit de ces petites merveilles se répandit dans le public. Il agita la chaussée d’Antin, ot actrices et gens de finance bAtissaient alors des hétels dont le luxe les vengeait des dédains de la cour. On rapporte que Mlle Contat, prise d'une furieuse envie de connaitre le boudoir de la reine, s’y fit introduire en secret par un courtisan complaisant, qui
paya, quand le fait fut connu, cette indiscrétion de sa disgrace.
Avant tout, ce fut dans la musique cependant que Marie- Antoinette rechercha les distractions de la cour. Elle lisait peu, donnant peu d’attention aux lettres, qui avaient en France leur capitale. Vienne, au contraire, ot elle avait été élevée, était la capitale de la musique en Europe, et c’est avec passion qu’elle s’adonnait a cet art. Elle fit venir Gluck 4 Paris, encouragea Grétry, rassembla autour d’elle tout un monde d’amateuts, fit représenter entre autres a Fontainebleau lopéra.de Zémire e¢ Axor. Le lendemain de la ptemiére, comme elle passait par la galerie se rendant pour la messe 4 la chapelle, quelqu’un prit cette occasion de lui présenter 4 la fois Grétry et Marmontel, lequel avait rimé le livret. Elle dit au premier que son ceuvre [avait a ce point enchantée qu’elle y avait révé la nuit, particuliérement au trio du pére et des filles de Zémire derriére le miroir magique. « Voila, dit Grétry quand elle les eut quittés, de quoi faire d’excellente musique. » Marmontel n’avait eu nulle part au compliment. II répliqua, vexé : « Et de deétestables vers. »
La cour ne fut pas a Fontainebleau depuis 1786; en sorte qu’il est comme impossible que le batiment nouveau sur le jardin de Diane, élevé Vannée précédente seulement, ait jamais été prét pour recevoir ses hétes royaux. Ainsi tout ce qu’on prit soin d’y orner d’appartements, tant au premier qu’au rez-de-chaussée, ainsi les fines boiseries sculptées, les superbes cheminées de marbre a4 leurs chiffres et 4 leurs devises, et, dans la jolie salle 4 manger d’en bas, la charmante figure de l’enfant au cygne en plomb, du modéle de Roland, semblent n’avoir été mis au monde qu’afin de voir tomber leurs tétes.
Une chose au moins est sire, c’est que dans la suite des chambres placées ditectement sous la galerie, du cété de la cour de la Fontaine, Mme de Lamballe eut un logis,
qui, confinant aux petits appartements, la joignait a celui de la reine.
En cette date extréme de l’ancienne monarchie, la chapelle encore recut ses dons. Louis XVI y commanda a Dutameau, a Lagrenée jeune, 4 Taraval, 4 Amédée Vanloo et a quelques autres, les quatorze tableaux naguére retirés dans la sacristie de Védifice et qu’on a reportés (sauf trois qui sont perdus) sur la corniche a leur place d’origine, et pour le maitre-autel le grand tableau de Regnault, représentant la Déposition de Croix, qui dut prendre la place de celui de Jean Dubois, que l’on n’y mit jamais et qui est au Louvre.
A Révolution fit 4 Fontainebleau le sort que devaient éprouver des mémes événements les autres maisons royales. Elle dispersa ses hétes, pilla ou vendit ses meubles, mutila ce qu’elle put en retenir de batiment a son usage, et laissa dépérir le reste, jusqu’a ce que, venant aprés quinze ans d’abandon, une nouvelle cour y rentrat avec Napoléon. Ce qu'il y eut d’étonnant dans celle-la, est que, reformée de gens sans naissance et privés de l’éducation du monde, elle n’en rechercha pas moins le prestige dans un genre de représentation qui suppose cette éducation. Cette erreur fut commise. Un faste égal a celui qu’avait déployé Louis XIV reparut brusquement sur la scéne de France, dans les pompes, les fétes, les habits. Le maitre lui-méme était trés mal élevé. Il avait d’autres dons, mais qui, dans cette entreprise, ne devaient lui servir que de peu. D’une noblesse levée sur les champs de bataille, qu’il ne pouvait tirer d’ailleurs, il se flatta de faire en un moment ce que l’ancienne, partie du méme point, avait mis des siécles 4 produire, cela précisément quand le souvenir des derniers régnes, ou l’étalage du
luxe s’était fort tempéré, en devait faire paraitre le renouveau comme une plus grossiére usurpation. On voulait frapper le peuple, qui n’y vit que la splendeur; mais de prés, un ridicule en tomba sur cette cour, que la gloire, qui ne put l’effacer, aida seulement a avaler.
Par un retour imprévu, comme les grands événements qui le trainérent dans leurs conséquences, entre les résidences qui s’offraient a son choix, ce fut Fontainebleau qu’élut Napoléon. Il aimait Fontainebleau. Il en aima le séjour, peut-étre pour le site, sirement pour une antiquité dont ses vues politiques, autant que ses complaisances de patvenu, faisaient cas. Il l’appelait « la maison des siécles ». Il y mit ce qui, de mémoire d’homme, n’y avait jamais été, une salle du tréne, si bien que le chateau redevint tout a coup, comme au temps de Francois lef et de Henri IV, et plus encore, le premier si¢ége du prince aprés Paris.
Son premier soin fut d’y occuper le batiment dont Louis XVI n’avait pu faire usage; d’abord l’appartement qui, joint a ce que celui des Bains donnait, mettait quantité de piéces 4 son service, remeublé de nos jours d’un mobilier du temps fort riche, que le Garde-Meuble a fourni. C’est la qu’on voit la chambre des premiers temps de ]’empereur, et deux piéces dans l’état ancien, fort remarquables : la bibliothéque, ot tout le meuble, marchepieds compris, d’acajou supérieurement ajusté, compose, avec des pieces de la soierie de Lyon qui décore la chambre de la reine, un ensemble du plus beau style, et le cabinet topographique, cutieusement disposé comme il avait pu l’étre quand le maitre y venait travailler.
Les petits appartements de Louis XV qui, au dela de ce cabinet, s’articulent 4 ce qui précéde firent la demeure de Joséphine, pour laquelle on les remeubla. La chambre a coucher y est de violet et blanc, avec des panaches au baldaquin du lit, un meuble d’appui orné de griffons, un
miroir forme d’écusson, de style troubadour. Un salon vert 4 alcove suit les bains, orné d’un meuble dont le panneau de matqueterie imite la peinture des vases grecs. Le tout depuis l’antichambre de l’empereur composant un musée du mobilier francais d’une grande magnificence, dans le style de Jacob.
Le luxe fut porté 4 son comble quand, peu d’années plus tard, le rez-de-chaussée fut quitté pour habiter le premier étage. Alors se vit aménagée la vaste enfilade de chambres par ou s’ouvre aujourd’hui la visite du chateau, longeant pour commencer la galerie des Réformés et qui se poursuit au dela de la chambre de l’empereur, par les anciens appartements royaux, mis comme le reste a son usage.
Cette disposition devait étre de conséquence pour le chateau parce qu’en portant au niveau du Fer a cheval, pour la premiére fois, l’entrée des grands appartements du prince, elle renversa décidément le plan recherché jadis pat Henri IV. La cour du Cheval blanc en devint vraie cour @honneur, et il était inévitable que, dans ces conditions nouvelles, Vaile dont fut aveuglée cette cour, deux cents ans durant, du cété de la ville, fat abattue, comme l’empereur prit bientdt soin de le faire, en mettant une grille 4 la place.
Deux notes temises successivement par lui au grand maréchal du palais, et dont nous possédons de sa main Poriginal, contiennent un détail fort précis de usage a faire, en haut et en bas, de chaque piéce de ces batiments, et des chargés d’office qui devaient, soit s’y trouver, soit s’en tenit proches. Les marques d’une scrupuleuse étiquette s’y observent, en méme temps que la recherche de I’éclat plus que de la grandeur. Car pour une salle du trdne rien n’était plus désigné que la salle de Bal. Cependant on la fit dans la chambre du Roi. La salle du Conseil fut le salon de Pempereut.
L’apparttement débute par une chambre des huissiers,
que suit le cabinet des secrétaires, tout de pourpre et d’or, meublé d’acajou et de bronze doré, et sur la cheminée de deux candélabres de méme, formant série avec d’auttes semblables qui décorent les piéces suivantes, supérieurement exécutés. Toute cette partie du chateau est celle ot lunité régne davantage dans le meuble, n’ayant vu que peu de régnes succéder, n’ayant subi aucun femaniement, ni traversé aucune révolution. La chambre de l’empereur en fait le somptueux aboutissement.
Une partie de l’ornement en remonte a Louis XVI, une autre est de Napoléon. Du premier est la cheminée de marbre blanc, soutenue de deux termes d’enfants avec une aigle sous la corniche, qui n’est pas celle de l’empite francais, mais l’aigle d’Autriche, mise en cet endroit en Phonneur de Marie-Antoinette. De la méme époque, aux portes sont les chambranles admirablement sculptés de feuilles de chéne et de rangs d’oves sous les corniches. Les abeilles au-dessus de ces portes et, sur les murailles, des victoites et des médaillons sont de l’autre.
Le tréne de Napoléon, substitué au lit dans la chambre du Roi, attire les regards par sa richesse, mais il n’a d’important que les souvenirs qu’il rappelle, le dessin, fourni par David, en étant a la fois énorme et malheureux. Un dais de forme tronde de bois doré y couronne pesamment un siége tout en boule, entre deux maigres montants que sutmontent deux N dressés a plat dans deux couronnes. Il n’y a tien de si froid ni de si mesquin, et, par malheur, de si prétentieux.
Dans le soin que prenait l’empereur de marquer au chateau le premier rang entre ses résidences, compte la bibliothéque dont il la pourvut, a l’exemple de Francois Ir, qui y eut la sienne, transportée depuis lors a Paris. Il ne pouvait s’agir d’en refaire ce qu’elle avait été, un trésor dimprimés et de manuscrits rares, un instrument de travail
pour les savants. Apparemment autre chose n’y était visée que le divertissement ou l’instruction de la cour. Elle regut cinquante mille volumes, sur lesquels eut autorité un bibliogtaphe de grand renom, Barbier, auteur du Dictionnaire des Anonymes.
La chapelle sur Saint-Saturnin, ot lon n’avait plus dit la messe depuis la Révolution, fut désignée pour les loger. On la dépouilla des tableaux qu’y avaient mis Dhoey et Dubois. Robit, architecte du chateau, chargé de cet arrangement, fit de l’état ancien une aquarelle, qui nous en conserve la figure. C’est cette bibliothéque qui, depuis lors fort réduite, eut pour conservateur, nommé par Gambetta en dernier lieu, J.-J. Weiss.
Dans le ménage de Napoléon, il est piquant d’avoir a observer que, si les bonnes maniéres avaient accés par quelque endroit, ce n’était pas par le général couronné qui distribuait en France les majorats et en Europe les royaumes, mais par la femme que lui avait passée Barras. En épousant Joséphine de Beauharnais, Napoléon était entré dans le monde ou, sans jouir de tant de relations que la célébre Fanny sa cousine, qui maria sa fille au grand-duc de Bade et fit par la les Beauharnais cousins de tous les princes de Europe, Joséphine n’en avait pas moins sa place. Aussi devons-nous femarquer que, comme vice-roi d’Italie, Eugene, son fils, sut tenir dix ans avec la plus grande aisance, aux cdtés d’une princesse de Baviére, 4 Milan, la cour la plus polie de Europe.
De cette alliance, un bond prodigieux fit passer l’empereur a celle de l’archiduchesse, dont les souvenirs sont 4 Fontainebleau. Marie-Louise n’y logea jamais que dans l’ancien appartement des reines, ceux de Joséphine demeurant au rez-de-chaussée. Aussi est-ce pour elle que l’empereur entreprit ’un des plus grands projets que, depuis Henri IV, efit vu former le chateau.
La galerie de Diane tombait. Il s’agit, en l’abattant, de la refaire plus riche que jamais, et ’état ot nous la voyons marque en effet un assez grand effort pour que le tréne impérial, bientét abattu, ait dii passer aux régnes suivants le soin de l’achever. Sous ses fenétres, en méme temps, il refaisait dans le genre paysagiste le jardin de Diane, qui tient de ce temps-la ses formes irréguliéres et pittoresques. L’ancien jardin des Pins subit le méme changement, en sorte que Fontainebleau ne conserve en fait de jardins suivant le dessin ancien que le parterre et le grand canal.
Avant que commengassent tous ces aménagements, embellissements, meubles ou batiments, une visite illustre, venue d’Italie comme dans le passé tant d’autres, avait ressuscité les fastes de Fontainebleau, celle du pape Pie VII. Il venait pour le sacre. L’empereur se déplaca pour l’y recevoir en personne. C’était le 4 frimaire an XIII (25 novembre 1804). Le pontife séjourna trois jours, logé dans l’ancien appartement des reines méres et magnifiquement hébergé, cat on souhaitait alors de faire oublier au Saint-Siége Vinjurieux traitement qu’avait enduré du Directoire, qui le tint ptisonnier 4 Valence, Pie VI son prédécesseur.
Tant que dura la Révolution, une école militaire, qui fut depuis Saint-Cyr, avait occupé cette partie du chateau, faisant sa bibliothéque dans la chambre d’Anne d’Autriche, ot le portrait de cette reine et celui de Marie-Thérése, qu’on n’en avait pas retirés, étaient montrés au visiteur (le souvenir de Henri IV accaparant tout ce temps-la) pour ceux de Gabrielle et de Marie de Médicis. Plus tard, on y mit le roi d’Espagne Charles IV, que Napoléon détrdénait, ptesque captif et sommé d’abdiquer, avant d’étre emmené a Compiégne.
Un premier essai de Fontainebleau comme lieu de pompes et de solennités eut lieu pour le retour de l’empereur et de Joséphine, aprés que, comme roi et reine d’Italie, on les
eut couronnés 4 Milan. Les grands dignitaires de l’empire, les ambassadeurs, des députations du Sénat, du Tribunat, du Corps législatif, y vinrent complimenter Leuts Majestes en grand appareil, et furent recus de méme. Deux ans apres, a occasion des noces de Jérdme, frére de Napoléon, qui fut roi de Westphalie, avec Catherine de Wurtemberg, Vautomne de 1807 y vit donner des fétes d’une splendeur inouie, ot l’on se flatta de dépasser, non sans cause, tout ce qu’avait fait en ce genre l’ancienne cour.
Cela se passait aux yeux quasi de toute l’Europe, devant les princes de la Confédération du Rhin, des princes italiens et ceux de la maison impériale investis de couronnes a Pétranger, et leur suite. Une profusion de diamants, de joyaux et de fleurs brillaient dans cette illustre assemblée, faisant du chateau, de ses jardins, de sa forét, un s¢ejour qu’un témoin de ces fétes qualifie de « fantastique et d’enivrant ».
L’antique tradition du festin servi dans la salle de Bal y fut reprise, et aussi bien ’on y dansa, moyennant le soin qui fut pris de couvrir l’usure des fresques qui la décorent, de soies cramoisies, dont une aquarelle de Hurtault, tirée alors, nous retrace le superbe effet. Le soir, tout le chateau, les jardins, la ville méme, étaient brillamment illuminés. Chasses sut chasses, collations sur collations, servies au plus épais du bois, plaisirs de toute sorte, y tenaient sans telache en haleine des hétes dont une étiquette inflexible réglait au demeurant le divertissement et la parure.
Regnault, qui a peint en grand le contrat de ce mariage signé en présence de l’empereur, dans un tableau qui est a Versailles, nous rend témoins de Vincroyable mascarade a laquelle elle pliait les ‘grands dans ces sortes de cérémonies; le récit des fétes du chateau montre ces consignes humanisées a des costumes plus agtéables. L’habit de chasse était vert pout les hommes avec des galons d’or et d’argent en bran-
debourgs sur la poitrine, et des poches et parements de velours amarante; pour les femmes en casimit chamois, le col et les parements de l’amazone en drap vert, brodé en argent, chapeau de velours noir avec bouquet de plumes blanches; et c’était un charmant spectacle de voiz quand les caléches s’ébranlaient, sur la téte des jolies personnes qu’elles emportaient, ce flot de plumes remuées dans le vent. Deux sceurs de l’empereur, Pauline, princesse Borghése, et Caroline, grande-duchesse de Berg, en étaient les reines par la beauté, offertes pour la premiére fois aux regards dans un décor, au sein de divertissements qui en multipliaient le triomphe.
Dans ses Mémoires, d’ailleurs pleins de commérages aussi vains que platement contés, desquels sont pris tous ces détails, Mme Junot d’Abrantés a confondu ces fétes avec de moins splendides, données l’année suivante, ot lempereur chassa le cerf et le sanglier, et ou toute la gaieté qu’on se flattait de répandre ne put dissimuler le souci de Pimpératrice.
Un reverts tragique pendait sur elle. Le premier rejeton qu’on etit vu naitre de la lignée des Napoléons, donné par la jeune reine Hortense a Louis qu’elle avait épousé, accueilli comme un gage d’avenir, était mort, et de nouveau Vempereur, atteint de la crainte de voir défaillir sa maison. Toute la famille le poussait a renvoyer Joséphine. « Madame Junot, disait celle-ci, ils ne seront contents que quand ils m’auront chassée du tréne de France.» Et Mme Junot conte que, dans la salle du tréne, elle la voyait aller d’un meuble a l’autre, en proie aux regrets de l’enfant défunt, et adressant un adieu muet aux objets qu’elle ne verrait plus. Selon le méme témoin, Napoléon quitta brusquement Fontainebleau, sans aviser personne, un matin a quatre heures, pour aller a Mantoue, ot l’attendait Lucien. Tout porte 4 croite que dés ce moment le divorce était résolu.
Il fut prononcé le printemps suivant, et la nouvelle
épouse conduite automne de l’année méme a Fontainebleau. Elle y demeura six semaines, et cette occasion fut ptise par elle et par l’empereur de tenir 4 la fois sur les fonts vingt-quatre enfants de la maison impériale ou de ses alliées, qui furent baptisés le méme jour 4 la chapelle du chateau. Le roi de Rome, qui naquit peu apres, parut au chateau en 1811, pour cette seule fois, et n’y revenir jamais.
Pendant ce temps, Napoléon annexait les Etats romains et infligeait au pape une prison, qui, par une dérision du sort, fut 4 la fin dans le méme chateau et le méme appartement ot, huit années plus tét, il ’avait regu en souverain. Dans lusage courant, ce quartier en a regu le nom d’appartement du Pape, lequel y fut gardé quatre ans, dans une captivité si rigoureuse, qu'il était interdit d’assister a sa messe. Il s’agissait de Vobliger a plier sur des matiéres ecclésiastiques que ’empereur prétendait régler, et dont il pensa venir a bout dans une entrevue que lui-méme vint prendre du pontife au chateau, et qui n’eut que peu d’effet. Car a peine le pape se fut-il laissé surprendre et ravir plusieurs points par les fagons brusques et commandantes de Vempereur, qu'il se ravisa et s’en dédit.
Durant que l’accord parut conclu, qui fut en janvier et février 1813, il fut aisé de voir 4 quel point une si grande violence avait porté le scandale dans l’opinion, en faisant du pontife Pobjet de la compassion publique. Dans le relachement de captivité qui s’ensuivit, comme la défense d’ouir la messe du pape fut levée, l’empressement des fidéles parut. Dés que la nouvelle en fut semée, dit le cardinal Pacca, « des personnes de tous les états et de toutes les conditions accoururent en foule, quelques-unes venues de quarante lieues, tant la dévotion était grande, et demandant la faveur de communier de sa main ». La prison n’en durait pas moins. Ce ne fut qu’a la veille de la campagne de France, quand s’annongait sa ruine prochaine, que Napoléon, se
voyant contraint de céder, fit reconduire le pape 4 Rome, le 23 janvier 1814. Trois mois aprés, c’était dans la cour du Cheval blanc la scéne pathétique des adieux.
L’empereur vaincu arttiva a Fontainebleau le 31 mats, séparé de son armeée repliée sur Paris et venant de la cour de France. A ce chateau, témoin de ses triomphes, il était réservé de voir sa déchéance. Il y logea dans ses appartements au-dessus du jardin de Diane, tandis que les alliés décidaient de son sort. Roidi contre la destinée, il méditait, de son cété, une diversion qui lett sauvé. Dans la nuit du 2 au 3 avril, trop tot pour qu'il lett pu trouver, Caulaincourt accoutt a Fontainebleau, annongant qu’une abdication peut au moins sauver la dynastie; l’empire passant au roi de Rome avec Marie-Louise pour régente. Il présentait cette conclusion comme obtenue au prix de beaucoup de négociations et de tractations difficiles. Napoléon la refusa. La nuit du 3 au 4 apporta par Marmont la nouvelle de sa déchéance déclarée par le Sénat frangais.
Le premier mouvement fut 4 la résistance. Les ordres étaient donnés pour transporter son quartier entre Ponthierry et Essonnes. La réflexion fit changer d’avis; un peu aprés midi il signa. Caulaincourt emporta le papier a Paris. Mais il était trop tard pour qu’on s’y contentat d’une abdication de l’empereur. Les alliés l’exigeaient avec tous ses effets. Trois plénipotentiaires revinrent pour obtenir que la dynastie y fit comprise. La défection de Marmont, que Yempereur venait d’apprendre, devait Vincliner a céder. « Les alliés, dit le baron Fain, osaient a peine se flatter qu’on pit l’amener a un sacrifice aussi absolu. » Au bout de dix jours il s’y résolut. Le 12 avril il mit son nom au bas du document célébre, ott ce vainqueur de vingt champs de bataille avouait sa retraite nécessaire au salut de la France et 4 la paix de l’Europe. Son départ eut lieu le 20 avril, a une heure de l’aprés-midi.
Le bagage était rangé dans la cour, la garde armée formait la haie. L’empereur, en sortant de son appartement, tendit la main a ce qui restait de sa cour. « Il descend vivement Vescalier et, dépassant le rang des voitures, s’avance vers la garde. » Suivent les paroles d’adieu dont l’effet, en d’aussi tragiques citconstances, pénétre au cceur de tous les assistants. « A ces mots, poursuit le baron Fain, le général Petit, saisissant ’aigle, s’avance. Napoléon regoit le général dans ses bras, et baise le drapeau. Le silence d’admiration que cette grande scéne inspire n’est interrompu que par les sanglots des soldats. Napoléon, dont l’émotion est visible, fait un effort, et reprend d’une voix ferme : « Adieu encore une fois, mes vieux compagnons; que ce baiser passe dans vos cceuts.» Sur quoi il monte d’un mouvement prompt dans la voiture qui l’emporta.
Il revit pourtant Fontainebleau, au fameux retour des Cent Jours, le 19 mars 1815, escorté de quatre cents hommes de la vieille garde, que commandait Drouot, arrétant un instant avant de gagner Paris. Mais cette apparition, que suivit une deéfaite plus retentissante que les autres, ne pouvait laisser, aprés celle des adieux, nul souvenir dans la tradition du chateau.
La maison de France, rendue a ses résidences, ne fit, durant quinze ans que dura son régime, que peu de séjour a Fontainebleau. La cour qu’elle rassembla, infiniment brillante dans les maniéres, dans le bon godt de son luxe et de ses fétes, n’eut de propre siége qu’aux Tuileries, que peuplait le faubourg Saint-Germain, lequel par ce voisinage ne prit (ce qu’on omet de remarquer) son importance qu’en ce temps-la.
Ce fut, au rebours de l’ancienne, une cour toute parisienne, dont le commerce de luxe tira sa renaissance en ville, principalement par limpulsion regue de la jeune duchesse de Berry, dont il n’y avait gantier, gainier, parfumeur,
Salle du Tréne de Napoléon dans l’ancienne Chambre du Roi.
Petits Appartements. Le Salon jaune de Joséphine. Les adieux de Napc
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