‹ Fontenelle, ou, De la philosophie moderne relativement aux sciences physiquesChapitre 7 sur 18 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DC FONTENELLE ET DE l' ACADÉMIE DES SCIENCES DE PARIS,

L'Académie da$ sciences de Paris n'a élé établie qu'en 1666. Déjà TUalîe avait eu son Académie des Lyncei, à Rome * ; elle avait son Académie del Cimento % à Florence; rÂllemagne avait son Académie des Curieux de la Naturel et TAngleierre sa grande SociMé royale *.

Si Ton s'en tieôl à la daie légale, l'Académie des sciences de Paris n'est donc que

* FiKidée, en 16^3, par le prmce Cesî, die s'éteignit peu a{)rès si mari, wnv4» m 4^3iO.

3 FoiMite«a If 51.

3 Fondée en 1652.

^ Légalement établie «n 16IH), tndis exi«Unt déjjù depuis quelque temps*

24 D£ FOMTëMELLE

la cinquième. Mais, avant d'exister légalement, régulièrement, par les ordres du roi^ comme dit Fontenelle*, elle existait sous une forme libre.

Quelques hommes de lettres se réunissent, en 1629, chez Conrarl, « sans bruit, » sans pompe, pour goûter ensemble, dit » Polisson, tout ce que la société des es- » prits et la vie raisonnable onl de plus » doux *, » et commencent l'Académie française'.

L'Académie des sciences commence, de même, par quelques savants qui s'assemblent d'abord chez Montmort , puis chez Thévenot et chez Bourdelot. Ces assemblées sont bientôt célèbres. On y examine les expériences et les découvertes nouvelles. 11 y vient des étrangers. L'Ita-

^ « Cette Académie avait été formée, à la vérité , par » les ordres du roi.... » Histoire de l* Académie royale des Sciences , année 4 699, p. 4 .

' Histoire de V Académie française.

•^ Dont rétablissement est de 1635.

£T D£ L'ACADÉMIE DES SCJ£NC£S. 25

lien Boccone y apporte ses Observations sur le corail et sur les coquillages de la Sicile ' , le Danois Sténon , homme de génie, anatomiste et géologue d'une perspicacité profonde, y lit son beau Discours sur Tanatomie du cerveau*.

« Peut-être, dit Fontenelle, ces assem- » blées de Paris ont-elles donné occasion » a la naissance de plusieurs académies » dans le reste de l'Europe. » — « Il est >* toujours certain, ajoute-t-il, que les gen- » tilshommes anglais qui ont jeté les pre- » miers fondements de la Société royale de » Londres avaient voyagé en France et s'é- » laienl trouvés chez MM. de Montmort et » Thévenot ^ »

Je cite ces paroles de Fontenelle, sans y

^ Recherches et observations naturelles touchant le corail... examinées à diverses fois.., dans les conférences de M. Vabhé Bourdelot , etc.

2 Lu chez Thévenot.

^ Histoire de V Académie royale des Sciences, année 4666, p. 4. ^

te D£ FONTEMËLLE

atiAcher, comme on peut bien croire, trop d'importance. A compter du milieu du xYii*' siècle, un goât nouveau de pbiiosophie se répand à p^i près partout, et fiiît nattre partout des académies '. Dès qu'on fut las de la scolastique, cette philosophie des mots*^ qui pendant si longtemps avait empèchéd'apercewoir la pkUosophie des choses^] dès <|u'oii Tut las de n'étudier la nature que dans les anciens, dès qu'on voulut étudier la nature eUc'-mème, il se forma des académies.

Les académies sont filles de i'esprit humain moderne. L'esprit moderne est le grand caractère des deux derniars siècles.

Il date, comme je l'ai déjà dit \ ée Bacon^

1 Soit dans ce siècle même, soit dans le suivant : les académies de Berlin, de Saint-Pétersbourg, Copenhague, Edimbourg, Madrid, etc. , ne sont que du eommeoccm^t du xYiii® siècle.

* Expression de Fontenelle , Eloge de du Hainel,

^ £xpres»oa de Fontenelle, ibid.

'* Voyez ci-devant p. I .

de Galilée, de Descartes; il se continue par Leibnitz , par Newton ; il se popularise par Fontenelle, par d'Alembert, par Voltaire. L'bistoire de Fonteûelle tient à rbistoire entière de Tesprit des sciences depuis Bacon et Descar tes jusqu'à nous.

Bacon nous offre, dans sa Nouvelle Àtlan- Hdey une image parfaite de nos académies.

11 y af dans la Nouvelle Atlantide, un Institut de Salomon. C'est une académie comme celles de nos jours '. Les membres s'y dis* Iribuent en sections, et chaque section ré* pond à une science : trois membres s'occupent de mécanique, trois de physique, trois d'histoire naturelle, etc.; quelquesuns voyagent dans les pays étrangers pour en rapporter des machines, des instruments^ des modèles, des expériences et des observxiUions de tout genre; il en est dont Tem-

^ On croit voir l'Atlantide du chancelier Bacon exé- »cutée, le songe d'un savant réalisé... » Fontenelle, JÉloge de Margigli,

ploi unique est de tenter des expériences nouvelles, etc.

« Le but de notre établissement, dit un » membre de V Institut de Salêmon, est la » découverte des causes et la connaissance » des principes des choses, en vue d'éten- » dre les limites de l'empire de Tliomme » sur la nature, et de lui permettre » d'exécuter tout ce qui lui est possible'. »

Fontenelle peint à sa manière, c'est-àdire avec des expressions dont chacune a sa finesse et sa portée, Tesprit nouveau qui nous a donné les académies. « On a » quitté, dit-il, une physique stérile, et » qui depuis plusieurs siècles en était tou-^ » jours au même point; le règne des mots » et des termes est passé; on veut des » choses; on établit des principes que Ton » entend ; on les suit , et de là vient qu'on » avance. L'autorité a cessé d'avoir plus

Nouvelle Atlantide, p. 449, traduction de Lasallc.

p de poids que la raison ; ce qui était reçu

> sans contradiction, parce qu'il l'était de- » puis longtemps, est présentement exa- » miné et souvent rejeté; et, comme on » s'est avisé de consulter sur les choses » naturelles la nature elle-même plutôt

> que les anciens, elle se laisse plus aisé- » ment découvrir, et assez souvent, pres- » sée par les nouvelles expériences que » Ton fait pour la sonder, elle accorde la » connaissance de quelqu'un de ses se- » crets \ »

Ainsi donc le règne des mots et des /erme^ était passé; on voulait des cAo^e^y on consultait, moins Yaulorilé que la raison^ et Ton consultait plus la nature que les anciens y en un mol, on faisait des expé' riences.

* Histoire de V Académie des Sciences , année 1666, p. 2.

30 DE FONTEIIELLE

Les anciens n'ont pos fait des cxpéricn*- 06§| ou du moins ils en firent trop peu; ils n'en firent pas d'une manière suivie^ continuel incessanle. S'ils en eussent fait ainsi 9 ils auraient bientôt senti le besoin dei académies \

• Pour cet amas dé matériaux, dit Fon- » tenelle (il s'agit des matériaux que de-* » mandent les sciences nouvelles, Icsscien- » CCS devenues expérimeniales), pour cet » amns de matériaux^ il n'y a que des corn* » pagnies, et des compagnies protégées par » le Prince, qui puissent réussir à le faire » et à le préparer. Ni les lumières, ni les » soins 9 ni la vie^ ni les facultés d'un » parliculier n'y suffiraient. Il faut un » trop grand nombre d'expériences, il en » faut de irop d'espèces ditférentes, il faut

* Fontenelle dit très-bien : « Le renouvellement de la » vraie philosophie a rendu les académies... si néces- » saires, qu'il s'en est élabli... » Histoire de l'Académie royale des Sciences, année 1666, p. 5.

ET DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 3t

» trop répéter les mêmes, il faut les va- » rier de trop de manières, il faut les sui- » vre trop longtemps avec un même es- W prît *. »

Partout où* je vois naître le génie des expériences, je vois bientôt naître une aca* déaiie. La Société royale de Londres commence par les expériences de Roy le; l'Acacléraie del Cimento est Tœuvre des élèves de Oalilée; T Académie des sciences de Paris Fut d'abord cartésienne, et les systèmes de Descartes auraient pu détourner des expériences; mais sa méthode, sa grande méthode, plus forte que ses systèmes, y ramène sans cesse. Descartes n'a jamais demandé aux hommes que deux choses :

du loisir et le moyen de faire des expéi*icnces.

< S'il y avait au monde, dit-il, quelqu'un > qu'on sût assurément être capable de

* Histoire de V Académie des Sciences ^ année 4699,

p. XVIII.

* trouver les plus grandes choseset les plus. » utiles au public qui puissent èlre, et que » pour cette cause les autres hommes s'effor- » cassent par tous moyens de Faider à venir » à bout de ses desseins, je ne vois pas qu'ils » pussent autre chose pour lui, sinon fournir » aux frais des expériences dont il aurait » besoin , et du resté empêcher que son » loisir ne lui fût ôté par 1 imporlunitéde » personne *. »

<i Jusqu'à présent, dit le cartésien Fon- » teneile, TÂcadémiedes sciences ne prend » la nature que par petites parcelles. Nul » système général, de peur de tomber dans » l'inconvénient des systèmes précipités

^ Discours de la Méthode y p. 205. Il dit ailleurs, et toujours avec un sens exquis : « L'école ne me sem- » ble avoir failli qu'en ce qu'elle s'est plus occupée par » spéculation à la recherche des termes dont il faut se 9 servir pour traiter des choses qu'à la recherche de la » vérité même des choses par de bonnes expériences : » aussi est-elle pauvre en celles-ci et riche en ceux-là... » T. Vil, p. 2H.

^ dont l'impatience de Tesprit humain ne

* s'accommode que trop bien, et qui,

* étant une fois établis, s'opposent aux *^ vérités qui surviennent. Aujourd'hui on ^ s'assure d'un fait, demain d'un autre qui ^ n'y a nul rapport. On ne laisse pas de ^ hasarder des conjectures sur les causes,

* mais ce sont des conjectures *. i> Claude Perrault, homme de génie en

plus d'un genre, et, si je puis dire ainsi, Savant plus pratique que Fontenelle, Cllaude Perrault, dans la préface qu'il a mise en tête des beaux Mémoires sur l'a- Tialomie des animaux ^ quf lui «sont communs avec Duverney, nous parle, sur l'esprit naissant de l'Académie, comme Fontenelle.

« Ce que nos Mémoires , dit-il , ont de » plus considérable est le témoignage îr- ^ réprochable d'une vérité certaine et re-

* Histoire de V Académie des Sciences y année 4699,

p. XIX.

34 DE F0NT£!9KLLE

» connue^ Gdr îU ne sont poinl le travail I» d'un particulier^ qui peut fte laisser pré« » venir de sa propre opinion , qui n'aper^ » çoit facilement que ce qui confirme les i premières pensées qu'il a eues^ et pour » lesquelles il a tout Taveuglenient et toute » la complaisance que cbacun a pour ses

» vues..< é Ces inconvénients ne peu-

» vent se rencontrer en nos Mémoires, qui » ne contiennent point de faits qui n'aient » été vérifiés par toute une Cki^mpagnie » composée de gens qui ont des yeux pour » voir ces sortes de choses autrement que » la plupapi du reste du monde, de même » qu'ils ont des mains pour les chercher » avec plus de dextérité et de succès^ qui » voient bien ce qui est, et à qui difficile^- » ment dn ferait voir ce qui n'est pas, qui » ne s'étudient pas tant à trouver des choses » nouvelles qu'à bien examiner celles qu'on 9 prétend avoir trouvées, et à qui Tassu- » rance même de s'être trompés dans quel-

» que observation n'apporte guère moins de 9 satisfaction qu'une découverte curieuse » et importante : tant Tamour de la certi- 9 lude prévaut dans leur «sprit sur toute » autre chose \ »

L'esprit de l'Académie des sciences de Paris a donc toujours été l'esprit d'eipé-

* Histoire de V Académie des Sciences: Mémoires pour ^servir à V Histoire naturelle des animaux, préface, j), vu. VoÎQ encore sur Vesprit de l'Académie un témoignage nouveau, et, de plus, sur V esprit de Descartes (cet esprit qui tendait à Texpérience à travers les systèmes), un jugement très-fin: «C'est là, en effet (TÂca- » demie des Sciences), qu'il allait retrouver, non le » cartésianisme, mais l'esprit de Descartes , lamour des « expériences et toute l'ardeur que ce philosophe fit pa- » raitre pour s'en procurer le secours ; ... en un mot, l'es- » prit de doute et de discussion qui caractérise son im- » mortelle Méthode et l'Académie : ou plutôt c'est là * qu'il allait voir Descartes préféré par les uns, Newton ' par les autres , et plus souvent DescarAes associé à ^ Newton » à Leibnitz, â Aristote même, et à tous les ^ grands génies dont les méditations et les veilles ont * enrichi Tesprit humain de quelques nouvelles connaîs- ^ fanées: » (ïlairaa , Éloge de Pourfour du Petite p. 46.)

rience, d'étude directe, d'observation précise , Vamour de la cerlilude. D'abord car^ lésienne, elle devint ensuite newtonienne ; mais, soit avec Descartes, soit avec Newton, soit depuis Newton et Descaries, elle a toujours été vouée à l'expérience. Écrire son histoire , c'est écrire l'histoire de la méthode expérimentale.

Je reviens au premier établissement de l'Académie. Je dis le premier ^ car, en effet, elle en a eu deux : celui de 1666, et celui de d699.

« L'Académie royale des sciences, éia- » blie en 1666, avait si bien répondu, dit » Fontenelle, par ses travaux et par ses » découvertes, aux intentions du Roi, que, )» plusieurs années après son établisse- » ment. Sa Majesté voulut bien l'honorer » d'une attention toute nouvelle, et lui » donner une seconde naissance encore

» plus noble, et, pour ainsi dire, plus forte » que la première \ ^ .

Une circonstance fort curieuse, et qui a été peu remarquée, c'est que Ton eut d'abord l'idée de créer, en 1606, non pas une simple académie des sciences, mais une grande académie, une académiegénérale et universelle.

u M. Golbert , dit Fontenelle , forma » d'abord le projet d'une académie com- » posée de tout ce qu'il y aurait de gens » les plus habiles en toutes sortes de litté^ » ratures. Les savants en histoire, les gram- >*mairiens, les mathématiciens, les phi* > losophes, les poètes, les orateurs, de* » vaient être également de ce grand. Corps, ^ où seréunissaientetseconciliaientlous les ^ talents les plus opposés. La bibIiothé(|ue » du Roi était destinée à être le rendez - » vous commun. Ceux qui s'appliquaient

' Histoire ch V Académie royale des Sciences, année 1099, p. ^ '

n à l'histoire 8'^ devaient a$fiieOi)U)er tes » lundis et les jeudis; ceu]( qui étaiçni < daaft les belle»- lettre», les mardis et les » vei^dredi^} les mat,héaiatiKÀ$ft$ elles phy-» » siciei^ , les mercredis ei lea samedis.

» A^insi aucun jour de la semaine ne de- >i meurait oisif^ et> afin qu tl y eût qudqoe » chose de commun qui Uftt oes difiiéi«iles^ HT compagnie», on ava& résolu d^en. fiiire, n tous le» premier» jeudis du mois, une » assemblée générale, où ks secrétaires A auraient rapporté les jugements et les » décisions de leurs asaemlxlées particu- » Hères, et où chaetin aurait pu demaBdêr Tk réclaircissement de ses difficultés; car » sur quelle matière ce» états, généraux » de la littérature n'eossent-ils pas été » prèls à répondre? Si cependant les dif* A ficuités eussent été trop considérables » pour être résolues sur-le-champ, on les » eût données par écrit, on y eût répondu » de même, et toutes les décisions auraient

ET DE L'ÂCAiXttlE DfelS i^CIENCES. Sd

9 été Miisées pattïr de rÀcadéniié en-*

» Itère •. »

Ce projet n'eut point d'exécution. On s'en tint âux académies distinctes. On comprit sans do^(e que, même pour les académies, la première loi du trahit est la division. G. Cuvier appelle l'époque moderne des sciences» c'est-à-dire leur grande époque, l'époque de la division du Ira*vail '• Notre Ipslitut actuel a résolu le problème que s'était proposé Colbert : toutes les académies réunies par un lien commun d'émulation et de gloire; et, pour ses travaux particuliers, chacune indépendante et libre.

Après avoir voulu tout réunir, on fut sur le point de trop diviser. On mit en délibération si les deux sociétés des géomè-

* Histoire de f Académie royale des Sciences, année 4666, p. 5.

* Voyez mon Histinre des Travaux de Cuvier, p. 306, ^« édition.

très et des physiciens seraient séparées^ ou si l'on n'en ferait qu'une. Heureuse-* mention n'en fit qu'une. L'esprit géométrique est le guide partout présent , quoir que souvent caché, de toutes nos sciences exactes.

C'est du renouvellement de d699 que datent les règlements de rAcadémie. Jusque-là, dît Fonlenelle, « l'amour des » sciences en faisait presque seul toutes les » lois •. » En 1699, elle reçut des règles positives, écrites, mais toutes dictées par une grande sagesse.

Le nombre total des académiciens fut de soixante-dix : dix honoraires^ vingt pensionnaires ^ vingt associés et vingt élèves.

La classe des honoraires ne fut pas distribuée en sections. Celle des pensionnaires

• Histoire de V Académie royale des Sciences, année 1699, p. 1.

se composa de trois géomètres, de trois astronomes, de trois mécaniciens, de trois aoatomistes, de trois chimistes, de trois botanistes, d'un secrétaire et d'un trésorier.

Des vingt associés ^ douze furent français : deux géomètres, deux astronomes, deux mécaniciens, deux analomistes, deux cliifnisles et deux botanistes. Les huit autres furent étrangers, et n'eurent pas de sections marquées. C'est sur cette liste dos huit associés étrangers de l'Académie qu'on vit d'abord, et presque à la fuis, Leibnitz, Newton, les deux Bernoullli, Uujsch et le czar Pierre.

Enfin , chaque élève suivait la science du pensionnaire qui l'avait choisi (car chaque pensionnaire choisissait le sien); mais, en i716, le titre d'élève fut supprimé';

^ A la place des vingt élèves, on créa douze adjoints, lesquels eurent voix délibérative en matière de science, comme l'avaient les associés. Celle classe des douze

4î DE FONTENELLE

< titre, dit Fonteneilé, qu'on a eu la déli- » câlesse d'abolir, quoique personne ne le » dédaignât \ » Il dit encore, avec beaucoup de grâce,' en parlant de Vétève qu'il s'était choisi, Tanatomisle Tauvry : « Je crus > ne pouvoir faire un meilleur présent à

• la compagnie que M. tauvry; et, quoi- % (|ue ma nomination ne fàt pas as8^2 ho- » norable pour lui, l'envie qu'il avait » d'entrer dans cet illustre Corps l'em- » pécha d'être si délicat sur la manière

* d'y entrer •. »

Les ecclésiastiques réguliers, ou attaché à quelque ordre de religion, ne puren être ni pensionnaires, ni associés ^ n élèves; mais, fort heureusement, ils pu

adjoints se composa, comme celle des associés, de deu: géomètres, de deux astropomes, de deux mécaniciens de deux auatomistes, de deux chimistes et de deux bo tanistes.

* Éloge de Littre.

* Éloge de Tauvry.

rent être honoraires, et l'Académie eut ifalebrancbe.

Jusqu'au renouveilemenl de d609, i'A^ cadémie n'avait eu pour ses assemblées qu'une petite chambrp de la bibliothèque du roi : en 1699, le roi lui donna au Louvre un iagement spacieux et magnifia 9ife \ et c'est là qu'elle a tenu ses séances pendant un siècle.

Elle eti avait deux par semaine (le meN c!^redi et le samedi); et chacune durait ftu moins deux heures, depuis trois jusqu'à cîînq.

Du reste, tout avait été prévu pour la

Cenue digne de ces séances : « L'Académie

1» veillera avec grand soin, dit le Règlement^

n à ce que, dans les occasions où quelques

» académiciens seront d'opinions diflé-*

n rentes, ils n'emploient aucun terme de

' Expressions de Fontenelle. Histoire de V Académie royale des ScienceSy année 4699, p. 16.

44 DE FOMTËNELLE

^mépris ni d'aigreur l'un contre Fautre, » soit dans leurs discours, soit dans leurs » écrits; et, lors même qu'ils combattront if les sentiments de quelques savants que »ce puisse être, l'Académie les exhortera » à n'en parler qu'avec ménagement\ » ' : On poussa l'attention jusqu'à placer à côlé l'un de l'autre des savants de diffe^ rents genres : un géomèlre à côté d'un anatomiste, un botaniste à côlé d'un aslro« nome; « et comme, dit Fontenelle, ils ne p parlaient pas la même langue , les con^ »\ersations particulières en furent moins » à craindre". »

On voulut surtout que les discussions de rAcadémie ne ressemblassent pas aut disputes de l'École. Les paroles de Fontenelle que je vais citer à ce sujet ont un grand sens.

' Histoire de V Académie royale des Sciences, année

IlmU, p. 11.

ET DE ^ACADÉMIE DES SCIENCES. 4â

« Rien ne peut plusconlribuer à Tavan-

^ oeoienl des sciences que réinulalion entre

^1^8 savants, mais renfermée dans de ccr-

* €-^ines bornes. C'est pourquoi Ton con-

* ^%^int de donner aux conférences acadé- ^ ^^miques une forme bien différente des

xercices publics de philosophie, où il

'est pas question d'éclaircir la vérité,

muais seulement de n'être pas réduit à se

^aire. Ici l'on voulut que tout fût simple,

tranquille, sans ostentation d'esprit ni de

science, que personne ne se crût engagé

â avoir raison, et que l'on fût toujours en

clat de céder sans honte, surtout qu'au-

^ cun système ne dominât dans l'Académie

'^ à l'exclusion des autres, et qu'on laissât

** toujours toutes les portes ouvertes à la

^ vérité " . *

•Je n'ajouterai plus ici qu'un détail, et

• Histoire de V Académie royale des Sciences ^ année 1666, p. 16.

4« DE FOUTfiNELIifi

je tre TajouierÂis pas s'il s'agissait d'un roi ordinaire; mais il s'agii de Louis XIV.

« L'année 1681, dit Fontenelle, fVil glo- » rieuse pour TAcadémie par Plionneùr » qu'elle reçut de la présence du rot *. »

Le roi y vint, en effet, aocoAipagné du Dauphin, de Monsieur, son frère unique, du prince de Condé et d'une partie de la cour. li visita la bibliothèque, le laboratoire^ où Ton fit quelques expériences devant lui , la salie des assemblées ordinaires , où Golbert lui présenta les ouvrages imprimés des académiciens, etc.

Ën.sê retirant, le roi dit à l'Acadéiioiet « Qu'il n'était point nécessaire qu'il l'exhori^ tât à travailler, et qu'elle s'y appliquait » assez d'elle-même '. »

Celte même année, un éléphant delà ménagerie de Versailles mourut : il fut disse-

* Histoire de V Académie royale des Sciences , année 46S4, p. 349.

* Ibid., p. 320.

Qépar Duveraey; et jamais, sws doute,

issecttion de fui si éckitaoia. L'AiCadémie

:tt)t Qiaodée pour y a$sisior ; le roî voulut

^tre pdré$€M»t à rex^meo de quel(p^-Moea

<^le9 parues; « et^ lorsqu'il y vin^ dit Foo*-

kteaelle, il demanda a^»ec empresMmooL

n où était raoaioniîst^ qu'il ne v<)tyait(

» ppinl : M. Duver^ey «'éle^ aiisailOt dM

» flancs de l'animal , où il était pour

^) ainsi dire englouti'... »

^ Histoire de V Académie royale des Sciences y année -1684 , p. 322. Voici un autre exemple de la curiosité noble de Louis XIY pour les sciences. Il y eut , en 4706, une éclipse solaire qui arriva le 42 mai au matin à Paris. « L'aslronoiâie peut se vanter, dit Fonlenelle,

> et elle conservera cette gloire dans les siècles à venir, » que jamais phénomène céleste n'a eu de plus grands » et de plus illustres observateurs. Le roi voulut voir » faire les observations par des astronomes de TAca- » demie, et, pour cela, M. Gassini le fils et M. de la Hire » le fils allèrent à Marly avec tous les instruments né- • cessaires. Toute la maison royale et toute la cour fu* » rent témoins des opérations, et monseigneur le duc de » Bourgogne, qui fait bien voir que les sciences peuvent

> trouver leur place parmi les occupations des plus

4g DE FOMTEMELLË ET DE L'ACADÉMIE.

. Louis XIV avait un cœur né pour la gloire; il sul goûter tout ce qui la donne :

il protégea les arts, il aima les lettres, il porta sur les sciences une attention constante; la liste où il fit inscrire, pour les récompenser, les écrivains célèbres, r^çut aussi les noms des savants illustre^, et non-seutement de la France, mais de TEurope..

)> grands princes , détermina lui-inème plusieurs » phases... » Histoire de V Académie royale des Sciences^ année n06, p. Mi.

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