‹ Forbin de Solliés; ou, Le testament du roi René; pièce en deux actes, un épilogue, et en versChapitre 5 sur 52 · XVIII FRONTISPICE · texte numérisé non relu

XVIII FRONTISPICE

de l'église, tout le ciel nous apparaît, vélum immense au-dessus de l'immense paysage que nous dévoilait tantôt, peu à peu, la montée, la magique montée... Les voyageurs n'ont qu'un même cri : « C'est beau. » Et nul poète ne saurait traduire la valeur de ce cri, les émotions qui le provoquent : « C'est ici la Provence. Cela est de France ! » Un orgueil vous prend d'avoir à soi, pour une part, tant de beauté, ou plutôt cette beauté tout entière, car, d'ici, on Ta toute.

Et l'on voudrait, comme ce sot de roi Candaule, la montrer à tous, entendre ses louanges, tout en la gardant pour soi.

Qui aime ardemment rêve aussitôt de possession.

Et moi aussi je n'avais jamais vu que de face le visage rayonnant de ma Provence. Comme l'ami dont je vous ai conté l'aventure, je peux dire à mon tour : i( J'ignorais encore le prestigieux profil de l'aimée; » j'ignorais d'elle certaines de ces inexprimables lignes qui font les grands amours :

Comment fais-tu les grands amours, Petite ligne de la bouche?

L'amour souffle où il veut. J'étais pris. Il me fallait posséder quelque chose de tant de beauté. Peu de temps après^ m'appartenait la petite maison si ten-

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