‹ Force ennemie, romanChapitre 7 sur 10 · FOC · texte numérisé non relu

FOC

un prix cThasBeur obtenu gsice & une magistrale dissertation sur la a Pranebise yoîlée », un prenais secessit ds u Démarcbe èi demi -hautaine s^ un antre piir de « Gestes pour tenir it diataiœ n et un autre aiweatit d' • Afiabilité^enrera lés inférieur»v. Chez U priacesse roi]matDe'(?) la.senle prononds^ ti9D tolécée était celle du CoBKrratdce de Vierzon, car pmqtté tout le monde sait ipie la langue fcancaise ne s'est jamais fonuée, su début, vers le centre de la Vallée de la Seine, — comme le croient quelques illetlrés, — mais biea entre Romonanlia' et Aurillac. (Certains artistes de nos pTCiniàres scteas dramatise? n'ant pas oublié cette vérité.) Il y avait, dans le programme imprimé de l'iostilur tian, toute une Ihéorie sur les voyelle^ — aiguës et graves, — ' que je n'entieprendim pm de révéler ) l'ai, du reste, de tout temps, iaaufSaamtomprise..... Toujours est-il qae^es oancours ■monciation rationneUs n'étaient pas favoâ Raoula. Peu musicienne, désineuse pourt M charmer par sa voix s etd' a émettre des ialingués », elle s'était dès le débnt, montrée néabie à l'euphonie mathématique. Elle en it souvent ! Elle dut se résigner, dans s»

I de choquer les oreilles eomme-il-faut en rtdesu aiguës B,iîes affreuses aiguii», si com- , si pléb^ennes, h prononcer graves toutes 'elles et mëroe & les changer presque tontes 'es ouverts suivis ou non A'h aspirés. Elle aussi la ehaseeanK métaux consonnes dures.

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BUe-disaiè iid cnare (^)et!uQ céréi(i^) commôion noua le recommaBde^... quelque part -— Bile allait même jusqu'à émend^ les vooables empruntés au grée ei demandait un clytère quand elle épnooirait des trouble»' abdominaux.

C'est aux: efforts plus ou. moins beuneu& de la» Princesse Barbavesoo que je dois d'entendre ma cousine par alliance, pudique et doucem^it rubes^cente sous ses^ dieveux jaune pâle,, ni'adresser la phrase suivante que je tmnscris de nM)n mieux :

-— VAhs ne' sàfariaz croÂhre» mon chÂhr cÂhsin, è quai poant j'ah été dàhsolée de vàhs savoâhr dan» ce rèpêtable mâhs funàhbre établassemàh dàh Dâhtâtir Froan !

Gomme monc orthogmphe phonétique n^est pas claire, je suis forcé de traduire : « Vous ne sau« rier croire, mon- cher cousin, à quel point j'ai été désolée de vous sairoir dans ce respectable mais fu* nèbre établissement du D'' Froin ! >

Elzéar nous exanaine d'un, œil féroce et je me rends compte de ses impressions. Il ne tient pas encore a Raouia ». Le trouble^ la rougeur de ce grand mannequin peuvent être attribués à ce fait qu'on ne lui a pas donné le temps de s'équiper de pied en cap et que c Raoi^ » est navrée de s'exhiber ainsi avec une robe légèren^ni firipée,, des» a bot-^ tines de plage » et un chapeau donti la garniture ne s'harmonise pas avec sa toilettesi. Mais sa» voix

(i) Ours.

(2) Cerf.

FORCE ENNEHIB

tremblé ; elle a débité son petit discours en des temps, en détachant les syllabes, en

t un sort a à certains mots : d&hsolée, rép6-

in&hbre.

t à moi, mon insensibilité frise l'insolence.

indu de l'air le plus détaché du monde :

TOUS remercie de tous être inquiétée de

t cousine, mais cet établissement n'est pas

i tout. Je me plais beaucoup ici. La maison

le de gens charmants.

i que je serais devenu wn peu fou, à vivre milieu singulier? Cela fersîl l'affaire du

iar. Hais si je n'étais qu'un limulateur?

gît de savoir avant tout si nous sommes

ligeace >, sa femme el moi et il s'avise

ireuve un peu naïve.

. I mais, fait-il, qne voici des cousins froids

ers l'autre I Vous ne vous êtes même pas

1 main !

— Il va peut-être nous « pincer ». Une m, une insistance, une étreinte des doigts igue ou trop brève, trop violente ou trop a lui livrer les complices, si nous sommes plices. Mais le v shake-hand > ne révèle abit rien, — tout juste cordial, — un vrai and de cousins par alliance. Pourlant Rofparatt aucunement tranquillisé. Il est tout

— tout bête, —

>t, néanmoins, une nouvelle attisée d'énerme de petites flammes dans ses yeus qui

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étaient devenus vagues et troubles. A I camper en face de moi, les deux mai poches, les épaules remontées, la tète dans une attitude de résolution et de déf qu'il va jouer le grand Jeu :

— Mon cher, me dit-il, tu te portes mieux. Le D' Froio ae se trompait p avoir envie de sortir d'ici et j'aurais hont ser moisir trop longtemps dans un pan D'un autre cAté tu as besoin de soins, soit la nalure des émotions que lu as ép as été rudement secoué et la solitude con vaudrait rien. Or, j'ai pensé à une solutîc t'assurer la liberté, — ob ! pas tout de si suite ! (il faut que tu te reprennes !} — I la sauvegarde d'une solide et prévoyante i J'ai même parlé de mon projet à une sans le bon vouloir de laquelle il ne sai tir >.Tu sais que Jeanne Sloizquiavaité nand Lacoste, est veuve depuis plus d'u connais la bizarre et excellente nature é mable femme, jolie et ricbe, par-dessus

Il dit cela avec componction, Elzéar !

— Tu te rappelles que si elle a conseui Lacoste qui était une idée plus beau qu'u doué d'un caractère d'ours gris, c'a été bi cause de l'amour furibond dont il la ; que par suite de bavardages d'un ami dant. Ce modèle des Pjlades lui révéi nand souffrait d'une aflecLion chronîq

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ment donlonrense et que la femme ipi conaenttrftit

i s'embarrasser de lui, serait une pure et simple

garde-maloâe deux mois sur trois. Elle se prit

■d^nthouiiasme àTidée de cette belle vie et fit durer

le Fernand Lacoste cinq anoées entières, ce qui

parut un prodige à tous ceux qui aTaieut entrevu

quelques minuEes le joli époux. (Test beaucoup

plus qu'une sœur de charité. C'est l'Amoureuse des

Souffrants. Elle ne conçoit de tendres effusions

-qu'entreun cataplasme et une fiols'de drogne. Pour

ioirf!e«hangera un peu de son prf^mmme puisque

tu ne te cataplasmes pas, mais il y surs, gr&ce au

Ciel, h te îaire suivre des régimes, & l'administrer

cohnants, et elle adore celai

'en termes galants ces Choses-là sont dites !

le Lacoste, on mûeux leanne Stolz e^une

jionàmoilAasezmalin, l'épais R0rilçu.i .'

ait ma « princesse » an leiot de jacinthe

Tait iout-Ji-fait tentant ! Pourquoi ne pas

« à présent au sieur Ëlzéar quitte à mW-

intdt arec Jeanne qui est U bonté même.

parfsilement capable de na'aider à dbte-

ration de la pauvre Irène, à la guérir !....

tus qui ne m'a fait enfermer, je le vois,

tiitmsie, me procurerait mon « exeal ■»

ite, tout de smle, quoi qu'il en dise, —

toconpé d'une femme autre que la sienne,

out d'une femme riche et désintéressée

ivnr sa bourse au k nouveau cousin >

li-ci surait besoin de fonds pour quelque

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eirtreprise induslrielle ou agricole I Car Elzéar est non seulement un immense minotier connu de la vallée de l'Orne à celle de ia Liane, mais encore un propriétaire foncier eit un agronome. Et quand il ^risque une affaire ince!ii;aine, — sa prudence native le rendant ménager des cs^îtaux de « iRaonla » et des siens propres, — il recherche volontiers des commanditaires bénévoles, faciles à apaiser en cas de imalchance.

Je puis èkre libre demain, demain peut-être I Je vais donc vite déclarer que j'accepte, que c'est chose entendue, — en ne me permettant qu'une toute petite ironie méritée cent fois par l'invraisemblable et tm peu révoltante ceoiduite de Hoffieuz. €e désir d'anodine vengeance est malheureu:x, «ar, au moment où je viens de décocher ma peu Tedoutable flèche, une flèche en plume d'oie, à la pointa mou- •chetée du « tampon de ma bêtise » dirait le grandiose Prud'homme :

— Ah Qa! toutes les industries 4e sont bonnes.

Tu vas encore plus loin que M"*® de Foy. Avec le

€ mariage riche d tu combines le mariage pharma-

oeutique !

:....A ce moment même entre Léonard qui nous

annonce l'imminente visite du iD' Froin.

Roffleux cesse de m'écouter. Il tire ses manchettes, passe la main sur sa barbe et, tirant un pmgne de poche, «e compose devant la glace une eoiflmre savante qui doit être celle de V^i éminent •ageonome ».

« Raoula > proGte de l'iaatteDtioa de son mari pour se rapprocher de moi et me glisser très bas, très vite, mais très distÎDclement :

— Refusez ! Il y a du chantage, là-dessous. Il a menac M"* Lacoste pour la forcer h accepter. Il veut son argent et tous connaît faible... Il sait quelque chose sur elle je vous dirai quoi !

Toute ma joie tombe, du coup. Me Toici prisoanier pour longtemps encore si je ne puis m'aSranchir de la maison de santé qu'en m'associant à une vilaine entreprise du Boffieus contre une femme que j'ai aimée.

Quand Ëlzéar se retourne enfin de notre cAté

après un suprême coup de peigne et nous aperçoit

& distance respectueuse l'un de l'autre, il en revient

riage et me dit d'un air triom-

3 dis-tu de mon projet ! N'est-il

l'adoptes, u'est-il pas vrai ?

iel chagrin que Je me vois con-

iar. je n'éprouve aucun désir de avec une aussi ravissante infir-

rde et RofQeux surprend ce reune n tendre j> œillade amou-

lien pis. Dans la prunelle pÂIe comme-il-faut brille une lueur

[e n'y avais jamais vue. On did'experte et lubrique matrone.

Le mari blêmit; ses narines se gonflent. 11 y a un silence de quelques secondes qui parait durer un quart d'heure. Puis Roffieux retrouve sa voix et déclame comme s'il débitait des vers tragiques :

— Mettez vos gants, Raoula, mettez vos gants, vous dis-je ! Sortons d'ici I II se fait tard. Nous causerons avec leD' Froin dans son cabinet. A bientôt, Veuly ! Allons, venez-vous, Raoula? Raoula, venezvous?

Car mon cousin a toujours dit c vous » à sa femme, absolument comme les ducs et les ingénieurs des romans pour a gens du monde » (?)

Mais le Docteur arrive au moment où Elzéar me faisait un dernier geste de la main qui pouvait signifier aussi bien : « Au revoir, faux ami I » que : « Nous nous retrouverons^ scélérat I »

Il a toujours, le père Froin, celte bonne expression simple et un peu timide des gens vraiment sincères, si différente de la « virile audace » des coquins et des mauvais drôles qui jouent, comme Elzéar, la comédie de ta franchise. — Pas d'yeux étincelants de fausse loyauté, aucune de ces manières emphati'juement brutales où les « mufles » voient de la « bonté rude » . On lit dans ses regards de la bonté sans épithète et un peu de la tristesse ennuyée des braves gens excédés de l'écœurante farce des bateleurs humains.

Il m'est tout de suite évident qu'Elzéar ne lui est pas sympathique et il fait à Raoula ce petit salut bref; très courtois mais nullement aplati et

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courtisanesque, ce salut d'homme libre, également indemne, — et de la rage de grossièreté des noBles butors pour qui tonte politesse est hypocrisie, — ^et de la lèpre salonnière :

— Eh bien ! monsieur, vous are2 cansé un peu urec votre cousm, dit-il doucement mais sans aucune cordialité an 1o}ral £lzëar. Gomment le trouvez-vous?

A ma grande surprise les rayonnants yeux bleus du minotier s'obscurcissent et tout son visage exhibe les symptômes d'une a mâle douleur ».

— Ah ! ne m'en parlez pas I Je ne le trouve pas bien, pas bien du tout, mon cher Docteur I

Raoula parait épouvantée de cette effronterie mais n^ose rien dire.

— Vous m'étonnez beaucoup, fait le Docteur.

Ce matin je Tai vu plus calme que jamais, toutà-fait en bonne voie.

— Soit I Mais vous n'étiez pas ici tandis que je causais avec lui tout àTheure. J'avais rarement constaté chez lui autant de nervosité ; il a besoin de ménagements infinis...

— De ce côté vous n'avez rien à craindre... Mais, comment se fait-il que ma présence seule Fait si promptement guéri de son agitation ? Je ne suis ni magicien, ni magnétiseur, — malheureusement peut-être !

Et le D' Froin examine la physionomie d'Ëlzéar avec la curiosité amusée d'un peintre qui cherche à déèerminer le caractère de son modèle. Tout

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le masque da Roffieux s'illumine de l'éclat d'une radieuse, d'une splendide franchise qui me fait l'impression de déplaire de plus en plus au docteur :

-^ Voyons, reprend le père Froin, en s'adressant à moi cette fois, vous vous êtes montré excitable, violent, pendant la visite de monsieur votre cousin? Vous avez Tair bien tranquille, cependant.

Je m'aperçois qu'une inquiétude vient de le saisir tout-à-coup. Ses sourcils se rapprochent et s'ahaisseat ;, un tic fait très légèrement trembler l'une de ses joues :

— Dites-le moi en toute confiance. Vous n'avez pas ressenti de la journée de ces craintes... morbides, — vous savez bien, de ces craiotes dont vous ne me parlez plus depuis longtemps, depuis ma première visite, — malgré mes interrogations à ce sujet... Vous me comprenez?...

Il est clair qu'il fait allusion à ce stupide : « Je suis habité I » mais qu'il ne veut pas s'expliquer devant Elzéar, — très résolu à ne pas « fournir d'armes » à mon cousin, — le brave homme I

Par. bonheur Kmôhoûu veut bien s'abstenir de toute manifestation en moi. et je puis répondre avec un sang froid parfait :

— Non 1 Pas le moins du monde I Et puis, vous n'ignorez pas que ce jour-là j'étais sous le coup d'une terrible. commotion et que je parlais un peu au hasard, sans. savoir I

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— Ah I tant mieux I Et ce langage n'est pas celui d'un... < névrosé > s'écrie le docteur qui a un sourire si bon, si heureux que j'ai un gros remords de ma dissimulation, — forcée» pourtant !

— En tout cas, insiste Ëlzéar, un peu sëchementy Je crois que vous ferez bien de le soigner plus que jamais. Je veux qu*il gtiérisse, MOI/

— Monsieur, réplique très placidement le Docteur, il y a trente-cinq ans que je m'occupe de... maladies nerveuses et je vous assure que l'on peut me con Qer un patient sans avoir à s'effrayer de mes imprudences. Je n'ai aucun intérêt à retarder une cure, — bien au contraire 1 Et dans le cas présent la cure est bien près d'être complète.

— Oh ! mon mari ne met pas un instant en doute votre « aihpérience et votre habileté, Dâhteur », sopranise « Raoula » qui se rend compte de la maladresse de RofBeux et qui me regarde un peu de travers depuis que je n'ai pas su lui rendre son œillade. Il veut seulement dire qu'il compte sur toutes deux pour achever de guérir 'notre cousin qui semble encore bien fatigué, bien

fatigué I

Et tous deux se retirent après nous avoir gratifiés, le Docteur d'un salut, — et moi d'une très molle poignée de main.

Encore, sans la présence du père Froin, aurais-je dû me passer de cette faveur sans prix. Ils se sont contraints à une demi-cordialité à seule fin de prouver devant témoin leur noble et méritoire

affection pour un parent qui ne leur fait pas honneur.

Après les avoir accompagnés, le Docteur revient dans ma chambre. Tout d'abord il ne dit rien ; il hoche la tète d'un air préoccupé, a une moue un peu dégoûtée, semble réfléchir profondément, -~ puis il me demande « à brûle... gilet » :

— M. et M"*' Roffîeux sont les seuls parents qui vous restent?

— Ntm^ j'ai un frère qui habite Paris... quelquefois I

— Ah I très bien ! Mais pourquoi ne m'avoir pas dit cela plus tôt? C'est avec lui que j'aurais dû m'en tendre, — et non avec des cousins I Donnezmoi son adresse, je vais lui écrire, — et ayez bon espoir I

Oui, j'aurai bon espoir : malheureusement, — comme je le dis au brave docteur, mon frère voyage assez souvent, avec ou sans sa femme,... en Egypte ou dans l'Inde. Est-il chez lui, — à Esneh

— ou à Madoura ? Quand recevra-t-il la lettre du père Froinl...

... Et sans la confidence ou le mensonge (?) de Raoula, je serais certainement h la veille d'être libre!...

Je passe une assez triste soirée, un peu distrait par Léonard qui me raconte les amours d'une infirmière invraisemblablement éprise de Bid'homme,

— ce joli cœur ! —

... mais tourmenté par Km')hoûn qui, mainte-

naaty me- pousse à m'évader « et le plus tôt possibla — ou il fera les cinq cents coups I »

Les semaines suivantes, l'atroce Kmôhoûn ne me laisse plu& une minute de répit. Ce sauvage de Tkoukra se perfectionne dans l'art de la persécution au pûiatqu.'une belle nuit je lui déclare que j*ea ai assez^ que je vais lui obéir. Tant pis si nous sommes repris^ si les gardiens noiis maltraitent, si notf$ subissons toutes les humiliations! Je ne yeux plus entendre cette voix méchante qui m'incite aux plus dangereuses bravades, à des. violences, à des révoltes^ ^ et même à de basses et démentes siqgeries qui.mjB conduiront droit au, pavillon des c Agités ».

N'ai-je pas, uue fois, quoique j'en eusse, été contraint de danser sur les mains en présence de Léotnard qui, prîjs^ entre son amitié pour moi et son devoir de raconter mes hauts faits^ ne savait plus à quel saint se vouer ?

Un autre jour, n'ai -je pas.dft^, malgré moi, profiter d'une courte absence de. mon surveillant qui avait. laissé la pprte de ma chambre ouverte, pouf aller faire, en maraude, un tour de jardin, au fond dcs^ fameux bosquets où sont les tonnelles ? Dans

FORGE ENNKMIB 17Sk

Tune de ces gloriettes « se reposait » une affreuse infirmière longue et maigre comme une hamdeUe de Syrie. J'ai toujours eu,en horreur cette Olympe Chignoux, l'ex-amoureuse de Bîd*homme et la. seule gavdienne (ait! j'oubliais M"* Célestine Bouffard !) que Ton renoontre dans tous les coins où il y a « de Tombre etdumystèro ». C'est une nature poétique, sans doute. £n tout cas elle n'est plus to.ut..à fait adolescente» louche exagérément et possède une physionomie grincheuse de colonelle de TÂrmée du Salut. £h bien I l'ignoble Kmôhoûn^ m'a instillé peu à peu une telle rage de stupre que je me suis surpris à jouer aux plus vilains jeux avec elle« médiocrement indignée> — et. çue la scène s'est achevée par... les <c derniers outrages ]>, qa'elle a supportés sans colère et sans 'joie trop indécente, en beauté habituée à ce genre de complimenta* -«-' Miséricorde! cette vieille nymphe doit avoii^deux jambes de bois ! J'en ai eu des bleus I

£t Kmôhoûn qui s^ écriait : « Ah ! quel bonheur I Ça ne m'était plus arrivé depuis naoa « séjour » dans... telle ou telle constellatioa ! »

Enfin, (et je passe sous silence toute une série, de plus banales mauvaises farces du Tkoukrien), -^ ne me suis-je pas réveilla une autre fois^^vers deux heures de l'après-midi, en chemise, dans le parloir, où ne se trouvait heureusement qu'une saule personne, la plus jeune des demoiselles Moriebranche, déjà nommées plus haut, — une assez jolie femme de trente ans, bardée de prixu)ip&s au^ières, à lar

FOHCB ENNEMIE

(sans savoir comment les mots eor- Duche), une déclaration eu style de ippelant (bélaa t) ud chat un chat et lar leurs ooms comme nous le re- — ou à peu près, — ce Toyou de lUX. Le pis est que le légèreté de le permettait d'illustrer ma prose, lauvé la situation. 11 est accouru, ma péroraisoD assez accentuée, s'est [ de la demoiselle et l'a suppliée de '.re en dénonçant au Directeur son eillance et mes abominables discours > gestes. Il a même Gni par la faire e (ille a déclaré qu'elle avait pitié ilade.

Ad m'a bien menacé de m'obliger & les exploits auprès des belles en préroin ou de quelque mauvais diable larrer mes incartades au « Patron ».

in qu'il D'y manquera pas.

nuit donc, vers une heure, écœuré 'épugnants tableaux qu'il me fait

yeux en m'alhrmacit que j'assiste à quipées futures et qu'avant huit jiécuté tout le « programme » — Je

! En voilà assez, allons nous-en I i OD nous rattrape, ce ne sera pas

'■pond fort tranquillement KmôhoAn.

FORCB ENNBHIB 177

Ce ikoukrien a dû être serrurier ou cambrioleur en quelque autre existenceet ['action de son détestable esprit sur mon pauvre esprit et sur mon corps est bien forte puisque moi, si maladroit, si bêle pour tout ce qui est mécanique, je démolis sans bruit en dix minutes, à l'aide des premiers instruments venus, quatre serrures énormes, démonte six verrous extérieurs et dêclingue une série de compliqués appareils de sûreté.

Nous voici dans les jardins malheureusement (lauquea et opalins de lune.

— Ne tremble pas comme celai grogne Em6hoAn, ces sales gens dorment tous I

Pas tous ! J'entrevois une grosse masse humaine qui sort de l'ombre et s'avance vers nous ; il me semble que j'ai déjà rencontré ça quelque part. Serait-ce iU"* Célestine BouSardMe ne demeure pas longtemps dans l'incertitude :

— C'est-y vous, Louëdin ? cbanle l'inoubliable contraltodieppois de l'infirmière callipyge (Louëdin est l'un des gardiens des agités, un ancien zouare, plus tard dresseur de singes, puis garde-chiourme i la Montagne d'Argent...) faut, fichtre, vous espérer, vous 1 Vlà vingt minutes que je < fais le trottoir « (fathors et sans trottoir, encore 1... Maïs non, cor nom de nom! C'est pas son poil en fourche I hurle-t-efle en m'empoignant par mon maigre a bouc ». (Louëdin possède une

trente centimètres, — et fournie!) — k'c'est donc que ce sale volsux qui se pi

178 FORGB ENNEMIE

nnitan-mmmt dans les « terrains du monde i ? — Ah I pas possible I C'est m'sieur Veuly des à-part ! B'en vrai I Léonard n'est pas « castafiole » pour vous avoir laissé rouler dans Ynouër à ces heures ! Tout-à-coup elle glousse de rire :

— Oh ! ce serait-y que vous auriez des intentions que vous seriez démuché si tard ou à si bonne heure? car 1 est matin! Qui kVest que vous coursez. Vous pouvez bien me dire çfi à moi qui suis pas d'ces plus ^^gueules !

Me voici horriblement ennuyé. Je ne sais quelle explication donner à cette épaisse donzelle. Km6hoûn m'insinue : « 11 faut nous la concilier... pour un bout.de temps, celle-là. Après quoi nous trouverons bien un moyen de nous en débarrasser.

Laisse-moi faire 1 »

Je veux lui objecter que je crains ses procédés tkoukriens ou autres, que... mais il ne me doniie pas le temps de finir. A ma terrible stupéfaetion, ma voix sort de ma gorge, — - ma voix devenue rude et grossièrement ricaneuse sans que j'aie eu conscience d'avoir seulement ouvert la bouche — et cette bouche prononce les étonnantes paroles suivantes :

— Dis donc» grosse 1 As-tu du cognaQ dans ta chambre ?

— C'est-y bien vous, monsieur Veuly, qui me parlez à c't'heiire, vous si comme il faut et un peu fier des fois? B*en, ma parole I je vous aime mieux comma ^a ! Pour a&r ^e j'en ai^ di^ la sicasse dan^*

FORCE ENNEHIB 179

ma Dicfae; oht paa des litres!... mais nn pauv* petit fond de bouteille pour... qutOtd qu'une « malade ■* a besoin S'être tin peu ranimée. Venez-vous enl

Elle 'me prend par la main < pour me guider » — et'tout l«s ;

— Ab ! pefit cochon ! C'est donc ça qu'y me regardait l'aut' fois avec des yeux tout chaffouillés I Mais ii f aurais jamais cru ça I — un homme ai eonetnâbel

— Elle ne se fait pas d'illusions sur élle-raéme et la modestie «st toujours une vertu, goguenarde KmAhoAn qui r^rend tout haut avec ma voix et h. présent sur mon ton habituel :

— Je se suis pas en fer blanc, — et toi non pi»!

Devenu nn véritable pantin dont letkoukrien tient les fils, j'ai la snrprise de constater que je me livre Bur les vastes Totondités de M"* Boufîard à une série de trop tibres caresses à'Ia suite desquelles mon dire 'se trouve amplement confirmé.

— Si TOUS êtes ai effronté, voua n'aurez point de eorgnan, module, en soupirant, Himalayenne infante. Quoi que vous feriez après, — alors ! éh b'en!

— Je serai tendre, mais distingué... Allons toujours voir te petit cognac, — moins pour boire qnie pour trinquer. Ob ! trinquer ! hein, Célestine?

Répugnant Kmdboân !

— Oh I nuis non ! Ça c'est pas d'jeu I Voulez-

180 FORGB ENNEMIS

VOUS bien pas! Ah I qu'il est tourment! -^ Lâchezmoi que j'ouv' la porte.

Nous sommes arrivés. La petite pièce qui sert de nocturne écrin aux charmes imposants de M^^'^ Bouffard ressemble à un corridor arrêté dans sa troissance. Elle est éclairée par une veilleuse à lueur blonde et rose comme Toccupante et presque encombrée par un monumental lit de fer propor* tibnné au volume de la précieuse cargaison :

— 'Faut pas d'bruit ! siffle tout bas Célestine. Péchez-vous 'tirer vos chaiùssures !

Je m'exécute, confondu, ahuri d'être là, mécontent d'avance de ce que je vais certainement faire. La plantureuse infirmière m'imite, puis désirant que ne réveillent personne sa jupe traînante et ses bouffantes manches frôlantes, elle enlève robe et corsage et demeure en petit jupon et en corset. (Il faut respecter le sommeil de ses voisins}. — Le paysage entrevu m'impressionne malgré moi.

— Y a qu'une chaise. Assàhiez-vous d'ssus, moi je m'assurai où que j'pourrai, tiens ! su' l'iil ! continue M*^" Bouffard. Pis c c'est pas tout ça ». Vous qu'êtes pus près, ouvrez donc la table de nuit. C'est là qu'est la cave I

Les fonds de bouteille montent haut dans le pays de mon aimable hôtesse ! Des fonds de plus de soixante centilitres I — On trinque avec des précautions infinies, mais souvent et coup sur coup; en dix minutes la bouteille a dit son dernier mot. Entre temps, — Kmôhoûn ne m'a pas permis

l'oisiveté. De retouches en retouches» le paysage s'est bien agrandi et dépouillé d'accessoires inutiles. Au moment où la vue devient presque panoramique, mon tkoukrien qui me parait connaître la sentimentale Céiestine mieux que moi-même, lui susurre doucement par ma bouche :

— Tu n'en a plus de cognac? Dis?... pour après?...

— Pour après... quoi ? Ah ! bandit I Oui, 'y en a 'core une larme. Mais je vous vois venir avec vos : après I

Kmôhoûn, rassuré pour la suite de ses projets, comprend qu'où nous en sommes, tout nouvel atermoiement pourrait être considéré comme une injure. Les dernières brumes blanches sont dissipées par nos soins empressés et — en avant le panorama ! Une sierra lisse et neigeuse couronnée de cimes roses comme à l'aurore, — un massif plus considérable, plus iilial et plus lisse encore — et peut-être aussi des forêts — apparaissent :

— Ah ! c'est bien parce que j'ai peur de toi I murmure la belle Céiestine. Ah ! passionné !...

Certes, je n'explore que légèrement (c contraint et forcé :», mais je commence à prendre plaisir à mes découvertes : — Je m'abîme en leur splendeur — et c'est un délicieux cataclysme...

Je ne dirai plus jamais de mal des personnes. •• un peu fortes.

C'est incroyable ce que Kmôhoûn a fait de moi. Je fus à une époque assez gentiment débauché,

182 FORCE EflNBMiB

mais enfin je ne ressemblais en riea à un Turc, surtout dQpi^is que la trentaine avait mis 4e l'eau dans mon yin, ^^ ^n vin modérément généreux. Et à présent je n'y ^mprends plus rien I Nana-Sabib, Soulouque et tels personnages des < Contes Drolatiques » sont des enfant h côté de moi. Oh l je n'en éprouve aucune satisfaction d'amour-propre. Je me sentirais plutôt effrayé I... Heureusement, M^^* Bouffard n'est pas fille à demander grâce» — bien au contraire, — et je frémis en songeant k la détresse où je me trouverais si j'étais dans oiQu état normal 1

Hais comment 9e fait-il que la collabpratipn touie p^yohiqw du nommé Kn^ôboûn transforme à ce point mon organisme ? — Oui, je suis effrayé — et même furieux, exaspéré : c*est anti-médical /... et, bien différent, en cela, du gardien François, je professe un incomn^p^urable respect pour la Hédecine, comme tous les hypocondriaques, du reste.

L'impavide Célestine est allée, entre deux assauts, à la recherche de la larme de cognac. C'est une larme... — pleurée par un mammouth. Elle occupe les trois quarts d'une assez forte dame- Jeanne cs^bée sous des robes et du linge qu'elle doit suavement parfumer :

— Tiens ! je eroyais que la cave était dans la table de nuit?

— Il y a la cave et il y a le magasin.

Toujours les « distinguo ». — Une idée infernale»

FORGE ENNBMIB 183

digne de Kmèhoùn, me traverse la cervelle et je deoiaude :

— Eh htea 1 et Louëdin ?

Mais ai je me figurais impressionner Gélestine, j'avais de la naïveté de reste.

— Louëdin? répJique-t-elle avec froideur, ça sera pour dem.., Enfin jl peut se brosser le ventre pour l'estant. Quand il ne me voit pas dans la cour, il sait qu'y y^ < P^s P^&n ».

Mais l'alcool et les... tours de force ont raison à la loogue de la riche naturo de l'infirmière. Grâce à nos savantes manœuvres, la forte jeune personne a bu près d'un litre et demi de sicasse, tandis que nous (Kmôhoûn et moi, sobres comme des méharis), — nous nous contentions d'un peu moins d'un demi-setier.

W^ Bouffard s'endort d'un lourd sommeil, m .lassata nec satiata », car elle soupire encore, entre deux hoquets, une minute avant de fermer les yeu:ic :

-^ Ah I petit sale I Ce que |u gagnes à être connu I R'f ai-sons connais--*sanca, -^ veux-tu ?

Kmôhoûn est arrivé à «es fins :

•^ Maintenant, nous déménageons ! ordonne*t-il.

Mais quel bonheur que le service des « veilleurs » soit si peu régulier chez le D' Froin ! Sans cette belle négligence, on aurait eu le temps de nous pincer vingt fois pour une. Nous avions laissé la porte entr'ouverte 1

Tout i^ Qoup j'ai un frisson d'épouii^nta, —

184 FOHGB ENNEMIE

d'horreur I Je me retiens tout juste de crier. Je viens d'apercevoir, dans la muraille, un guichet pareil à celui qui donne dans ma chambre !

Je savais bien que Gélestine était la gardienne de ma a princesse » mais^ —- imbécilement -« je ne pouvais me figurer qu'elle couchât aussi près d'Irène que Léonard de moi. Cela m'eût paru une profanation ! Le sommeil pur et les rêves bleus de l'Exquise à côté des ronflements d'ivrognesse et des cauchemars obscèues de l'érotfque Bouffard !

Rien qu'une cloison entre la Péri et la grosse polissonne I

C'est à quelques mètres d'Irène que je me suis a distingué » d'une si triste façon I Oh ! si j'avais le bonheur de me tromper ! Si, par suite d'une combinaison invraisemblable et providentielle, il était possible que la buveuse de sicasse ne veillât sur ma « princesse » que dans la journée et se retirât loin d'elle pour la nuit ! Si la pièce voisine n'était qu'une autre cellule d'infirmière, quel soulagement j'éprouverais ! Je sais que c'est fou, mais je veux voir^ voir à toute force, j'en oublie Kmôhoûn et... j'ouvre tout doucement le guichet...

Atrocité I C'est Irène qui est là, tout prèsl J'étais, non pas à quelques mètres, mais à quelques eentimètres d'elle I...

Une bien autre terreur m'envahit quand le Tkoukrien épouvantablement surexcité râle en moiy — à la lettre :

-<!» Oh l c'est celle-là que je vetixl El toi aussi^ tu

FORGB ENNEMIS 18S

la veux I C'est ta « princesse », celle dont j'aî vu l'image dans ma tête ! Mais combien elle est plus belle» plus exaltante que son reflet pâli, terni par ton âme grisâtre et débile 1 Courons h elle !

J'oppose à sa frénésie une résistance désespérée. Kmôhoûn a beau me menacer de me faire hurler de manière à ameuter toutes les gardiennes, — je ne veux pas, — je ne céderai pas !

Mais je m'aperçois d'une chose abominable. Mon corps obéit mieux à mon sinistre ennemi qu'à moimémo. Et malgré mon angoisse et ma fureur, il m'est évident que la vile < machine » veut, elle aussi, m'emporter vers Irène. Et c'est elle, la machine^ qui asservit mon âme, qui ia change à son gré, qui en fait une âme de tkoukrien I

Ma a princesse !» Je ne la vois plus, comme avant, radieuse d'une beauté de rêve; je me^la figure dans des attitudes ignobles, — je me surprends à penser : délicieusement ignobles ! Et bien d'autres mots affreux vont me monter aux lèvres. — Bientôt, je n'ai plus qu'un désir : prendre la clef !

Nous la trouvons dans la poche de la grosse que nous fouillons sans ménagements, qu'ingrats, nous traitons, à présent, comme un encombrant colis!

— Il n'y a pas de danger qu'elle se réveille : elle cuve!

Nous l'oublions une fois sa porte refermée sur elle. Notis sommes dans le noir ; vite une allumette I La clef joue déjà dans LA serrure. Nout entrons dans LA chambre.

186 FOACB ENNBBaS

Irène I Ellis est belle, Irène, damnablemenl belle I Oh I est-ce vrai ? lascivement belle I

n me la faut, dussé-je la broyer, Téventrer I Ah 1 je t'aurai !

Je rauque des paroles infâmes, des ordures qui me réjouissent doulourettsement. Je m'approche d'elle ; elle dort profondément.

Le pis est fait I Comme l'Espagnol de la nouvelle de Richepin, j'ai commis le péc?ié des yeuœ^ le crime des y&ux !

Elle est nue I Et c'est moi qui l'ai découverte I Et, penché, je les soûle, mes yeux I

Je suis honteusement ravi surtout de ce qu'il y a d'un peu fauve, d'un peu animal, dirai'je de : splendidement hideux (f) dans le corps le plus idéalement beau.

ce moelleux torse fleuri, ces rondeurs fermes et délicates ! Ces douces courbes rentrantes I Puisce galbe de lyre I Ces longueurs charnues et flnes, ces ombres bleues nocturnes, ces roseurs un peu cuivrées I

Mhîs le parfum de cette chair affolante ndus enrage, Kmôhoûn et moi et — < brusquement — c'est le viol bestial et délectable, sauvagement exquis. Ai-je su, une seconde^ alor», A Kmôhoûn était présent ou non !

Elle s^éveille^ se débat, puis se soumet, secouée d'un spasme, mais tout à coup, — trop tard ! — (vais-je dire : heureusement trop tard ? — » une révolte de tous ses membres, de tout sim être, la

FORCE BNNBHIB 187

fait plus TÏgoareose que moi. Je roule sur le parquet de la chambre, dégrisé un instant. Mais Kmfthoûn, — ce ne peut être que Kmôhoûn, — m'éperonne de nouveau. Je ne songa plus que ma chute a dû être bruyante et j6 me jette encore une fois sur Irène qui m» repousse... Elle m'a reconnu! Son visage a une expression de tristesse et de colère indicibles ; on croirait que toute sa ruson lui est revenus :

— Ob ! s'écrie-t>eQe, o'est vous 1 Immonde lAcfae I Voasi an t&che?... Vous I

Hais exaspéré, aiguillonné par KmAhoûn, je m'inquiète bien de ce qu'elle peut raconter I Je lui torde les bras, je l'écrase, je vais la dompter encore I

Elle pousse d'effroyables cris de rage et de souffrance...

Depuis quelques secondes^ j'entends bidn, vaguement, des pas pressés dans le long, l'interminable c(»ridor, mais je n'en ai cure. Je vais retriompher, je retriomphe... quand' je me sens tenaiHé à la nuque par une espèce d'étau. Puis je suis enlevé comme ud fét», secoué, planté sur mes pieds, secoué encore... Je veux lutter, mais c^est peine perdue I

Le gardien-oh^, Dornemain, ejo-adjudant^ un colosse au nez aplati, au museau prognathe, à la mAcboira de gorille, me maintient d'un seul bras comme si j'étais un gamin de trois ans. Ua résistance furibonde l'amuse — et o'est tout.

Madame Robinet, înGrmièTe-principale, (connue

ces titres sont d'un bel effet en pareilles circonstances I) regarde la scène avec une sorte de sévérité complaisante :

— Ah ! mon salaud ! psalmodie Dornemain»

ah ! mon salopiaud I ah ! mon « cochon cochonnant de cochonceté I » Lui faut pas les premières venues à c't'enfant d'grenouille ! C'est ça qui m'a fait cette belle ouvrage dans le couloir D. Pour un se^/urier qu'a du vice, n*en voilà n^unl Et je l'aurais pas seulement escoupqonné, j'aurais même pas ezagminé la porte de sa porcherie ! Et c'est un chéri de Tadminiscration I Faut pas tourmenter M. Veuly, par ci, faut-^-y donner tout à gogo, par là. Et qu'il est guéri, qu'on nous prévient et qu'y va sortir ces jours-ci, qu'on nous chante I B*en oui! J'vas Tlui faire voir au D' Froin son « pensionnaire le plus tranquille », son « ^noffensif j», son cas « particulier I » '1 est bien l'^noffensif qu'il est du... ventre comme une bourrique ! On vous l'a trouvé en posture, comme on dit',,

(On devine à son ton précieux que Domemain cite ses auteurs.)

— Bid'homme est un sale type, gu'on prétend ? Possiôe, mais qu'y connaît son monde. Qu'y m'a noctifié à moi : Veuly ! y a pas pus chaffouillaud, pus sagouin, pus vachon ! C'qui lui faut, c'est du pied au cul, V <t corset d'maintien i», le jet dans la gueule et la trempette. Y connaît ces en dessous-là, iiid'homme, ya pas à dire !

.- :ij.*

Et à chaque mot le gardien-chef me redonne une secousse à abattre un grand màt.

M"** Robinet intercède pour moi :

— Voyons, monsieur Dornemain, je seusts que vous seyez très escandalisé, mais faut pas oublier qu'y s'agit d'un « malade ». C'est pas du vice, c'est de Vabourration. Y n'a pas choisi. C'aurait été une archeduchesse des palatines morganar^iques ou moi-même, (M™*' Robinet se rengorge. Malgré son évidente érudition (?) et sa respectabilité de dame mûre, elle consent à se voir, — hypothétiquement — assaillie avec une aussi flatteuse fureur) ou moi-même que c'eût-^-été le même tabac. Faut pas brutaliser, faut comprendre I

— C'est bon I c'est bon I grogne Dornemain. Ça n'empêche pas que je vais mettre ce cadet-là en cellule pour le reste de la nuit... Et demain, gare les grandes eaux I

Nous retraversons la cour, Km£hoûn et moiy beaucoup plus rapidement qu'en venant. Dès que Je suis essoufflé ou que je tente de ralentir un peu le pas, Dornemain m'envoie son^genou au bas de la colonne vertébrale et ma vélocité redevient miraculeuse. Et comment expliquer ceci : je suis à la fois, outré, gonflé de rage — et assoupli comme un gant, -— désespéré, navré au-delà du possible — et, par moments, pris d'un fou rire ?

Peut-être Kmôhoûn se moque-t-il absolument des coups et des situations les plus humiliantes et juge-t-il énormément comiques et ma défaite et ma

190 FOaCB SfHBUlK

c«lère?^U y a, sani doute, de cela : maïs ce n'est pas tout. Je crois qne le speech de U°" Robinet est pour quelque chose duia mon bilarilé înteiapestiveL

Nous dépassoDS Importe par laquelle je suis sorti et Dou» Toioi devant une v^îtable entrée de cas»mate. De formidables bavrei de fer et des battante blioàéB orient dans la nuit. Nous noua engageons dans an conloir bas, voûté; d'aotres portes- de métal brillent à lalseur de la lanterne que b^anm un petit gardien à face de korrigan.

Bientôt Dornemain onvre l'une des cdlnles et m'y iattet d'an coup de pied. Après quoi, il referme. Les serrures font une sinistre musique; les pas de mon < bourreau » s'éloignent ; un lourd vacarme de battants m'apprend que ce veugear de la: morale se retrouve à l'air libre. — lui I Et la prisoa de fer se rendort.

Je tâtonne dans l'obscurité; Mon cachot est : les deux bras étendus, je louche d'une la porte, de l'antre une paroi rembourrée et constater que usa demeure aetuelle n'est pas arge que longue. En me baissant un peu, j'ai itré une sorts de lit de sangle sans naateW iverlures.

n'y assois, attendant le jour qui met des siècles siècles à paraître. Seul, daos le noir, je sens >Broyable gatté s'^uiser en même temps que ge et bientôt je suis plongé dans une abjecte tioB.

FOBCE SNRRUIB 191

Qa'aî-ja fait I KmAhoùn, ce n'est [rfus un seatitt«nt de fareur que tu la'iiiBpires, c'est uae haine froide qui voudrait être cruelle ! Par ta faBt«, par ta laide et honteuse faute, WI sauykge de l'astre de sanie et de sang, Irène est pour moi, perdue à jamais I Irène t Irène 1

— Ne sois dono pas encore plus imbécile que tu ne l'es d'ordinaire I me réponcf le Ikoukrien. Tes cris de jeune premier ne feront rien retentir du tout : c'est matelassé, ici 1 Tu n'as donc pas vu, triple galeux, que, grâce à ton c l&che forfait' » — (quelle bonaie blague 1) — gr&ce à la révolution produite en elle par la terreur et par — disons, si tu le veux, l'indignation ■— ta « princesse » fr peau de cochon de lait est guérie de sa folie. — Tu es,

— ou phitét^e suis soK « bienfaiteur ».

— Tais-loi> ignoble lu*ve 1

— Je ne suis pas une larve ou un a élémentoîre », pour me servir de ton langage d'ignare so«9-occattisfe ; — et tu le ^sais parfaitement bien. Je sitis un homme comme toi, d'une autre planète,

— voilà toule la différence, — et d'une planète supérieure À la tienne, bien qne la vie qu'on mtee à sa surface soit plus misérable.

— ^ D'une planète de caonibates insexués qui ne commissent que la baine et la peur !

— ' Si j'ai été insexué, il me semble que je me suis rattrapé cette nuit. Tu ne m'es pas même re~ connaissant de la réputation... guerriëre que tu me devras entièrement. Tu as charmé Céleètine

192 FORCE BNNBMIS

Bouffard et n*a&-tii pas seusi que l'austère H** Robinet, témoÏD de ta vaillance, te regarde comme un bien agréable scélérat et que tu n'aurais qu'un signe à Taire... Hein ! cette beauté vénérable ! — Tu n'es pas tenté?

— Tais-loi, pourceau 1

— Je vais me taire dans un instant. Mais réfléchis un peu. Suis-je, après tout, un être si monstrueux 7 Je suis un bon camarade, moi! Je n'ai pas honte de toi comme toi de moi (I I) Je suis un frërel

— Ëh bien alors laisse-moi l'oublier un peu.

— Bon t Je vais bire un tour d'une semaine ou deux. Suis-je gentil ? Je vais aller revoir ton fanieux Paris où j'ai passé récemment quelques si bons jours et quelques si bonnes nuits, t'abandonnant à Vassetot et an x gracieusetés de l'adorable Bid'homme. (Je ne t'avais pas raconté cela I) Ce nue i'aime, moi, dans ton Paris, c'est le quartier

;rl, et encore plus le théâtre de l'Ambigu. En

un théâtre! Je me sens chez moi, — l&l...

( sortie, bé I hé I on peut se c mal conduire » lorsqu'on n'est qu'un simple corps astral. Ni connu 1 Connu, si I pourtant ! [Ou du moins

DnnéljJ'ai procuré quelques rêves plutôt...

'■ués et médiocrement tristes à diverses jolies

les galantes >, par extraordinaire inoccupées.

turgeoises ! J'en ai essayé aussi, — mais c'est

□up moins bien !

i je n'étais pas comme à l'école, chez toi, je

FORCE BNNBMra 193

lâcherais un peu la botte du père Froi'n pour faire U fêle à Paris sans m'embarrasser du moindre corps ! Mais je n'ai pas < âni mon cours ». Dès que j'aurai retenu tout ce que tu recèles de notioaa terrestres, brave aliéné atrabilaire, et hantê par surcroît un ou deux empereurs, une demi-douzaine de rois et quelques présidents de Républiques afin d'être tout à fait « à la coule », je me promets bien de ne plus déranger personne et d'être le plus joyeux lantAme qui ait jamais pratiqué l'attaque nocturne (du genre que tu saisi) sur les belles de nuit — 'et aussi, de temps àautre, — pour changer, — sur les dirigeantes les plus farouches (filles ou femmes !)

> Hais je te regretterai. Je t'aime beaucoup malgré •ta noire ingratitude et tes grossièretés envers un frangin. Je viendrai te refaire une petite visite de temps à autre, histoire de ne pas te laisser perdre la renommée de rude jouteur que je conquiers pour toi ces terops-ci. Là-dessus, bonne fin de nuit. Je n'ai aucun goût pour le violon. J'estiëre bien qu'on t'aura décagé quand je te rejoindrai.

Quoique je me trouve claquemuré dans le plus fAcheux cachot métallique et matelassé qu'il soit possible d'imaginer, j'éprouve bientôt une délicieuse sensation de < libre » solitude. Km6hoùn flst parti : bonne chasse I

Toutefois ma satisfaction dure peu. J'attends le jour avec nne affreuse impatience, avec peur aussi 1 Que va-t-il m'arriver ? Pourvu que Bid'*

19é PORCS BNiriEHltf

homme ne soit pas prévenu STaHt le D' Froin I G< que me dira ce dernier l Son indu^enee et la sympathie qu'il m'a toujours féntoigttéea l'empêche rooteliea de me considérer comiœ an misérable ou cm&me la plus dégénérée des brutes démentes? Je me sens envahi de honte et de dégoût I Peut^re, après toat, sem-t-il moins terrible d'être torturé par Bid'bomoie que de suUf les reproches dn bon pire Froin.

Qui sait, même, si les mauvais traitements que me fera sûrement icOiger le nabot, dans Le cas oA il arKvera le premier, ne me vaudront pas la pitié de ce brave bonhomme de Directeur?

11 est capable de me juger trop puni et de m'épargner les dures paroles que je mérite...

Voici qu'une petite tueur d'un bleu froid, d'un r entre dans le .cachot par une lucarne, , lentement elle blanchit. Je pense à des jrdes et incohérentes : à la place de la à des bagnes russes, à des pontons ur des rades polaires, à la guillotine, k ]ui entrent vers cette heure-ci, par «e et glacaut, daas une cellule : e Votre [ rqeté 1 » — à des malheureux oubliés mine après un éboulement et qui ne i le jour que par une fissure loÎDlaiae, & i d'Esquimaux enfouies sous la neige, ihirantes musiques de cuivrb dans des iseme, ides cliquetis d'anaïs, va Board

FOBCt tmïïxiM 19S

famnerre des crosses ébranlant le sol, & une parade de soldats, à nue dégradation militaisre. Une

horrible voix de soudard alcoolique &Br ''""

mots stupides et féroces...

... Mais ce que j'entends, c'est l'épou fnoas des battants blindés, les cris des I fer, le baryton guttural et insistant d» Bit qui approche :

-" Oà est-il, le a bragouillon h,10< strig< le a scbniBaraouCk »? Il va ta danser, cet) c aalamponS», le u Ta^ardouillsod », la houitlacastaTouinouillard ! n

(Et Bid'hoaii:àe est du Doubs I On le ci Sunt-FIour 1)

Ah I je savais bien que je ne verrais pas ce matin, sous les traits dn jeane médeci pour illustratioiis, son râle préféré depuis temps I C'est le « Bid'homme dans un b qui ra ruer de mon cûté I II donne déjèi c d^pied dans la porté et doit arracher les c gardien, car une poigne d'épileptique crc serrure et le battant de fei* est -^ posttiv< jeté contre la muraille.

L'aimable aliéniste bondit snr moi co chat-tigre et me cloue ses énormes doif dans le cou, tandis que ses bottes me n les tibiaset qa'il beugle : « Saloupiou I Sait au moins dix fois de suite. Je ne puis r^ désir de lui assener deux phénoménaux i poing snr le crAoe et ce m'est une douce

196 FORCE SNNBUIB

tioD de l'entendre hululer de rage, de le voir l&cher prise et s'asseoir un peu rudement sur le carreau de U cellule.

triomphe n« me réjouit pas longtemps, ime fait une cabriole qui le remet sur pied, en avant les deux gardiens de forte taille xtmpagnent et leur ordonne de me saisir eau du... dos et par les chevilles. — C'est ae je suis emporté, Ik tête en bas, sans pour la minute, k résister, le moins du exactement comme hier en des oircons- ■areilles.

)i m'étonne, c'est qu'en dépit de ma haine médicastre, en dépit de la terrible rancune lui garde, je lui reconnais, â présent, en sorte, le < droit i» de me « punir » comme un esclave ou un animal et lui mon maître i dompteur. Je suis content de ma révolte k l'heure et pourtant « je me donne lort u , seul me prouverait que mon état mental éliore pas.

sens tout cela que confusément, imme, lui, pousse des cria d'Apache victoveut me donner des coups d'éperon. Il 3 mes porteurs s'interposent I L'un d'eux, pommelle assez haut .

ur un rien je lâcherais le malade et je aie le médecin k la douche. J'vas prévenir Dteur : ya'ssex longtemps que je veux

FORGE EHNËMIB 197

L'autre répond sur le même (od :

— Sàr qu'y faut pas l'iaisser continuer. Ça serait une crapulerie t

D'uD mouvemeot instiactif et simultané, ils me replantent sur mes semelles et me prennent, assez doucement, chacun par un bras.

Bid'homme n'écoule rien, ne voit rien ; il axulte ; il chante :

On va le f,..ourrer dans 1' bouillon,

La belle digue-di, la belle digue-don 1...

Nous arrivons au pavillon des bains, dans une sorte de hall où je n'ai pas encore pénétré et le médecin-adjoint me remet à deux autres gardiens in-' connus de moi, de nouveaux employés de l'établissement sans doute, deux gnomes fauves et trapus qui lui ressemblent comme des frères :

— Allez-vous-en, dit-il sans aménité aux deux grands gaillards. Je n'ai plus besoin de vous ; i'ai mes hommes, ici !

La porte se referme sur ceux qui m'avaient dé* fendu.

Maintenant Bid'homme se fait cordial et bon enfant avec ses « pareils a. Il plaisante ; il est foUtre :

— On va se payer une petite partie de rire. On va calmer des ardeurs qui devenaient dangereuses. F...iohez-Ie-moi âfioit, ce satyre et après cela, au grand baquet !

lao rOHCK BEfNnHB

Hëme avec moi il est jovial :

— OuaisJ non fripoaillard, nras ailes voas amuser I II y a de la place dans la « boutique k poiesoits ». Vous podrrec voss aorvir de vos nageoires. Vous aurez totts les bonheurs : plongé et douché i la fois 1 Et pui», voaa saves, ces deux là [ (uKurtrant lea gnomes), ov tout â«s praticiene de première force. Je les ai formel dans le temps, dans le bon tempe de la maison-modèle de Baume-les-Dames 1 Soyez tranquille : 00 sont des gars de ma famille, des Bid'hommel Bt ils n'épargneront rien pour contenter un ami de leur parent. Allez-y, cousins 1 Que la fôte oorOnaenoe !

Les hideux bouts de monstres, fcffls comnM de» luttflutade baraque, m'ont vite arraché mes vét;&mests, un peu d 'épiderme aussi et, — au comm^ideflaesl de Bid'homme :

— Dans lejust — à la grenouillarde 1

ils me plieml brutalecneni la corpa en- trois, les ux au- menton, les talons touchant le haut des es et m'envoient dans une grande et assez pro- 9 pisoîse, la tête la pFomière. — Je ma cogne^ ;u le crâne contre le fond du bassin mais par- ! à reprendre assea vite la position verticale, ebout, j*ai d« l'eau presque jusqu'à la bouche. euQn je puis respirer. C'était la seconde que aient mes tourmenteurs ; deux jets d'ean qui ont l'effet de deux trombes me frappent, l'un leiae figure, l'autre denière la tête. Je suis ;té, j'étouffe ; il me parait que ma boite or&-

FORCB BNNfiMlB

nténne va édatctf, que ma face dëvîent «né bouillie. — Comme l'ilIuslÉe GribouUle, je plonge, rtiais au birtit d'un quart de minute, peut-être, il nie fimi, à toute force, remontrer ma tôte pour, vîtel — aspirer une bouffée d'air. Mais à peine en ai^je ett le tempa que les deujt lances m'ont visé* U me semble que deux masses de plomb broyante» et glaciales me briseul- la nuque, me fracassent le front. Et quel bruit effroyable dans ma tête î Oh l c^eirt horrible ! Je vais mourir... je n'en puis plus l je n'en pui» plus I De l'air... Au secoursl.. DeTair! ces chocs I... Pétouffement!...

•.. Mais cottme cela dure longtemps 1 Comment pûis-je résilier ainsi?... Peut-être ai-je rin^inc^ d'attendre, pour sortir ma tête, que la trombe » sdlt abattue, ~ qu'il y ait une accalmièr d'une se* coude. Alors il est probable que j'aspife l'air goulûment et que je replonge comme un boulet de ctftton. Je sais qu'au moment précis où j'arrive au fond, j'entends toujours la mass» d'eau qui tonne à la surface du bassin.

C'est une sorte de € Marie trempe ton paîn » tragique.

Il est certain que je dèvietts de plu» en plus adroit, que je respire de mieux en mieux ; la volonté me revient ; je vais sortir de la piscine dès que je le pourrai!.*. Ah! j'ai bondi plus haut, cette fois, j^ai empoigné le rebord de la grande vasque ; il est de pierre rugueuse, fort heureuse* ment, j'ai de la prise : ... Victoire ! j'ai reçu ks

200 FORCB BNKEMIE

deux jets d'eau sur les reins ! J'ai eu les pouraons libres plus d'uae demi-minute, et plus, et plus I encore plus I... Un nouveau «rétablissement» et pieds sur les dalles du pavillon des bains.

I clair! Mes yeux me fout encore ua mal I mais je puis les ouvrir franchement. Pas fl de temps I II s'agit de courir, de courir I Je g^ pas à m'enfuir du pavillon maïs seulegarder ma vie le plus longtemps possible.

Doe sens de force, maintenant, à lutter une eure ; en une demi-heura tout peut arriver, la mort de Bid'bomme t cousins de ce bufile visent mal, & présent, trop leste pour eux depuis que je suis sur >lide >. Leurs trombes me ratent neuf fois iz ou m'atteignent h peine. Bid'bomme après moi tout autour du bassin. C'est très

... m'ont-ils cassé un tibial Abandonnant ppareilsàdoacbesm'oDt-ils lancé une chaise, ice de bois quelconque dans les jambes? Je ; la médicaatre me ramasse, me passe aux ita&efs :

l'eau ! A la grenouillarde 1 Mais il faut le sortir de temps en temps I La demi-noyade, poursuite 1 Ça, c'est un jeu I rois gnomes se tordent de rire, rriblejeu ne dure même pas une minute, is. Avant de recevoir ta première lourde faavant même de disparaître dans le gélide

ItassÏD, j'ai vu que la porte était ouverte, que le D' FroÏD regardait, écoutait I

Cest &m 1 Les troia gnomes me laissent sortir bien paisiblement.

La voix du Directeur n'est plus reconnaissable. Elle éclate, elle clangore :

— Ah ! bandits ! canailles ! assassins I Je vous y prends cette fois I Ah ! vous avez rétabli la torture chez moi I Je devrais vous faire envoyer au bagne I... Monsieur Bid'faomme, vous n'êtes plus rien dans cette maison I Ficiilez vos paquets 1 S'il vous faut un certificat, je me charge de vous en rédiger UQ, moil Filez immédiatement, vous m'entendez! Je ne veux plus de voue ici sous aucun prétexte. Au galop, ou gare les gendarmes .' Et que font chez moi ces valets de bourreau que j'avais jetés dehors il y a un an ? Hors d'ici, gredins... ou voici une trique... et nous verrons!

Ls sortie des trois artistes manque de noblesse.

Je me rhabille aussi vile que je peux. J'ai une longue plaie à la jambe droite. Un escabeau renversé sur le sol est plein de sang.

Le D' Froin ne s'occupe plus de moi : 11 est maintenant coostemé, bouleversé, au point de monologuer :

— Tout cela est arrivé par ma faute ! Quand on est soutirant on ne garde pas sur les bras une pareille maison... Et l'on m'avait déjà fait pressentir que ce Bid'homme... et je u'avais pas voulu le croire!... Une fois seulement!... Et je ne l'avais

.202 ïOBCK BNNBMIR

pas même mU en observation ! Mois il s'était si bien amendé ou... du moins., , je croyais ! Ëb 1 l'on n'a pas le droit de croira avec une responsabilité comme celle-ci I On a le devoir de tout observer» de tout surveiller sot-môme I... Au fait, si ce malheureux est fou, j'agirai mieux eu l'enfermant ici, tout.de suite. Je vais savoir cela i^as une mi- Btilel... Ah! vieillir! perdre sa santé I ne plus s'occuper '— (et insuffisamment !} — que d'une partie de ses obligations 1 11 faut que je me retire, que je mette un autre médecin plus jeune & ma place l

A ce moment il m'avise inguiet, malheureux, ne sachant que faire de moi-même : dois-je rester li ou me sauver bien vite, au contraire ? Malgré mon désolant état d'esprit jeconserve une lueur de a bon sens > (?) ou plutàt de ruse intéressée, égoTste. Si " — ''-~'ion a lieu tout de suite, elle sera moins féplus tard, quand le Docteur aura repris lang-froid.

ise donc et marche droit & moi :

LBÎeur Veuly, votre conduite a été inqualiaime k croire que votre reaponsabililé as entière quand vous avez euvré cette lie Eouffard — Oui, monaietir, la scène acile k reconstituer 1 — et accompli vos le Turcoman. Mais l'heure est mal choisie s traiter comme vous le mériteriez. Vous malade que jamais et sous le coup des tortures que ces bandits vous ont înllitout oela j« suis plus coupable que voa%.

FORCE BNNSUIZ 203

It n'y fi. plus de surveillance ici I ... Que j« reste à Vassetot et cette maison de aan té pourra ressembler bientôt â celledu ( O' Goudron et du Pf of«sBeur Plume ». Vous connaissez cette nouveUe d'Edg&r Poë?

Il se radoucit de plus en plus en parluit et Je retrouve bien mon brave père Froin, bonbomme, flAneuret amusé par des souvenirs de lecture, h l'instant même où il est peut-itre menacé d'acquérir une célébrité scandaleuse, die subir une campagne de presse, de passer pour un g&teux ou .pour un mAlpr(q>re individu I

Il reprend, tout à fait-calmé :

— Kt voyez, mon pauvfe garçon, comme tout cela est malheureux pour vous I C'est quelques ceotaines de (ninutes a«nt que ^ reçoive une lettre de votre frère que vous vous livrez à des abominations ! Par cette lettre, M. Julien Veuly me prie de vous mettre en liberté dès son arrivée, demain ou après-demain, au plus tard, m'affirmaat qu'il lui sera plus que facile de vous faire soigner chez lui. J'ai dû lui télégraphier de remettre son voyage parce que vous avez eu une rechute grave et il me faudra peut-être lui écrire pour spécifier la nalure de Vaccident. Ce que je lui révélerai changera du tout au tout ses intentions. (Je n'ai pas voulu prévenir votre cousin 1) En attendant je vais avoir le diagrin de prendre des mesures contre vous. Je ne vous laisserai pas remettre en cellule. Il y », dans le bâtiment de l'In6rmerie une pièce confortable mais d'où l'on ne sort pae comme l'en veut. On Ta

20i roRce bnnbmib

vous y installer et 'je vous défie bien de disloquer une seule des serrures de sa porte ; tous n'avez qu'une poigne humaine t Gr&ce à vous, du reste, les appartements, tous les dortoirs de Vasselot it bientôt munis de serrures pareilles. De plus aurez deux gardiens à demeure dant votre ibre. Je vous laisse Léonard aux soins duquel êtes habitué mois je lui adjoins une espèce de t. Pour celui-là TOUS ne pèserez pas plus qu'une Dette...

lis le Docteur s'interrompt. H vient de s'apetir que le sol rougit autour de moi. Il voit eu le temps l'escabeau ensanglanté et comprend

- Oh ! tes révoltantes brutes I Et moi qui vous

e de répression sans me rendre compte que vous été blessé par ces Fuégiens ! Je vais vous faire

her et vous panser. Mon cher Veuly, vous êtes

aie individu, mais je suis fâché pour tous. Si je atteindre les deux bandits qui vous ont mis

I cet état, je tous promets qu'ils referont con-

sance avec la « maison centrale >. On va tous

Ter d'ici...

a jambe me fait un tel mal que je me tiens dif-

iment debout.

-... TOUS enleTOr d'ici et vous mettre au lit;

s cela je m'occupe de votre plaie ; puis je déune plainte...

ai beau crier que je ne reconnais ai police ni

anaux, que je saurai bien me venger tout seul

quand je serai libre, le père Froin ne m'écoule plus, il court déjà aussi vile que son rhumalisme le lui permet.

Un quart d'heure plus tard, je suis allongé sur mes matelas, dans mon ancienne chambre (il n'est plus question pour l'heure d'appartements-aouricières ni de gardiens-titans). Un bandage antieepttque apaise un peu la douleur que me cause ma blessure et le Directeur, assis dans un fauteuil, gourmande SBDB trop de férocité le triste Léonard dont les moustaches pendent, éplorées.

— J'aurais dû vous Qanquer h la porte, conclut le D' Froin, mais comme j'avais toujours été assez content de vous, comme, de plus, les malades souffrent parfois d'un changement d'in&rmier, je vous fais grâce pour celte fois-ci. Oh! par exemple, si vous vous rendez coupable de la moindre négligence désormais, votre compte est bou 1 Vous ne vous en tirerez pas avec un renvoi pur et simple!..,

Qu'entend-t-il par là, le * Patron n ? Il réussît k prendre une physionomie assez formidable qui ma semble, — me suis-je trompé? — rassurer pleinement Léonard.

Quand le père Froin nouss quittés, mon gardien s'approche de mon lit et me dit, un peu ému, et sa figure a une impayable expression de honte, de remords et d'innocente fripouillerie :

— C'est un bien brave homme que le D' Froin, mais, 'coûtez, monsieur Veuly, je suis-t-humi- \ierrr...

206 FOBCB raaKHiE

(Belle fauta d'orthographe panUê.)

— ... «t eivouB m'en croyez, il serait plus simpfo, quand il vous poussera des idées de ê^ahi, qu'avant d'échapper à ma vîrgilance pour aller assoujuV vos mauvaise vices, vous lœ c foutûsserïez » un couteau meurtri^ier dans la religion du cœur...

coBimeoa s'e^xprime eu anaftojaue..„ajoute-t-il sor H& ton déUeieHsement prétentieux et satisfait.

(La joie d'exbiber son eavoir lui bit oublier sa oontcÛoiu]

Quinze jours plus tard je u'aî plus à la jambe ine cicatrice presque înd<doie. Je fais ma prftre sortie, accompagna de L&oaa,td et guetté par vraie brigade volante.

cm gofdien marche & côté de moi, deux infirrs noue suivent à courte distance ; deux autres I guignent * au détour d'une allée et AuzouXi -iaoendiaire, apparaît de temjiB à autre sur e chemin. Je passe devant ta fenôtre de... celle je n'ai plus revue> quand je heurte presque le ^roin qui sort du Bâtiment des Femmes.

- Que cheichei-vous par ici ? me dit-il avec un de hrusquerie.

fait un geste. Les gardiens tournent les ta-

FOaCB BNNBMLE 20'ï

Ions; Léonard e'éloigne an peu et Auzoux s'évanouît comme une ombre :

— ... Je crois bien agir en vous parlant comme je vais le faire, reprend le Docteur, car, en vérité, je vous crois souvent iout à fait raisonnable en dépit de vos rechutes. Vons êtes de ces névropatheB plus nombreux qu'on ne se le figure, qui astistent k îenrs propres... exploits et les déplorent sans pouvoir se mattrieer. L'aecËs de perversité passé, ils s'épouvantent des sottises qu'ils viennent de commettre sans avoir, un instant, cessé de se voir «n scène, jouant leur râle insane, tyrannisés par une sorte de volonté parasite qui annule, pour des heures, leur libre-arbitre. Il n'ya chez eux aucune inconscience et ils sont pins malheureux que les autres. Ils sont, le plus souvent, assez intelligents et je suis persuadé qu'on peut les guérir en ne crai- ^ant pas de leur parler de leurs... erreurs, en 6*00cupant énei^quement de redresser leur bon sens qni n'est que faussé...

Et je l'entends innrmurer :

— Oui I les lésions I.,. Mais cela n'explique pas toutl...

— Eh bien I continne-4-il tout faant, sachez que voue ne trouverez pas... ce que vons cherchez par ici, La personne que vous avez le grand tort de vouloir... vous concilier?... quesais-je? n'est plus dans l'étabtissanent.

n Peut^lre vous pendrai-je service eo VOUS disant ce qui est arrivé; tout au moins, mes paroles se-

208 FORGE BNNEMIB

ront-elles, pour vous, matière à réflexions. Le scandale que je craignais après votre... agression n'a pas éclaté. Préférant, sans doute, les bénéfices d'un habile « chantage 7> au plaisir de fournir gratuitement de la copie aux journalistes de Dieppe, — et d'ailleurs, — les cousins du sieur Bid'homme ont été tout simplement trouver M. Letellier. Cet homme, moins sot qu'il ne m'avait paru et assez influent, a eu bien garde de provoquer le moindre éclat. 11 a été assez fin pour savoir à qui s'adresser et — quelques jours après le... malheur, — je recevais de qui de droit, -r- de l'éternel Quidedroit^ — une note courtoise mais rédigée en termes dépourvus d'ambiguïté, m'enjoignant de me défaire au plus tôt d'un établissement dirigé d'une façon « trop aimablement fantaisiste 3>. Et je suis en pourparlers avec diverses personnes... Le changement de direction n'est qu'une affaire de jours... Je m'en irai presque satisfait, car si la cession de Yassetot, en de pareilles circonstances, entraîne des résultats pécuniaires dont je serai médiocrement charmé, j'aurai conscience de n'avoir pas été complètement inutile pendant trente-cinq ans de ma vie. Je devrai même me féliciter de prendre ma retraite au moment où la mollesse de la direction et le manque de surveillance effective, conséquences de mon fâcheux état de santé, risquent de ruiner la réputation de la maison de Vassetot...

» Quoi qu'il en soit^ au moment où je finissais à peine de déguster la saveur finement amère de I&

POBCB BNNEHIB 209

prose officieuse, M, Letellier s'est présenté dans mon cabinet, escorté de deux jeunes médecins aliénistes dûment autorisés. Ces praticiens el leur client m'ont fait passer l'heure la plus désagréable de mon existence. Leur politesse plutôt ironique, la minuliede l'inlerrogatoire qu'ils m'ont fait subir, la dureté de leurs appréciations et leur parfait dédain nullement atténué par une phraséologie faussement respectueuse pour un < vieillard très fatigué n, tout cela m'a atteint au plus profond ds moi-même. J'aurais préféré des brutalités, des gifles, des coups de pied reçus en public. Quand nous nous sommes trouvés dans la chambre de la malade, cause innocente de tantd'... événements regrettables, j'ai cm un instant que j'étais un t lâche bourreau u et que mes trois visiteurs représentaient de généreux mais féroces héros de mélodrame, peut-être même des a anges vengeurs a trop bien peignés et atrabilaires.

> Après que lesdeux ïrâs jeunes docteurs eurent causé vingt minutes avec l'internée, la questionnant de la façon la plus hypocritement insultante pour moi, le plus solennel de la paire, orné de lunettes d'or de forme chinoise et prématurément dé< coré, se retourna vers moi et me décocha non sans véhémence : « Mais, monsieur, celte danre jouit, & l'heure présente, de tout son bon sens. Vingt ans d'amicales relations quotidiennes avec elle ne sauraient mieux m'asseoiV dans mon opinion que les phrases très caractéristiques dont je viens 12*

2t0 FORCB EHNBHtB

d'être Vaudîteur attentif. Comment sa fait-il, monsieur, que vous n'ayez pas eu tout au moins des doates ? Et la guérison ne date pas d^îer I Je ne me permettrai pas, certes, de vous taxer de I^;èreté, mais il y avait 1& un cas de comcience, monsieur, un cas de conscience ! Ne pouviez- Tous avertir M. Letellîer du mieux que vous avez dû tout au moins constater chez Madame? Car alors, enSn, dans le cas contraire, que devrionsnous penser f Excusez-moi db vous parler avee celte chaleur. Je sais ce que je dois d'ëgards à votre longue, longue carrière, aux épuisantes années de surmenage qu'elle représente, mais avezvous songé à votre responsabilité? Un médecinallénisle ne doit perdre de vue aucun, aucune de ses pensionnaires. Oh ! je ne m'oublierai jamais gqu'à bl&merl Je constate respectneusement et i^te d'avoir à constater t u > H. Leiellier a p&li de colère : « Gomment, uteur, ma femme est guérie et je n'en savais ml»

Puis il est redevenu sarcastique : h C'est an iblissement privilégié ipie celui-ci ; tout y finit m ; les accidenta qui pourraient avoir aillens

< plus ^heuses conséquences, déterminent ici

< réactions les plus heureuses. Je sais ce que as allez me dire, monsieur le D' Proin :

us aviez prévu le résultat favorable de cet acciat, de cette expérience, prutâl, car c'est uner pirience, n'est-ce pas ? >

POBCE ENHEUIB 211

B J'ai tenté je faire comprendre à ce monsieur qu'il ne savait pas garder jusqa'au bout les appa' rencesd» la politesse et qu'il m'injuriait, à présent. Mais j'en ai élé pour mes peines. En termes un peu plus réservés, peut-être, il m'a dès lors, harcelé avec des raffinements d'élégante barbarie inconnus de mes deux jeunes confrères euxmêmes.

» A une question posée par lui, la « malade » — (car je crois à une crise de lucidité mais non à une guérison) — la malade a répondu qu'elle ne voulait plus rester dans la maison de santé mais que, connaissant l'horreur de M. Letellier pour le bruil, elle avait résolu d'attendre, sans dire un mot, la visite mensuelle de son mari : elle n'aurait même pas alors raconté ce qui s'était passé, n'ayant aucun désîr de me nuire, bien au contraire, mais se fût sentie certaine, en tout cas, de prouver que sa libération s'imposait. rTélaitelle pas complètement remise des troubles mentaux qui avaient décessité sou internement?

n Malgré mes doutes que se refusèrent i partager mes deux confrères qui l'avaient vue, en tout, un peu moins d'une demi-heure, je me vis forcé dé signw l'exeat séance tenante. — Voilà tout.

J'essaie de témoigner au docteur tout le repentir que j'éprouve du mal que je lui ai fait sans le vou- «loir, mais le brave homme m'impose silence et se déclare maintenant ravi d'être débarrassé bientôt d'une charge trop lourde pour lui.

Son visage affecte même une telle expression de soulagement, de béatitude, que j'y suis presque trompé.

Quoi qu'il en soit, je saisis que trop d'insistance pourrait devenir de la cruauté. Et cette fois le mal est sans remède. Comment ferai-je, plies tard^ pour délicatement (?) obliger le Docteur à accepter une compensation de nature encore peu facile à déterminer ?

Puis voici qu'une nouvelle angoisse s'empare de moi : non seulement je me désespère de penser

qu'Irène est partiel et par ma faute! — à la

suite de mon crime! (dirais-je presque !) mais encore je suis épouvanté en songeant à ce qui peut lui arriver maintenant, sous la coupe du sieur Letellier ! — Et j'abuse de la bonté du père Froin en lui posant cette question :

— Mais, Docteur,savez-vous si cette pauvre femme

ne va pas souffrir beaucoup et à cause de moi ?

Il me semble avoir entendu dire, naguère, que soa mari était un assez odieux personnage ?

— On aura exagéré. Il est très populaire dans l'arrondissement, si populaire qu'il pose, pour la première fois, sa candidature aux prochaines élections législatives, — sans concurrent ! C'est justement pour cela qu'il ne veut pas d'histoires. C'est son mot : pas d'histoires ! Et — bien qu'il ait été très désagréable envers moi, — je ne le crois pas méchant. Dame ! il avait ses raisons de m'en vouloir. Je sais me mettre à la place des gens !

FORCE BNNBMIE 213

Populaire dans son arrondissement ! ! Naïf père Froin^ cela ne dit-il pas tout! C'est évidemment un bandit!

Le D' Froin va me quitter et bien que me

poursuive la triste et poncive vision d'une Irène déjà débile et consomptive, tyrannisée et maitrailée par l'affreux Letellier que je pare de toutes les bideurs — (un politicien sympathique ! !) — je ne puis retenir une seconde question tout à feit étrangère à ce qui préoccupe. Ce serait à croire que KmAboAn est revenu en moi I Je suis tout surpris de m'entendre dire :

— Le nouveau médecin -adjoint n'arrive toujours

pas? Hais que sera-t-il advenu de son prédé*

cesseur depuis que vous l'avez remercié?

Le Dtrecteuraune moue contrariée. Il m'observe une minute sans parler, puis il parait céder k une force irrésistible, — et haussant les épaules, il laisse échapper ces mots :

— M. Bid'bomme ! Oh ! il restera ici plus longtemps que moi, mais ce n'est pas un bonheur pour lui Voulez-vous le voir?

Mon premier mouvement me porte à répondre :

Non! — Hais je me ravise Encore à Vasse-

lot? Hais alors il est interné, — malade?

— Oui, certes, je voudrais le voir un instantl Ai-je la bassesse de me sentir vengé?

— Eh bien, venez I

Le D' Froiu semble, pourtant, encore tuais OD croirait qu'un argument lui est ]

2*14 FORGE BNNEMlflT

ment suggéré par qui ou par qpoi ? Par la « Forgb EmumiB »? Et îl prononce eomme inconsciemment :

— Après touty comme vous étiez l'un des malades qu'il aimait le moins, (cela Teat dire, bien sur : qu^l détestait le plus !)

— est-il impossible que votre vue, en Penco-

lërant, en l'arrachant une seconde à ses ennuis

actuels produise en lui une excitation salutaire?

Allons! toujours les contradictions î Uegzitation^ — comme dit Léonard, — dangereuse pour moi, sera favorable au Bid'homme' que, décidément, le Docteur a consenti enfin à reconnaître ar-

cài-fou f Et, au fond, cela flatte ma prédilection

pour la théorie des c cas particuliers ». — Je ne puis souffrir les médecins qui, pareils à Bid'homme, — justement! — n'admettent qu'un seul moyen cnratîf pour un mal déterminé^ — sans tenir compte du tempérament spécial du sujet ! (La cure disciplinaire, quoi I)

Nous voici de retour au bâtiment que j'occupe, mais nous y pénétrons par un couloir fort éloigné dé celui qui conduit à mon escalier. Nous montons un étage. Le Directeur appelle :

— Mâchebourg I

Et l'un des colosses qui m'ont, l'autre jour, témoigné quelque pitié,, sort d'un réduit pareil à celui où dormait naguère Léonard et nous ouvre la porte d'une chambre spacieuse d^nt m'éblouissent les boiseries miroitanles au-dessus des capitonnages habitai.

FORGE ENNBMIB 2i3

Ub speetacle héroÏHGomiqiie nous y attendait. Monfiîetir Bîd'homme, botté, porteur de iamx éperons 4e cuir taillé en étoiles, craTacbe eo main, se figure faire caracoler nne étroite table munie d^étriers en corde.

Le D^ Froin s^approebe de Lai, le félicite sur sa bonne mine, — (il est vert-de*gris I — ) et lui demande si tout marche à son gré :

— Mon Dieu ! tout irait le mieux du monde si ma profession de « médecin équestre » n'était pas des phis éretnlaBtes.

— > L'appétit se maintient?

— C'est mon cheval qmi mange te«t maïs çà me produit le même effet. C'est omnivore, un cheval, mais co4leux. Je vais essayer de l'automobile.

— Bon ! Mais vous ne vous emnoyes pas ? Vous se voudriez pas lire, par exemple?

— ie n'en ai pas le temps. L'eseroice de wêûsï art dévore tous mes loisirs. Avec un « canasson » et 4les malades à droguer^ à piarger, à Instiger^ on n'a pius on moment à soi. A chaque minute, sur la route, c'est une bonne femme qui me demande une ^œinsultatfon. Je la donne à cheval ; tout plutôt que de descendre. Les bonnes femmes ça a, toujours mal à des las d'endroits dégoûtants. Ça finit par me répugner, si bon et si hnmaÎB que je sois.

— Serie^vous cfmtent de voir «ne ancienne connaissance à vous ?

— Ça dépend... un malade?

— Oui.

— Eh bien, amenez-le. J'ai justement un lot de moxas dont je ne sais que faire. Y aura-t-il à charcuter aussi ? J'adore ce sport-lk parce que je n'y connais rien. (Je ne suis pas chirurgien moi !) Je suis à peu près sûr d'estropier le salopiaud de patient, (quelle race !). Faites-le veniri cet individu !

— Le voici.

— Tiens ! Je n'avais pas encore remarqué sa hure repoussante, je le prenais pour un gardien. Mais c'est ça, c'est bien ça I Une gueule de malade ! C'est bien l'espèce ! — Mais, au fait, c'est Schnaffouillàt, le jeune corsaire de lettres, de son autre nom Nigeot, blim bloum mécanique !

— Vous n'y êtes pas. C'est M. Veuly.

— Ah I le chameau ! (Charmant garçon, du reste.) Votre langue, mon ami. C'est trois francs 1 — Nous allons noua purger, mon cher enfant, avec du sublimé corrosif, du vitriol et de la crotte de chien.

Il me regarde fixement, cherchant à se rendre compte de quelque chose qui lui échappe. Son œil devient tour à tour furieux et perplexe :

— Veuly I Veuly — ou plutôt Agénor Biscaillou I — vous ne savez pas, vous, ce que c'est qu'un médecin { Je ne voulais pas, moi, être médecin ! Ce que j'en ai reçu, des beignes, étant gosse, — des patauffes à me démolir le crâne I Mon père avait son idée : il aimait les drogues, -— lui ! Il voulait m'en faire fourrer aux gens, — un philanthrope, je vous disl — F...ichue espèce que les philan-

thropes I — Comment j'ai eu mes bachots ? — mystère! — Je n'apprenais rien. — Un vieil imbécile nommé Froin, — pas vous, docteur Grabou II loti pas vous 1 — non ! un sale médecin de fous, cet idiot de Froin, payait mon collège pour poser, pour faire le généreux ! Ah ! le vilain mufle I Mon père jubilait ; — moi pas ! Et ce que je me suis embêté à Paris, dans ce f...ichu Quartier Latin où Ton ne peut pas rosser les gens sans aller au violon I

» Je n'ai commencé à aimer la médecine que quand j'ai bien compris qu'un Docteur a le droit d'em...bêler ses malades, de les pousser à l'exaspération, même de les empoisonner un peu sans que personne se rebiffe, — les demi-cadavres ou leurs abrutis de parents, — et ce pourceau de Froin qui paye toujours, — c& lui donnait des gants, à cet engraissé I — et qui me colle de force avec les fous, les cochons de fous ! — Ça ne consomme pas assez de produits chimiques vénéneux, — les mabouls ! — Tant pis I J'ai encore administré pas mal de bouillons d'onze heures à ces estropiés de cervelle, à ces déchets humains, à ces dégénérés qui retournent à la bête 1 Et je procédais tout doucettement ; personne ne s'est jamais douté de rien, Froin moins qu'un autre, le souriant, le bonasse, l'hypocrite hydrocéphale I

Le Directeur ne sourcille pas. 11 me dit à voix basse:

— Vous voyez ! Il est complètement parti I Un

218 rOBGB ENnSUIB

garçon quî, dans ion boa aeni, avait pour moi uns

aSection touchante !

Je BUIS fou,, c'est possible, mais je voie, oui je

vois plus clair que le pëi» Fioin. C'est triste à dire

"^o'S il y a de braves gens dont la bonté mériterait Ghfttiments, ^des coups 1.». £t ils le&recoivent. Fois, saoB s'en apercevoir.

'roGtant d'une distraction du Directeur qui paplongé dans des réDexions assez peu gaies, Bid'ime me fait signe de m'approcher— et j'obéis shiaalement, ne m'apercevant. de mou impruce que trop tard. (U me convient bien dablàmer le Froin, qui a, lui du moins, l'excuse d'une té exagérée!) — Trop tard, car Bid'homme a déjà i mon poignet et le maintient avec une fotce délée par la folie. U me souIOe dans l'oreille:. - Veuly 1 Saligot I « Cafouiilaa I > It croit qua le vous reconnais pas, le gros imbécile 1 Tenez l ■ce que je vous reconnais 7 e reçois un choc violent dans. la dos, — violent loulonreux. Ia souffrance me commtuùque une leur inhabituelle, k moi aussi ; je tae dégage d'un coup de pied, envoie sur le parquet,, les klre fers en l'air, le Bid'homme qui grogne comme pourceau. Tout cela s'est passé si vita que la Froin n'a pas eu le temps d'intervenir,, )éjà l'aliéniste démeut s'est remis debout^ —ndissant un énorme clou rouillé. La rouilla et laisseur do ma jaquette m'ont épargné une vile égcatigauce. Màohebourg est accouru au

bruit et a quelque peine à s'assvifer de la personne da gnome qui jette sea clou mai» Tent lutter avec le gardien, Tempoigaant à la tailla ei ckerdbaot à le soulever pour le «t toiaber ». — Quand il voit qu'il n'aura pas le dessus, Bid'homme lâche prise, échappe à Mâcheboujrg et se roule sur le plancher. Il mord les pieds de la table qui lui a servi de mouture et que sa chute a renvessée, envoie desi ruades dans le vide et se roule encove eu poussant des cris de Peau Rouge»

Màchebottrg finit par s empare* dfe faii et avee l'aide d'un autre gardien qui attendait, posté daas le couloir, £ait endosser nu funbond. une coquette camisole de kxtce^

Deux jours plus tard, comme j'anive au pavillon de& baiiiây dans la nouvelle salle, — j^'ai la snsju'ise de retrouver mou Bid'homme, calme et neble^ vêtu d'un simple caleçon couleur sang de bceul et commandant la DQLanœuvre à dee infiitmiers qui l'arrosent avec D^esure et parcimonie i

— Un tout petit jet comme poujr uu enfant L Je suis délicat des omoplates, déelare-t-il. Mass a tas^ de baugraillous » (ils sont deux) vous ok'eniéverez la peau de& côtelettes l Att^citicm l Je me retouirne ; ménagez les lombes également. Maintenaut^ de l'antre bord l Pas tvop fort sus lés leins. Là là l coahonnouiiLiard& ! Je ne vous dis pas de me viser le coccyx ni surtout de me le dévisser!.

(0 t'anatomisie l)

220 FORCE BMMBUIB

> Je n'en al pas de rechange. Maïnlenant, tirez la Scelle : petite pluie d'été sur le cr&ne. Petite pluie, crapouillota ! On ne voaa demande pas un déluge! (L'appareil n'est guère plus puissant qu'un vaporisateur).

On ne douche pas le redoutable nabot ; les gardiens ont encore peur de lui. L'ex-aliéniste ■ fait » de l'hydro thérapie à sod gré, tout bonnement.

— Assez I Vous donnerez au malade deux litres d» boa Bourgogne, un gigot entier bien saignant et une douzaine de pèches ; après cela café et a fine », C'est le peUt Bid'homme, mon « loufoc » de prédi- [fiction, un délicieux toqué que je guérirai en six semaines. Il faut me le soigner — et gentiment, ou je TOUS f...che & l'eau, k la grenouillarde !

]l se tapote L'occiput avec précaution et amour. Je suistouché de sa tendre affection pour luî-môme

et les infirmiers n'osent pas trop riie

.Hais une porte s'ouvre. Un personnage nî r, niyieux,quaraDteanspeut-étre,grand, maibléme, à face de bedeau ou de surveillant de « vieux jeu », — tout rasé, le nez en bec de ■d.l'ceil hypocrite et « fouitIeurH,le menton en B renversée, fait son entrée, — un gros bouquin le bras gauche, un trousseau de clefs nMaaises à la main droite. Tout est noir dans son me, depuis sa cravate jusqu'à ses guêtres de terne qui mettent en valeur l'hypnotisant ver- B cirage d'interminables souliers larges et plats, istle nouveau médecin- adjoint, arrivé de c»

matin. Deux heures après son installation, il connaissait tout dans l'établissement, les malades, les gardiens, les ioQrmiëres, les terrains, les dépendances, — et un certain plissement de ses lèvres disait qu'il avait aussi son opinion faite sur tout — (plutôt défavorable). Il m'a consacré un peu plus d'une minute, — (je dois être un cas intéressant I) — et m'a tenu ce bref discours : « Trop de liberté 1 Je sais beaucoup de choses sur votre compte. Trop de liberté I Mauvais système : nous modifierons. »

Après quoi ses yeux sournois ont pris de mon individu une sorte de photographie et quand il a élé bien sûr qu'il me « savait par cœur », depuis la cicatrice de mon sourcil gauche jusqu'à l'oignon qui déforme ma bottine droite, il m'a tourné le dos et a enjoint à Léonard, présent à la scène, de l'accompagner un instant.

Dans le couloir, il a parlé bas à mon gardien qui est rentré avec une figure préoccupée et m'a témoigné, pour la première fois, de la méfiance et presque de l'antipathie,

Le nouveau médecin-adjoint, de plus en plus surveillant de lycée, secoue son effrayant trousseau de clefs en marchant. Il fait évidemment une seconde ronde, — la tournée 4'après-midi. Ohl il est actif, l'(( adjoint » I — Si Ton peut dire sans impiété qu'un établissement comme celui-ci a connu une période heureuse, — il est aussi loisible d'affirmer que les « beaux jours » de Vasselol sont finis.

L'homme aux guêtres noires va droit aux înfir-

222 FOBCB XNHIUII

miers et, d'une voix Raciale qui me fût penr, oui, peur 1 à moi, malbeoreux dément lucide mais impressionnable coBime un gamin :

— Ce soat les matades qui comaumdeBt loi ? ofa i i obange I Vous m*«nteadez, gardiens I oeatrez teroilet envers qaelqne p«iee soit, je votu forai cAatser et sans u^ez le patient J cteoT,..

iepatientJ — Vas là I Hettez-le eoua if ! PaM de pluie! ËBleTet-miM «etle aoir, la colonne «Tetm /... et vite !

courte Inlle entre les gardiens et

le aux montants de fer : cordez, oorbs peur I crdonne le médecin-adjoinL 'e pour ne plus voir ni eatendre l'inmme. Il a en comme une lueur d'ine l'œil, s'est mis k IremUer affreiue- K>D pauTre corps nu, — puis a poeitt-

snivante, le D' Froin est parti. Je ai dans la menon que Léonard, car ve oompter sur Magne, Ntgeot et les es du < Club des Philosophes ». Ce oniers comme moi, des étree eo tus des limbes ; ils ont de bous senti- I les autres hommes mais' ils sont ï moi. Toat otu» eux est à l'élat

FOBGE :ENNfiMIE 223

vigue. Aujourd'hui on les trouvera pleins de sens, on les prendrait peur des sages de la Grèce ; demain, plus sérieux que jamais d'apparence, ils seront « travaillés » des manies les plus puériles. Ne sortant presifue plus de ma «chambre, je les yois de moins en moins... Puis ils m'attristent et je les attriste aussi, sans doute.

Léonard souvent «hapitré par le D' Barrouge, le jDiédecin-adjoint, devient une espèce de geôlier caricatural, peu hostile «ncore mais une idée méprisant, qui m'épie parfois comme si on lui avait prédit quelque mauvais tour de ma part.

Tout est contfie moi : le nouveau Directeur, le D' Le Lancier, «béît à Barrouge au doigt et à l'œil. C'est un assez gros homme jaune à figure féroce. U est emporté, criard ; on jurerait qu'il va tout abattre, mais il craint comme le feu son adjoint, le sachant 1' « homme des caciques », le prophète d'un Allah — chef de division... on mieux...

Léonard, dans l'un de ses bons jours — on les compte, à présent, — m^affirme que par tout fétahlissement règne la terrour^ non pas rouge mais barrouge. Six gardiens et quatre infirmières ont •été renvoyés : Dans le nombre se trouvait M"* Bouf- £ard, surprise par le médecin-adjoint au moment où elle par Zaî7 d'aller « licher un godet ». Pauvre Célestine ! Pourquoi dire quand il était si simple de faire 1 ? I

Le surlendenaain, le même Léonard me demande si je ne veux pas prendre de l'exercice, étant donné

que depuis Mécraidi je n'ai pas « secoué la poussière de ma camphouine"». Il ajoute que s'il me propose un « tour de ballade & c'est parce que c la chose » m'est strictement interdite. « Mais » coqiclut-ily» je suis en pleine esurrection » et puis « Bas noir » et (( Le Dragon » (nos deux tyrans) c sont occupés à enquêter dans le bâtiment des femmes, rapport à des « ariiques d'habillement b disparus. Ils en ont au moins pour deux heures et en une heure et demie on peut, déjà, se donner de l'air. « Ça va-t-il ? »

J'accepte avec satisfaction et bientôt nous admirons dans les « terrains » les travaux variés d'une troupe d'agriculteurs semblables à des crétins du Valais allégés de leurs goitres :

— Nous revenons-^-y par les « Agités? » me demande mon gardien.

— Pour quoi faire ?

— Ya du nouveau : c'est embelli \

— Allons-y I

Quand nous pouvons contempler la lugubre bâtisse^ je ne constate aucun changement et fais part de mon observation à mon gardien

— Que si que c'est bien mieux que l'aut'fois, me répondit-il, « ça s'est enrichi d'un chouette ornement ».

J'ouvre des yeux qui deviendraient certainement énormes si la nature le leur permettait.

Je n'aperçois que mes deux danseurs, jamais revus depuis six mois.

POBCE KNNEHIB 22S

Ils sont k peu près calmes aujourd'hui et leurs gambades n'ont rien de vertigineux. L'un donne des coups de genou aux barreaux de sa grille, ce qui ne l'empêche pas d'exécuter en même temps un pas de gigue peu frénétique ; l'autre semble plutAt saboter une bourrée ; il glousse un petit rire que l'on dirait sarcastîque ; tous deux bavent avec douceur :

— S'muchei donc & gauche ! fait Léonard agacé. Vous allez l'admirer, l'objet (il prononce l'ogpel) < qui embellit l'eadroil ».

Un troisième antre grillé me révèle peu h. peu ses areanes.

D'abord je ne devine qu'une forme confuse : Un homme de petite taille semble accroupi sur le sol. En regardant un peu plus longtemps, j'entrevois une casquette de jockey, des bottes et un pantalon réduit à l'état de dentelle.

A présent, le pygmée se lève, foit deux ou trois pas sans se douter qu'on l'observe. Il porte un seau qu'il dépose à ses pieds el s'accroupit de nouveau, cette fois en bonne lumière; armé d'une petite pelle à feu il extrait du seau... des ordures...

... Je suis forcé de m'éloigner, sans toutefois le perdre de vue. Le pseudo-jockey lâche sa pelle et — de ses mains velues — confectionne de petits gàleaux plus ou moins semblables à ceux que fabriquent, avec le sable des plages mondaines, de très jeunes bourgeois déguisés en marins. — Puis il se prosterne devant ses œuvres et parait dévotement les adorer. OPygmalion I

226 ' ÏORC& smnHiE

Maît nous avODS le fort d'échanger quelques moU, Léooard «t moL Le joclicry-artkte «e jette sur les barreanx, — d'un seul baod, ^ comme nn macaque de jardin Ecologique désireux d'agripper ses

— -■' .Après quoi il se pend par les jarretsà

•rse de la grille, dégringole sans se faire mis veut, à toute foroe, passer sa tête hors e. II BonfUe, siffle et crachote comme un jure : oh 1 celte moustache en brosse à es sourcils, ces yeux à la fois méchants et Uais, c'est Bid'homme I

tourne vite les talons ! J'ai bien haî le ds ce que je viens de voir est trop horrimment ai-je eu l'affreux courage ou l'abocruaalé de me retourner?,.. De me ralonr regarder le hideux et pitoyable captif lit comme un tigre et vocifère : « Cra- Schnipardouill&t ! > les yeux injectés au paraître sanglants, la faoe tuméfiée, la hérissée. Tout à coup il se lance eu avant ^ne le... muHe contre les barreaux, se le le briser les dents... ie cours de toutes mes

imment ai-je pu me retourner 7 Ah ! c'est ihoân vient de rentrer €n moi et rit efneat... à me faire mal 1 iai 1 Je m'échapperai d'ici dès que je (e

demain, dès que je ssrsi un peu moins .'épouvante ! Je sais comment m'y prendre,

es simple. Pour l'instant, il me faut me

cacher n'importe oii, sous des meabies, som des couvertures, être dans le noir, ne plus toit rânl Même enfant je n:'aî jamais eonnu terreux* {»»reille I

Avec Feidiraordîinaire ver&atîlî<té des... t «mh lades » , je me réveille, le jour suivant, diaipos, heureux, plein d'une joyeuse énergie. La crise de Bid'homme cl le retour de Kmôhoûn sont avenus pour moi des événements providentiels qui Bi'ont dicté la conduite à suivre : Je dois fuir vide et vite I ce séjour du Désespoir et de la Peur et tne mettve à^ la recherche d^Irène qui personnifie la luQÙère, le bonheur, la Joie de vivre ! Je me moque un peu du politicien Letellier ! — On peut trendilCT devant un fou comme Bid'homme qui a qudqae chose d'infernal, qui est une sorte de Kmôiioùn exagéré, mais craindre un futur marchand d'an^endieaftents, un pleutre qui se fait accompagner de deux DÂftfoirus pour « affronter » nn vieux brave garçon comme le père Froin, quand il est si simple de grimper sur un toit, de se couler par une large cheminée comme il y en a ici et de tomber sur son ennemi sans qu'un seul gardien se soit douté de ee qui allait se passer,... craindre un Leteili^I... ahl non, par exemple!

Je' vais m'évader bien tranquillement^ oe soir, entre chien et loup, — et en demandant le c cordon » au concierge, — encore !

Hais quel singulier regret me tenaille tout h coup le cœur, mou cœur qui ne veut aimer qu'Irène I Je m'aperçois que j'éprouve une sorte d'affection grotesque et assez profonde, — (de quelle nature ? ce serait sans doute difQcile à expliquer ; — elle coa- •:__• j__ éléments malpropres et d'autres presque — tendres 7 oui, jusqu'à un certain I une affection réelle pour... H"* R»-

îment provient, sans doute, du véritable éployé depuis quelque temps par celle aire bonne femme qui a été prise d'une le toquade pour ma vilaine personne mal bâtie. Elle a beau redouter comme ues les ogres Barrouge et Le Lancier, m effroi qui lui donne un teint gris que l'un de ces tyrans syracusains élève ëme assez loin d'elle, — s'épouvanter à lée d'enfreindre un de leurs ordres au e obligée de s'asseoir n'importe où, n'im- {uoi, par terre au besoin, lorsqu'elle se Faut, ^ elle a tout bravé pour me prouver mable passion. C'a été plus fort qu'elle !

3S les plus mal choisies, b. certains mo- I était dangereux de se trouver dans mes is deux mauvais diables rôdant aux enviest arrivée dans ma chambre, suante lyant ordinairement que peu de minutes t découvert les prétextes les plus confon- 3s plus ingénieux pour éloigner mes gar-

diens (j*en ai deux, à présent, Léonard et François), et m'a bombardé de folies déclarations d'amour^ — suivies d'effet, — car si je souffre de n'être pas tout à l'adorée Irène « je ne suis pas dur i> et j'admire les héroïnes de cette espèce même quand elles ont un commencement de bajoues. De plus, son émotion, sa faiblesse momentanée, sa pâleur, son besoin de protection, dirais-je presque, sa voix adoucie, comme suavisée par la peur, lui rendaient cette sorte de grâce juvénile tout-à-coup renaissante que les femmes vraiment femmes ne perdent complètement que très tard. Puis elle n'est pas si vieille. M"® Robinet, — Aricie ! Kmôhoûn l'a calomniée en lui appliquant l'épithèle de « vénérable ». Elle n'est pas vieille du tout, à peine mûre. Je ne veux pas savoir son âge ! Et quand je le saurais? la belle affaire! L'âge est une convention : fiien des jeunes femmes de quarante-cinq ans auraient mille choses à lui envier. C'est une brune, une belle brune, — bon teint. On ne rencontre pas tous les jours d'aussi beaux yeux bleus, sombres et étincelants, une peau blanche aussi fine et satinée, des rondeurs aussi délectables. Elle est un peu forte, Aricie, très, très dodue, mais ferme de chair, admirablement ferme, — bien plus que M"* Bouffard. Elle a conservé de belles lignes puissantes, de robustes modelés qui enthousiasmeraient des gens beaucoup plus jeunes que moi — et d'autres plus vieux et encore plus expérimentés. Et 8'ii n'y a au monde qu'une carnation vraiment

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flpiMtdide, efdle — rose et braiifi — d'Ifène, j'admelfi la bUncheur comme un élémeat de baauté inférieure, Im Uoiudieuf chaude. j'enteoulB, relevée de main luisaoU et de roses ssubrea, Ulocés, Oublieraia-je qu'il jr a de radieuses bloades? Non, ■» mais...

Aricie est délicatement aoïgaeuse de sa personDe qu'elle sait iirrer toute en un espace de tempe incroyablement court. Pas de demi-mesures avoc elle ; pas d'étoiles gênantes — et c'est tout juste ai l'on craint les surprises auprès d'une femme qui ae dévêt et ee ravétaussiprestement. C'est prodigieux] Un vrai talent, — et rare ! Et je parie qu'en cas de danger elle saurait disparaîtra lestement, se foire une cachette du premier coin veau, en dépit de ses dimensionB, ... très raisoanablea, au bout du compta.

Admettons que cette belle ardeur ne se aoit pas II, « en les plus purs foyen amouje l'ai, pour la preoiiëre fois « io- 'a vu BOUS un jour trop avantageux xuse d'avoir jamais paaaé par la sioa platonique. Mais aussi quelle imais pu s'éprendre de moi pour lentaux ? C'eût été de l'aberrationl 1 une Eiviie sou[Hraat chastement )n du iardin des Plantes eu quelpareils déploient leurs gr&ces trop ) ceus-là ont quatre mains, — ce cuse au besoin. — Eu tout cas elle

FORCE EKNEMIB 23 i

n'a jamais vonhi m*en imposer, se faire prendre pour une rêveuse idéaliste. Elle aurait eu honte d'une pareille imposture. Gela l'eût diminoée à «ses propres yeux.

' Le jour où mes gardiens habitués à ses petites visites et confiants, non sans quelque raison, en sa vigueur réelle lui demandèrent de bien vouloir veiller sur moi pendant une heure, — « le temps d'aller présenter leuns hommages à deux de leurs cousines arrivées par la voilure de Dieppe », — nous eûmes le loisir de causer un peu, elle et moi, entre deux effusions qui me la montrèrent, comme de coutume» non dépourvue d'une certaine poésie spéciale.

Barrouge et Le Lancier s'occupaient encore d'une de leurs stupides mais bienheureuses enquêtes. On avait volé un bandage herniaire dans le quartier des femmes, — toujours dans le quartier des femmes! — et quatre gardiennes sur lesquelles c pesaient des soupçons » étaient chambrées avec les trop curieux directeurs. Rien ne pressait : Aricie me fit de brèves confidences, puis en vint, je ne sais pourquoi, à me parler de Bid'homme. Cest alors qu'elle prononça ces phrases d'une adorable franchise :

— Ce sale petit mufle-là ! C'était-y pas toujottrs sa plaisanterie de me demander si ce serait pas moi, M"° Robinet, qui aurais écrit un ouvrage intt^tulé la a Maison Rustique i», ajoutant, par sa raison, que j'étais assez rustique pour ^a? — Ecrire un livre! Moil Tai été tout juste quatre

FORCE ENNRHIE

\ l'école quaad j'étais petite. J'ai guèra I écrit que sur les murs des rues et vous

bien que c'était pas Vive l'Empereur on itiqaes !

inte, gracieuse enfaD ce d'Aricie! Je vouihotograpbier l'an de ces murs !

a elle ne se « doune pas de gants ».

int cette période amoureuse, — je n'emploie Ste qu'à contre-cœur — , j'ai été privé des bons

de Kmdhoùn qui villégiaturait dans tels euris d'escarpes et de cabota de mélodrame : KmAboùn je n'avaisqu'une confiance limimes moyens de séduction... continue.

i, toutefois, mon organisme subissait encore e peu l'influence Ikoukrienne, Aricie n'eut )p à se plaindre de moi. Réalisai-je l'idéal lui avais fait concevoir? Je l'ignore ; mais ai t déçue elle ne s'en prit sans doute modeateju'i elle-même, n'incriminant que l'ineffica- I ses charmes physiques, car elle ne souflla me désillusion possible et parut comblée de

thoùn a suivi le cours de mes réflexions et [ ave« une généreuse délicatesse inhabituelle li et certainement acquise dans la fréquentae jeunes femmes noblemeat pitoyables aux es d'amour :

iU sais, elle mérite une récompense ; et ne lefcie pas de t'aider à la lui décerner. Ce que nds me donne pour elle une vive sympathie

et je ne ferai qu'obéir à mes propres vœux en ne lui ménageant pas les preuves de notre reconnaissance.

Nous devenons tout à fait camarades, le tkoukrien et moi, quand il veut bien ne manifester que des sentiments aussi louables.

Nous voici donc bien d'accord. Nous allons nous acquitter aujourd'hui de ce que nous devons à une excellente femme dont la conduite fut au-dessus de toutes louanges. Après quoi, hélas t nous nous éloignerons d'elle mais non pour jamais. Kmôhoûn me promet qu'il la visitera souvent de ma part ; de temps à autre, même, il fera en sorte que mon c corps astral » vienne, en fantôme aimable et conscient de ses devoirs, présenter nuitamment à la méritante Aricie l'expression de ma considération très distinguée.

Et Aricie, aujourd'hui, vient assez tôt et à un moment opportun, mes gardiens ayant, par bonheur, une soif d'enfer. Grâce à Kmôhoûn la chère femme est transportée au septième ciel. Si bien qu'elle en pleure et balbutie : c Jamais... ja... jamais... je n'ai été... aimée comme ça I »

Vers huit heures du soir, nous envoyons Léonard, un peu réluctant, chercher un paquet de a scaferlati » à l'économat, — bâillonnons et ligottons François avec une corde que nous lui volons dans la vaste poche de sa vareuse. Ce filin était destiné, selon toute apparence, à nous paralyser provisoirement en cas d'insubordination, la camisole de

234 FORCE KHNZMIB

foroe ne se trouvant pas laujoins à ia portée de nos donaptenre ; notre Tiotence est, par conséquent, -de bonne guerre.

Nota fonrraiu notre victime bous le lit, après Ini avoir enoom dérobé son tronsseaa de «lefe. Je melB deux cents francs dans son gilet : « Ponr vons «r Léonard, vons poTtagerez. » — Nous QKs en ieta tempe «ne pèlerine à double . éDornie; — nota naœs «oiffons d'un feutre se ; me voki de tous points pareil an gardien ilert, oom»e noi ToAté, maigre, orné d'une enle barbiche pointue et génémlenient mai e Ba personne, it fais j»BBr eam trop de bruit ernires de mon huis, enfile le «orridor, dess dwusetteraeot t'escalier, tonnre, comme j'en sûr, la porte du jardin ouverte et me ^âfe l'allée qui conduit à la loge, à la roate, h la : Hbrv. Le crépuscule eet tnès sombre. Sans in émotion je oroÎBO Léonwd qui revient ée lomat par un chemin aussi imprévu que [lié avec la ligne droite — et '^and il m'înlle:

Viens donc 'ci, vieux carcan, que j'at 'core t Bta sibiche et que je m'ai oultlié de prendre illnmeftes.

réponde avec un parfait sang-froid :

Des all^umettes, j'en ai point pour ta goule, î 'gnûmt.

faut dire que, même k l'époque où je ne songuère.i jouer les Casanova de cabanon, j'tn

FOROB ENNBMIB 235

ferfieinent étudié ie dialecte de mon sosie dont l'élocution est facile à imiter grâce à l'exagéraiion même de «on accent cauchois et de son nasillement. le parie « le Pmiouïei » comme ma propre langue et ma phrase a été particulièrement henrouse en ceci qu'elle justifie encore une fois la répuiaticm de surhumaine muflerie acquise par le gardien contrefait.

Léonard poursuit son chemin sans s'étonner et je merdie de pluseopInsTite^versla sortie. Allons, bon 1 La mère Grolion, la concierge, est iur sa porte. Bah ! heureuse circonstance, après to«t. Pas de lumière à redouter, pas de maladresse à commettre en rabattant trop ou trop peu mon chapeau sur mon nez :

— Qui k^ <i*est, msieur Patonlet ? me crie la sentinelle enjuponnée. J'ai bonne envie de point tirer la ficelle pour vans futtier passer. Voofs r'voilà rCaute fouès parti à couri' à c't'henre ! C'esi-y *core la p'tite bonne à Lenient qui tous < travaille les sangs » ?

— 'Dites rien, marne Motion : ya du bon côssy (cassis) chez Lenient. X'vas vous en « tracher » un fond d'côrôfon et ^me bonne cigare pour vot'monsieur.

— 'cré Jacquot, va l s'exclame la femme au cordon.....

Et je suis sur la route ; et ç*a été si facile I — Ge n'est que maintenant que j'ai peur I

Je ne veux pas courir. Prendre le « pas mili-

236 FORCE ENNEMIB

taîre » point trop accéléré, c'est ce qu'il y a de

mieux J'évite le village — et aussi le bois où

Ton me cherchera tout d'abord. Il y a un chemin peu fréquenté le soir, là-bas derrière le cimetière. Le sol en est, en toutes saisons, boueux et plein d'ornières profondes. Tant pis! il mène à l'autre route, à celle qui va sur Vercheville où un train pour Paris passe à dix heures trois quarts. Pas si béte que de monter en wagon à Mesnil-Mauconduit ; c'est plus près, mais la station sera surveillée. Il y a, pour des marcheurs ordinaires, trois heures de bonne trotte de Vassetot à Vercheville; mais j'ai un do ces compas! Personne ne me croira assez malin, — (on prononcera : assez stupide), — pour courir si loin. J'arriverai à temps, je n'ai qu'à allonger.....

Il fait de plus en plus noir. Tout s'annonce bien. Je me crotte légèrement derrière le cimetière mais j'avance, j'avance I

Aïe!... je n'avais jamais suivi la sente jusqu'au bout. A un coude, voici une maison éclairée, — deux maisons, — trois maisons I Des chiens hurlent..... Je vais sortir du chemin, franchir cette haie, passer derrière ce bouquet de bois. Mais on m'a vu. Un homme porteur d'une lanterne me crie :

— Eh I l'marcheua? d'nuit ! Qu'est-ce que vous f . . .ichez sur la haîlle ?

J'enjambe mais ne puis me débarrasser des ronces qui agrippent mon pantalon.

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