‹ Force et matièreChapitre 12 sur 66 · CHAPITRE Ÿ · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ÿ

fl advint ih temps où les hommes, mal disposés à l'égard de toutes chôseë, ét pris d’une sorte de dégoût intellectael et moral à Paspect de la torfuption utiiversklle, eroyaient voir arriver prochainemetit la fin et la destruction, non seulement des conditions potitliues, mals encore de tous les êtres de la création. Dans cette iutheüt, ilé tburtièreht l&urs punsées vers les splendeurs d’un monde extrd-tetrestre, qui les éédommagerait des intolérables souffrances de celti-ci. Alots haquit cette conceptioh insensée de la indtiere, là représentant cottime quelque chôse de grossier, d’obscur Et d’inierte, coinme hostile à l’esprit ou en opposition avec lui; cettö conception se repandit de plus en plus grâce à l’äppui dé la philosophie platühicienne qui considérait la miatière comme incapäble db nioüvÿement par elle-même, et dès lors cominé subordonnée à üne intelligence motrice. On vit alors se déchatoer éettë rage bien tonnue des fahatiques contre la chair, considérée comme le pftincipal obstacle à toute impulsion intellectüelle et miorale. La terte deviüt Une vallée de larmes, la nature fut l’objet de la malédiction divine, ld corps parut méprisale, et l'on s’iigénià à l’outrager et à le martyriser. L’apötre Paul, le vrai fondaleui dé la nouvelle réligion, avait déjà dit : « Ceux que le Christ a conquis, ont crucifié leur chair avec leurs passions ét leurs désirs 3.

a Cetie {lé tout éntiéte (Caprdja), écrivait un auteur tomain à l'époque où le christiänistue s’introduisait dans l'empire eh pleine dissolution, cette ile est occupée ou plutôt souillée par des hommes qui fuient la lumiöre. Ils s’intitulent moines ou enachotètés parcd que vivent seuls et té souffrent aucuh léinoiti de leurs actions.

; dédaiguent les bieñs de là fortune par eräitite de les perdre et se vouënt à la pauvreté, par peur de devenir midérables: Quel choix absurde ! et quelle perversioti da Pintellieenee: que de fe

douter Jés maux de la vie humaine sans être seulement en état d'en goûter les biens ! Sans nul doute, cette folie mélancolique est la conséquence d’une maladie, ou bien il faut que la conscience de quelque faute pousse ces malheureux à infliger à leurs corps les tortures que la justice réserve d'ordinaire aur esclaves fugitifs ».

Au Moyen-Age, durant cette époque grossière d’arbitraire féodal et de fanatisme théocratique, de soi-disant serviteurs de Dieu avaient poussé les choses à ce point qu’on en vint à mépriser la matière et que des hommes clouèrent au pilori leur propre corps, ce noble ouvrage de la nature. Les uns se crucifiaient, d’autres se torturaient ; des troupes de flagellants parcouraient le pays en tous sens, exposant aux regards leur corps qu’ils avaicnt euxmêmes lacéré ; on cherchait à détruire la force et la santé par les moyens les plus raffinés, afin de laisser à l'esprit, indépendant de la matière et surnaturel, la prépondérance sur son misérable substratum. Saint Bernard, au dire de Feuerbach, avait perdu le goût à force d'ascétisme, au point de manger de la graisse -pour du beurre et de boire de l'huile pour de l’eau. Rostan raconte que dans nombre de couvents, les supérieurs saignaient leurs movices plusieurs fois par an, afin de contenir les passions déchaînées que la dévotion seule ne parvenait pas à réprimer. Mais il ajoute que la nature outragée souvent se vengeait et que dans ces tombeaux vivants les révoltes n'étaient pas rares contre les supérieurs que l’on menaçait du poignard ou du poison. On connaît assez le triste et répugnant ascétisme des misérables populations de l'Inde : aussi leur beau pays est-il la proie d’un petit nombre d’exploiteurs étrangers.

Heureusement, ces aberrations du sens commun ne sont plus “possibles aujourd’hui, si ce n’est à l’état d’exceptions généralement blâmées, ou de faits particuliers, de cas de folie engendrés par le fanatisme ou par le dérangement des idées. Une plus saine appréciation des choses nous a montré qu'il n’y a, comme le dit Schleicher, ni force ni matière au sens ordinaire du mol, mais qu’elles ne font qu’un à elles deux, si bien qu’en ravalant la matiere, c’est l'esprit qu’on rabaisse du même coup; elle nous a appris qu’ea injuriant la nature, nous outrageons l’alma maler qui nous a portés et mis au jour, et qu’en maltraitant notre corps, nous maltraitons de même notre esprit : celui qui agit "ainsi se fait tout juste autant de mal qu'il a cru, dans sa folie, se faire de

bien au point de vue de son âme. Formons notre corps ou Ia ma tière qui est en nous, aussi bien que notre esprit, et n'oublions pas qu'ils constituent un tout indivisible ; le bien que nous fai sons à l’un profite immédiatement à l’autre. Le vieux proverbe. cicéronien : « Mens sana in corpore sano » renferme une aussi grande part de vérité que son contraire : € l’âme se bäâtit son corps ». D’un autre côté, n’oublions jamais que nous ne sommes qu’une partie éphémère du grand tout, destinée à s’abimer tôt ou tard dans son sein. La nature, ou la matière dans son ensemble, est vraiment la mère de tout ce qui est, tirant tout d’ellemême pour tout reprendre ensuite.

OJamais aucun peuple n’honora, mieux que les Grecs, l’humanité dans son essence, ni ne sut apprécier mieux la vie dans som contraste avec la mort. On lit dans Lucien : « Comme on demandait au philosophe grec Demonax, âgé de cent ans, de quelle façon il voulait étre enterré, il répondit: — « N’en ayez cure : le cadavre s’enterrera par sa mauvaise odeur ». — « Mais veux-tu donc, reprirent ses amis, que ton corps serve de pâture aux chiens et aux oiseaux? « Pourquoi pas ? j’ai servi les hommes de mon mieux, pendant ma vie; pourquoi ne donnerais-je pas quelque chose aux animaux, après ma mort? ». Notre société moderne ne semble pas pouvoir s'élever au niveau d’une semblable conception. I1 parait plus digne sux gens de barricader avec de lourdes pierres leurs tristes cadavres ou de s’enfermer pour des siècles dans des caveaux de famille, les doigts ornés de bagues, que de restituer immédiatement au Tout ce qu'on lui a pris, et ee qu’on ne peut quand même pas lui disputer pour toujours‘

M. le Professeur Leupoldt, d’Erlangen, théologien et médecin, affirme que ceux qui, dans les recherches scientifiques, prennent la matière pour point de départ au lieu de Dieu, doivent renoncer à l'espoir de rien connaître, parce que n'étant eux-mêmes qu'une - portion infinitésimale de la nature et une parcelle de la matière, il leur est impossible de connaître, même superficiellement, la matière et la nature, et moins encore leurs caractères intimes. Cest bien là un raisonnement de théologien, non de médecin. Ceux qui ont pris Dieu pour point de départ, ont-ils jamais pu nous apprendre rien touchant les lois naturelles ou les propriétés de cette matière qu'ils méprisent tant? Ont-ils pu nous dire si le soleil tourne ou s’il reste immobile? Si la terre est ronde ou plate ? Quelle est la nature de Dieu ou son but ? etc. Ont-ils pu

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