LE MOUVEMENT
son mouvement de rotation sur son axe, mais il tourne encore avec elle autour du soleil et, avec celui-ci, autour du grand point central de la voie lactée. « Tout est en mouvement relativement à sun entourage ; tout se meut avec la Surface autour du centre de la terre, avec celui-ci autour du soleil qui nous entraîne perpétuellement dans l’espace, et l’on est pris de vertige lorsqu’ on cherche à comprendre cette accumulation de mouvements s’enchevétrant les uns dans les autres ». (1)
Mais, en l'absence même de ce mouvement de notre globe à travers l'espace, le corps en repos apparent devrait cependant être considéré comme en mouvement, puisqu'il prend part aux oscillations incessantes de la surface et de l’intérieur de la terre qui, de temps à autre seulement, se manifestent de façon plus saisissante sous forme de tremblements de terre, d’eruptions volcaniques, d'éboulements de montagnes, de déplacemen,: de couches de terrain, d'apparition d’tles nouvelles, ete. L’écorce terrestre, qui nous paralt reposer sur des assises inébranlables, n’est. rien moins que solide ou immuable : l’imperfection de nos moyens d'observation nous empéche, seule, de constater d’une façon suivie ces mouvements ininterrompus. Les recherches des géologues ont établi, au contraire, qu’il se produit un exhaussement lent et continu de telle portion de terrain et un abaissement analogue de telle autre, et qu’il n'existe pas, que nous sachions, un seul point de la surface ou de l’intérieur de la terre qui soit en étatd'absolu repos. Le moindre frémissement de la mer ou la brise la plus légère suffisent pour faire osciller la surface de la lerre avec tous les objets qui s’y trouvent.
En l’absence même de ces influences cosmiques et telluriques qui font participer les corps en apparence immobiles aux mouvements qu'elles déterminent, il ne faudrait pas considérer ces corps comme privés de mouvement, puisqu'ils sont agités intérieurement par les mouvements les plus impétueux. Le corps le plus compact ne doit sa consistance qu'à la force d’attraction réciproque de ses plus petites particules, oscillant sans cesse au= {our de leur centre de gravité, force en l'absence de laquelle il se désigrégerait immédiatement. Le fait que ces particules ne peuvent jamais arriver à un repos, même relatif, est dû à la ‘chaleur qui n’est, elle-même, qu’une sorte de mouvement. Chaque chan-
(b W. Marsa, Kosmographisches Shissenbioh, p. UT
gement de termp6rature, quelqte faible qu’il soît, est accompagné d'un mouvement intérieur ; et cela suffit pour maintenir la nature entière avec toutes ses substances et toutes. ses forcés dans un état ininterompu de mouvement et de transformation. Oui, la chaleur doit être considérée comme le véritablé principe moteur dans l’eternelle circulation des forces, sans lequel un état d’équilibre de ces forcés et, par suite, une immobilité générale se séraient depuis longtemps produits. « Tous les corps de la nature, dit Clausius, dans son Traftdsur la chaleur, bien qu'ils paraissent complétement en repos, sont cépendant en proie au mouvèment intérieut le plus intense, et ces mouvements se communiquent à 'ether ambiant, de telle sorte que l’espace universel est incessamment traversé, dans les directions les plus diverses par des vibrations ondulatoires et c'est à l’ensemble de ces mouvements que nous dontions le nom de chaleur. » Le ième savant a dit que les molécule, des gaz se tneuvent continuellement dans tous les sens,
et que chacune d’elles suit la ligne droite jusqu’à ce qu'elle rencontre une autre moléculé ou un corps résistant. En outré, les molécules tournent sur leur axe et les atomes qui les eumpôsent se meuvent égalemerit dans toutes les directions, ce qu” on appelle le mouvement intra-moléculaire.
Ce n’est pas tout : abstraction faite dés mouvements de la chaleur, chaqué corps, quelque compact qu'il soit, présente un état continuel de changement de ses parties constituantes et de sa forme. La roche la plus dure ne fait pas exception à cette règle : elle est soumise A tin perpétuel processus de métamorphoses, tant au point de vue chimique qu’au point de vue physique. On constaté dans le monde inorganique, comme dans le monde organiqué, une ciréulation ininterrompue de là matière qui se décèle très aisément, par exemple, auprès des sources minérales. C'est l'eau — surtout chaude et chargée d'acide carbonique — qui provoque el qui règle ces transformations, et cela avet une activité continuelle, incéssante. Apres l'eau, la chaleur intérieure de la terre, la pression mécanique et | nfluence de l’air atmospherique à la surface, tendent à produire incessamment une altération et une transformation physiques et chimiques dés parties constitüantés de notre globe.
Cette transformation de la matière s'opère de la manitre la plus énergique dans le monde organique, qui lui doit son caractère propre. Le domaine de la vie latente ou cachée ne fait pas excep-
tion à cetis règle ; si nos sens ou nos moyens d'observation étaient assez développés, nous pourrions constater un changement perpétuel dans sa composition et dans sa forme, là où l'apparence extérieure nous donne l'illusion d’un état de repos absolu, x Rien ne paraît constant dans la forme et dans la masse du protoplasme, dit Hanstein ; il n'est pas jusqu'aux contours et à la structure inlime du noyau, catte partie la plus relativement stable de la cellule, qui ne se modifient, À chaque instant, on peut voir les prolongements varier dans leur nombre et dans leur forme, la masse se modifier, les groupes de molécules tantôt se rapprocher, tantôt circuler librement. Cependant la forme et l’individualité du tout se conservent. Tout fuit, et rien ne persiste. »
Du reste, la loi de la conservation de la force suffit pour montrer qu'aucune sorte de mouvement ne peut naître ni disparaître et que, par conséquent, le mouvement doit être considéré comme l’état primordial ou, pour ainsi dire, comme l'âme de la matière. Avant que cette loi fût connue, on pouvait très bien s’imaginer que, dans certains cas, le mouvement disparaît sans qu’il en reste (race, autrement dit, qu'il passe à l’état de repos. Aujourd’hui, cela n’est plus possible ; cette croyance fondée sur les apparences constitue l’une des plus graves erreurs qui aient jamais dominé dans la science. Le mouvement est aussi indestructible que la force ou la matière ; il revêt seulement de nouveaux aspects, et la forme nouvelle est équivalente à celle d’où elle est sortie, D'où il suit que le mouvement est aussi éternel, aussi incréé, qu'il n’a pas plus de commencement ou de fin ou de cause que la force ou la matière. Conservation de la matière, conservation de la force, modification incessante du mouvement, de sa vitesse et du travail accompli, — tel est le résultat général auquel la physique est actuellement arrivée. Déjà depuis longtemps, le phi- {osophe Oken, étranger aux notions exactes de notre époque, avait si bien entrevu la vérité qu’il n’hésita pas à formuler cette proposition : « Le mouvement est de toute éternité. » Descartes exprimait la même pensée lorsqu'il dit : « Donnez-moi de la matiere et du mouvement et je ferai le monde. » La loi physique de « l’inertie de la matière » n’indique pas que celle-ci est inerte en elle-même, sais qu’un état de mouvement ou d’immobilite donné ne 88 peut transformer en un état contraire, sans subir l'influence d’une autre force, d'un autre mouvement. L’immobilite, loin donc d'être l’absence de mouvement, est la résultante de deux
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mouvements. Il n’y a pas de repos adsolu ; c'est une iiusiom que le monde ne connaît pas et dont la nature n'offre pas d'exemple.
L'éternité du mouvement et la nécessité de son existence furent posés en axiome par les plus anciens philosophes grecs de la p&riode antérieure à Socrate, Les atomisies surtout, Leueippe et Democrite, et leurs illustres continuateurs, Epicure et Lucrèce considéraient comme une vérité évidente que les atomes, dont ils faisaient dériver tous les êtres, sont en mouvement de toute éternité. Au contraire, Anaxagoras (500 avant J.-C.), le premier philosophe qui sépara l’esprit de la matière, voulut attribuer le mouvement à l'activité d’un esprit directeur raisonnable. Il fut suivi par Aristote qui croyait, lui aussi, à la nécessité d’un esprit et d’une intelligence pour mouvoir le monde, d’un premier moteur, n'étant lui-même mü par aucun autre. Cette opinion se maintint, grâce à l'influence de la philosophie scolastique, jusqu’au temps de Descartes et de Spinoza. Même pour l’illustre mathématicien Newton, qui découvrit les lois de la gravitation, c’est la volonté divine qui crée la matière et la met en mouvement. Le premier, Leibnitz, un des plus grands esprits qui aient existé, tenta de nouveau d'expliquer le mouvement par le mouvement même. « Partout, dit-il, règne l'activité, et j’y attache plus d’importance qu’on ne le fait dans la philosophie régnante, étant d’avis qu’il n’y a pas de corps sans mouvement, pas de substance sans énergie, » La matière, dans cette théorie, n’est ni morte ni inerle ; elle n’est ni poussée ni ébranlée du dehors, en quelque sorte, par un deus ex machinä qui lui serait étranger, "mais elle est elle-même la force et la résistance. L'idée d’une matière morte est une vaine abstraction, sans la moindre réalité, puisque la matière, telle que nous la connaissons expérimentalement, est partout et toujours pleine de vie et de mouvement et porte avec elle sa force morphologique. Les théories sur le mouvement des philosophes matérialistes du xvwiu siècle sont tout à fait semblables. Pour d’Holbach, le monde n’est que de ka matière et du mouvement : c’est un enchatnement sans fin de causes et d'effets. Tout, dans la nature, est soumis à un flex et à un reflux perpétuel : l’immobilité n'existe pas. La matière et le mouvement sont éternels. Diderot et ses disciples professèrent la même opinion.
La science moderne de la nature ne peut que donner son assen-
timent à cette doctrine. Sa tâche consiste à étudier le mouvement : son but est tout ce qui peut y être ramené. La matière en mouvement : tel est, tel doit être son premier et son dernier mot! « Un mouvement élernel sous des formes variées à l'infini, se compliquant ou se simplifiant, mais ne disparaissant jamais sans laisser de traces, voilà en dernière analyse, dit L. K. Popoff, en quoi consiste l’univers. »
Ecoutez enfin ce que disait à ce sujet, il y a dix-sept cents ans, le grand empereur et philosophe romain, Marc-Aurèle : « Médite souvent sur ceci : combien tout ce qui est et tout ce qui arrive, passe rapidement et disparait. La matière est un courant infini, une chaîne de renouvellements ininterrempus. Le repos n’est pas : c’est un éternel va-et-vient de l'infini confondu dans le tout. Qu'il est insensé celui qui se laisse séduire par un objet quelconque ou qui se lamente à son endroit, comme si les soucis n'étaient pas toujours de courte durée ! »