LE GR
LS
Le moindre écolier sait aujourd'hui que le ciel n'est pas une cloche bleue posée au-dessus de la terre et à travers les fissures de laquelle brillent les sphères enflammées du cosmos, à l’état de soleil et d'étoiles; que, lorsque nous considérons le firmament, nos regards plongent dans un espace incommensurable et presque vide, sans commencement ni fin, au sein duquel quelques corps célestes ou quelques groupes de corps disséminés et séparés par des distances infinies, interrompent seuls la monotonie de immense désert; que notre système solaire, enfin, malgré son étendue considérable, n'apparaît que comme un point dans limmensité sans bornes de l’espace. Tandis que les religions nous enseignent qu'après l’accomplissement de notre voyage terrestre, nous sommes destinés à « monter au ciel », l'astronomie nous apprend que nous sommes déjà dans ce ciel rêvé, environnés au loin de mondes et de systèmes de mondes sans nombre, semblables à notre globe et à notre système solaire. Partis des masses de vapeurs ou de nébuleuses à peu près sans orme, couvrant une étendue de milliards de lieues, et dont les matériaux devaient être réduits à un degré de raréfaction qui dépasse tout ce que nous pouvons imaginer, — ces globes et ces systèmes de globes ont dû se former grâce à l'apparition de quelques points tourbillonnanis, où les atomes se trouvaient plus rapprochés les uns des autres, en passant par des degrés de condensation progressifs, et arriver peu à peu à se conglomérer à l’état de masses compactes, isolées ou réunies en systèmes. Ces masses se trouvent dans l’espace, dans un état de mouvement constant, propre et combiné, — mouvement qui se complique de toutes les manières, mais qui dans ses manifestations st dans 868 modifications diverses reste soumis à une loi naturéfle déjà décrite, à la loi universelle de la gravitation ou de l'attraction. A cette loi, — peut-être la plus importante de toutes celles de La
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nature, qui domine toute la matière et qu'on observe sur tous les corps et sur leurs moindres particules, — obéissent tous les corps célestes depuis les plus grands jusqu'aux plus petits, sans résistance et sans la plus légère déviation, laquelle serait, d’ailleurs, en contradiction avec les principes de mécanique si simples de leurs mouvements. De telles contradictions ou exceptions doivent être considérées comme absolument impos-
sibles : un fait contraire à cette loi constituerait le plus prodigieux :
des miracles. En réalité, de telles exceptions ou contradictions, qui permeîtraient de conclure à l'existence d'une puis ance extérieure au monde, d’une domination arbitraire et suprême, n'ont jamais pu être constatées scientifiquement. Au contraire, ces mouvements, en tant qu’ils sont soumis à des perturbations que l'on puisse calculer, sont déterminés et prédits avec une précision et une certitude mathématique Aussi loin que l’homme, à l’aide du télescope, a porté ses eagards dans le ciel pour en reconnaître les lois — et il l'a fait jusqu’à des billions et à des trillions de lieues — il n’a rencontré que cette même loi, que ces
mêmes principes simples de mécanique, que les mêmes formules
mathématiques, que les mêmes processus appréciables par le calcul. Mais jamais il n’a trouvé la moindre trace d’une volonté arbitraire, dirigeant les sphères célestes, et traçant leur marche à la terre, au soleil ou aux comètes. « J’ai examiné le’ciel dans
tous les sens, disait le grand astronome Lalande, et nulle partje
n’ai trouvé la trace de Dieu. » Et l'empereur Napoléon ayant demandé au célèbre Laplace pourquoi il n'était jamais question de Dieu dans sa Mécanique Céleste, celui-ci répondit : — « Sire, je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse! » — Plus l’astronomie avancait dans la connaissance des lois et, des phénomènes c#lestes, plus elle écartait l’idée d'une intervention surnaturelle et plus il lui était facile de ramener aux lois ordinaires de la matière, la formation, le groupement et le mouvement des astres. L’attraction, en s’exerçant sur les plus petites particules, a formé les globes, et la loi de l’attraction, agissant de concert avec leur mouvement primitif, a produit les mouvements de rotation combinés que nous observons aujourd’hui. Cependant, plus d'un savant, parvenu à ce point, a voulu chercher la cause de l’impulsion pemière, non dans la matière elle-même, mais dans la présence d’une main surnaturelle qui aurait brassé, pour ainsi dire, la subslance universelle ei lui aurait communiqué sa pre
mière impulsion. C'est einsi que le grand Newton voulait reconnaître le doigt de Dieu dans les mouvements de tangente des astres, et Laplace lui-même ne put s’empécher de s’äcrier : « Oh! philosophe, montre-moi la main qui a lancé les planètes sur le chemin de la tangente ! » Mais les partisans de la force créatrice personnelle n'ont pas même pu se maintenir dans ces positions. Il suffit, pour faire disparaître cette difficulté, de rappeler la proposition démontrée dans un chapitre précédent, Asavoir, qu'il n’y a pas de matière sans mouvement et que la matière éternelle est animée d’un éternel mouvement. On ne peut douter que dans l'univers entier le mouvement n’existe de toute éternité ; tous les corps célestes, sans exception, sont soumis à une alternative régulière de formation et de décomposition, — en d’autres fèrmes, chacun d’eux parcourt un cycle d’une durée prodigieuse, comprenant la naissance, la période d’état et la mort, et, revenant enfin à l’état de nébuleuse cosmique, repasse à peu de chose près, par la même évolution. L'univers entier présente donc et a présenté de toute éternité le spectacle d’une transformation sans fin.
Mais, indépendamment de ce principe général, il n’y a nulle diffculté à se représenter comment cheque variété particulière de mouvement, qui doit avoir donné la première impulsion au processus d'agglomération, a pu prendre naissance d'une façon neturelle. La plus petite inégalité dans le volume et dans la force d'attraction ou dans la distance respective des atomes de la masse primordia e, a dû suffire pour permettre la formation de plusieurs centres de condensation. Puis, le resserrement du conglomérat pébuleux primitif, par suite du refroidissement ou du rayonnement irrégulier dans l’espace glacé, dut rapprocher les atome» les uns des autres de différentes façons, et déterminer ainsi, danr des points isolés, des phénomènes de condensation et de mouvement qui devaient aboutir à la formation de globes distincts Peut-être les corps célestes voisins exercèrent-ils une attraction latérale qui forca certaines portions de la nébuleusse à s’épaissis de ce côté, à s’agglomérer plus fortement ou enfin à tourner autour de leur axe. Peut-être aussi, après que les causes de l’éparpillement primitif eurent cessé d'agir, les affinités ehimiques occasionnèrent-elles le rapprochement des atomes pour formet des corps nouveaux : les plus volumineux parmi ceux-ci, 0® raison de leur masse supérieure, aétirèrent les corps plus puit
qui les entouraient, faisant naitre ainsi de nouvea
chimiques, favorisés par la chaleur que développait
tion croissante. Par suite de l’agglomération à
masses de volumes différents, it se produisit nécess
déplacement du centre de gravité, et, par conséquen
des diverses particules de la sphère gazeuse qui about
à un mouvement de rotation, entralnant dans une
lière les masses devenues ainsi globuleuses et disunctes. Lu reste, on a constaté dans le ciel, à l'aide du télescope, l'existence de nébuleuses circulaires et en spirale, animées d'un semblable mouvement de rotation. IL résulte de l'apparence générale des nébuleuses dites en spirale, par exemple, que ces remarquables corps célestes sont dans un élat de bouleversement violent ; ds torrents formidables de matière incandescente retombent en spires lu nineuses sur la masse centrale et engendrent ainsi des tourbillons et des mouvements de rotation, destinés à amener la formation de corps célestes sphériques. Le mouvement rotatoire, constaté sur toutes les masses cosmiques globuleuses, est d'ailleurs si répandu dans tout l'univers, qu'il faut bien admettre l'existence de causes générales ou d’une nécessité physique qui le déterminent. D'après Spiller, il n’y a pas de mouvements en ligne droite dans l'univers : il n'y a que des mouvements en lignes brisées. Leur rapidité doit naturellement s'accélérer au fur et à mesure de la condensation des masses cosmiques.
De même, le développement ultérieur'de ces masses en systèmes de »oleils et de planètes s’accomplit d’une façon toute mécanique et en vertu de lois physiques bien connues. Un accroissement de la vitesse du mouvement primitif en rapport avec le diminution de volume et la rétraction continuelles ; un aplatissement lenticulaire de la masse nébuleuse avec condensation plus considérable au centre ; la séparation, provoquée par l'oscillation ou la force centrifuge, d’anneaux équatoriaux analogues à ceux que possède encore aujourd'hui la planète Saturne; enfin, l’émieltement de ces anneaux en débris s’agglomérant en masses sphériques (planètes, lune, etc.), puis le refroidissement, par périodes successives, des corps ainsi séparés, le tout en conformité avec {a fameuse hypothèse, aujourd'hui généralement admise, de Kant et de Laplace; — tels sont les moyens très simples à l’aide desquels la nature a atteint, à travers des myxiades d'années, son grand but de la formation des mondes, but
qu'elle atteint encore tous les jours. Car les astrnomes, en s'appuyant sur les plus solides arguments, reconnaissent aujourd’hui dans les nébuleuses, dont nous avons déjà parlé, les phases diverses des processus de döveloppement de notre système solaire : — des mondes composés de masses nébuleuses extrêmement dilatées, se mouvant circulairement et qui en vertu de la condensation et de la rotation toujours croissantes finiront par constituer des globes célestes ou des systèmes planétaires. « Qui donc, s’écrie le professeur Forster, pourrait observer les nébuleuses en spirale ou en tourbillon, sans se voir contraint d'admettre l'existence du mouvement au sein de ces corps ? » (1)
Sans doute, un bon nombre de nébuleuses ne sont que des. amas d'étoiles et ont-été déterminées comme telles à l’aide de bons instruments. D’autres au contraire, essentiellement difiérentes, ne peuvent se résoudre en étoiles distinctes et sont manifestement des amas de matière cosmique ou primordiale à diverses phases de développement. Quelques-unes ont des noyaux déjà isolés de la masse générale sous forme de points centraux solides, d’autres présentent des formes annulaires, etc. ; bien plus, en comparant les observations faites à différentes époques, on a pu conslater les changements survenus dans ces nébuleuses, Un grand nombre d'entre elles paraissent en proie à un double mouvement, analogue à celui de notre soleil et de ses planètes, et finiront par se dévelupper de la même manière. Il y a plus : divers phénomènes prouvent que, dans notre système planétaire, se trouvent encore des débris de la nébuleuse qui a dû lui donner naissance, Les récents travaux sur l'analyse de la lumière ont pleinement confirmé la théorie de la nébuleuse primordiale, instituée déjà par Herschel et par Laplace, et démontré dans l'espace la présence de véritables nébuleuses, lumineuses par elles-mêmes et qui ne sont que des masses gazeuses incandescentes. Et la seule force que l’on trouve à la base de toutes ces formations et de tous ces mouvements, c’est l'attraction, — l'attraction qui condense les nébuleuses, en forme les soleils et les planètes, règle leurs mouvements et, enfin, par le fait de la condensation, produit de la chaleur et de la lumière, source unique e$ suprème de tous les phénomènes vitaux. |
Toutes ces observations et tous ces faits nous donnent bien le
Ü) Fonsran. Der We Anfang und Ende, p. 18,
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droit de conclure, par analogie avec ce que nous connaissons jusqu'ici, que les processus célestes ayant plus ou moins besoin d'explication, ne peuvent avoir fait exception aux lois générales de la nature, et que c’est en eux-mêmes ou dans les lois géuérales de la matière qu'il faut chercher la cause du genre particulier de leur mouvement. Nous en avons d'autant plus le droit, que les faits nombreux d’irrégularités, d'accidents, et — si l'on se place au point de vue de la finalité — de non-conformité au but dans l’arrangement de l’univers ou de ses parties, excluent immédiate
ment l’idée de l’ingérence, dans cet arrangement, d’une force créatrice ou d’une intelligence supérieure, régie d’ailleurs per des. lois analogues à celles de la raison humaine. Si, comme: l'admettent les partisans des causes finales, une force créatrice individuelle, agissant d’après une idée préconçue, a créé les mondes pour servir de demeure à des êtres sensibles et intelli
gents, soumis à sa puissance, à quoi bon cet espace cosmique immense, vide, inutile, dans lequel nagent comme des points presque imperceptibles des soleils et des globes isolés — sem
blables à une poignée de billes qu'on aurait jetée dans l'océan des mondes ? Pourquoi les autres planètes de notre système, — à l'exception de Mars, peut-être, — ne sont-elles pas. habitables pour l’homme ou pour des êtres semblables à lui? Est-ce que plusieurs petites planètes n'auraient pas été mieux appropriées au but de la vie, étant donné que les grandes planètes extérieures n’ont aucune chance, comme on l'a déjà dit, de voir jamais sg développer des êtres vivants? Pourqugi la lune, notre compagne constante, avec ses cratères et ses volcans éteints, est-elle sans eau et sans atmosphère, et par conséquent hostile à tout déve: loppement organique ? Pourquoi le soleil, dont la surface est environ 12,500 fois plus considérable que celle de la terre, n’est-il
. ‘ pas habitable, comme on le croyait autrefois? Et pourquoi les
myriades d'étoiles fixes qui remplissent l’espace ne le sont-elles pas non plus? On pourra répondre que ces soleils servent à échauffer et à éclairer leurs planètes habitées; mais il faudrait alors ne pas oublier, qu’il y a une disproportion criante entre le but et les moyens, attendu que notre soleil, par exemple, le centre de notre système, disperse inutilement dans les espaces glacés du cosmos des quantités énormes de chaleur et de lumière, tandis que notre petit globe, dans lequel on croyait veir le peiat central du monde, n'en reçoit que la 2300 millionième past
en meme ms
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plus, et que toutes les planètes réunies en utilisent à peine la 230 millionième partie. Quelle signification peut bien avoir, au point de vue des causes finales, cette succession du jour et de la nuit, lié aux rapports de la terre avec le soleil ? Et si une telle succession est nécessaire pour les créatures qui habitent la terre, pourquoi dans la zone polaire y a-t-il un jour de six mois suivi d’une nuit de même durée? Et pourquoi l'obscurité de la nuit est-elle interrompue par le elair de lune?
Beaucoup de gens voient dans l'angle que fait l'axe de Ia terre avec le plan de son orbite, dans l'inclinaison de lécliptique — d'où résultent les variations des saisons — la preuve de la prévoyance du ciel à notre égard. Mais ils ne s’aperçoivent pas qu'ils confondent l'effet avec la cause : très vraisemblablement, si l’inclinaison de l’écliplique était autre ou si elle n'existait pas, notre organisation serait autrè. En outre, cette inclinaison tant vantée — à tort, — ne semble pas être quelque chose de si avantageux pour nous, et s’il était en notre pouvoir de la modifier, nous le ferions certainement de façon à régulariser davantage le cours des saisons. Car, si l’axe de la terre était perpendiculaire au plan de l'orbite qu’elle décrit, nous jouirions dans nos latitudes, par exemple, d’un printemps éternel, ce qui sans aucun doute prolongerait la durée de la vie.
Mais, peut-on demander aussi, pourquoi, les jours suivant les jours, le soleil a-t-il étalé sa splendeur dans l’univers, pourquoi la lune a-t-elle projeté sa luraière argentée, pourquoi les étoiles et les constellations magnifiques ont-elles répandu leur éclat sur la terre durant les périodes sans fin du passé, alors qu'il n’y avait sur cette terre aucune créature pour profiter de cet arrangement merveilleux, pour l’admirer et pour méditer sur sa signification ? Quel est le but de ces irrégularités et de ces iñégalités frappantes dans le volume et la distance des différentes parties de notre sysième solaire, et pourquoi n’y voit-on ni ordre, ni symétrie, ni beauté, ni régularité sous le rapport du volume, de la densité, de la situation, de l'habitabflité, etc. ? Pourquoi toutes les comparaisons et toutes les spéculations auxquelles on s’est livré — et particulièrement le grand Kepler, — sur le nombre et la confi- ‘guration des planètes ont-elles été reconnues pour de pures fantaisies ? Que signifient ces astéroïdes, ces planètes naines avec leurs orbiles entrecroisées, et dont le nombre connu s’élère main-
tenani à plus de deux cents, tandis qu'il n'y a pas longtemps s
encore, des philosophes fantaisistes, se basant sur des données métaphysiques, croyaient pouvoir démontrer l'impossibilité de l'existence d'autres planètes dans la lacune astronomique bien - connue entre Mars et Jupiter ? A quoi servent les innombrables météorites qui croisent l’orbite de la terre et dont la chute cause tant de désastres ? ou ces comètes, à la marche vagabonde, qui semblent n’exister que pour donner lieu aux superstitions les plus grossières, et dont Képler disait qu'il y en a autant dans le ciel que de poissons dans la mer? ou encore ces milliers de soleils sans planètes, qui à l’état d'étoiles doubles, tournent les unes autour des autres ou autour d’un centre commun ? Pourquoi, enfin, notre système planétaire est-il ordonné de telle sorte que, nécessairement, comme il a eu un commencement, il aura une fin et que toutes les grandes choses accomplies par l’homme sur la terre seront ensevelies dans le sein d’un éternel oubli ?
Si, comme l'affirment les déistes, le monde ou le cosmos avait été créé, s’il était dirigé par une intelligence éternelle, si, comme ils ont coutume de le dire, il reposait sur la raison, comment tous ces faits contradictoires pourraient-ils s’expliquer ? Et pourquoi la raison éternelle n’a-t-elle pas donné aux systèmes célestes une disposition qui ftt connaître clairement son plan et son but’? Pourquoi la force créatrice n’a-t-elle pas tracé son nom en traits de fou dans le ciel et mis fin de cette façon à tous les doutes, à toutes les angoisses qui tourmentent le cœur des hommes, à ces disputes interminables sur son existence qui ont été pour la pauvre espèce humaine, tätonnant dans les ténèbres, la source de tant de larmes et de gémissements ? Pourquoi se dérobe-t-elle à nos regards et pourquoi tend-elle à notre raison des pièges au moyen desquels nous sommes précipités dans des doutes sans fin et dans des maux sans nombre? Comment Dieu, s’il existait, pourrait-il considérer tranquillement les tristes conséquences découlant de l'ignorance où l’on est touchant son existence, quand il lui serait si facile d’y mettre un terme ?
On pourrait multiplier-à volonté ces questions et ces observstions, mais cela ne changerait rien au résultat définitif, en vertu duquel l'étude de-la nature, poursuivie en dehors de tout préjugé et poussée aussi loin que possible, n’a révélé nulle part. la trace d’une influence surnaturelle dans l’espace ou dans le temps. Cette « harmonie de l'univers » tant de fois célébrée, repose, comme
on l’a déjà montré, en partie sur l'imagination ou sur l'ignorance, 3 è
en partie — comme on Fötablira dans les chapitres suivants — sur les mömes causes que celles auxquelles on doit la régularité apparente des autres phénomènes naturels et, en particulier, des formations organiques terrestres ; et si, sans préjudice des objections exposées plus haut, on doit cependant admettre un certain ordre et une certaine régularité dans les phénomènes célestes, cet ordre n'est que la conséquence fatale et nécessaire des processus de développement du ciel lui-même, qui sans cela n'aurait jamais pu se réaliser tel qu'il est. Car un chaos incapable de se développer ou de se différencier avec le temps doit rester éternellement à l’état de chaos, tandis que le mouvement, dès qu'il a commencé, arrive inévitablement, par l’élimination successive des éléments impropres à la vie ou dépourvus de but, et par la délimitation réciproque des êtres distincts, à donner naissance, dans le cours d’intervalles de temps incaleulables, à des formes qui s’adaptent aux milieux et sont, par conséquent, capables de vivre, ou en conformité avec une fin. Quand les êtres non appropriés à un but ont disparu depuis longtemps, les êtres appropriés persistent. Le mouvement — ou la situation — d’un corps céleste distinct, n’est qu'un cas distinct du mouvement ; et tous les mouvements de ce corps qui entreraient en conflit avec ceux d’autres globes célestes, sont éliminés avee le temps, jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus aucun de ceux qui sont susceptibles de disparaître par suite de leur irrégularité ou de leur incompatibilité avec un ordre dötermins; — de sorte, qu'en definitive, l’ordre et la beauté tant admirés de l’univers ne sont autre chose que la mise en jeu du . mécanisme, très simple en lui-même, des forces de la nature. Dans un écrit très ingénieux sur « La lutte pour l'existence dans le ciel », le docteur Karl Du Prel (1), — qui a tenté le premier, et avec bonheur, d'appliquer au monde astronomique ces principes du darwinisme, devenus le critérium pour lappréciation du monde organique — le docteur Du Prel, disons-nous, considere la finalité apparente des phénomènes de notre système planétaire comme le résultat d'un très long processus de développement et comme la simple conséquence de ce fait, que toutes les planètes qui ne suivent pas une marche régulière, ou abandonnent le système, ou se réunissent de nouveau au soleil, ou se ) .
(1) Kanc Du Pam. Kampf um's Dasein im Himmel. Berlin, 1872, Se édit. Leipzig, 1882,
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lancent sur-des trajectoires interminables pour es transformer plus tard en comètes ou en groupes de météores. Le soleil comptait sans doute à l'origine un beaucoup plus grand nombre de
satellites, qui se sont, en partie, éliminés ainsi : de là, peut-être, les immenses lacunes du système. C'est seulement dans le groupe
” des astéroïdes que ce processus d'élimination semble n'être pas
encore accompli, parce que ce groupe constitué par les débris d'une planète éclatée pour des causes inconnues, n'existe pas depuis un temps aussi long que les autres planètes. De même, pour les comètes, qu'on doit considérer comme provenant direotement du soleil, ce processus d'élimination, suivant Du Prel, p'est pas près de finir. Elles constitueraient les parties les plus jeunes du système, les planètes étant les plus vieilles, tandis que les astéroïdes seraient entre les deux. Dans ces parties, ou dans d'autres, tous les éléments incapables de s’adapter au système et à l’ordre qui le régit jusqu’à un certain point, sont destinés à être éliminés ou balayés avec le temps. « Ainsi se termine la lutte engagée par la loi de la gravitation contre ces prodigieuses combinaisuns d’astres immenses et tels, qu'en les considérant, nous ne pouvons guère nous smpêcher de croire à l'existence d’une providence infiniment sage ayant réglé leurs mouvements dès le début. Et cependant, nous pouvons attribuer ce résultat en conformité avec le but, à l’action de forces naturelles dépourvues de plan, que l'on voit ici comme partout, se manifester d'après le principe de l'adaptation et produire nécessairement l'harmonie dans ses différentes phases ».
Et encare cette harmonie est-elle loin d'être parfaite dans notre système solaire, en dépit de la grande régularité des mouvements. À chaque instant une planète exerce des tiraillements sur une autre et cherche, avec plus ou moins de succès, à influencer sa marche. La lune exerce des tiraillements sur sa planète-mère : : elle soulève la masse de ses eaux sous forme de marées qui souvent dévastent le rivage et, s’il faut s'en rapporter à une théorie récente, elle provoque dans l'intérieur de cette même planète d’effroyables oulerersements, Les comètes et les météorites prennent leur course à tort et & travers au milieu du système auquel ils®ne sont nullement utiles, mais seulement nuisibles. Seule, l'influence prédominante du soleil maintient le tout dans un ordre supportable.
LES PÉRIODES DE GRÉAWON DE LA TERRE ss