LES PÉRIODRS DB CRÉATION DE LA TERRE
Lorsque la terre se fut séparée, à l’état de corps distinct, de 1a nébuleuse primordiale tournoyant sur elle-même et qu'elle eût commencé sa course circulaire autour de la masse centrale primitive, elle devint le théâtre d’une série de processus qui produisirent d’abord la condensation de ses parties centrales, en même temps que sa surface se refroidissait. Le feu, que les anciens, dans leur cosmogonie incomplète, croyaient s'être élevé dans les airs, par la séparation des parties solides et des parties fluides, pour constituer l'éclat et l’embrasement du firmament — car ils regardaient la terre comme le centre du monde, — le feu se concentra de plus en plus dans les entrailles de la terre, d'où il manifeste encore aujourd'hui sa présence par la chaleur croissante des couches terrestres profondes, par les sources thermales, les volcans, etc. Quant à l'écorce terrestre, elle prit de plus en plus, par la solidification et par la formation d'une croûte, l’aspect d'un corps dur et immobile, sous-Jequel elle nous apparaît encore actuellement. Des luttes formidables eurent lieu entre le feu et l’eau, après que cette dernière, formée par la condensation des masses de vapeur environnant le noyau de la terre, fut retombée sur sa surface sous forme d'une mer primitive qui, d'abord, la recouvrit uniformément tout entière. A la suite de ces luttes, et par le fait d’influences destruciives d'une part, réorganisatrices d'autre part, qui mettaient eu jeu, soit les forces physiques, soit les forces chimiques, soit l’activité d’organismes inférieurs, ‘il se produisit une série de couches et de formations terrestres, accessibles à nos moyens d'exploration, et à l'aide desquelles les géologues, comme au moyen de vieilles chroniques, ont lu ou reconstruit l’histoire de la terre. Sans doute, le livre de la nature n'est pas tellement complet et uniforme que l’on n’ait qu'à le feuilleter ; il est bien plûtôt incomplet, rempli de . lacunes, “uvent interrompu, écrit sur bien des points differents de la
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surface de la terre; ses feuilles sont souvent endommagées où brouillées par la production de phénomènes ultérieurs ; des lettres ont été détruites ou sont devenues indéchiffrables, de telle sort. de grands efforts et beaucoup de pénétration pour s lacunes tant bien que mal, pour interpréter Pe] assages conservés ou pour les relier convenablemen Et une pareille interprétation aurait sans doute tu „si l'on n'eut trouvé une sorte de fil conducteur pour dans le labyrinthe de ces chroniques géologiques, c’est s les parties dures’et capables d’opposer une certaine à la destruction, dens les débris du monde organique tels que les coquilles, les dents, les écailles, les plumes, enveloppes calcaires, les restes de végétaux, ete., ou ssiles, ayant laissé sur chaque formation terrestre une déterminée, facile à reconnaltre. Il est vrai que cette ce, aggravée par la fausse interprétation de certains giques, eut pour conséquence cette théorie des catasdes révolulions du globe qui régna si longtemps dans On s’imagina quela surface de la terre avait subi, à | reprises, une {ransformation complète, par suite de | ments formidables avec destruction de tous les êtres uivie de créstions nouvelles, et que ce phénomène »uvel6 entre trente et cinquante fois dans l’histoire du feu et l’eau étaient supposés avoir contribué, chacun à , à ces destructions simultanées du monde vivant, asi au créateur, après que les éléments furent rentrés pos, l’eccasion d’exercer sa toute-puissance créatrice par on d’ur nouvel ordre de choses. Les noms des illustres ançais Buffon (1707-1788) et Cuvier (1769-1832) restent tachés à cette-théorie des cataclysmes, à laquelle se rallia rélèbre naturaliste Agassiz, et qui compte aujourd’hui nombreux partisans, surtout parmi les théologiens,
» parmi les savants proprement dits. La plupart des ilosophes (Héraclite, Platon, etc.) se représentaient Phisterre d'une facon analogue et croyaient à des boules et à des renouvellements périodiques du monde, après alles de quelques millions d'années, tandis que d'autre; suivant la direction matérialiste (Anaxagoras, Ocellus, et ses successeurs, Epicure et Lucrèce), considéraient irche du monde comme tout à fait régulière, et les
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modifications considérables comme limitées à des points isolée ou peu étendus.
Cette théorie des révolutions da globe permit aux opinions théologiques, comme on le conçoit facilement, de se donner libre carrière dans l'étude de la nature, pour invoquer l'influence d’une puissance surnaturelle qui aurait suscité ces révolutions, de façon à faire passer la terre par des périodes distinctes de perfeotionnements successifs, aboutissant à une forme propre à un certain but. Il devait y avoir eu de la part de cette puissance une intervention répétée, immédiate, une série périodique et prolongée de créations, avec production d'êtres, d'espèces organiques nouvelles et perfectionnées, après la destruction des anciens types : la Bible avait eu raison de raconter que Dieu avait submergé la terre dans un déluge général pour détruire le genre humain devenu désobéissant, plongé dans le péché, et pour le remplacer par une autre race. Dieu avait dû, de se main, tantôt élever des montagnes, tantôt creuser des mers, tantôt créer des organismes nouveaux, etc., etc.
Toutes ces idées relatives à l’intervention de forces directes, surnaturelles ou simplement incompréhensibles, dans le développement de l’histoire du globe, se sont dissipées comme des illusions et des chimères, dès que l’on s’est mis à étudier froidement, scientifiquement, les phénomènes. Avec autant de pénétration que les astronomes avaient pu en déployer pour explorer et reconnaître les espaces les plus reculés du ciel, l'œil des géologues plongea dans un passé de millions et de millions d'années,
dont le voile immobile avait si longtemps enveloppé l’histoire de notre planète dans des ténèbres mystérieuses, si favorables aux zöveries des gens superslitieux ; et l'on eut bientôt la preuve
rtaine que cette histoire était due partout à des processus très imples, naturels, et susceptibles souvent d’être appréciés avec ne exactilude mathématique. On reconnut qu'il ne pouvait. être uestion de ces « périodes de création » dont on aimait tant à rler autrefois et qu'une conception enfantine de la nature oulait äitoute force identifier avec les soi-disant « journées de la réation » de la Bible; l’histoire du passé de la terre n'est pas utre chose que le tableau déroulé de son état présent. C’a été tout la gloire de Sir Charles Lyell, l’illuctre géologue anglais, ‘avoir démontré le premier que ces révolutions ou catastrophes,
lesquelles Foposais la théorie des périodes de la, créalion,
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u'ont jamais été générales mais toujours localisées: loin qu'il ı soit jamais produit des bouleversements géologiques s'étendant d’un seul coup à toute la surface du globe, l'histoire de la terre n'est que celle d'un processus de développement graduel et confinu, en rapport avec les mêmes forces, avec les mêmes phénomönes, lgg-æmêmes légères altérations qui travaillent encore actuellement à modifier la surface terrestre, modiications qui s’accomplissent journellement sous nos yeux. Seulement, tout cela se passe d'une facon si lente, si graduelle et en quelque sorte siletente qu’en raison d# temps très court pendant lequel nous pouvons axpérimenter et observer, il nous est impossible d'apprécier convenablement ces phénomènes. Mais, bien qu’au premier abord ces modifications, dont nous constatons les trace profondes à le surface de la terre, semblent'avoir été produites par de formidables catastrophes, un examen plus approfondi nous montre que la vérité était dans l’opinion contraire. « Car la terre, dit Burmeister dans son excellente Histoire de la Création, a été produite uniquement par l'intermédiaire des forces que nous ÿ voyons agir, aujourd'hui encore, avec une égale Energie: elle n'a jamais suhi de révolutions plus profondes eu de nature essentiel lement différente; par contre, le temps nécessaire pour ces modifications est tout à fait incommensureable.. .. Ce qu'il ÿ a de prodigieux et de surprenant dans lea processus terrestres, c'est l’immense intervalle de temps qu’il leur a fallu pour s’aceomplir, etc. » |
En réalité, c'est dans la durée énorme du temps pendant lequel s'est développée l’histoire de la terre que se trouve la solution du problèue. Camme une goutte d’eau, em tombant toujours à ls même place, finit par creuser une pierre, des forces en apparence très faibles et à peine perceplibles, peuvent produire aver le temps des effets surprenants et qui semblent miraculeux. Continuellement la terre change sous nos yeux eomme par lé passé ; continuelleinent, des eouebes s6 forment et disparaissent, les volcans jettent des flammes, des tremblements de terre dechirent le so), des montagnes surgissent ou s'écroulent, des portions de sol s'élèvent ou rentrent lentement dans le sein de la terre, des Îles naissent ou disparaissent, la mer abandonne certains points de Is terre ferme et en submerge d’autres, des fleuves changent de tit et entraînent des portions de sol, tandis qu'ils en apportent d’autres à d’autres endroits ; aujourd'hui encore, tewi un monde d'ani-
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maux et de plantes travaille à la formation de l'écorce terrestre, tandis que l'eau, l’air, les ouragans, elc., font effort pour la détruire. Nous voyons réunis aujourd hui, dans un immense tableau d’ensemhle, ces eifets naturel: et si lentement acquis, de causes naturelles et à différentes époques et dans des lieux différents et auxquels il a fallu tant de millions d'années pour se produire, et nous ne pouvons, en face de l’inipression écrasante eausée per une pareille imsge, baunir l'idée de l'intervention d’une force créatrice, landis qu’en réalité tout cela est arrivé d’une façon toute simple et par un enchatnement nécessaire. De fait, la différence entre les formations géologiques est si grande, qu'elles ne peuvent pas s'être succédées immédiatement les unes aux autres : elles ont du être séparées par des intervalles de temps considérables. Lorsqu'on ‘examine une représentation schématique des couches formant la croûte terrestre, on reconnait au premier coup &’æil que des roches d’une texture et d’une composition minéralogique si variées ne peuveul s'être formées d’une façon conséculive et ininterrompue ; de longues pauses ont dü intervenir pendant lesquelles se produisaient des modilications géographiques profondes, soulèvements et aplanissements, modification des courants dans les mers, différeutiation des sédiments, etc. Pen. dant le soulèvement, les flots de la mer commencèrent leur œuvre de destruction, de sorte que des dépôts entiers étaient balayés avec les organismes qu’ils renfermaient : aussi le répertoire g&ologique et paléontologique de la création doit-il fatalement présenfer une lacune dans ces endroits. Pour ceux qui considèrent le phénomène superticiellement et sans avoir une conception générale des choses, une pareille lacune, paraissant réelle, peut êlre considérée comme la preuve de la réalité d'une création nouvelle. Mais les esprits éviairés, formés par la culture scienti. ique, en jugent autrement. Ils savent que l'étude de l’histoire et da développement de la terre n’a été nulle part en mesure, — pas plus que l'étude des lois du ciel, — de découvrir la trace ou l'action d’une puissance extérieure au monde et en dehors de l'enchaînement naturel des choses : elle a bien plutôt démontré, “ans tous les licux et à tous les moments de celte histoire, la présence el l’activité de ces substances, de ces forces, da ces lois naturelles au milieu desquelles nous vivons encore aujourd’hui, Nulle-part et en aucun temps, aussi loin que l’on puisse remonter dans Les périodes recuiées du ju, cette étude n’est arrivée à un
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point où il fut nécessaire de mettre un terme à l’investigation scientifique pour lui substituer l'intervention de forces, inconnues ou surnaturelles ; partout on a trouvé les mêmes règles, la même matière, les mêmes phénomènes accessibles à la critique scientifique. « Les recherches historiques (sur l’origine de la terre) ont prouvé que le passé et le présent reposent sur la même base ; le passé s’est développé exactement comme le présent se déroule, et les forces en activité sur notre globe ont été de tout temps les mêmes.» (Burmeister.) « Cette éternelle conformité dans la nature des phénomènes nous donne la certitude que le feu et l’eau ‘ont possédé;-possèdent et possèderont en tout temps les mémes forces; que l’attraction et, par conséquent, les phénomènes de le pesanteur, de l'électricité, du magnétisme, l’activité des volcans dans le sein de la terre n’ont jamais été différents de ce qu'ils sont aujourd'hui. » (Rossmässler.) « Presque toujours la nature travaille en silence : les mouvements convulsifs et les bouleversements violents ne sont que des exceptions. Les catastrophes, représentées par l'imagination de quelques écrivains sous les couleurs les plus chargées, sont, ou exagérées ou inventées. De profondes modifications, de terribles bouleversements se sont produits sans doute : mais ils ont eu lieu, pour la plupart, avec moins de fracas que des auteurs fantaisistes ne le donnent à eutendre, et toujours sous l'influence des forces ordinaires et bien connues de la nature. » (H. Tuttle.) Les esprits éclairés et au courant de la science n’ont donc plus besoin de l’hypothèse de cette main puissante dont on croyait, autrefois, devoir admettre l’intervention pour agiter, dans une soudaine mêlée, les esprits enflammés de l’intérieur de la terre, pour précipiter les eaux, sous forme de délugé, à sa surface et pour pétrir, de temps à autre, la masse entière, comme une argile molle, eır vue d’un but particulier. Si ce but a été la préparation graduelle de la surface de la terre en vue des êtres vivants et de l’homme en particulier — comme il faut bien l’admettre dans l'hypothèse des déistes, — on ne voit pas du tout pourquoi la puissance divine, considérée comme la cause de tous ces changements, aurait eu besoin de tant de détours et de tant d'efforts pour atteindre ses fins, et pourquoi elle n’aurait pas feit d'un seul coup at sans délai tout ce qui lui semblait utile pour.la réalisation de ses desseins. Il faut se placer à un point de vue tout à fait fantaisiste, pour admettre que cette puissance divine