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DE LA FINALITÉ DANS LA NATURE

ser aux esprits sérieux et affranchis, en dehors même de toute investigation scientifique. De fait, elles ont été expriméés en

rmes précis des le premier siècle avant l'ère vulgaire par Lucrèce, l’auteur du fameux poème didactique « sur la nature des choses ».

Certes, on n’a pas vu les principes des choses - Entre eux délibérant, gravement combiner

L'ordre et les mouvements qu'ils voulaient imprimer. - Mais, en nombre infini, mus à travers l'espace

Par d'innombrables chocs, ils ont, avec leur masse

A force de changer, du présent Univers

Enfin constitué les éléments divers (1).

En dehors même de ces considérations décisives, nous ne pouvons pas parler de conformité au but; car nous ne connaissons qu’un seul aspect des choses, et nous n’avons aucune idée de celui qu’elles pourraient nous présenter,si elles se trouvaient dans des conditions entièrement différentes. Pour décider ici en connaissance de cause, il faudrait pouvoir établir une comparaison entre l’ordre actuel des choses et un monde autrement conformé, — ce qui est impossible. Mais au surplus, peu importerait l’ordre ou la disposition quelconque du monde ; pourvu que nous y puissions vivre, nous le trouverions toujours arrangé en conformite avec le but. Cela est tellement vrai que les conditions les plus diverses, dans des circonstances différentes, nous paraissent conformes au but, du moment où nous avons pu nous y adapter. Pour l’habitant du Nord le froid, pour lhabitanf du Midi la chaleur sont également agréables et utiles ; l’Arabe aime le désert, le marin la mer, le chasseur, les montagnes et les forèts, le cultivateur la campagne et les champs, le citadin les habitations et la société des hommes. Chacun, en particulier, ne trouve conforme au but que ce qui lui semble agréable ou utile au point de vue de ses préférences ou de ses besoins personnels, * que ce qui convient à sa nature propre. De plus, notre esprit n’a jamais été forcé de se déclarer satisfait de la réalité qui s'offre à lui. Quel est au contraire le phénomène naturel qu'on ne puisse se représenter dans des conditions meilleures ou plus conformes au but ? Bien plus, il y a des phénomènes naturels très compliqués

(4) Luonèos. De natura rerum, 1, v. 1020-1027, Tr. fr. d'André Lefèvre,

qui ne sont pas encpre arrivés, par la voie du däveloppeme graduel et de l'adaptation, au degré de perfection qu’ils devraie avoir atleint s'ils avaient été créés en vue de la conformité a but: Ainsi l'organe de la vue, si admirablement disposé en appa rence et considéré comme une merveille de finalité, comme u appareil organisé par une providence supérieure afin qu’on puiss voir, — l'œil présente au contraire toute une série de défauts e d’unperfeetions, tels que l’aberration chromatique et l’aberratio de sphéricité par la structure imparfaite du eristallin, Fastigma tisıne ou accommodation insuffisante pour la vision simultanée de ‘images verticales et horizontales résultant d’une imperfection dansl la courbure de la cornée ; puis, les lacunes, les taches vasculaires, le défaut de transparence des milieux, etc. Si un opticien livrait un instrument confectionné dans cet état, on le lui renverrait, dit Helmholtz, comme un travail manqué. ll en est de même, ou peu s’en faut, pour les autres organes des sens qui, à l’origine, n’elaient que des portions de l’enveloppe cutanée, dans lesquelles se ramifiaient des nerfs de la sensibilité, et qui, peu à peu, dans le cours de millions d’années, par l’usage, la division du travail, l’adaptation et l’hérédité sont arrivés à leur degré de perfectionnement actuel. Ce processus de l’évolution successive des organes des sens se constate aujourd’hui encore, dans toutes ses phases, sur l'œuf de la poule en voie de développement ; on y voit des portions de l'enveloppe extérieure, de simples cellules spéciales d'organes des sens. Aux derniers échelons de la vie, chez les Protistes et chez les infusoires, par exemple, les sens peuvent exister sans nerfs ou sans appareils spéciaux. « Ces faits prouvent de Ia façon Ya plus évidente, dit Haeckel, que les organes des sens les plus parfaits, loin d'être les produits ‘brillants d'un plan de création préconçu, sont ainsi que tous les autres organes des animaux, le résultat de la manifestation inconsciente de la sc.ection … naturelle dens la lutte pour lexistence » (1).

Quant à l’influence considérable exercée sur le développement de Porgane de la vue par les phénomènes extérieurs, c’est à dire dans ce cas, par la lumière, elle nous est prouvée par le fait bien connu des animaux aveugles vivant dans des trous; ces*aimaux, ayant été plongés dans les ténèbres de ces trous et forcés d'y vivre, leurs yeux ont disparu et se sont réduits à des appareils rudimentaires. Inversement, les poissons et les autres animaux marins pourvus des plus gros veux, se sont habitués d'autant

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