‹ Force et matièreChapitre 33 sur 66 · DB LA FPINALITÉ DANS LA NATURE · texte numérisé non relu

DB LA FPINALITÉ DANS LA NATURE

plus facilement à vivre dans les profondeurs à demi-obseures des

: la sélection dans la lutte pour l'existence favorisant naturellöinent les êlres qui pouvaient le mieux conoentrer les quelques rayons de lumière épars, à l'aide d’un organe visuel volumineux.

Il résulte de tout cela que les yeux ne nous ont pas été donnés pour voir précisément, pas plus que les pieds pour marcher. Il est plus exaot de dire que nous voyons et que nous marchons paroe que nous avons des yeux el des pieda. L’usage n’est pas la cause, mais bien le résultat des choses. La vue n'a pas existé avant les yeux, ni la parole avant la langue ; c’est le contraire qui est vrai. De même, il ne faut pas dire que le cerf ou le chevreuil ant de longues jambes pour mieux oourir, mais qu'ils courent mieux parce qu’ils ont de longues jambes. La taupe a des pattes courtes, en forme de pelle, pour creuser : sans elles, elle ne se sersil jamais avisée de fouiller la terre. Les choses sont ce qu’elles sont parce que kur développement s’est eflectué à travers des millions de frottements et de réactions réciproques; si eiles s'étaient développées d'autre façon, nous ne les trouverions pas moins conformes au but. Les animaux des pays du Nord ont une fourrure plus épaisse que ceux du Midi, et généralement leur poil on leur plumage est plus fourni en hiver qu'en été. N’est-ıl pas plus naturel de voir dans ce fait la conséquence fatale, nécessaire d’une influence extérieure, que de recourir avec les eause-finaliers, à l'idée d’un tailleur céleste, qui aurait soin de pourvoir chaque animal d'une garde-robe d'été et d'hiver ? C'est aussi un fait bien connu que la peau se couvre plus facilement de poils sone l'influence des basses températures, d'où vient que les éléphants et les rhinocéros, habstant aujourd’hui les pays chauds, ont la peau nue, alors que leurs ancêtres du monde primitif, le mammouth et. le rhinoeeros velus, qui vivaient au milieu des frimas du Nord, étaient eouverts de poils longs et touffus A cet ordre d'idées est due l'influence bien connue de ka lutte pour l'existence, révélée par Darwin, de cette coneurrence ininterrompue qui soumet tous les êtres organiques les uns aux autres ainsi qu'aux eonditions extérieures de la vie et en vertu de laquelle ces formes seules ont chance de perdurer, qui se distinguent de leur entourage par une sapérivrité peu considépable au début, mais la trensmettant à leurs descendants pour qu'elle se perfectionne dans leur série suceeseive. Les couleurs avantageuses de plusieurs ani-

maux, telles que celles des insectes verts, des lagopèdes blanes, des bêtes brunes vivant sur l'écorce des arbres, des animaux gris à teinte semblable à celle des sables du désert, etc. sont les conséquences de la sélection naturelle dans la lutte pour l'existence ; alors que des animaux de couleur différente succombaient sous les coups de leurs ennemis, ceux-là au contraire transmettaient à leurs descendants leurs qualités avantageuses. C'est ainsi aussi que des animaux à poil épais ont plus de chance de se conserver dans un climat rigoureux que ceux qui ne sont pourvus que d’une mince fourrure ; ils transmettent à leurs descendants cette propriété dont les avantages s’accentuent de génération en génération. L’observateur superficiel découvre là les effets d’une providence divine, alors que celui qui réfléchit quelque peu n’y voit que les conséquences de causes toutes naturelles. Ce qui actuellement subsiste dans le monde, c’est ce qui a résisté à une infinité d'essais et survécu à des processus de développement sans nombre. — Du reste, il ne faut pas oublier de remarquer ici que ces idées si justes de Darwin étaient déjà connues, dans leurs traits essentiels, des plus grands philosophes de la Grèce ; déjà Empédocle (450 av. notre ère), que pour cette raison on a souvent désigné comme le père de la théorie darwinienne, enseignait avec une intuition merveilleuse que lorsque la matière, à l’origine, se compliqua de la forme, il exista d’abord des êtres irréguliers qui ne purent se conserver qu’en partie, et que seuls, les plus avantageusement doués, c'est à dire les plus capables de vivre, arrivèrent à présenter un état de conformité au but. | |

Ces considérations suffisent à réfuter complètement l’objection bien connue que ceux qui ne croient pas à la réalité des causes finales, attribuent tout au hasard, lequel n’est cependant jamais en état de produire des êtres en conformité avec une fin. Que l'on jette pêle-méle, autant de fois qu’on voudra, un amas de lettres, disait Cicéron aux philosophes panthéistes de son temps, jamais on n’en fera sortir un poème comme l’Iliade ou lOdyssée. Assurément non! car ce serait là un hasard tout à fait incroyable, un gros lot gagné contre la multitude infinie des chances contraires. Du reste, un hasard pareil ne saurait trouver place dans la nature, ’où tout se passe finalement d’une façon naturelle et régulière. Ce que nous appelons hasard ou chance n’est que ls résultat d’un enchatnement de circonstances, dont nous n'asoni

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