BB LA PMALÉTÉ DANS LA NATURE
obseureissant la lumière du soleil et qui portent la destruction, la famine et la mort dans les malheureuses contrées où leurs essaims viennent s’abattre. | |
« Celui qui cherche dans la nature, sagesse, but et finalité, dit le professeur Giebel, celui-là peut exercer sa sagacité dans l'étude des vers solitaires. La tâche qui leur est dévolue dans l'existence consiste à produire des œufs propres à se développer et ne peut se réaliser que grâce aux souffrances d'autres créatures ; des millions d'œufs .p6rissent, sans aucun résultat, quelques uns seulement se développent ; l'embryon se transforme et apparaît à l'état de scolex qui ne cesse de sucer et d’engendrer, et dont les rejetons produisent à leur tour des œufs destinés à pourrir dans les excréments d’autres animaux. Où est ici la beauté. la finalité, la sagesse, selon l'idée qu’on s’en fait généralement ? »
A quoi bon, — pouvons-nous demander encore aux causefinaliers — à quoi bon les innombrables maladies et le mal physique en général ? Pourquoi toutes ces cruautés, toutes ces atrocités que la nature commet chaque jour, à toute heure, sur ses enfants, sur ses créatures, par les inondations, les tremblements de terre, la foudre, le teu, la grêle, les volcans, les ouragans, etc.? Pourquoi des millions d’&tres n’existent-ils qu’à la condition de tourmenter et de faire périr des millions d’autres étres? Est-ce la bonté divine qui a donné au chat et à l’araignée leur cruauté ? Et la miséricorde céleste a-t-elle pu douer l’homme, ce chef d'œuvre de la création, comme on l'appelle, d’un naturel qui le rend capable de commettre sur ses semblables les actes ies plus cruels et les plus barbares ?
Les théologiens répondent que tout cela est la suite du péché originel et la conséquence de la corruption du genre humain, et que le nature, innocente et pure tout d'abord, a été ensuite infestée artificiellement. Mais ils ignorent ou feignent du moins d'ignorer que les lois naturelles ont toujotrs été les mêmes dans tous les temps, et que la paléontologie nous a révélé l'existence d'échantillons nombreux et authentiques d’ossements d'hommes ou d'animaux antédiluviens, portant les traces de certaines maladies. De fait, la maladie est aussi ancienne que la vie et le paradis, étranger aux maux de toute sorte, n’est pour le naturaliste clairvoyant qu’un mythe imaginé. par la fantaisie des peuples dans l'enfance, le résultat de l'aspiration non satisfaite du cœur humain vers un état de choses meilleur.
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Au dire des cause-finaliers, les couleurs des fleurs ont étéorééesz pour le charme de nos yeux. Mais pendant combien de temps ne se sont-elles pas &panouies sans qu’aucun œil humain fût lë pour les contewnpler, et combien d’entre elles fleurissent encore dans des lieux déserts, ou au fond des mers, où personne ne peut les admirer! De plus, c’est un fait que la nioitié des plantes au moins est dépourvue de fleurs aux couleurs chatoyantes, et Darwin est arrivé à cette conclusion remarquable qu’en règle générale les fleurs à couleurs assez brillantes pour attirer les insectes sont celles dont la reproduction est facilitée par ces insectes même, tandis que celles dont les graines sont disséminées par le vent n'offrent que des teintes claires. On ne trouve pas non plus de ” couleurs brillantes dans les fleurs, à moins qu’elles ne leur soient de quelque utilité, ou le résultat de quelque avantage remporté dans'le vours de la lutte pour l’existence. Et à ce propos on peut ajouter qu’un grand nombre de plantes sont si peu orgunisé»s en vue d’une fin, que leur reproduction se trouve empêchée ou gènée de mille manières, et qu'il faut des circonstances spéciales, telles que la pluie, le vent, les insectes, ete., pour qu'elle se réalise. Pourquoi cela? De même, il y a dans le règne végétal un si grand nombre de parties et d'organes inutiles et sans but, que le célèbre botaniste Schleiden a pu dire : «Li
imagination la plus hardie est impuissante à ramener et à fixer à une idée de finalité l'infinie variété de formes et d’aspects des végétaux. »
ll en est ainsi également pour les animaux et pour l’homme, - qui présentent dans leur organisation un grand nombre de formes
ou de dispositions permanentes ou transitoires, et sans la moindre utilité. Personne ne peut dire à quoi servent la queue de l’embr humain, les formations fœtales transitoires ou les vesti téristiques de l’un ou de l’autre sexe (par exemple, mammaires chez l’homme), l’appendice vermiculaire, de l'oreille, la membrane clignotante dé l'œil, les amygdales et le corps thyroïde chez l’homme, ou la clavicule du chat, les ailes impropres au vol de beaucoup d'oiseaux ou les dents de la baleine,
etc. C'est ici la catégorie si nombreuse des organes dits rudimentaires, c'est à dire arrêtés dans leur développement, et tandis que la doctrine de l’évolution peut seule rendre compte de leur existence, ik constituent pour les cause-finaliers, partisans de la création, une énigme insoluble ; car ils sont non seulement Inutiles, mais, en partie au moins, nuisibles. € Si tout avait été créé
yon ges caracles glandes les muscles
DE LA PINALITE DANS LA NATURR 149
en vue d'une fin par un esprit de l’univers, dit G. H. Schneider, la longue persistance des organes rudimentaires serait incomprehensible; car le Dieu qui a pu créer le monde en six jours aurait eu le loisir nécessaire pour éliminer dans le même temps tous les organes inutiles. » « Certains animaux, dit Carl Vogt, sont de véritables hermaphrodites, c’est à dire présentent des organes parfaitement conformés des deux sexes, sans pour cela: eire en état de se reproduire eux-mêmes; il faut deux individus pour la procréation, selon la règle habituelle, l’autre alternative étant une exception. » A quoi bon, demande-t-il avec raison, une pareille organisation ? Pourquoi encore des oiseaux aquatiques bien caractérisés n’ont-ils aux pattes que de courtes nageoires, tandis que des oiseaux qui ne nagent jamais, présentent une palmure plus ou moins complète? A quoi sert dans la ruche la présence de milliers de bourdons, qui ne semblent être là que pour se faire exterminer par leurs compagnes ouvrières? A quoi bon, encore, le bec volumineux et difforme du toucan du Brésil, à l’aide duquel l'oiseau est incapable de prendre directement sa nourriture ? Il doit lancer sa proie en Fair pour la recevoir ensuite adroitement dans ce bec largement ouvert, afin de pouvoir la diviser ou l’avaler. L’aiguillon de l’abeille ou de la guëpe qui, d'après la theorie des causes finales, aurait été donnée à ces bêtes pour leur défense, ne sert le plus souvent qu’à amener leur mort, quand ils en ont fait usage! En somme, l’histoire naturelle des insectes fournit tant d'arguments à opposer à la théorie des causes finales, que le professeur Graber (1) a pu dire : « Dans l’étude du développement des insectes, non seulement on rencontre à chaque pas une quantité de faits qui ne peuvent guère servir à jeter quelque lumière sur la théorie des causes finales, pour parler avec toaté la modération possible, mais encore on rencontre un grand nombre d’organes dont on peut dire, eu pleine connaissance de cause, qu’ils sont absolument inutiles. Et ailleurs : « La morphologie tout entière fournit une démonstration détaillée et définitive qui ruine la théorie de la finalité ou de la conformité au but préconçu. » |
La fécondité de certains animaux est telle, qu’abandonnes à eux-mêmes ils rempliraient en peu d'années loules les mers et couvriraient .la terre jusqu’à la hauteur d’une maison. A quoi
(4) Gnasma. Die Insekten. Münich, 1879, 2e partie, p. 569.
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bon une telle disposition organique, quand l’espace et la matière manquent pour une pareille quantité d'animaux ? Et comment l’idée d’un esprit créateur peut-elle se concilier avec ce nombre infini de germes ou d'êtres tout formés, uniquement créés pour disparattre à coup sûr dans les péripéties de la lutte inexorable pour l'existence ? Et même pour ce qui regarde l'espèce humaine, en dépit de son lent accroissement, le nombre des individus qui la composent doublerait en un quart de siècle, si quantité d’existences n'étaient tranchées avant le terme, et la terre ne suffirait plus pour les contenir et les nourrir.
Un des principaux arguments contre la théorie des causes finales nous -est fourni par les malformations et les monstres. A quoi pouvait bien servir par exemple cette mamelle de femme observée par le docteur Klob, de Vienne, sur l'épaule d'un homme de 3% ans? Pourquoi ces trois seins parfaitément conformés chez une femme citée par le docteur $. Johnson ? (4) Ou pourquoi encore quatre mamelons, au lieu de deux, cher un homme adulte — comme l’auteur en a observé deux eas dans sa pratique, tandis que le professeur Leichtenstern en a réuni 105 faits, dont 13 lui appartiennent en propre ? (2)
Pour ce qui concerne les monstres, le simple bon sens était si peu capable de concilier leur existence avec l'idée d’une force créatrice bienveillante, qu’on les a regardés d’abord comme des signes dela colère des dieux, et, qu'aujourd'hui eucore, les gens sans instruction les considèrent communément comme des chätiments du ciel. L'auteur a vu dans le cabinet d'un vétérinaire une chèvre nouvellement née, parfaitement conformée dans toutes ses parties, si ce n’est qu'elle était venue au monde sans tête. Le professeur Depaul a présenté à l’Acadömis des sciences de Paris, un fœtus humain sans tête et sans membres, avec la poitrine et l'abdomen incomplètement formés, et chez lequel la place du crâne était indiquée sur le tronc par une touffe de cheveux ! Cet être informe s'était développé à l’un des angles du placenta. (3) Est-il possible, en se plaçant au point de vue de la conformité au but, d'imaginer de plus grandes absurdités ? Le professeur Lotze,
(1) Lancer ot Gazerre pes Hôpitaux, 1861, ne 84,
(2) LEICHTENSTERN, in Virchow’s Archiv für pathol. Anatomie und Physiologie, t. 13, 2° fascicule.
(3) Comptes-rendus de l'Académie des Seienoes, Mars 1575,
BB LA FINALITÉ DANS LA NATURE in
de Goettingue, s’est surpassé en parlant des monstres : «Du moment qu'un fœtus n’a pas de cerveau, la seule chose à faire pour une force libre et intelligente au point de vue de la conformité au but serait de s’arrêter dans l'exercice de son activité, puisqu'il n’y a pas ici de compensation possible. Mais que les forces créatrices en continuant d’agir, contribuent à faire viyre quelque temps, dans des conditions si contraires à l’espèce, une créature si peu conforme au but et si misérable, — voilà qui nous donne la preuve frappante de ce fait, que la finalité du produit ultime dépend toujours de la disposition de certaines forees déterminées, purement mécaniques, dont le cours une fois réglé va direetement au but, sans réflexion et à l’aveugle, en tant qu'elles l’emportent sur la force d’ inertie, ne rencontrant pas d'obstacles » etc.
Voilà qui est assez clair, et on a peine à comprendre, après cela, comment l'euteur ose affirmer dans un autre endroit, « que la nature pleine de méfiance à l'égard de l'esprit inventif de l’âme a doué le corps de certaines propriétés d’ordre mécanique », à l’aide désquelles un corps étranger, par exemple, peut être expulsé de la glotte par la toux. Si, par hasard, de semblables opinions philosophiques, qui attribuent de la « méfiance » à la nature, pouvaient se généraliser, il faudrait renoncer aux études scientifiques dignes de ce nom et s'endormir dans une crédulité toute passive. Mais le fait que le même écrivain, considéré d'ailleurs comme une autorité, émet du même coup deux propositions aussi diamétralement opposées, prouve assez le peu de solidité et de cohérence de la philosophie de notre temps. Si la nature, comme le veut Lotze, avait des raisons pour se méfier de l'esprit inventif de l’âme, elle aurait bien eu d'autres occasions, ef en nombre infini, de prendre des précautions en vue de oertaines éventualités : par exemple, elle aurait pu faire en sorte que l'on vit les balles rebondir sur le corps et les épées porter des coups sans blesser. Il arrive sans doute qu'un corps étranger dans les bronches en soit rejeté par la toux; mais un corps étranger dans l’œsophage peut très bien amener la suffocation par excitation des nerfs du larynx! Quelle absurde disposition! Et l’on n’a garde de se méfier, par exemple, de l'esprit inventif de l'âme, lorsqu'il imagine les pinces et La sonde œsophagienne} Chagus, jour et à toute heure, dans le ces de maladies, de liiessures, d'\\voriements, ete., le médecin peut se eanvainere du dé-
faut de ressources de ıa nature, de la direction absurde, souvent contraire au.but et du peu de succès des efforts qu’elle tente en vue de la guérison ; et ah somme, on pourrait se passer de medecins, si la nature agissait conformément au but. L'inflammation la gangrène, l'ulcération, etc., voilà les moyens, souvent mortels qu'elle emploie de préférence, quand elle aurait pu arriver au but et à la guérison par des voies beaucoup plus directes. Est-i‘ conforme au but qu’un fœtus se fixe et se développe hors de la matrice, sa place naturelle, — accident assez répandu sous le nom de grossesse extra-utérine ef qui cause la mort de la mère dans les conditions les plus lamentables ? On bien que, dans ces cas-là, il se. produise après la durée normale de la grossesse des douleurs, c’est à dire des contractions de la matrice pour expulser l'enfant lorsqu’en réalité celle-ci ne renferme rien à expulser ? — il n'y a pas de force curative naturelle, dans le sens qu’on attache habituellement à ce mot, pas plus qu'il n’y a de force vitale. L'organisme en se développant dans la direction précise qui lui a été imprimée une fois pour toutes par la nature, fait souvent disparaître des troubles morbides, D'autres fois il produit des effets tout contraires, et en conséquence de son activité toujours nécessaire et déterminée, se perd dans une foule de complications inextricables et sans portée. — L'existence de certains remèdes spécifiques est souvent invoquée comme un argument irrésistible par les partisans des causes finales. Mais il n’y a point de remèdes qui guérissent ainsi, à coup sûr et dans toutes les circonslances, certaines maladies et qu'on puisse considérer comme préparés en prévision de ces maladies. Tous les médecins sérieux nient aujourd'hui l’existence des spécifiques, dans le sens indiqué ici; ils affirment que l’action des médicaments ne s'explique point par la neutralisation spécifique, en quelque sorte, des maladies, mais le plus souvent par des circonstances fortuites ou par les effets combinés d’une longue série de phénomènes reliés entre eux. If faut, en conséquence, cesser de croire que la nature ait fait pousser certaines herbes pour certaines maladies. — idées qui imputent du reste au créateur le ridicule d’avoir créé un mal avec son spécifique, quand il lui était si facile de ne créer ni l’un ni l’autre.
L’'homme ast accoutumé à se regarder comme le point culminant de la creation, et à considérer la terre et tout ce qui se meut et vit à sa surface comme formés par un créateur bienveillant