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CHAPITRE XVI

CERVEAU ET AUB

Que le cerveau, cet organe mou remplissant la cavité cränienne, que ce parenchyme — le plus volumineux, après le foie, ches l’homme et relativement le plus riche en vaisseaux sanguins — goit l'ergane de la pensée, de la volonté et de la sensibilité, et qu'aucun des termes de ce rapport ne puisse être conçu sans l’autre, c’est là une vérité dont ne peuvent guère douter un médecin ou un physiologiste. La science, l'expérience de tous les jours et une foule de phénomènes des plus significatifs leur imposent cette conviction. Aussi, est-ce moins pour eux qu* pour le public, aux yeux duquel les vérités les plus simples et les plus claires des sciences naturelles sont encore des énigmes indechiifrables, que nous entreprenons, en la basant sur des faits, la démonstration suivante. Il est singulier que, sur ce point-principalement, on se refuse avec autant d'opiniâtrelé à l'évidence des faits : les raisons de cette attitude sont d'’ailléurs faciles à pénétrer et toutes relatives à des considérations purement personnelles, | |

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Le cerveau est le siège et l'organe de Ja pensée; son volume, sa forme, son développement, sa structure, sa conformation ou celle de ses diverses parlies sont dans un rapport étroit avec l'étendue et la force des facultés psychiques ou intellectuelles dont il est la source. L’anatomie comparée, cette science si importante, nous en donne la preuve manifeste et nous montre comment le volume et les autres particularités anatomiques du cerveau se ave oppent d’una façon déterminée, graduellement ascensionnelle, à travers toute la série animale jusqu'au plus élevé de tous les êtres, jusqu’à l’homme. Aussi ce dernier, qui par ses facultés intellectuelles se place tellement au-dessus de tout le reste du règne animal, possède-t-il, au point de vue absolu aussi bien que relatif, et à part quelques exceptions sur lesquelles on s’expliquera, le cerveau le plus volumineux. Si l'encéphale de quelques-uns des plus grands animaux actuals tels que la Baleine, l’Eléphant, les grandes espèces de Dauphins, surpasse celui de l’homme au point de vue de la masse, cette exception apparente provient uniquement du développement plus considérable des parties de cet organe qui président non pas à l'intelligence, mais aux fonctions du système nerveux général, considérées sous le rapport du mouvement et de la sensibilité, et qui, en raison du nombre et du diamètre plus considérables des cordons nerveux qu'elles reçoivent, présentent nécessairement un plus grand volume; — par contre, les parties du cerveau présidant aux fonctions intellectuelles ne présentent chez aucun animal un volume aussi considérable, une conformation et une structure aussi compliquées que chez l'homme. On arrive à un résultat tout différent, si l’on considère le poids relatif du cerveau, c'est à dire le rapport de ce poids à celui du corps. Ici encore, à part quelques exceptions insignifianles, l’homme l’emporte sur tout le reste du règne animal, et dans une proportion énorme, puisque le poids du cerveau humain varie entre la cinquantième 4 la trente-cinquième partie du poids du corps,

tandis que chez le Dauphin le cerveau.ne représente que la cen=- ” lième, chez l’Elephant les cinq centièmes, chez la Baleine les trois millièmes parties du poids du cormg de ces animaux. En évaluant ce rapport par le calcul, on constate (d’après Leuret) — le poids total du corps étant représenté par 10,000 — que celui du cerveau ést représenté chez les poissons par 1,8, chez les repiiles par 7,8 chez les oisea::" var 42;3, chez les mammifères

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par 53,8 et chez l’homme par 277,81 Cela suffi pour faire toucher du doigt l'accroissement enorme et progressif de la masse encöphalique chez les Vertébrés, en rapport avec la gradation des facultés intellectuelles. Chez les Articulés — dont les subdivisions les plus élevées sont bien supérieures, au point de vue de Porganisalion et de l'intelligence, aux Vertébrés inférieurs qui, comme ermbranchement, sont pourtant au-dessus d'eux, — les abeilles et les fourmis aveo leurs facultés intellectueliés extraordinaires et presque miraculeuses, devenues en quelque sorte proverbiales, se distinguent, ainsi que les espèces les plus voisines, par un cerveau très volumineux relativement & leur grosseur et très développé au point de vue de la forme et dels structure.

Du reste, il ne suffit pas pour mesurer la puissance intelles-

tuelle da cerveau dé l’homme et des animaux, de faire inlervenir le volume seul, surtout le volume pris en bloc : ce n'est qu'un élément d'appréciation bien imparfait, et il faut y joindre les considérations tirées de la forme et de la structure de l'organe. a Ce n’est pas seulement la quantité, dit Valentin, c’est aussi ls qualité du tissu nerveux et l’intensité correspondante de la force et de l'activité réciproque de chaque élément, qai déterminent le niveau des facultés intellectuelles ».

L’anatomie cumparée et la physiologie nous ont appris que, àce point de vue encore, l'homme occupe le sommet de l'échelle; les hémisphères cérébraux, dont la couche superficielle (substante | grise ou cortieale) doit être considérée comme le siège des facultés intellevtuelles, présentent chez lui un développement beaucoup plus considérable que chez n’importe quel animal, relativement au volume des autres parties de l’encéphale et surtout du cervelet. Ils recouvrent complètement cet organe, vomme on peut ='en assurer en considérant le oerveau par sa face supérieure, et ce fait ne se constate chez aucun autre animal. À ce développement général des hémisphères cérébraux se rattache étroitement celai des circonvolutions, ces replis bien connus qu forment un système complet de bourrelets s’entortillant les uns dans les autres de façon à recouvrir la surface du cerveau, tout simplement dans le but d'étendre et d'étaler en plis innombrables la substance grise ou corticale; dans cette substance, formant

(à) Varerrim. Traité de physiolopie.

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une couche de plusieurs lignes d'épaisseur qui enveloppe le cerveau tout entier, se rencontrent les deux éléments fondamentaux: du système nerveux, les fibres et les cellules, de sorte que les points de contact entre ces deux éléments sont muitipliés autant que possible, Cette disposition semble d'autant plus nécessaire que les fibres nerveuses ont pour fonction de transmettre au cerveau les impressions provenant du monde extérieur ou du corps lui-même, tandis que les cellules reçoivent ces impressions, réagissenb sur elles, et, à l’aide des fibrilles auxquelles elles donnent naissance ou qui les relient entre elles, les transforment en pensées ou en actes de voionté. Les portions de substance cérébrale uniquement formées de fibres nerveuses présentent une couleur d’un blanc mat, tandis que dans tous les cas où des cellules nerveuses viennent s'y mélanger, la teinte passe au gris-rougeätre, à cause du mélange et aussi en raison de la richesse vasæulaire plus grande : de 1à, tout simplement, la division en substance cérébrale blanche et en substance grise. Cette dernière a encore élé désignée sous le non de Âirn-Mantel (manteau du cerveau), en partie parce qu'elle enveloppe l'organe à la façon d’un manteau, en partie à cause de sa disposition particulière en forme de plis. Grâce à cette disposition, la substance grise qui pénètre uniformément dans les anfractuosités séparant les circonvolutions, acquiert un volume douze fois plus considérable au moins, sans que Îs tête ou la voûte cränienne aıent à se développer d’une façon difforme ou démesurée en raison de cette expansion.

Cette écorce cérébrale constitue positivement, comme on l'a déjà dit, la partie de l’organe qui est le siège des plus hautes activités de l’âme ou de l'esprit, telles que la pensée, l'imagination, la conscience, la sensibilité consciente et la volonté : la substance blanche sous-jacente joue le rôle d’un simple organe conducteur, et les tlois de substance grise situés à l’intérieur et au centre du cerveau ne sont que des centres d'action pour les phénomènes nerveux qui s’accomplissent dans cef organe, en tant qu'il préside au système nerveux tout entier. »

Maintenant, si le cerveau de l’homme surpasse de beaucoup sous le rapport de la masse, au point de vue absolu aussi bien que relatif, celui de tous les animaux (à part les quelques exceptions déjà discutées), cette supériorité éclate encore bien mieux lorsque l’on considère l'arrangement de ses parties, surtout le

uéveloppement et ls conformation de la substance grise ef de ses ‚eirconvolutions ; pour ce qui concerne l'étendue de ces dernières, leur profondeur, leur nombre, leur variété, l'irrégularité de leur disposition, il n'y a pas, dans tout le reste de la série animale, de cerveau qui puisse entrer en ligne de comparaison, à l'exception peut-être de celui des grands singes dits anthropoïdes, qui pré sente d’ailleurs d’autres lacunes considérables. Et plus on descend dans la série, plus les circonvolutions s’effacent et avec une étonnante rapidité. C’est ainsi que la surface du cerveau est tout à fait lisse chez les Poissons et les Amphibies, presque lisse et sans circonvolutions chez les Oiseaux. De même chez les Mammifères les plus inférieurs, elle est unie ou ne présente que des traces de circonvolutions; celles-ci ne prennent un développement plus considérable que chez le Singe, l’Eléphant, le Dauphin, le Chien, les Carnassiers et les Ruminants. Par contre, | le cerveau des Abeilles et des Fourmis est très riche en circonvolutions. | On constate exactement les mêmes rapports entre les différents cerveaux humains que celui qui existe entre le cerveau de l’homme d'une part et celui des animaux de l’autre, au point de vue des circonvolutions et de l’augmentation de surface qui en est la conséquence : là également, des faits innombrables prouvent que le développement des facultés intellectuelles va de pai avec celui des circonvolutions et de la substance grise. Et cel s'applique non seulement aux races humaines ou aux peuples, mais encore aux individus. Nous possédons sur ce point un travail très consciencieux du docteur Hermann Wagner (1) d'où il résulte d’une façon indubitable que l'étendue de la surface du cerveau croît avec l'intelligence. Par contre, la surface totale du . cerveau d’un Orang-outang mesurée par Wagner ne représentail ‚que le quart de la surface moyenne du cerveau humain, tandis que le cerveau d’un manœuvre avait 50 pouces carrés de moins que celui de deux savants. Le cerveau du grand Beethoven, l'illustre compositeur, présentait, d’après le compte rendu de l’autopsie par le docteur J. Wagner, des circonvolutions une fois plus nombreuses et plus développées que dans les cas ordinaires. Inversement, Longet a constaté que chez les idiots (ou iu.béciles

(1) H. Waanza. Maassbesiimmungen der Oberfläche des grosn Gehirns. 1864, |

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de naissance) la profondeur des circonvolutions et l'épaisseur de : la couche corticale grise sont moindres que chez les individus sains. De même l’enfant, malgré le développement considérable de sun cerveau relativement à sa taille, ne présente que des circonvolutions imparfaites, et celles-ci ne se développent qu’à une certaine période de la vie. Elles ne sont pas visibles avant les derniers mois de la grossesse ; jusque là, le cerveau de l’embryon humain est aussi lisse que celui des vertébrés inférieurs.

Du reste, on commettrait une grave erreur si l'on voulait se baser uniquement, pour apprécier la puissance intellectuelle d’un cerveau, sur les considérations précédentes, c’est à dire sur son volume et sur la richesse de ses circonvolutions : il faut attacher . plus d'importance encore à sa structure et à sa composition chimique — de sorte que pour un, cerveau déterminé, les imperfections dans un certain ordre peuvent très bien être compensées par des qualités prééminentes dans un autre. En particulier, les travaux des anatomistes qui se sont occupés du cerveau, travaux arrivant tous aux mêmes conclusions, ne permettent guère de douter que la densité de la masse cérébrale ne joue un rôle considérable, le cerveau des individus intelligents étant plus dense, plus compact que celui des sots ou pauvres d'esprit. De même, dans les races humaines plus élevées et plus civilisées, le cerveau est plus dense, plus compact et plus ferme que chez les races inférieures ou sauvages. On sait combien le cerveau de l’enfant, en raison de la quantité d’eau qu’il renferme, diffère par sa consistance molle et lâche de celui de l'adulte. Les particularités microsopiques du cerveau, la striation, insignifiante au début, la differentiation des substances grise et blanche, la richesse vasculaire, les anfractuosités, etc., tout n'apparaît qu'avec le temps et au fur et à mesure du développemer le l'intelligence. De la même façon, à mesure que les facultés intellectuelles diminuent par les progrès de l’âge, le cerveau et surtout la subsiance grise deviennent plus riches en eau et se rapprochent de l’état qu’ils présentaient che: l'enfant. En général, le cerveau des vieilles gens s’atrophie, se ratatine; entre les circonvolutions autrefois juxtaposées se 1orment des cavités qui se remplissent d’eau ; on voil la substance cérébrale devenir plus visqueuse, la teinte plus grisâtre, la richesse vasculaire moindre, les circonvolutions plus resserrées. Anres avoir augmenté, et d’une façon très brusque, jusqu’à 25 ans, et atteiné

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son maximum entre 40 et 50, le poida du cerveau sommence à diminuer. C’est un fait bien connu que l'intelligence, exactement en harmonie avec ces faits, se développe d'abord avec les snnées, puis diminue ensuite avec elles. « Le plus grand penseur du siècle, dit Tuttle, peut perdre en une heure toute son intelligence, s’il tombe malade, et lorsque le poids des années se fait sentir, il redevient enfant, aussi gauche, aussi niais que la première fois. En même temps que le corps s’affaisse, la raison se tarıt, el avec le dernier souffle elle paratt s’éteindre aussi, semblable à une lampe qui manque d’huile et dont la lueur va en ‘ s’affaiblissant ». Tout au contraire, si l'esprit était indépendant du corps comme tant de gens le prétendent, les facultés intellectuelles devraient augmenter d'autant plus que le corps est plus près de sa destruction.

wer;

L'âme est avec le corps engendrée, et tous deux Nous les sentons, d'accord, croître et devenir vienx (1).

L’épaisseur relative de la souche de substance grise ou corticale, si variable chez l’homme et chez les animaux, joue un rôle considérable au point de vue de la puissance intellectuelle du cerveau, comme on l'imagine aisément d'après ca qui vient d’être dit, Ainsi le docteur J, Jessen (2) ayant trouvé, à son grand étonnement, sur le cerveau d’une idiote de 23 ans, nommée Nasmer, un système très riche et très somplet de circanvolutions, eut très vite le mot de l'énigme lorsque l'examen de la structure intime de l'organe lui eût appris que, par suite d’un procesans morbide remontant vraisamblablement à Ja première enfance, la substance grise, atrophiée, s'était réduite à une couche extrémement minces, Il résulte aussi des recherches de Jessen, que le développement imparfait de la substance corticale sous le rapport de la surface, en raison de l'étroitesse de la cavité crânienne dans certains cas, peut être compensé par un développement plus considérable dans le sens de l'épaisseur, Cela seul, — en dehors de tant d'autres éléments de compensation — suffirait à naus expliquer comment un cerveau relativement petit peut surpasser au point de vue de

(1) Luenñen, NI, w. 440.447, (2) I. Izasen. Untersuchungen über dia Beaishung zwischen. Grass kirn und Geistesstörung. Archiv für Psychiatrie, 4875, t, V, 8° fase

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la puissance intellectuelle un cerveau relativement plus gros, de même qu'un petit nez, su point de vue de l’odorat, peut l’emporter sur un grand, Vraisemblablement, cela read compte aussi — en partie, au moins — de l’activité de quelques cerveaux relalivement petits et d’une structure moins parfaite chez certains animaux, par exemple chez le chien. |

Il faut s'ationdre à des conséquences tout à fait semblables relativement aux différences dans la composition chimique du cerveau, sur lesquelles nous n'avons d'ailleurs que très peu de données précises. On sait toutefois que le cerveau des enfants, des vieillards et des animaux, comparé à celui de l’homme adulte, renferme (très peu de cette matière grasse phosphorée, particuliöre, qui joue un gi grand rôle dans la composition chimique des centres nerveux et se montre d'autant plus abondante que l'animal ou l’homme occupe un rang plus élevé dans la hiérarchie intellectuelle, Il résulte en particulier des nouvelles racherches de Borsarelli, que la proportion du phosphore dans le çerveau est plus considérable qu'on ne l'avait cru jusqu'ici et que, de tous les organes du corps, c'est celui qui en renferme le plus; ans], il en contient deux fois autant que le tissu musculaire’; d'où la richesse énorme des cendres du cerveau en acide phasphorique ef an phosphates alcelins, Ces faits sa trouvent confirmés . ou complétés par les recherches du docteur H. Ryssson, qui 3 moniré qu'un travail intellectuel énergique provoque l’apparition dans les grinss d’une quantité considérable de phasphates et de sulfates slcalins, et aussi par les travaux du docteur Lhéritier, étsblissant que la quantité du phosphore est diminuée presque de moitié dans le cerveau des vieillards et des idiots, ainsi ramené à l’état dans lequel il se trouve chez l'enfant. Il n’est pas douteux, d’après oela, que le phosphore ne joue dans ls cervesu un le considérable, et on peut en inférer l’existence d'un rapport bien déterminé entre cette substance et le travail intellectuel. On voit aussi par lè que les glameurs soulevées dans le temps par la proposition bien cosnue de Moleschott : « sans phosphore point de pensée | » ne démontrent que ie défaut de eulture scientifique ti l'ignorance de ces aboyeurs. Enfin de ces données résulte ce fait important, que tous les aliments renfermant du phosphors sous forme de lécithine (un des principes immédiats du cerveau) sont particulièrement propres à réparer les pertes de substance dues au travail intellectuel, et que la puissance d’un alimens au

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point de vue de la tonification des nerfs est proportionnelle à La richesse en phosphore de ces principes immédiats azotés.

En tenant compte de tous ces faits, on aperçoit clairement que pour l'appréciation de la puissance intellectuelle d'un %erveau, il faut faire intervenir non seulement son volume absolu ou relatif, sa masse ou son poids, mais encore tout un ensemble de conditions morphologiques, histologiques, chimiques et physiques, dont l'évaluation exacte est extr&mement difficile dans chaque cas particulier. 11 faut, de plus, avoir égard à un autre fait de le plus grande valeur, qu’on a coutume de négliger plus ou moins complètement dans l'examen de cette importante question : nous voulons parler de la puissante influence exercée par l'éducation, l’exercice et la culture sur les facultés de organe de l'âme. Cette influence est si considérable qu’un homme muni d’un cerveau relativement petit ou mal conformé et doué d’ailleurs de peu de dispositions, mais qui aura pris soin de les cultiver assidüment, paraîtra plus intelligent qu’un autre individu au cerveau bien conformé et doué d’aptitudes nombreuses qu’il aura négligé de mettre à profit et de cultiver. Le fait doit parattre, d’ailleurs, d'autant moins surprenant que nous avons l'occasion de l’observer sur d’autres organes qui manifestent souvent des aptitudes très diverses, sans que cette diversité corresponde à des différences anatomiques : on peut citer comme exemple les muscles, le larynx et la main. Un cerveau non exercé, quelque volumineux et bien conformé qu'il soit, ne peut pas plus accomplir un travail intellectuel remarquable qu’une main non exercée n’est capable d'exécuter un travail délicat ou exigeant une certaine habileté. On peut comparer un grand cerveau à une grande maison avec beaucoup de chambres et dans laquelle beaucoup de gens pourraient loger. Mais il ne s’en suit pas qu’elle. soit tou. jours habitée par tant de monde; tandis qu’une petite maison peut très bien être pleine de locataires.

D'autre part, il n’est pas douteux que le cerveau, tout comme la main ou le larynx de l’arliste, ne se perfectionne pm l’usage et l'exercice, tandis que la puissance de ses facultés augmente Tous les anatomistes qui ont eu l’occasion d'examiner souvent des cerveaux humains, sont d'accord pour affirmer qu’ils ont toujours trouvé le cerveau des savants, des penseurs, des poètes et, en général celui de tous les gens ayant beaucoup travaillé intellectuellement, plus dense, plus ferme, plus riche en circonvo:

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