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que l'autre fonctionne pour celui qui est malade. Il faut considerer comme des fables toutes les histoires d'individus ayant conservé leur intelligence intacte” avec une destruction ou une lésion des deux hémisphères cérébraux. .L’inflammation du cerveau amène la folie et le délire ; un epanchement, la stupeur et la perte de connaissance complète ; une pression continue, l’affaiblissement de l'intelligence et l'imbécillité, etc. Qui n’a eu l’occasion de contempler le triste spectacle d’un enfant atteint d’hydroc&phale? Les aliénés ont toujours le cerveau malade, qu’il s’agisse d’une lésion primitive de l'organe ou d’une action réflexe consécutive à l'état morbide d’autrés organes ; l'immense majorité des médecins aliénistes reconnaissent aujourd’hvi que toutes les affections psychiques, tous les troubles de l'intelligence sont déterminés par une altération matérielle des organes, principalement du cerveau, ou sont en rapport avec une telle altération, quand bien même celle-ci n’aurait pas été constatée encore dans tous les cas, en raison de l'insuffisance de nos moyens d'exploration. Ceux même qui ne partagent pas complèternent cette manière de voir, sont contraints d’avouer qu'il n’y a pas de maladie mentale sans un trouble profond des fonctions du cerveau. Mais on ne peut concevoir l'existence de ces troubles fonrtionnels sans une lésion matérielle correspondante, qu’elle soit permanente, transitoire ou imperceptible, et ils conduisent toujours, pour peu qu'ils se prolongent, à une altératior. anatomique de la substance cérébrale. Gayet (4) cite le co, d’un homme de 28 ans chez lequel on vit se développer, sans autre cause qu'une violente frayeur, une affection cérébrale terminée par la mort après plusieurs mois de durée. L’autopsie révéla l'existence d’un ramollissement rouge extrémement ‘prononcé de différentes parties importantes du cerveau. De même des expériences faites sur les animaux (sur le lapin, par exemple), en pratiquant une ouverture à la voûte crânienne, ont montré qu’une frayeur subite produisait aussitôt le rélrécissement et la décoloration des vaisseaux de la pie-mère avec affaiblissement momentané du cerveau (2). D’après le docteur Wille, médecin aliéniste, les troubles de l'intelligence constituent toujours une affection nerveuse du cerveau, et c’est une loi constante « que les altéra-
(1) Garier. In Archives de Physiologie. 1875, p. 341-351. (2) Deutsches Archiv für klinische Medisin, t. XIV, 5° et 6° faso
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tions morbides de la subetanve grise ou corticale du csrvsau sont toujours accompagnées de phénomènes motbides dans la vie psychique, e’est à dire qu’elles entraînent à leur suite un état morbide de l'âme ». D'ailleurs, de simples troubles fonctionnels ou nutrilifs des éléments nerveux dus à l’anémie ou à l'hyperémie, aux ältérations du sang, à l'ivresse, aux narcotiques, à la mauvaise nourritur® ou au mauvais air, eîc., ete., peuvent avoir pour conséquence une maladie ou un désordre mental, sans qu'on découvre immédiatement dans le cerveau une altération anatomique notable. Au surplus, ces altérations sont souvent si délicates, comme on l’a déjà dit, qu'un examen microscopique des plus minutieux permet seul de les constater. C’est ainsi que le professeur Heschl (4) trouva des cellules nerveuses de la substance corticule ostifiées chez un mélancolique. Le docteur Leidesdotf (2) a observé deux eas de folie subite avec délire furieux survenus en pleine santé et rapidement mortels ; dans ces deux cas, l'examen microscopique fit reconnaître une prolifération considérable des noyaux à l'ntétieur et autour des cellules de la substance grise corticale, tandis qu'on ne découvrit rien d’essentiellement anormal dans le cerveau, à part une infiltration séreuse de la substance et de ses membranes.
La dégénérescence graisseuse et le ramollissement des mêmes éléments se rencontrent dans la démence paralytique ou folie accompagnée de phénomènes de paralysie générale, et dans laquelle les troubles intellectuels sont plus profonds que dans n’ithporte quelle autre affection cérébrale. Mais un dehors mêmé de toulê altération anatomique appréciable des cellules de la substance grise, il suffit que leur nutrition soit troublée par suite de désordres dans la circulation ou par l'induration du tissu connectif ambiant, pour qu'il en résulte les troubles intellectuels les plus violents et môme la folis incurable.
Pour peu qu’on soit doué de l'esprit scientifique et que l'on accorde quelque valeur aux faits,on sefa de l'avis du oélèbre aliéniste Griesinger, déclarant dans le discours prononcé à l'ouveriure de la clinique des maladies mentales, à Zurich (1863), que
(1) AzscaL. In Oecsterreiohisohe Zeitschrift für praktische Heilkunde Vienne, 1862.
4 AN Leipseponr. In Allgemeine Wiener Medisin Zeitung. Vienne,
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les affections mentales ne sont rien autre chose que « les symptômes de désordres survenus dans le cerveau et dans les nerfs ».
Que l’on réfléchisse également au fait bien connu et malheureusement si fréquent, de l’hérédité des maladies mentales, hérédité manifestement consécutive à une altération matérielle du germe et à la localisation de cette altération sur le cerveau ou le système nerveux du nouvel être.
Des traumatismes, des lésions du cerveau produisdnt souvent des phénomènes psychiques surprenants. C’est ainsi qu'on rapporte comme un fait authentique, qu’à l'hôpital Saint-Thomas, à Londres, un homme grièvement blessé à La tôte se mit à parler un langage étranger. C'était sa langue maternelle, celle du pays de Galles qu’il avait autrefois parlée, mais qu'il avait oubliée à la suite d’un séjour de trente ans à Londres. En revanche, il avait oublié son anglais. Le même cas se présenta pour un allemand devenu citoyen américain et mort secrétaire de la trésorerie de l'Union, et qui, à la suite d’une chute de cheval, s’était fait une fracture du crâne avec lésion du cerveau. Il oublia sur le coup l'anglais et le français (il était marié avec une Française) et, jusqu’à sa mort, survenue peu de temps après la chute, il ne parla plus qu’allemand. — Un peintre de Paris, Victor X., étant tombé du balcon d’une maison, il s’ensuivit une commotion cérébrale. À partir de ce moment, il oublia le nom de ses amis et celui des membres de sa famille ; il ne se rappelait que certaines lettres de ces noms. — Le 13 septembre 1848, à Cavendish en Amérique, un ouvrier nommé Phineas Gage fu: Slessé dans l'explosion prématurée d’une mine par une tige de fer qui lui traversa la tête et détruisit une grande partie de l'hémisphère cérébral gauche. Il se rétablit au bout d’un temps très long; mais son intelligence et son caractère en furent altérés à un te point que ses amis disaient de lui « qu’il n’était plus Gage». En particulier, l'équilibre entre ses facultés intellectuelles et les penchants qui rappellent davantage l’animalité était complètement rompu. Il ebandonna son emploi, se mit à vagabonder et mourut douze ans st demi après l’accident ; son crâne se trouve, avec la tige de fer, dans le musée anatomique de « Harvard-Uni-
versity ». (4). |
(1) V. les rublicatiens de La Socidté médicales du Massachusets, p. 1868, t. IL ne 3, p. 330. |
" Le fait bien connu de certains aliénés qui rssouvrent la cons cience et, en partie, l’usage de la raison quelques instants avan la mort, a été souvent allégué à l’appui des théories spiritualiste touchant les rapports de l'âme et du cerveau. ll faut admettre at contraire, qu’à la suite d’une longue maladie et d’un épuisemen général, le cerveau se trouve débarrassé, aux approches de Is mort, des influences funestes, morbides de l’organisme, et ce fait fournit précisément une confirmation éclatante drenotre manière de voir. On a cherché aussi à donner une explication physiologique de ce phénomène, en supposant que dans les cas de ce genre il n’y avait qu'une moitié du cerveau de malade, l’autre demeurant saine et se trouvant affectée, de temps en temps, symp2thiquement ; comme, lorsqu'on se foule un doigt, on ressent quelquefois une douleur au doigt correspondant de l’autre main. La lésion du cerveau entraîne-t-elle la terminaison fatale, la moitié de l'organe qui est depuis plus longtemps et plus gravement malade, meurt naturellement la première, tandis que l’autre moitié, qui ne souffrait que sympathiquement, se trouve délivrée de l’influence morbide, et le malade redevient conscient jusqu’à l'heure où cette moitié meurt à son tour. “ |
‘Du reste, les faits que la pathologie fournit à l'appui de oetta proposition — l'identité ou la connexion nécessaire entre l’âme et le cerveau, — sont tellement nombreux qu’on en remplirait des volumes et même des bibliothèques : l'expérience de chaque jour et l’Abservation la plus élémentaire permettent même de les
constater, pour la plus grande partie. Aussi leur importance n’at-elle jamais été méconnue par les penseurs. « Si le sang circule avec trop de véhémence dans le cerveau, — dit Frédéric le Grand dans une lettre à Voltaire de l’année 1775, — comme chez les jvrognes ou dans les fièvres chaudes, il confond, il bouleverse les idées ; si quelque légère obstruction se forme dans les nerfs du cerveau, elle occasionne la folie ; si une goutte d’eeu se dilate dans le crâne, la perte de la mémoire s’ensuit; si enfin une | goutte de sang extravasé presse le cerveau et les nerfs de l'entendement, voilà la cause de l’apoplexie. » % |
Si l’âme, comme l’affirment les spiritualistes, est une entité indépendante, existant par elle-même, qui gouverne la matière ou sn tire parti, pourquoi se défend-elle si mal contre ces | chocs matériels ou ne peut-elle leur résister ? Pourquoi abdique t-elle, pourquoi se replie-t-elle en présence d’un coup sur la tête
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| de quelques gouttes de sang qui s’infiltrent dans la substances
cerveau,” devant un coup de soleil, devant quelque‘ inhations de chloroforme ou quelques gouttes d’opium, d'aside ussique.ou de quelque autre poison ?
.. Quand du vin la troublante liqueur Dans nos veines répand sa dévorante ardeur, Tout le corps s’alourdit, l’allure devient vague, La langue s’Epaissit, et notre esprit divague ; On a les yeux noyés, le hoquet, on se bat, Et l'ivresse à la fin, abruti, vous abat :
Pourquoi donc ? si ce n’est que le brûlant liquide Va troubler l’âme même au fond du corps livide (4).
Mais en voilà assez sur ce chapitre! Toute l'anthropologie, 14 science de l’homme toute entière n’est qu’une preuve continuelle en faveur de l’unité de l’idée d’âme et de cerveau : et tout le verbiage des psychologues en faveur de l’existence distincte de l’esprit considéré comme indépendant de sou substratum matériel, est adsolumeni sans valeur en présence de l'autorité des faits. « Je ne calomnie pas les spiritualisies, dit J. C. Fischer, en affirmant que leurs déductions, prises ensemble ou séparément, ne sont que de pitoyables fantaisies, et qu’ils parlent uniquement pour affirmer l'impuissance où ils sont de fournir une démonsiretion positive. Et cette impuissance durera aussi longtemps au’ils continueront à rouler métaphysiquement leur rocher de Sisyphe au lieu de recourir à la méthode expérimentale et positive des sciences naturelles », etc.
On a cru trouver un argument décisif contre la conception matérialiste ou moniste des rapports de l’Ame et du cerveau, en faisant valoir la simplicité de structure de l’organe de la pensé. Le cerveau, a-t-on dit, constitue dans sa plus grande partie une masse molle, homogène, qui ne se distingue ni par la complication de sa texture ou de sa forme, ni par des caractères spéciaux au point de vue de sa composition chimique: Comment done cette substance uniforme et simple pourrait-elle être la base et l’origine de ce mécanisme si délicat et si compliqué, que nous présente l’âme de l’homme ou celle des animaux ? Des forces ou des activités complexes supposent des substances ou des combinaisons
GYEvonkcz. II. v. 475-15£ 1 x À Lefèvre.
de suhstanees complexes. La connexion est donc manifestement plutôt imparfaite et accidentelle que nécessaire : l'âme existe par elle-même, indépendamment de toute substance terrestre, et ne se trouve liée qu’accidentellement et pour un temps très court à cet ensemble matériel que nous appelons cerveau.
Toute cette argumentation, qui peut paraître décisive aux yeux des gens du monde, étrangers aux questions scientifiques, repose essentiellement sur des prémisses ou des hypothèses fausses. Le cerveau n’est pas un organe simple; il est, au contraire, aussi
compliqué dans sa composition que varié dans sa conformation et délicat dans sa texture, à oe point que nous ne connaissons dans le monde organique aucune formetion qui puisse, même de loin, entrer en ligne de comperaison avec lui, « Aux yeux de l'observateur superficiel, dit H. Tuttle, le cerveau apparaît simplement comme une masse homogène ; un examen plus approfondi nous révèle l'extrême délicatesse et la perfection de sa texture ». | |
Pour ce qui regarde cette texture au point de vue macroscopique, l'anatomie du cerveau nous dévoile à l’œil nu l'existence d’une foule de parties merveilleusement conformées et entrelacées, dont le rôle physiologique est encore, ou peu s’en faut, une &ugme, et à la surface une série de replis irréguliers, profondément découpés et déjà décrits ailleurs, dans lesquels les deux substances du cerveau, la grise et la blanche se mettent en rapport par des points de contact aussi multipliés que possible, et dont la constitution exacte, la configuration et le nombre” trouvent dans un rapport constant, comme nous l'avons va, avec les facultés intellectuelles. Les noms Lizarres et si nombreux que l’on a donnés aux différentes parties du cerveau montrent assez
à quelle multiplicité, à quelle étrangeté de formes on a affaire.
« Nous trouvons dans le cerveau, dit le professeur Huschke dans son célèbre ouvrage « Crâne, cerveau et Ame de l'homme », — des montagnes et des vallées, des ponts et des aqueducs, des
piliers et des voûtes, des viroles et des crochets, des griffes et des
ammonites, des arbres et des gerbes, des lyres et des cordes, etc.
Personne n’a jamais deviné la signification de ces formes singu-
lières ». Si nous essayons, sous ce rapport, de comparer le oerveau aux autres organes, la comparaison leur est tellement défavorable qu’il ne peut même pas être question d’y insister. On arrive au même résultat quand on établit la comparaison au point
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