‹ Force et matièreChapitre 42 sur 66 · CERVEAU ET AME · texte numérisé non relu

CERVEAU ET AME

de vue de la richesse vasculaire. C’est un fait d'expérience, que le cerveau est, de tous les organes du corps, comme on l’a déjà dit, celui qui reçoit du cœur la quantité de sang de beaucoup la plus grande et dans lequel, par conséquent, la nutrition s’effectue de la façon la plus rapide et la plus énergique. De fait, lexpérience à démontré que c’est l’organe qui possède la température la plus élevée, et que peut-être le tiers des processus d’oxydation de l’organisme entier sert à alimenter la flamme qui brûle sans cesse dans le cerveau. D'une façon analogue, la conformation anatomique et la disposition des vaisseaux sanguins et des gros sinus de l’intérieur du crâne sont telles qu’on n’observe rien de semblable dans aucune autre partie du corps ; et si considérable est l’afflux du sang dans le cerveau, qu’une section transversale de tous les vaisseaux sanguins du cou présente, dans l'ensemble, une surface trois fois plus considérable que la section des gros troncs sanguins de la cuisse, bien que celle-ci soit beaucoup plus volumineuse et qu’elle contienne l'ensemble des vaisseaux destinés à la jambe. Et parmi les différentes parties du cerveau, la substance grise présente le réseau vasculaire le plus riche parce qu’elle est le siège des phénomènes psychiques, qui semblent réclamer pour leur réalisation la nutrition la plus rapide et les processus d'oxydation les plus intenses. C’est pourquoi un désordre quelconque survenu dans l’action réciproque et nécessaire qui s’exerce entre le sang et la substance cérébrale, est accompagné d’un désordre de la conscience ou des diverses ‘acultés intelleetuelles. |

Bien plus importants encore et plus difficiles à résoudre que les problèmes étudiés par l'examen dü cerveau à l’eil nu, sont ceux qui se présentent à l’examen microscopique. Tout d’abord nous savons que le cerveau, loin de constituer une masse simple et uniforme comme l’affirment des gens étrangers à la science, se compose, comme le système nerveux en général, en partie de fibres nerveuses primitives ou tubes nerveux, extrèmement ténus et en nombre infini, en partie d'une quantité innombrable aussi de cellules nerveuses appelées encore cellules ou globules ganglionnaires. Les premiers, — dont on ne compile pas moins de 1,600 dans un nerf d’une demi-ligne d'épaisseur à peine et dont le nombre total pour l'organisme est évalué à 600 ou 4,000 millions, — sont de petits cylindres transparents, extrêmement fins et délicats, renfermant un contenu huileux et coagulable, la sub-

stance médullaire, qui se décompose lui-même en deux couch® concentriques et chimiquement différentes, à savoir, le cylindreaxe (cylinder axis) au centre, entouré d’une enveloppe ou gains médullaire. Les cellules nerveuses ou globules ganglionnaires, le second élément histologique de la substance nerveuse, et que l’on trouve surtout en nombre considérable dans la substance grise du cerveau et de la moëlle (on n’en compte pas moins de 500 à 1,000 millions dans la substance corlicale du cerveau), rtcoivent les impressions du monde extérieur transmises par les fibres, les élaborent et les transforment en actes de la pensée ou de la volonté ; elles présentent dans leur conformation des difiérences” nombreuses et très particulières et ne constituent pas moins de cinq à sept couches dans la substance corticale dont elles forment la principale partie, chaque couche se distinguant par la forme spéciale de ses cellules. II faut citer comme parliculiérement remarquable, d’après les travaux du professeur W. Betz, de Kieff (4), la disposition de la troisième couche, celle des cellules pyramidales. Le même savant prétend avoir reconnu que presque toutes les petites portions de la surface du cerveau, sans qu'il y ait d’ailleurs de limites précises, présentent chacune une texture particulière, ce qui concorderait parfaitement avec les recherches bien connues des derniers travailleurs (Ferrier, Hitzig, Fritsch. Nodnagel, etc.) sur les « centres de mouvement » de ls surface du cerveau.

Quant au rapport entre les cellules nerveuses et les fibres nerveuses primitives, ces deux éléments sont reliés entre eux de telle sorte que chaque nerf se termine dans une celluis, et que de chaque cellule partent plusieurs fibres (deux au meins), qui ® distribuent avec les nerfs dans tout le corps ou rattachent ‘entre elles les différentes cellules. Les nerfs ou les tubes nerveux peuvent très bien être comparés aux fils du télégraphe qui apportent et transmettent alternativement les nouvelles, tandis que les cellules nerveuses jouent le rôle de l’appareil électrique qui regoit et communique les impressions venues du dehors ou transmet au loin ses propres dépêches.

C'est dans ces cellules nerveuses ou globules ganglionnaires qu'il faut chercher le siège propre ou l’élément anatomique de

(1) W. Burz. Centralblatt der med. Wissenschaften, 1861, nés 14-18.

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nos prosessus infellectuels et moraux, et on ne peut guere douter que la diversité de leur conformation intérieure et extérieure et de leur disposiion ne soit dans un rapport constant avec la diversité de ces processus. Vraisemblablement, il y a des cellules particulières pour la sensibilité, le mouvement, la nutrition, les phénomènes réflexes, comme cela existe pour les nerfs ; mais de plus, il doit y en avoir pour les divers modes les plus élevés de l’activité intellectuelle, tels que la raison, l'imagination, la mémoire, la notion des nombres, de l’espace, le goût de la musique, le sens du beau, etc., etc., — bien que l’anatomie n’ait pas été encore en mesure de nous les faire connattre, en raison de l’imperfection des moyens dont elle dispose. Si l’on réfléchit au nombre prodigieux des cellules nerveuses dans la substance corticale du cerveau humain (X00 à 1.000 miilions), cellules qui donnent naissance à un nombre de fibres nerveuses de cinq à dix fois plus considérable, établissent des communications entre elles ou avec le monde extérieur, — On reconnaitre que ces chiffres ouvrent un champ plus que suffisant à l’imagination la plus audacieuse, pour y chercher et y découvrir le substratum anatomique de tous les processus psychiques et de tous les phénomènes nerveux imaginables. Eu éveluant à 200.000 le nombre des idées que notre cerveau contient ou peut cont:nir — ce qui est évidemment exagéré, étant donné que la langue la plus riche possède 15.000 mots au plus, qu’il ya très peu d'idées sans un mot correspondant, et qu'en attribuant à chaque idée quatre ou cinq formes différentes nous ne dépassons pas le chiffre de cent mille, — on verrait qu'à chaque idée correspondent encore un nombre de cellules variant entre 2.500 et 5.006 et un chiffre de tubes ou de conducteurs nerveux allant de 10.000 à 50.000, en supposant ces idées uniformément réparties sur la totalité de la substance grise des hémisphères cérébraux. Comme il n’en est certainement pas ainsi, il est clair que, quelle que soil l’exubérance de notre vie intellectuelle, le nombre des éléments nerveux qui lui sont affectés dépasse de beaucoup les besoins, et qu’il y a dans le cerveau une quantité prodigieuse de places vides ou non utilisées, dont il-est iinpossible de prévoir l'usage. Dans tous les cas, la constitution anatomique du cerveau permet d’entrevoir la possibilité d’une vie intellectuel-e beaucoup plus développée que celle qui est aciuerlement le privilège de l'esprit humain, et ainsi s’ouvre devant le partisan enjhousiaste du progrès ou de la théorie de l’évolution, un vaste

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champ pour la réalisation de ses espérances les plus audacieuses touchant le rôle du genr- humain dans l’avenir.

Si l’on ajoute à tout cela que la composition chimique du cerveau, loip d'être aussi simple qu’on le croyait autrefois nous présente à considérer des corps tout à fait particuliers tels que la cérébrine et la lécithine et qu’on observe entre les diverses parties de. la masse cérébrale des différences notables au point de vue de la constitution chimique, — on sera forcé de reconnaître que l’on ne peut fonder sur les caractères physiques du cerveau, au triple point de vue morphologique, histologique ou chimique, une argumentation sérieuse contre la conception matérialiste ou moniste des rapports existant entre cet organe et l'âme. - Mais quand bien même le cerveau ne serait pas cet appareil merveilleux que nous avons appris à connaître, quand bien même la simplicité de sa structure semblerait en contradiction avec la ‘nature de ses fonctions, nous pourrions encore nous tranquiiliser, Nous savons, en effet, par des exemples innombrables, que la nature n'est pas embarrassée pour produire à laide des moyens les plus simples et les plus insignifiants, les effets los plus considérables et les plus merveilleux, selon qu’elle modifie de telle ou telle façon la structure intime ou les mouvements de la matière infiniment petite et subtile. L'homme lui-mére est capable, à l'aide des moyens les plus grossiers, avec le métal’ brut ou en se servant de petites pièces de bois, de fabriquer des bottes à musique qui font entendre des airs variés, des montrés qui marquent l'heure, des machines qui tissent, tricotent, cousent, écrivent, courent avec plus de rapidité que l'animal le plus agile. Nous n'y voyons rien de surprenant. Mais qu’on suppose à notre place un sauvage ou un homme n'ayant jamais entendu parler de mécapique. Ne prendra-t-il pas ces machines pour des @tres vivants. se mouvant par leur impulsion propre ? Et un indigène borné de la Nouveile-Hollande ne pourrait-il pas, comme le dit Virchow, affirmer que ces machines ne peuvent étre rameñées à des conditions mécaniques, tout comme les spiritualistes affirment, sans plus de raison, que l’âme ne peut être la résultante de mouvements matériels? La comparaison pèche sans doute sous beaucoup de rapports et ne prouve rien; elle peut cependant nous mettre sur la voie, nous montrer comment il est possible que J’âme soit le produit de combinaisons matérielles. « La nature, dit le professeur Pflüger, travaille à l’aide d’atomes (infiniment

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petite) et peut, par conséquent, dans un très petit espace; fabri-

quer,utié machine qui exécute des millions de mélodies des plus variées, exactement appropriées aux innombrables besoins qui peuvent se présenter dans le cours de la vie ».

Que l'on songe ici aux activités étonnantes, dépassant tout ce qu’on peut imaginer, de la semence de l’homme ou des animaux, dont il a’été déjà question dans un chapitre précédent : que l’on se rappelle qu'une seule cellule organique, si petite qu'on ne peut l’apercevoir sas le secours du microscope, est capable en vertu des énergies transmises par les parents, de déterminer dans une certaine mesure et pour la durée de toute une vie, la nature physique et morale de l'être engendré ! Et ce que cette simple cellule a pu faire, pourquoi des milliards d'éléments semblables ou analogues, merveilleusement disposés et unis entre eux, ne pourraienfils pas l’accomplir, quoique d'une façon différente ? « Ces faits, dit très bien le professeur Haeckel (1) nous donnent une idée de 1a délicatesse inouie de la matière organique, ainsi que de la complexité infinie du mouvement moléculaire de:4 elle est le siège, phénomènes que la puissance d'observation d« 08 sens, pas plus que la puissance de notre intelligence ne nous permettent aujourd'hui d'apprécier à feur juste valeur ». |

Du reste, il importe assez peu, pour le but de ces études, de savoir s’il est possible, et comment il est possible, de se faire une idéé de la façon dont les phénomènes psychiques résultent de combinaisons matérielles ou d'activités de la substance cérébrale. Il suffit d’avoir démontré par des faits la connexion nécessaire, indestructible et régulière de l'âme et du cerveau. Il suffit de savoir que des mouvements matériels agissent sur l’intelligence par l'intermédiaire des organes des sens et y suscitent des mouvements, et que ces derniers en déterminent d’autres dans les nerfs et dans les muscles — relation qui n’est possible que dans le cas d’une connexion nécessaire entre l’esprit et la matière, entre le cervéau et l'âme. Il est oiseux d’objecter que cela ne peut pas être parce que cela ne s’explique pas; car, le plus souvent nous constatons l'existence d’un phénomène avant d’avoir pu nous faire une idée des causes de sa manifestation.

Les philosophes et: les psychologues spiritualistes, qui eonsi- derent l'âme comme une substance imdépendaate, existant par plle-

(4) E. Hasoxsz. Morpholsgie pésérale des orpanbornes, 1008

même et unie au corps seulement pour un temps déterminé, ent essayé de réfuter ces faits de diverses manières, mais toujaurs, à ce qu'il nous semble, sans le moindre succès. Tantôt ils se mettent en contradiction avec les faits ou avec eux-mêmes, tantôt ils essaient d’obscurcir la question, ou bien ils inventent pour le besoin de leur cause des théories fantaisistes plus propres à leur attirer la compassion que des répliques. Ils sont absolument hors d’état de démontrer la possibilité pour un être purement spirituel ou immatériel, suivant l’idée qu’ils se font de l’âme, de s’unir à la matière d’une façon quelconque, d'agir sur elle ou d’en subir l'influence réciproque. On ne concilie pas ce qui est absolument inconciliable, et pourtant, ils nous montrent toujours le «erveau et l'âme, le corps et l'esprit confondus dans une union effective et absolue. « Comment une chose étendue,

non pensante, tel que le corps humain, dit David Strauss (1) peut-elle iransmettre des impressions à une chose pensante, non étendue, telle qu'on nous représente l'âme, — comment des impulsions peuvent-elles être communiquées de cette chose à la première — et en somme comment peut-il y avoir quoi que ce soit de commun entre elles deux ? — Voilà ce qui n’a pu encore être expliqué par aucune philosophie et voilà ce qui ne le sera jamais ».

Aussi les spiritualistes voient-ils encore leur dernière ressource leur faire défaut : nous voulons parler de la « Théorie du clavecin », d'après laquelle l'âme se comporterait vis-à-vis du cerveau comme un joueur de piano vis-à-vis de son instrument. Un piano qui grandirait en même temps que celui qui s’en sert, qui serait susceptible de vivre, de dormir, de dépérir et de: tomber malade ou qui, en perdant l'accord, rendrait, l'artiste incapable de raisonner ou contmuerait d’exécuter des mélodies incohérentes une fois que celui-ci se serait retiré : un piano incapable de se conserver autrement que par la nutrition la plus active et par une succession régulière de périodes d’activité et de repos, serait bien la chose la plus étrange du monde — sans parler de tant d'autres impossibilités qui rendent la théorie inacceptable. Pour rester dans la logique de cette comparaison grotesque, il faudrait accorder le même privilège à tous les autres organes et

(4) D. F. Srauuss, L'ancienne et la nouvelle foi, Tr. +. de Louis Narval, Paris.

CERVEAU ET AME m supposer l'existence d’une âme nerveuse pour les nerfs, d’une âme musculaire pour les muscles, d'une âme hépatique pour le foie, etc., — absurdités manifestes et sur lesquelles il ne vaut pas la peine d insister. Le mot « âme » n’est pas autre chse qu’un signe verbal collectif, une expression générale qui indique d’un seul can l’ensemble des activités du cerveau et de ses diverses parlies, exaciment comme le mot « respiration » est un signe collectif pour l’activité des organes respiratoires, et le mot « Digeslion » une expression analogue pour l’activité des organes digestifs.

Il est vrai que pour le cerveau, cet épanouissement ultime et si délicat des formes organiques terrestres, il s’agit de quelque chose de plus que de phénomènes respiratoires ou digestifs : il s’agit des combinaisons matérielles les plus élevées et en quelque sorte de la « spiritualisation » (Vergeistigung) de la matière, il sagıl de la vie et de la destinée de tout ce que l’homme a accompli de grand et de sublime sur la tèrre. Tout vient par lui, tout provient de lui. Il reçoit tout et restitue tout ce qu’il a reçu. Qui donc, après avoir considéré, ne fût-ce qu’un instant, les activités et les ressorts de cet organe le plus merveilleux de tous, dont si peu d’hammes, par malheur, savent se servir convenablement, qui done pourrait ne pas être de l'avis de Huschke, lorsqu’ il s'écrie : « Le cerveau est le temple de ce qui nous intéresse le plus au monde. Oui, la destinée du genre humain est étroitement liée aux 65 ou 70 pouces cubes de la masse cérébrale, et Fhisteire de l'humanité s'y trouve inserite comme dans un buse plem d' érog ph 2»

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LA PRNSÉS .

La proposition bien eonnue et tant décriée de Carl Vogt : «Mi ya le w4me rapport entre la pensée et le cerveau qu'entre la bile ex le foie ou qu'entre l'urine et les reins», nous a fourni Poscasion d'écrire oe chapitre. Cette proposition, du reste, arañ été formulée longtemps avant Vogt, et dans des termes à peu près identiques par le médecin philosophe français Cabanis : « Il faut considérer le cerveau, dit celui-ci, comme un organe particulier destiné spécialement à produire la pensée, de même que l'esinmac et les intestins à opérer la digestion, le foie à filtrer la bile », ete.

Nous ne pouvons nous empêcher de déclarer que cette comparaison m'est pas heureuse, sans vouloir pour cela fous associer en aucune manière au ori de réprobation unanime soulevé par cette proposition contre son auteur. L'examen le plus minutieux ne nous met pas en mesure de découvrir une analoyıa réelle entre la sécrétion de la bile ou de l’urine et le mode en vertu duquel la ronsée se forme dans le cerveau. L’urine et la bile sont des substances palpables, pondérables et visibles, et de plus, des matières excrémentielles que le corps rejette ; la pensée, au contraire, loin d’être une matière de cette nature, constitue une activit& ou un mouvement des substances ou des combinaisons de substances disposées dans le cerveau d’une façon déterminée. Le secret de la pensée ne réside pas dans les matériaux du cerveau considérés comme tels, mais dans le processus particulier de leur union et de leurs activités convergeant vers un même but au milieu des conditions anatomiques et physiologiques Aéterminées, que nous avons décrites précédemment. Donc, la pensée doit être considérée comme une forme particulière du mouvement général de la nature, propre à la substance des centres nerveux, comme

le mouvement de contraction des muscles est propre à La fibre

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museulaire et celui de la lumière à l’öther cosmique. La pensée n’est pas cependant la matière même; mais elle est matérielle en ce sens seulement qu’elle se présente comme la manifestation d’un substratum matériel auquel elle est aussi indissolublemen’ unie que la force l’est à la matière, autrement dit, comme le manifestalion particulière d’une substance particulière dont op ne peul pas plus la séparer qu'on ne peut séparer la chaleur, la lu mière et l'électricité de leur substratum. La pensée et l'étendus ne peuvent donc être considérées que comme les deux modalités d’une seule et même substance.

La pensée est une des formes du mouvement : c’est là un fait démontré nou seulement par la raison, mais encore par l’exp6 rience. Des observations précises, relatives à la rapidité du courant nerveux ont prouvé qu’elle est très peu considérable par rap port à certains autres mouvements, ce qui se vérifie aussi pour les processus psychiques qui s’accomplissent dans le cerveau et ne peuvent se réaliser sous l’aide des fibres nerveuses intermédiaires, reliant entre elles les cellules de la substance corticale. 1] résulte des recherches très ingénieuses, que la pensée la plus ra. pide que nous puissions imaginer, n’exige pas moins d’un buiième à un dixième de seconde pour se réaliser, et que cette durée augmente en proportion du retard apporté dans la rapidité de la perception ou de la réaction par cerlaings circonstanres, telles que l’inattention, la fatigue, l’inertie ou le désordre de l’acti’ité intellectuelle, etc. Il s'en suit nécessairement, comme l'a fait re marquer le professeur A. Herzen (1) que l'acte intellectuel s’accomplit dans l’intérieur d’une substance éténdue, complexe, of. frant de la résistance ; par conséquent un pareil acte n’est qu'une forme de mouvement, laquelle doit être liée, comme tous les phénomènes de transformation de l’organisme, à la production d’une certaine quantité de chaleur. Les expériences des physiologistes ont du reste prouvé que le nerf s'échauffe au moment précis où il entre en activité. Le professeur Schiff a fait voir également par toute une série d'expériences remarquables que la venue d’une impression dans le cerveau produit une élévation ! instantance de température ! Il s’en déduit aussi que l’activité in tellectuelle n’est que le rayonnement, au milieu des cellules de la substance corticale du mouvement engendré per les impres-

() A. Mancen. In Kosmes, an. 2810-1880, p. 207, sqg.

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sions extérieures. Car il n°y a pas de pensée sans une réalité sensible. L'activité intellectuelle tout entière repose sur la sensation, et sur la réaction du sujet qui la perçoit, contre l'extérieur. Il n'y a pas d'idées qui ne soient liées à des impressions actuelles ou antérieures, et c’est dans l’enchatnement de ces idées les unes aux autres par l'intermédiaire des fibres nerveuses que réside l'essence de l'activité intellectuelle. Les mots âme, espril, pensée, sensation, volonti, ne désignent nullement des entités, des choses réelles, mais sr slement des propriétés, des facultés, des fonctions de la substar.ce vivante ou des résultats basés sur les phénomènes concrets de {a réalité matérielle. Le grand défaut des écolés philosophiques consiste en ce qu’elles prouvent pour des choses réelles, pour des êtres véritables, des mots n’ayant, à vrai dire, qu'une signification et un sens conventionnels, et qu’ainsi elles apportent dans les faits les plus simples une irrémédiable confu sion. Cette confusion est entretenue encore et augmentée par l'idée entièrement fausse et erronée qu’elles se font de la metière, idée qui les empêche de lui rendre justice. Quelle raison plausible y a-t-il à faire valoir pour prétendre et affirmer avec les spiritualistes que la matière est incapable de penser ? Aucune, — si ce n’est cetie idée fausse qui, en conséquence de notre éducation spiritualiste, a fini par nous paraître, pour ainsi dire, naturelle. Au contraire, c’est un fait éclatant comme la lumière du jour, que matière pense. Déjà La Mettrie se gaussait de l'esprit étroit des spirilualistes, à ce sujet, lorsqu'il disait : « Demander si la matière peut penser, c'est demander si la matièe peut marquer les heures ». Il est certain que la matière, considérée comme telle, ne pense pas plus qu’elle ne sonne les heures ; mais elle pense et elle sonne dès qu’elle se trouve dans les conditions telles que la pensée ou la sonnerie en résultent comme des fonctions ou des modes d'activité. Frédéric-le-Grand disait : « Je sais que je suis une créature matérielle, animée, ayant des organes et qui ponse ; d’où je conclus que la matière animée peut peneor de même, qu'elle a la propriété d'être électrique ».

Voltaire compare l'âme au ehant du rossignol, qui s se fait entendre aussi longtemps que la petite machine organique qui la produit, demeure vivante et en état d'activité, et eesen Avec ostia activité même. La même comparaison peut s'eppliqer à tout mécanisme sorti des mains de l’homme. Quand une mechine à vapeur produit du travail, lsrsqu'ene men!re marque l'hsure, «

à LA ransla . af sont l& des effets de leur activité au même titre que la pensée est le résultat dü”m écanisme compliqué de cette combinaison d’éléments ‘matériels. que nous appelons cerveau. La fonchon propre du mécanisme cérébral ne consiste pas plus à produire de la chaleur ou cette petite quantité de sérosité qui lubrifie les parois de ses cavités, que la fonction propre de la machine à vapeur ne consiste à produire de la vapeur ou celle de la montre à développer de la chaleur par suite de son mouvement. Le cerveau, bien différent en cela du foie et des nerfs, ne produit rien de matériel, mais il est l’origine, la source d’un mode d'activité qui apparaît comme l’effe\ suprême, le dernier résultat, l'épanouissement de l’organisation sur notre planète.

D'ailleurs, après avoir prouvé que la pensée est indissolublement liée à certains mouvements matériels déterminés, il suffit de rappeler la grande loi de la conservation de la force, pour que tout esprit clairvoyant demeure convaincu de ce fait, que la pensée, ou activité intellectuelle, est essentiellement une forme ou un mode de manifestation particulier de ce mouvement général et identique au fond, qui entretient la circulation des forces de la nature et nous apparaît tantôt comme force mécanique, tantôt comme force électrique, tantôt comme force intellectuelle, etc. L'échange de matériaux qui s'opère sans cesse dans notre organisme et J’entretient par l'alimentation, fournit au bücheron ou au promeneur la force qu’ils dépensent par le secours de leurs muscles, comme au savant, au penseur, au poëte la force qui crée la pensée : la forme ou l'effet ne diffèrent que d’après la nature de l’organe en jeu. | |

Des observations récentes nous ont appris qu’une force dont on n’avait étudié les manifestations que dans la nature inorganique, jouo dans les processus physiologiques du système nerveux un rôle si essentiel, que le courant nerveux et cette forme même, l'électricité, peuvent être considérés comme identiques. Un nerf doit être considéré comme une source de courants électriques incessamment produits dans son intérieur par le mouvement des innombrables moléeules électro-motriees qui le composent. Les nerfs ne sont donc pas simplement des conducteurs, comme on le pensait'autrefois, mais des créateurs de l'électricité, grâce aux processus de nutrition s’accomplissant dans leur intérieur; c'est-àdire dans la myéline et le cylindre-axe. Des expériences extrémement délicstes omt montré que l’électrisité produite dans les

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nerfs diminue ou disparaît tout à fait, aussitôt que lo nerf est fr- |

rité, c'est-à-dire aussitôt qu’il accomplit une fonction physiologique ; au contraire, la suspension de son activité s'accompagne d'une accumulation d'électricité, d’une augmentation dans l’in- ‘ansité de ses forces électro-motrices. Cela prouve de façon éviinte que la force ou l'activité nerveuse est équivalente à l'élecricité transformée, le nerf n'est qu’un de ces appareils innom- 'rables qui se rencontrent dans la nature, pour faire passer les ıorces latentes ou de tension à l’état de forces actives ou en mou- “ement. loi, l'électricité dégagée par suite des processus chimiques s'accomplissant dans l'intérieur du nerf, se transforme en aotivité nerveuse. Or, comme cette activité consiste surtout dans le (ransmission du sentiment et de la volonté, comme toute activité intellectuelle se développe peu à peu à la suite de sensations graluelles et répétées, nous arrivons de la sorte au seuil même de ls vérité, à des notions qui ne nous permettent guère de douter que tous les phénomènes psychiques ne proviennent de la source générale des forces et de l'ordre universel de la nature réglé per ls yrande loi de la conservation de la force. Et cela ne peut se résliser que par l'intermédiaire d’un organe matériel destiné à cet office, c’est à dire dans le cas présent, du cerveau, chargé de l'éla boration de la pensée ou de l’enchatnement, par le moyen des fibres r-liant entre elles les cellules de la substance corticale, des idées réveillées par les impressions extérieures.

La comparaison de Carl Vogt est donc juste au fond, quoiqu'elle ne soit pas, à notre sens, heureusement exprimée. De même qu'il n’y a pas de bile sans foie, d'urine sans reins, il n'y a pas de pensée sans cerveau : l’activité de l’âme est une fonction de la substance cérébrale. C’est IA une vérité très claire, sb prouvant par des faits sans nombre. Les acéphales naissent avec un cerveau rudimentaire ; ces misérables créatures, protestation vivante contre la théorie des cause-finaliers, ne peuvent se développer et meurent rapidement : il leur manque l'organe indispensable pour l'existence et pour la pensée. Les microcéphalss, qui les touchent de près, sont susceptibles de vivre et de grandit avec un cerveau mal développé ; mais ils ressemblent plus à des bêtes qu’& des hommes, et sont bien inférieurs, sous le rapport des facultés psychiques, à un animal intelligent. « ll est très cer. tain, dit le spiritualiste Lotze lui-même, que l'état physique d’élé ments matériels peui présenter un ensemble de conditions don!

LA ODWSHRRER aus de nécessairement, au point de vue de l’exisiumse et de la

orme, l'état de notre intelligence. »

La pensée disparalt avec la matière.

« Pourquoi, dit Hamlet dans la fameuse soène du crmeuère, crâne ne serait-il pas celui d'un homme de loi ? Où sont main-

lenant ses subtilités, ses chicanes, ses distinctions, ses clauses

et ses ruses ? Pourquoi tolöre-.-il que ce rustre grossier lui cogne

[la tête de sa pelle malpropre, et pourquoi ne lui intente-t-il

pas une action pour sévices et violences ?... Où sont maintenant vos plaisanteries, mon pauvre Yorik? e' vos gambades ? et vos chansoïs ? et ces états de franche gaieté qui ixiasiant rire {gué.le monde? — Tout a disparu ! »

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