‹ Force et matièreChapitre 43 sur 66 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

8i notre vie psychique toute entière se construit peu à peu à l’aide des impressions, souvent répétées, provenant du monde extérieur, il en’est également ainsi de la conscience et, en partieutier, de la eonscience de la personnalité, qui n'est autre chose que l’ensemble de nos sensations ou l'accumulation, la suecession des images gravées dans notre mémoire. La conscience s'éveille avec la première sensation, bien que de la façon la plus obscure ; elle s'éclaircit à mesure que l’on s'élève de la simple perception à la connaissance abstraite, Plus nous descendons dans l'échelle des êtres, plus la conscience s’efface et s'obscurcit, jusqu’à ce que nous srrivions aux organismes protoplasmiques les plus inférieurs, dans lesquels la réaction contre les irritations venues de l'exterieur se borne à des mouvements à peine percsptibles, qui,

provoqués par des ssneations agréables ou ne

La

plus être séparés ici des propriétés élémentaires de la matière organisée. C'est seulement chez les animaux supérieure et chez l'homme que la conscience s'élève à un niveau qui permet de la considèter comme une manifestation distinete, comme une faculté psychique particulière. Encore, cela ne se produit-il pas d'emblée, mais lentement et progressivement, à mesure que le cerveau et le sysième nerveux se perfectionnent, et que le nombre toujours croissant des impressions fait naître de nouvelles idées. « Comme la mémoire, dit Jules Soury (1), l'intelligence à ses divers degrés, est une propriété générale de la matière organisée, en voie de rénovation moléculaire, L'intelligence ne nous paratt liée à certains organes que parce qu'elle s’y manifeste avec une intensité particulière. Mais l’amphioxus, pour n’aveir point de cerveau, n’en possède pas moins une vie psychique consciente. Le syslöme nerveux n'étant qu’un appareil de perfectionnement, l'effet d’une différenliation histologique, indéfiniment progressive, le résultat séculaire d’une division du travail biologique - poussée très loin, il n’y a rien dans ses fonctions, même les plus élevées, dans le génie, par exemple, qui ne soit réductible par l'analyse aux propriétés élémentaires de tout protoplasme. » L’enfant nouveau-né n’est guère au dessus du dernier des animaux. Il a besoin d’une longue pratique pour apprendre à localiser ses différentes sensations et à les distinguer les unes des autres. C’est seulement lorsqu'il y est arrivé, que le sentiment de la personnalité se développe en lui, c’est-à-dire qu'il commence à opposer son « Mo » à celui des autres ou au « Non-Moi. » Cela n'a lieu, du reste, d’une façon complète que lorsque la mémoire a acquis un certain développement, et lorsque, par suite d’une expériencs prolongée, il y a une quantité suffisante de matériaux à classer. Mais comme ceux-ci changent continuellement, la conscience aussi doit changer : elle ne peut jamais être la même à deux moments ditférents. Et c’est en effet ce qui arrive ; seulement, k changement s'opère, à l’état normal, par des gradations tellement insensibles que nous ne nous en apercevons pas, à moins d’embrasser d’un seul coup une assez longue période de notre existence, tandis que dans les maladies du cerveau et du système perveux la modification peut se faire avec une très-grande rap» dité. Il en est de la personnalité morale comme dela personnalité

(1) Juues Soeur. Les fonctions de corvosu, 9 Hält... p. DRS, Pack, um;

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