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CHAPITRE XIX

fIÈGE DR L’ANR

Le carveau n’est pas seulement l’organe de la pensée et des plus hautes facultés de l'esprit, qui ont leur siège exclusif dans la auhstance grise carticale ; il-est encore le siège unique de l’äme, mat par laqyel se trouvent indiquées, d’une part, l’activité de toutes ses parlies — y compris les fonctions sensorielles et motrices, fes actes de la sensibilité et de la volonté, qui s’exercent par l’intermégiaire de la substance grise centrale, — de l’autre, l'action prépondérante qu’il exerce sur le système nerveux tout

entier. Le mot « Ame » est donc pris dans un sens collectif, plus général, tandis que le mot « Esprit » a une signification plus restreinte, vlus spéciale ; aussi accordons-nous aux animaux l'âme (anima) de la façon la plus complète, et l'esprit (anımus), au contraire, dans une mesure tout à fait limitée. C’est pourquoi, encore, on peut suivre l’âme à travers le monde organique tout entier jusque chez les animaux les plus inférieurs, où elle ne se trouve plus liée qu'à quelques rudiments nerveux ou à la substance du corps complètement dépourvue de nerfs, jusque chez la “lante même où elle n'apparaît plus que sous forme d’irritabilite inconsciente, son degré le plus inférieur : — tandis que lanimus apparaît toujours comme le produit de l’activité de parties nerveuses distinctes, centrales, et se développe de plus en plus à mesure que le principe de la division du travail et la différentiation des diverses parties du système nerveux s’affirment davantage. .

Aussi longtemps que l’âme a été considérée comme une entité immatérielle, existant par elle-même et unie au corps d’une façon transitoire, on s’est naturellement donné tout le mal possible pour lui assigner ou lui découvrir un « siège » particulier, un domicile dans l'organisme.

Déjà, il est vrai, Hippocrate, le Nestor de la médecine (500 av.

J.-C.), le philosophe Platon et le médecin grec Galien (né l’an 131 de l’ère vulgaire), dont les doctrines médicales ont régné pendant près de quatorze siècles, avaient considéré le cerveau comme le siège de l'âme, au moins de l’âme raisounable, selon la distinclon qu'ils en faisaient. Mais bientôt l'élève de Platon, Aristote, abandonna ce point-de vue exact pour placer l’âme dans le cœur, vrgane représenté dans l'Ancien Testament comme le siège de toutes les facultés intellectuelles et considéré aujourd'hui encore, comme tel, par les Chinois. Diogène et Chrysippe partageaient cette opinion, tandis que d’autres philosophes grecs plaçaient l'âme dans le sang ou dans la poitrine. D'ailleurs, beaucoup de théories arbitraires avaient cours chez les anciens à cet égard, les philosophes admeltant alors plusieurs sortes d’âmes, à chacune desquelles ils croyaient devoir assigner un siège particulier dans l'organisme.

C'est seulement au xvr° el au xvn siècles que l’on commence à avoir des notions plus exactes, grâce aux progrès de l’anatomie »t de la physiologie, grâce surtout à Thomas Willis (1664), qû

sikon DE L'AMS 213

l'importance de la substance grise et des eirconvolutions

fra le cerveau tout entier — avec prépondérance toute-

orps striés, — comme l'organe de l'intelligence. Mais,

de l'idée préconçue des métaphysiciens et des théolo-

1a nature de l’âme, ce point de vue exact ne put préva-

m s’eflorga vainement de découvrir le siège de l'âme,

ns une portion du cerveau, tantôt dans une autre, sans

Ire qu’elle ne pouvait résider que dans l’activité de l’or-

entier. Le philosophe français Descartes obtint le plus

ds en plaçant le siège de l'âme dans la glande pinéale,

ı la grosseur d’un pois, placé au cantre du cerveau et

at des concrétions calcaires. Elle semblait particulière-

ment indiquée pour servir de substratum à une entité psychique

simple et indivisible, en partie parce qu’elle est le seul organe

impair du cerveau, en partie parce qu'elle se relie aux ventricules

cérébraux, considérés comme le lieu de render-vous des esprits

nerveux. Jusqu'au temps même du grand philosophe Kant (1724

— 1804), que la coterie officielle des perruques philosophiques

élève actuellement sur le pavoıs°comme un sauveur en face des

envahissements du matérialisme et du monisme, et dont le seul

aspect, à coqu'ils espèrent, suffira pour produire sur tous les con-

tradicteurs l'effet de la tête de Méduse, — à cette époque, disons-

nous, on sävait si peu à quoi s'en tenir sur ce sujet, que Kant,

s’en rapportant probablement au célèbre anatomiste de Francfort,

Sömmering, n’hésitait pas à placer le siège de l’âme dans la pe-

tite quantité d’eau ou de sérosité qui lubrifie ler ventricules du cerveau.

Parmi les modernes, Ennemoser fit par voie spéculative celle découverte ingénieuse, à savoir, que l’äme est répandue dans tout le corps, tandis que le philosophe Fischer, de Bâle, ne doute pas qu’elle ne soit immanente à tout le système nerveux.

Les métaphysiciens sont gens singuliers. Ils ne tarissent pas sur les sujets qu’ils comprennent le moins. Ils veulent percer à jour le mystère de la nature, « comme s'ils étaient les espions de le Divinité » (King Lear). Il ya parmi eux autant d'opinions que de têtes, et-ils se trouvent réduits, comme le dit très judicieusement Bacon, « à l’état de hiboux, qui ne voient clair que dans les ténebres de leurs réveries et sont aveuglés par les lumières de l'expérience, d’autant moins capables d’apercevoir la vérité qu'elle est plus éclatante ». Ils possèdent un talent extraordinaire,

ab rohti ur Mara

comme 16 fait réatquer Spiller, pour smbretilier ds ia avé la plus vomplète les ohoses les plus simples ; ils délaient les idéss les plus claires et les subthergent sous ut flux de pärsles et de fotmulés pormipeusés, savantes en apparence, mais creusé où ia= cornpréhensibles, si bien que l’homme de bon sens n® sait plus où donner de la tête. Mais en allant au fond des thosés, il est g6näralement très facile de se convaincre qu'il n’y à là, selon l’expression d’Helvstius, « qu'un déluge de mots répandu sur un désert d'idées », et quecé à galimatias à ptopus de l'être et du néant » (Suble) sert uniquement à cacher au lecteur où à Pauditeur inexpérimenté l'incroyable pauvreté des idées, Oh peut très bien appliquer aut œuvrés de ces philosophes, dans lé domaine, de l’intelligencé, le proverbe arabe que Schopenhauer à déjà cité: à leur intention : « J'entends bien le tie-lac du moulin, mais je ne vois pas la farine. »

Dans ces derniers temps, pour conjürer, comme on la défà dit, l’envahissement des conceptions matérialistes ot monistes, rèsultant des progrès énormes des sciences positives, ils se sotit rabaitus sur Kant, le vieux pédagogue de l'Ecole et sur sa fameuse “ théorie de la connaissance, faisant ainsi bon marché de 6s qui s'est accompli depuis un siècle « in philosophicis ». Quelle peut bien être l'utilité de ce retour aux idées d’un penseur qui n’avait pas à sa disposition les malériaux immenses de la sciencè tontèm: poraine et, surtout, celte doctrine de l’évolution, si merveilleusement propre à éclairer les origines de la raison humafne ? — l'avenir seul peut nous l’apprendre. Dans tous les cäs. ils se sont décernés ainsi le testimonium paupertatis, le certificat de nullité - le plus décisif qu'on puisse imaginer. Cela ne les émpêche pas d’incriminer ceux qui, ne s’en laissant pas imposet par leur jargon, percent à jour, à travers l'enveloppe usée jusqu’à la dorde, la nudité misérable de leurs arguments, et de prétendre qu'ils « ne savent pas penser en philosophes » — argument ad hominem que les xdepies de la méthode expérimentale seraient beautoup plus en droit de retourner contre eux. Car, sans se préoccuper du progrès des sciences naturelles, ces métaphysiciens continuent de -döbiter leur galimatias philosophique comme si «es sciönces n'existaient pas et ne menaçaient pas à chaque instant dé tenvesser l’echafaudage de leurs creuses spéculations. .

- Le philosophe Fischer, de Bâle, s'exprime ainsi : « La preuve que l'âme est immanente au système nerveux tout entier, o'est

ben Du LAND a15

qu'elle sent, peryeit et agit-dans toutes los parties de eu système. Nous ne ressentons pas la douleur dans un point central du oerveau, mais à l'endroit où elle a été provoquée. »

Mais le fait que Fischer veut contester est parfaitement réel ot démontré. Les nerfs ne sentent point par eux-mêmes, ils provoquent la sensation en transmettant au cerveau les impressions qu'ils reçoivent. Nous ne percevons pas la douleur au point frappé ou blessé, mais bien dans le cerveau. Vient-on A couper un nerf de la sensibilité en quelque point de son trajet du cerveau à la périphérie, La sensibilité disparaît complètement dans la partie animée par os nerf, — et tout simplement parce qu'il est désormais incapable de transmettre les impressions au cervoau. Ce n'est ai par le globe de l'œil, ni par le nerf optique que nous vuyons, mais par le cerveau. Si l'on coupe es deraier nerf, il ne peut plus transmettre les impressions, et la vue disparait. Le même effet se produit lorsqu’on enlève à un animal vivani la partie du cerveau connue sous le nom de « tubercules quadrijumeaux », bien que ges yeux demeurent parfaitement sains.

L’habitude seule et l'apparence nous ont conduits à ostle illusion en vertu de laquelle nous sentons l'endroit du corps qui a été le siège de l’irritation. La physiologie attribue cs fait remarquable à ce qu'elle appelle « la loi des effets excentriques ». En vertu de oetie loi, nous rapportons, à tort, à l'endroit où nous avons vu se produire l’irritation, la sensation perçue par le cerveau. C'est pourquoi il est à peu près indifférent que cetie irritation agisse sur tel point du trajet du nerf ou sur tel auvre, puisque nous ne la ressentons toujours qu’à l'extrémité périphérique de ce serf. Quand nous nous heurtons les nerfs du coude, nous ressentons la douleur non pas au coude, mais aux doigts. Lorsqu’une exostose comprime certains nerfs de la face à leur sortie du crâne, le malade se plaint de douleurs atroces à la figure, bien que les nerfs périphériques de la face soient parfaitement sains. Dans les cas où l’on a détaché un lambeau de la peau du front pour la transplanter sur le nez, l’opéré s’imagine qu'on lui touche le front, lorsque l’on touche le nez qu'on lui a refait. Si l’on irrite le nerf optique qui correspondait à un œil extirpé, le sujet éprouve des sensations lumineuses, bien que de ce côté là il ne puisze plus voir, Les amputés ressentent toute leur vie, à l’occasion des changements de température, des douleurs dans le bras

on dans Le piod coupé, bien que le membre soil abeen$ ; pesfais

ils y portent machinalement la main, parce qu’ils y ont éprouvé quelque sensation. Cela ne pourrait avoir lieu chez un individu estropié de naissance, attendu qu'il n'aurait jamais pris Ll'habitude de reporter ses sensations aux membres qui lui ont toujours manqué.

On ne peut guère douter, d'après ces faits, qu'il n'existe dans le cerveau une topographie précise par le moven de laquelle Les différentes sensations relatives aux insombrables parties de l'organisme se perçoivent séparément. Toutes les parties qui peuvent être senties d'une façon distincte doivent avoir dans le cerveau un point correspondant qui les représente, en quelque sorte, devant le tribunel de la eonscience. Il peut arriver qu’une irritation transmise à nn de ces points centraux par le nerf correspondant ne s'arrête pas à ce point et se communique à quelques centres de sensation voisins. C’est ainsi que se développent les sensations par sympathie. Par exemple, lorsque lon souffre d'une dent, il est rare que la douleur ne s'étende pas à toute la joue.

Ce que nous venons de dire des sensations, s'appliquent &galement aux fncitations de la volonté. Ce n’est pas dans les muscles, mais dans le cerveau seul que la volonté provoque un mouvement quelconque ; c'est dans cet organe seul que peuvent se réa- ‚liser les actes de la volonté. Les nerfs sont les conducteurs de cette excitation et, en quelque sorte, les messagers destinés à porter aux muscles les ordres du cerveau. Détruit-on cette voie de communication, toute activité volontarre cesse aussitôt. Une attaque d’apoplexie est causée d'ordinaire parl'épanchement d'une certaine quantité de sang dans l’intérieur du cerveau. Du moment où cet épanchement est assez considérable pour suspendre les fonctions de l’organe dans le point lese, la sensibilité et l'action de la volonté cessent complètement dans toutes les parties du corps correspondantes. Qui n’a eu l’occasion de eontempler le triste spectacle d’un malade frappé d'apoplexie cérébrale ? Une section de la moëlle épinière, pratiquée chez un animal vivant, produit exactement les mêmes effets dans toutes les parlies du corps situées au-dessous du point lésé.

Comme les points d’origine des nerfs sensitifs, ceux des nerfs moteurs doivent être distribués dans le cerveau d’après une topographté déterminée afin que le mouvement puisse leur être communiqué séparément par les impulsions de la volonté. On a compensé, avec assez de justesse, cotée disposition au clavier d'un

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piano, sur lequel celle-ci jouerait. Comme le pianiste, la volonté a besoin d’un long apprentissage et de beaucoup d'habitude, pour : devenir rte sur instrument, afin de faire naître toujours des mouvements distincts en frappant sur des touches distinctes. Il lui arrive souvent de ne pas réussir et, en &branlant plusieurs touches à la fois, de provoquer ce qu'on appelle des mouvements associés.

Nous voulons, par exemple, remuer un doigt, et plusieurs se meuvent à la fois. Les jeux de physionomie et les gestes qui accompagnent la parole reposeut sur ce même principe des mouvements associés. On observe surtout ceux-ci chez les très jeunes: enfants, qui n'ont pas encore appris à isoler les actes de la volonté. Au moindre mouvement qü'un de ces petits êtres veut exécuter, le corps tout entier se met en branle.

Les recherches et les expériences récentes de Broca, de Ferrier, de Munk, de Hitzig, de Fritzch, de Nodnagel, etc., sur les localisations cérébrales ont prouv6 d’une façon définitive que le principe de la division du travail règne dans le cerveau comme dans le reste de l'organisme, et qu'à chaque partie du corps, — bien plus, à chaque muscle — correspond un point particulier de l’organe central. Dans les actes complexes, un certain nombre d’elements centraux entrent en jeu à la fois, comme c’est le cas pour la faculté du langage, dont on a découvert le siège central dans la partie antérieure de l’écorce cérébrale du côté gauche (lobule de l’insula et circonvolutions environnantes). Ces parties deviennentelles incapables de fonctionner par suite d’une blessure ou d'une maladie, on voit survenir l'aphasie ou perte de la facuité du langage. Ce fait et beaucoup d’autres du même genre, qu’il serait trop long de rappeler, ont démontré l’inéxactitude de l’ancienne théorie introduite dans la science par Flourens, fhéorie qui compte encore des adeptes, et d’après laquelle toutes les fonctions psychiques s’exerceraient en même temps dans tous les points de la substance corticale. L’äme n’est pas, en quelque sorte, une fonction du cerveau pris en masse : au contraire, chaque portion de ce dernier a sa destination spéciale. Certaines parties servent à la mémoire, d’autres à l’imagination, à la faculté de comparer ou de conclure, d’autres aux mouvements volontaires, d'autres encore aux penchants, à la sensibilité, ete., etc. Il paraît aussi hors de doute que les différents degrés de notre vie psychique correspondent, dans le a à des parties anatomiques parfaite-

Mani Iramchdes; Hands que Finnginudion, Io jagomand, me

28 son ut MATIÈRE

sonnément, le pensée, la sensibilité consciunte, les penchants ot la volonté ont leur siège dans la substance grise de l’6corus cérébrale, les phénomènes inférieurs de la sensibilité et du mouvement, y compris les actions reflexes ou inconsvientes, ont leur centre dans la substance grise centrale ou dans les noyaux gris du cerveau moyen et de l’isthme de l’enoephale, Comme cette sub» tance grise centrale se trouve reliée d'un côté, par le système nerveux général, aù corps tout entier, de même elle est en rapport intime et immédiat, par la couronne des fibres radiées, avec l’&corde cérébrale et renvoie toutes les impressions, que lui transmet l'organisme, vers le siège propre de la « Psyché » ou de la conscience. Là, ces impressions, ves nouvelles apportées du dehors arrivent aux cellules de la sensibilité, puis à celles de « l’idéation », qui les transformpnt en idées et en pensées, puis en actes, pat rayonnement sur les cellules du mouvement.

Ecoutons maintenant les objections d’un autre philosophe :

M. le professeur Erdmann, de Halle, s'exprime ainsi dans ses lettres psychologiques :

« La théorie d’après laquelle l'âme à son siège dans le oörveau, poussée à ses dernières conséquences, aboutirait à ceci, que la tête étant séparée du tront, l’Ame poutrait néanthoins continuer d'y vivre. »

Les choses se passbrafent on vérité ainsi, cela n'est pas douteux, si nous étions en thesure d'entretenir artificiellement dans une télé cdupde la circulation sanguîne indispensable au cerveau pour sà nuttition. Mais du moment où la séparation à lieu, on voit cesser naturellement tout afflux du sang du cœur au cerveau et s’anéantir, en märme temps, toute conscience, toutes fonction cérébrale, {oute activité psychique, en un mot, tout signe de vie. | On à quelques rates exemples de luxations des vertèbres verritales chez l’homme, accompagnées d'une compression de la partie supérieute de la moëlle poussée au point d’inte:roimpre touls communication entre le corps et le cerveau. La respiration et la ciréulation persistant, la nutrition du cerveau s’accomplit tant bien que mal. Ces malheureux sont comme des « morte-vivants ».

Le curps tout entief, complètement insensible ei paralysé, est comme un cadavre ; seule la tête vit, ainsi que les parties voisines &t celles auxquelles elle envois des nerfs partiouiiers. L'éctivité intellectuelle demeure ham cer bécssés, qu moins gu

hen Du L’ANm 219

un temps, par üitement iniäcie : ce sont on quelque sorte, des cadavres vivants.

Lx doctrine qui place le siège de l'âme dans le cerveau est tellement rationnelle, qu'elle a servi depuis longtemps déjà pour la classification des monstruosités, Un monstre avec deux têtes et un corps cotipte pour deux personnes, tandis qu’un autre avec une têté et deux corps ne compte que pour une personne. Les monstres sans vervoau ou acephalss n'ont pas de personnalite, |

M. Ennemoser, enfin, a treuvd que l'âme était immanente à tout le corps. Si M. Enhemoser avait été, une seule fois en sa vie, dans la nécéssité de sé faire couper une jambe, il aurait constaté, à sa grande surptise, que son activité psychique ou son âme n'avait tien perdu d’essentiel ni en qualité ni en étendue.

Dans ces derniers témps, on a therché à modifier l'opinion généralement adoptés jusqu'ici par les, physidlogistes relativement au siège de l'âme, déterthiné dans Ir cerveau ; d’après des experiences faites sur les animaux, on a attribué à la moëlle spiniere une part dans la sensibilité et dans les mouvernents volontäires, et Pon a ainsi édifié la fameuse theorie de « l’ême de la moëlle ». Ces expérieñces ne sont nullement convaittantes, au moins pour ce qu regarde l’hömnie et les vertébrés supérieuts, ut les preuves en faveur de l’opinion - coftraire sont si fortes #t si nornbreuses, que la stienc ha pas oFü, jusqu'ici, devoir admettre calte opinion nouvelle.

Enfin, nous n6 pouYons pasker sous silence l'opinion dé ceux qui, considérant l’âme non comme une fonètion de la substance cérébralé, mais comme un ens per ke, comme une entité existant pat éllé-mêins, ont pretendu qu’elle pouvait dans certaines circonstänces et pour un temps limité, abandonner le éerveau pour se fiter dans quelque autre partie du système nerveut. On a indiqué spécialémént à cet égard, dans la partie supérieurs de la cavité abdominale, le plexus solaire, ce réseau du grand sympathique ou système hèrveuxt de la vie végétalive (appelé encore systeme nerveux ganglionnaire). Le grand sympathique, qui descend dé chaqrie côté de la colonne vettébrale en présentant de nombreuses ramifications et anastomosés, et qui préside aux mouvements viscéraux relatifs & la nutrition, à la reproduction et à la circulalion des huinèuüfs, est relié très étroitement, il est vrai, au öäfvehti &6 à La inodlie, au point de vus anatomique et physio-

La

logique, par un grand nombre de filets anastomotiques ; mais, grâce à ces nombreux ganglions ou noyaux de substance grise, il possède une certaine indépendanee, rappelant les disposituchs qui existent chez les animaux inférieurs, et constitue par le fait de sa séparation du système nerveux de la vie animale (ou de la sensibilité et du mouvement), un des progrès les plus considérables qui aient été réalisés dans l'évolution du règne animal par le fait de la division du travail. Sans cette division du travail, L vie animale ou la vie psychique, qui embrasse le domaine de: plus hautes manifestations de l’activité nerveuse, n'aurait jamai: pu parvenir à ce degré de développement que l’on constate che: l'homme et chez les animaux supérieurs, tandis que chez le: êtres inférieurs et à mesure qu'on descend davantage, la vie s: borne de plus en plus aux activités, d'ordre inférieur, du grand sympathique. Ainsi, plus le rôle rempli par ce système au poini de vue de ces activités d'ordre inférieur et des processus de nutrition est important, moins il a affaire avec la tâche dévolue “aux organes centraux du système nerveux de la vie animale, c'est-à-dire avec les actes psychiques.

Malgré cela, on ne s’est fait aucun sorupule d’accuser cet innocent nerf de complicité dans les péchés mystiques et spéculatifs de notre époque, et l'on a porté à son actif les phénomènes englobés d'ordinaire sous le nom de vie noctufne de l'âme. C'est grâce à lui que les somnambules ou les personnes magnétiséee seraient capables de lire des lettres les yeux fermés ou de voir l'heure sur une montre lorsqu'on leur met ces objets dans le creux de l’estomac, etc. | Nous croyons devoir entrer dans quelques détails au sujet de ces phénomènes, ou du moins des principaux d'entre eux, d’abord pour appuyer notre opinion relative au cerveau considéré comme le siège exclusif de l’âme, puis pour d’autres raisons encore. On a essayé de se servir de quelques-uns de ces phénomènes, notamment de la «clairvoyance », puis de la seconde vue, des pressentiments, des rêves et, dans ces derniers temps, des grossières jongleries des « spirites », pour démontrer l'existence de forces et de manifestations surnaturelles et supra-sensibles. On a voulu trouver là le point d’union incontestable, quoique ün peu obseur, entre le monde des esprits et celui des hommes ; bien plus, on est allé jusqu’à présenter ces phénomènes, en quelque sorte, comme le porie de communication à travers laquelle

schen De L'un | 221

om recevrait un jour des renseignements certains et directs sur l'existence transcendante, sur le royaume de la divinité et des esprits, sur la vie future, etc. I n’est pas jusqu'à cette mystérieuse « chose en soi », qui, au dire des métaphysiciens, se cache derrière le monde des phénomènes seul accessible à notre connaissance, il n'est pas jusqu'à cette entité dont on n’esperät ainsi découvrir la trace, bien qu’en y réfléchissant un peu on eût pu se convaincre, que du moment ou on l’apercevrait, même de loin, elle cesserait d’être la « chose en soi ». Un penseur aussi profond que Schopenhauer, égaré par ses théories philosophiques, eut la faiblesse de se laisser aller à un véritable enthousiasme pour les tours d’un magnétiseur ambulant, nommé Regazzoni, auxquels il ajoutait foi.

Tous ces faits, en tant qu'ils ont trait au surnaturel, ne sont aux yeux pénétrants de la science et de la méthode positive que de vaines fantasmagories, dont la nature humaine semble d’ailleurs éprouver le besoin, pour satisfaire ce goût du merveilleux et du supra-sensible, dû à d'anciennes et primitives ré. miniseences. Ce penchant se manifeste, selon les circonstances, tantôt sous une forme, tantôt sous une autre. La croyance aux sorciers, aux magiciens et aux mauvais esprits, au diable, aux

et aux vampires reparaît aujourd’hui sous une forme plus moderne dans la manie des tables tournantes et des esprits . frappeurs, dans le spiritisme, la psychographie, le somnambulisme, etc. Les gens éclairés se figurent souvent que la croyance eu merveillvax et au surnaturel est le propre des classes Ignorantes. Mais le « fluidomanie » est la pour prouver le contraire, sans parier de l'engouement dont sont continuellement l’objet dans les cercles de la meilleure société les magnétiseurs, les clairvoyants, les charlatans, les spirites, les « hypnotiseurs » etc.

Parmi les phénomènes qui constituent la we nocturne de l'âma, on compte ordinairément :

Les «envies » des femmesenceintes, le magnétisme animal avec le phénomène de la u.clairvoyance » qui l'accompagne, le sommembulieme, les pressentiments, la seconde vue, les apparitions d'esprits, enfin les eures sympathiques ou miraeuleuses.

Les convies » des femmes grosses ne méritent pas de nous arrêter : les meilleures autorités les oné reléguées, presqne sans ezeeption, dans le domaine des contes. |

Le sommeil magnétique, qui se produit tantôt par des « passes»

> : FORCE uU MANIÈRES longtessps prolengées, tantôt sans cause extériqure et détarmimée

dans le sammambulisme spontané, a pour conséquence, À 08 que l'an prétend, un état extatique de l'âme, état ipcanscient qui chez quelques personnes privilégiées, surtout ches les femmes, peut s'élever jusqu'à la « clairvoyance ». Une fois dans ort état, lex gujets jouiraient de facultés intellectuelles qui ne leur’appartiennent pas en propre; il parlent avec facilité des langues ou des dialectes auxquels ils sont étrangers et disoourent sur des choses dont sauvent ils n’ont pas la moindre idée quand ils sont éveillés. L'individy magnétisé doit avoir dans tout son air quelque chose d'éthéré, d'inspiré, rappelant les rapports étrôits qui existent entre la monde surnaturel et lui; ss voix doit être harmonieuss et solennelle. S'il arrive jusqu’à le clairvoyance, alors à devient “eapahle, à ce que prétendent les adeptes, d'apprécier exaeiemen! des choses qui sont hors de la portée naturelle des sens ; jl peut lire les lettres fermées, indiquer l’heure que marque una montre placée dans le creux de l’eslomac, deviner la pensée des autres, voir dans l’avenir et à des distances considérghles, etc. Enfin, ces personnes vont jusqu'à nous donner des nenseignemenis sur les choses du ciel et du monde e au delà », sur les mystères od lestes et aur eeux de l’enfer; sur notre état après la mort, aur les esprits gu sur les Âmes des trépassés, etc.; on a remarqué, du resie, qua ges révélatiens eoncordent toujours d'une façan £tonnante Aves les articles de foi des sectes théplogiques dont le s0mnamhule a subi l'influence. | La « ofairvoyance » est d’ailleurs une invention maderne dans sa forme actuelle seulement, non dans son essence. La Pythie des Grecs prophétisant sur le trépied sacré n'était qu'une voyante selon le mode antique ı an lui soufflait ses répanses comme 08 les sauffle à nos modernes spmnambules. Au Mayan-Agn le différentes épidémies de folie religieuse étaient sorompagnée de manifestations du même genre. Nous en avons un exemple intéressant dans l’histoire si connue des illaminés du Languedoc. Nous en avons un autre, plusintéressant encore st de plua fraiche date, dans-ces « Mediums » américains, que les paprita qui planent entre ]p siel et la terre sont eensés employer comme istermédiaires pour répandre dans le public leurs praductipnse litt& Fäiren, pouvent très considérables. Les Médiums reçoivent leurs révélations dans un état semi-consciont st sont suppasés écrire

schen on L’ANN u

tapecite. Un des plus transcsndants ot dus plus célèbres d'ontra euz, À. J. Davis, qui vit dans le voisinage de New-York et com pose des ouvrages mystiques, a fait si ample connaissance, da cette façon, avec les esprits qu'il a pu évaluer leur poids à 3 ou konces |

Il n’est pas douteux, au point de vue scientifique, que tous les cas de prétendue clairvoyance ou d'inspiration surnaturelle ne reposent sur des fourberies ou sur des illusions, Le « olairvoyance », q’est à dire la faculté de perçavoir en dehors de la portée naturelle des sens, eat, pour des raisons naturelles, absolument impossible. C'est une loi de nature et à laquelle persanne ne peut échapper, qu'on ait besoin des yeux pour voir et des oreilles pour entendre, et que la portés des sens sait limitée à un certain espace qu'ils ne peuvent franchir, Personne n'est en état de lire una lettre fermée et nan transparente, de voir de l'Europe ce qui arrive en Amérique, de deviner les pensées des autres ou d'apprécier, les yeux fermés, ce qui se passe dans le voisinage ; sugun homme n’est en mesuré d'exécuter un travail intellectuel qui dépasse le somme de ses connaissances au celle de ses capacités, Ces vérités reposent sur das lois de nature immuables et dont on peut dire, par analogie aveg les lais physiques, qu'elles ne souffrent aucune exception ; — bien qu’it ne manque pes de philosophes pour affirmer que, dans le somnambulisme, on comprend que le sujet puisse âtre affranchi des barrières non réelles mais purement subjectives, résultant des nations de temps et d'espace et devienne ainsi capable da lire dans l'avenir et de voir à des distänces ineommensurablas !

En réalité, jemais une parville infraction à l’ordre général de la nature n’a pu être constatés, c’est-à-dire observée d’une façon œrtaine par desgans intelligents at libres de préjugés. Les esprits, les révenants et les mirales n’ont jamais été vus jusqu'ici que par des enfants ou par des gens simples et superstitieux, Aussitôt que l’on axamine de près ces prétendus phésoraènes surnaturels, ils se réduisent à rien, Ca que l’on a raconté de J’ingérencs d’un monde des esprits dans le nôtre ou de l’existenge des (trépassés, n'a pas le sans commun : on n’a pes encore vu revenir un morf, . n'y a d’esprits ni dans les fables ni ailleurs. « La seience dit

F. A. Lange, ne connaît qu'une serta d'esprit : — l'esprit humain. » Pour le naturaliste formé à l’école de-l’ohservetion ef de l'expérience, oo vérités ne font (abi dnndes dan : nn

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ment occupé de la nature et de ses leis, il est absolument convaincu que celles-ci n’admettent point d'exception. La foule, il est vrai, pense autrement, inclinée qu'elle est à accorder plus de confiance à la parole de quelque fou qu'aux maximes des sept sages. On ne peut remédier à cet état de choses que par l’instruction.

Conformément à ces conclusions générales de la science relativement à l'impossibilité de la seconde. vue, tous les observateurs compétentset sérieux ont démontré que les soi-disant preuves apportées à l’appui de ce phénomène étaient le résultat de la fourberie ou de l'illusion. Déjà dès l’annés 1783, à l’occasion de le présence à Paris du célèbre magnétiseur Antoine Mesmer, une commission scientifique installée sous la direction de Bailly, avait publié un rapport magistral établissant d'après des investigations approfondies qu'il s'agissait uniquement de charlatanisme, le tout reposant sur des hallucinations, des illusions et sur des faits dus à l’imagination et à l’imitation. L'Académie de médecine de Paris, après un examen attentif, est arrivée au même résultat. En 1837, elle proposa pour trois années consécatives un prix de 3.000 francs destiné à la personne qui pourrait lire à travers une planche. Personne ne put gagner le prix. En 1853, on nomma, à Genève, une commission scientifique pour faire des expériences avec M, Lassaigre et M®° Prudence Bernard, célèbre somnambule de Paris; le résultat fut négatif à tous les points de vue. Dès qu'on prit les précautions nécessaires, pour 86 prémunir contre la fourberie de l'illusion, la clairvoyance disparut. La même année 4853 vit la condamnation, pour escroquerie | de la fameuse « fille miraculeuse de la rue des mariniers » Louise Braun, à Berlin, qui quatre ans auparavant attirait la foule, et dont la renommée était telle qu’on l'avait appelée près d'un roi aveugle pour lui rendre la vue. En 1837, le professeur Fenton, de Boston, proposa un prix de 500 dollars pour la clairvoyance ou pour celui qui ferait la preuve d’une faculté surnaturelle, qui pourrait par exemple jouer du piano ou déplacer une baise sans toucher aux objets en question. Il ne se présenta pas moins de quatorze des plus fameux Mediums américains; mais. pas un ne réussit. Une commission de quatre professeurs sous la présidence du célèbre Agassiz déclara à la date du 29 juin 1857, qu’il ne s'agissait dans tout cela que d'illusion et de fourberie, et avertit le public de se tenir sur ses gardes. Malgré cela, le spiri-

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