‹ Force et matièreChapitre 47 sur 66 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

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La question des « idées innées » (angeborene Anschauungen, innale ideas de Locke) et de la possibilité de leur existence est une des plus anciennes et, selon nous, une des plus importantes que nous présente l’étude philosophique de la nature. Elle résout en partie ce problème: si l’homme n’a reçu, en tant que produit d’un monde supérieur, la forme et la réalité de cette existence actuelle que comme quelque chose d’étranger et d'extérieur à son essence propre, avec tendance à se débarrasser de cette envefoppe terrestre pour retourner à son état primitif d’immaterialite : — ou s’il n’est pas dans un rapport étroit et nécessaire, au physique comme au moral, avec le monde qui l’a produit; si enfinitne tient passa nature propre da ce même monde, dont il ne peut étre arraché sans disparaître en même temps, semblable à la plante qui ne peut vivre séparée du sol qui la nourrit. Le sujet n'est pas de ceux qu’on puisse noyer dans un déluge de phrases nuageuses et de généralités métaphysiques ; il est fait de chair et d’os, en quelque sorte, et susceptible d'être traité sans cecliquetis ‘de mots que beaucoup de gens ont tort de prendre pour le langage même de la science. Par bonheur, les philosophes occupés & | rouler leur rocher de Sisyphé, courbés sur cette tâche ingrate, à laquelle tant d'esprits distingués, en Allemagne, ont consacré malheureusement leurs labeurs et leur vie dans la première moitié de ce siècle, — les philosophes ont vu se dresser devant eux, comme une barrière infranchissable, le cortège des sciences expérimentales avec leurs innombrables conquêtes ; et les métaphysiciens avec leur langage obscur ou prétentieux se sont faits de; plus en plus rares, en même temps que se pronongait tous les jours davantage un véritable courant dans le sens de la vèrité, de la clarté philosophique et de l'institution d'une Philosophie critique et expérimentale.

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Descartes admettait que l’Ame entre dans le corps, douée de loutes les connaissances imaginables, et qu’elle les oubliait seulement en sortant du sein dela mère pour se les rappeler peu à peu dans la suite. Le philosophe anglais Locke (né en 1632), le fondateur du sensualisme, s'éleva contre cette théorie et cumbattit victorieusement la doctrine des idées innées. Toutes les conceptions proviennent, d’après lui, d’une part, de l'expérience et de l’observalion, de l’autre de la réflexion du sujet qui expérimente ou qui observe. Il suivait en cela son illustre prédécesseur Thomas Flobbes (né en 1588), qui avait enseigné d’une façon encore plus précise, que toute connaissance a pour origine l'expérience sensible, et que la raison et l'intelligence sont simplement le résultat d’un calcul établi à l’aide des impressions fournies par les sensations et transmises par les nerfs. Tous les deux affirment que la connaissance ne procède pas du général au particulier, mais au contraire du particulier au général.

En nous appuyant sur des faits décisifs, nous ne faisons pas scrupule de nous déclarer contre la théorie des idées innéesau sens où Platon et Descartes l’entendaient. Il n’y a pas de conceptions toutes préparées dans notre entendement, pasplus qu’il n’y a d’id&esoude vérités morales innées qui se soient trouvées les mêmes dans tous les temps et sous tous les climats, chez tous les hommes et chez tous les peuples. L'expérience dechaque jour démontre le contraire et nous apprend qu’on observepartout, à cet égard, les différences les plus tranchées. Elle nous apprend encore de la façon la plus positive, que la pensée chez l’homme, selon la remarque de Virchow « se développe d’une faton insensible », et qu’elle progresse avec le nombre et l’importance des impressions perçues et avec leur élaboration par l’organe de l’entendement. Parti d'une vésicule imperceptible, à peine appréciable à l’aide du microscope, l’homme, comme l’animal, se développe insensiblement, sous le rapport de la forme et sous celui de la grandeur, dans le sein de la mère. Parvenu à un certain degré de ce développement le fœtus commence à se mouvoir dans la matrice ; mais ces mouvements, nullement volontaires, sont de ceux que l’on désigne sous le nom de réflexes. ll me pense pas, n'a pas la moindre idée de de son existence, et si, cependant, comme le veut le professeur Kussmaul (1), les rudiments les plus élémentaires de l’intelli-

(4) Kusamauz. Ueber das Sesienleben der Neugebornen, 1859.

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gence commencent à se manifester chez lui, cela tient uniquement aux sensations obscures que peuvent lai procurer le contact avec les parois de l’uterus et l'absorption du liquide amniotique. Dans tous les cas, aucune trace de cette période embryonnaire ne se retrouve plus tard dans la mémoire de l’homme.

ÎlLest important pour la solution du problème qui nous occupe, de rappeler la controverse asser comique relative à la soidisant « animation du fœtus humain », controverse qui prit un caractère sérieux à partir du moment où l'avortement provoqué fut considéré comme un crimé motal et juridique. Comme il ne pouvait y avoir de meurtre que dans le cas d’un être « animé », al était de la dernière importance de savoir exactetnent à quelle époque l'âme individuelle pénétrait dans le fœtus. L’impossibilité scientifique et logique où l’on s6 trouvait de déterminer ce moment précis, suffit 4 démontrer l'absurdité de ceite théorie, en vertu de laquelle une puissance supérieuré aurait insufflé dans l'embryon une âme toute prête st munie d'idées détorminées. Les jurisconsultes romains soulenaient que le fœtus devait être considéré non comme un étre distinct, mais comme une partie intégrante du corps de la mère, qui pouvait en disposer selon son bon plaisir. Aussi l'avortement était-il considéré comme licite pour les femmes romaines au point de vue juridique et moral, et déjà les philosophes grecs, Platon et Aristote, s'étaient prononcés pour cette manière de voir. D'après les Stofciens, l’enfant ne recevait une âme qu'avec la respiration. Ce n’est qu’au temps du jurisconsulte romain Ulpien (vers Pan 200 de l’ere vulgaire), que l’on fit une loi contre l’avortement. Le code de Justinien fixe au quarantième jour apres la concéption l'époque de l'animation du fœtus!'Les jurisconsultes modernes admettent la simultanéité de la conception, de l’animation et de l’apparition de

la vie, — théorie qui ne peut se concilier avec les données posi-.

tives de la science. Quiconque a vu sous le microscope un ovule avec le sperntatozoaire qui s'y est introduit, sourira certainement à l’idée de cette « âme de l'œuf ». Sans doute, il peut — et il doit — yavoir dans ce germe des qualités et des dispositions matérielles qui deviendront plus tard la base du développement des qualités morales ou intellectuelles; mais il ne peut être question de la présence d’une entité immatérielle, pas plus que d'idées, de connaissances ou de conceptions innées.

On n’avaitpas poussé aussi loin, dans d'autres temus que les

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